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| La mythologie
finnoise. - Loin d'avoir été étudiées avant
l'évangélisation des Finnois, les pratiques religieuses ancestrales
des Finnois et l'expression de leur leurs conceptions étaient proscrites
depuis trois siècles lorsque M. Agricola cita les noms de vingt-cinq
de leurs dieux ou héros
dans une pièce de 62 vers rimés en finnois (en tête
de sa traduction du Psautier, 1554). L'influence des idées
chrétiennes
et germaniques, qu'elles subissaient
depuis longtemps et que l'on recourrait facilement dans plusieurs de leurs
traits, continua de se faire sentir pendant les deux siècles suivants,
de sorte que la mythologie finnoise ne nous est parvenue ni en entier,
ni dans son état primitif, car il y a seulement deux siècles
et demi que l'on a commencé d'en recueillir les éléments
disséminés dans les chants et les traditions populaires,
ainsi que dans les formules magiques. Ces débris, plus ou moins
altérés, ont été systématisés
et l'on a classé - selon le préjugé de ce temps -
les divinités en quatre catégories : celles de l'air, de
l'eau, de la terre et des enfers,
plus les génies et les héros.
Le nom de Jumala (ciel, être céleste),
qui était appliqué à tous les dieux et même
aux magiciens et qui continue d'être employé dans la dogmatique
chrétienne, désignait d'abord plus spécialement le
dieu de l'air, Ukko (l'ancêtre, le vieillard), Ylijumala (le dieu
suprême), dont la femme Akka (Rauni, selon Agricola) était
déesse de la foudre Les divinités de l'eau, également fort nombreuses, étaient appelées Ahon Lapsi (enfant d'Ahto) ou Ahtolais et Vellamon Neito ou Voeki (gens de Vellamo), d'après le couple vénérable Ahti ou Ahto et Vellamo ou Vellimo qui les dirigeait. Quelques-unes sont désignées nominativement : Pikku Mies (petit homme), personnification des vagues d'abord insignifiantes, mais qui peuvent atteindre des proportions et une force prodigieuses; Aallotar (fille des flots), Kosken Tyttoe (fille de la cataracte) ou Kuohu-Neiti (vierge de l'écume), Melatar, génie du gouvernail ; Sotkotar, protectrice du canard; Juoletar, que l'on invoquait pour la capture de la loutre; sans oublier quelques génies aquatiques exclusivement malfaisants : Vesi-Hiisi (démon de l'eau), Syoejoetcer (goule), mère du serpent, ou Vetehinen (aquatique), correspondant à Vodennoj des Russes, comme Turso ou Tursas, au Thurs des Scandinaves. Les phénomènes terrestres
n'étant pas aussi frappants en Finlande que les météores
ou les tempêtes et les naufrages, les divinités épichthoniennes
n'y jouaient pas un aussi grand rôle que celles de l'air ou de l'eau.
N'ayant pas de chef commun, ce sont plutôt des génies dont
chacun ne règne que dans un domaine restreint : Maan Emo ou Emœntœ
(mère ou maîtresse de la terre),
ou Mannun Eukko (aïeule de la terre), ainsi que Pellon Peri-isoentoe
(maître primitif de la campagne) donnaient la fécondité
et la santé à la terre et aux humains; Sampsa Pellervoinen
(Samson le champêtre) ou Pellon Pekka présidait aux semailles,
aux moissons et au brassage. Chez les Haemoelaeis, Liekkioe (follet Comme c'était naturel pour les plus anciens temps, la sphère des divinités sylvicoles était plus étendue. A leur tête étaient le vieux Tapio, aussi nommé Tapiolan Ukko, Hippa et Hilli Ukko, et sa femme Mielikki, Mimerkki, Miiritoer, Simanter, Hiilitoer ou Metsolan Vaimo (femme de la forêt) qui, outre Ieur fils Nyyrikki (peut-être le Nyrekes d'Agricola) ou Pinneys et Kekri ou Koeyry ou Kaitoes, le génie des animaux domestiques, avaient pour auxiliaires (si l'on veut y voir des analogues dans la religion grecque et romaine) une véritable