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Kalevala
(Épopée
finnoise). - Au commencement du XIXe siècle,
quelques savants et littérateurs finlandais prirent plaisir à
rassembler un grand nombre de poésies populaires finnoises. Le plus
ardent de ces collectionneurs fut Lönnrot, fils d'humbles paysans
et médecin de son état. En 1834, il présenta à
la Société de littérature finnoise un recueil qui
contenait seize runes (runo) ou poèmes finnois, formant un
total de cinq à six mille vers. L'année suivante, il ajouta
seize nouvelles runes à sa première collection et publia
aux frais de la Société cette épopée qui comptait
maintenant plus de douze mille vers, sous le titre de Kalevala ou
les Runes caréliennes de l'antiquité finnoise. La première
édition (500 exemplaires), connut un succès d'estime, mais
mit des années à s'écouler. Lönnrot ne se découragea
pas et, dès 1847, il prépara une seconde édition publiée
en 1849, plus complète encore que la première et qui comptait
cinquante runes, c.-à-d. huit à dix mille vers nouveaux.
Depuis lors, les éditions finnoises du Kalevala se sont multipliées;
on en a fait des extraits à l'usage des écoles; on l'a traduit
en suédois, en allemand, en hongrois, en russe, en anglais et en
français (par Léouzon-Leduc dès 1846, sur la première
édition, puis, en 1866, sur la deuxième).
L'oeuvre de Lönnrot était digne
de ce succès. Pendant de longues années, au milieu de difficultés
sans nombre, il avait parcouru toute la Finlande jusqu'aux provinces russes,
vivant avec les paysans, triomphant, à force de bienveillance et
de simplicité de manières, de leur réserve et parfois
de leur hostilité, notant avec soin les poèmes récités
à la veillée, par des chanteurs (Laulaja, runoja)
qui, à cheval sur un banc, en face l'un de l'autre, se tenant aux
poignets et se balançant en avant et en arrière, récitaient
alternativement leurs strophes, toutes d'un mètre unique et de contenu
souvent analogue, le dernier chanteur reprenant en d'autres termes ce qu'a
dit le premier et y ajoutant quelque trait nouveau, repris à son
tour par son compagnon.
Ce que disaient les poèmes de ces
paysans? C'étaient la formation du ciel
et de la terre
et la naissance de Väinämoinen, le chantre éternel, ou
les incantations et les formules par lesquelles l'humain supérieur
(le chamane )
dompte les éléments, triomphe de ses ennemis, guérit
les maux et ferme les plaies (malédiction contre le fer, cause de
la blessure), ou encore des préceptes sur les devoirs des époux
(conseils à la fille de Pohjola, des idylles tristes (la mort d'Aino),
des événements tragiques (les amours et la mort de Kullervo)
ou enfin les luttes de héros qui combattent plutôt par des
moyens magiques
que les armes à la main.
Tous ces poèmes, si divers de provenance
et d'âge surtout, les uns remontant à la plus haute antiquité,
d'autres datant de l'introduction du christianisme
en Finlande, Lönnrot les médita avec amour et, grâce
à la forme du vers (vers de huit syllabes, allitérés)
commune à tous - qui en faisait déjà l'unité
extérieure - grâce au retour fréquent des mêmes
héros -, qui en faisait comme l'unité intérieure,
- il réussit à les grouper de telle façon qu'ils fussent
liés les uns aux autres et que le rapport entre eux (forcé
parfois) parût assez clair et fit illusion au lecteur sur l'unité
du poème. Aède lui-même et diascévaste, il se
permit, et à meilleur droit, ce que se permettaient les aèdes
rustiques qui lui avaient livré ces chants, et il les modifia à
l'occasion, non en y introduisant des éléments étrangers,
mais par des combinaisons nouvelles et par l'intercalation de tel ou tel
fragment épisodique, tiré d'une autre rune.
Trop poète et trop amoureux de son
sujet pour se résoudre à ne donner que des documents d'une
lecture fatigante, il était, d'autre part, trop savant et trop consciencieux
pour altérer les récits populaires de façon à
en diminuer l'authenticité et la valeur mythologique .
II n'était pas et, venu trop tard, il ne pouvait être un Homère;
il n'a pas, voulu être un Macpherson ( Les
poésies d'Ossian ),
et ne s'est pas soucié de donner un recueil analogue à l'Edda ,
par exemple, qui jamais (la langue en fût-elle moderne) ne sera pour
les Scandinaves une épopée nationale, comme l'est le Kalevala
pour les habitants de la Finlande.
Le contenu du Kalevala est déjà
indiqué par ce qui précède; aussi bien il est difficile
de donner une analyse exacte d'une épopée où abondent
les épisodes et les morceaux purement lyriques
ou didactiques .
- On y reconnaît cependant assez bien deux parties. La première
a pour sujet la conquête de la jolie fille de Pohjola (le Nord, la
Laponie),
«
gloire de la terre, parure de l'onde [...] resplendissante dans ses vêtements
blancs-»,
par trois héros du pays de Kaleva (la
Finlande ?). Ces héros sont : le vieux
Wäinämöinen, la chantre
divin qui personnifie la poésie finnoise, Ilmarinen, l'habile forgeron
du Sampo, sorte de palladium convoité de tous, et Lemminkäinen,
le joyeux séducteur, auquel ne résistent ni femmes ni jeunes
filles. Ilmarinen, grâce à l'aide magique de la fille de Pohjola,
l'emporte sur ses rivaux et l'on célèbre des noces magnifiques,
où Wäinämöinen chante pour la première fois
l'origine de la bière,
«
l'illustre boisson née du houblon, venue au monde avec le concours
de l'eau et de la flamme ardente ».
La seconde partie est consacrée à
la recherche du Sampo, resté à Pohjola après le mariage
d'llmarinen, Les trois anciens rivaux s'unissent en cette expédition.
Après bien des luttes, où triomphe Wäinämöinen,
grâce à sa puissance magique et au charme des chants qu'il
dit en s'accompagnant du mélodieux kantele, les héros
du Kalevala. s'emparent du Sampo et s'enfuient sur la mer; mais la «
mère de famille » de Pohjola, transformée en aigle,
les rejoint et le Sampo se brise, tandis qu'elle veut s'en emparer. Elle
ne peut en rapporter qu'un fragment à Pohjola; de là, la
pauvreté de son pays.
La dernière rune (arrangée
complètement par Lönnrot) nous raconte la très poétique
histoire de la vierge Marjetta (Marie ).
dont l'enfant miraculeux doit effacer tous les héros qui l'ont précédé.
Devant lui se retire le vieux Wäiämöinen: il s'en va au
loin sur la haute mer
«
à travers les flots orageux, mais il laisse son beau kantele,
son instrument mélodieux, à la Finlande, il laisse à
son peuple ses runes sublimes pour sa joie éternelle».
Les mérites littéraires de cette
poésie toute populaire, toute de paysans, où l'on ne rencontre
ni reines ni chevaliers, sont très réels malgré la
bizarrerie des détails et l'incohérence que révèle
une lecture attentive. Certes, il ne faut pas chercher là la beauté
pour ainsi dire plastique des poèmes de l'Antiquité. Mais
l'imagination, pour singulière, grotesque même qu'elle puisse
être, est riche, et l'expression des sentiments est souvent exquise.
On