armée de sylvains (Tapion Kansa ou Pojat) et surtout de dryades (Tapion Neiet ou Piiat, Metsœn Immet, filles de la forêt); Viljan Eukkot (aïeules du gibier), entre autres Tellervo ou Hillervo, Tuulikki, et les nymphes du cerisier (Tuometar), du pin (Hongatar), du genévrier (Katajatar), du sorbier (Pihlajatar), de l'aune (Lemmes), du houblon (Remunen). A ces divinités en étaient opposées de malfaisantes : Lempo ou Hitto, Hiisi (en sanscrit hath, dommage ; en lapon Sieita), aussi appelé Paha (le Malin) et Juutas (Judas), Piru (le Perun des Russes), Perkele (le Perkunas des Lituaniens et le Pehrkhors des Lettons), ainsi que les Hittolais (Sitones de Tacite) ou Hiiden-Ernoentce, Poika, Impi, Voeki (dame, fils, filles, gens de Hiisi), Ajatar (le cauchemar), Horna qui doit être un des génies de la nature inorganique, comme Kivi (pierre), fils de Kimmo Kammo, et Karilainen (de kari, rocher). Le royaume souterrain, habité par les Manalaiset (spectres, du latin Manes?), les Menninkœiset (trépassés), Keijuiset (farfadets), les Peijot (fantômes), Kœœpetit (kobolds ou gobelins), avait pour gardiens plutôt que pourvoyeurs le dur et inflexible Mana et ses filles Manan Neiet ou Manuttaret, Tuoni, la mort (en grec Thanatos, en vieux norrain dainn), sa femme Tuonen Akka et leurs enfants : Tuonen Poika, Tuonetar et l'affreuse Loviatar; Kiputyttœ (fille morbifique), bien différente de Kivutar ou Vammatar, bon génie qui adoucissait les souffrances ; Kalma (cadavre) et sa fille Kalman Impi. Outre les génies groupés autour des principaux dieux qui, on le voit par leurs noms allégoriques, étaient en rapport avec les forces de la nature ou les passions, il y en avait beaucoup d'autres, d'un ordre d'ailleurs intérieur, que l'on ne peut rattacher aux catégories précédentes, sans doute parce qu'ils sont d'origine postérieure, ayant été empruntés soit aux idées chrétiennes comme le Haltia, soit aux traditions scandinaves comme Maahi, Tonttu, Paara, Kave. Les Haltiat (du vieux norrain halda, maintenir; en finnois hallita, garder) remplissaient le rôle d'anges gardiens, mais avec des attributions plus étendues, parce qu'ils protégeaient non seulement les humains, mais encore tous les êtres et même les objets inanimés. Matka-Teppo (Etienne du chemin, par allusion
au saint Etienne apocryphe des traditions germaniques qui allait à
cheval)
était le patron des voyageurs. Maahi (diminutif Maahinen, petit
homme de terre) correspondait au nain souterrain
(Underjordisk) des Norvégiens; Kratti, génie des trésors,
ou Skratte des Islandais; Tonttu, au Tomtequbbe (dieu du lieu, lare)
des Suédois; Nœkki, à leur Neck (ondin);
Para, à leur Bara, poupée magique qui rapportait à
sa maîtresse du lait ou du beurre volés. Quelques génies
sont de pures allégories, comme Sukkamieli (amour, jalousie), Uni
(sommeil, diminutif Unonen), Munnu (prunelle de l'oeil), Hurus (nymphe
du sang), Suonetar (fille de la veine), Sinetoer (fille de la couleur),
Kankahatar (fille du tissu), Aarni (trésor). On donnait la qualification
de Kave (au pluriel Kapeet, diminutif Kapo, Kaponen, en vieux norrain Kappê,
champion) à tous les êtres extraordinaires, aussi bien aux
dieux et aux déesses qu'aux simples héros du Kalevala Le culte que l'on rendait à ces
divinités n'est connu que par quelques récits des sagas Des dévots sacrifiaient aux dieux
pour se les rendre propices du sang tiré de quelque partie de leur
propre corps. Leurs principales fêtes, sans parler de celles qu'ils
célébraient au retour d'une chasse heureuse d'où ils
rapportaient quelque gros gibier comme l'ours,
étaient en automne
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.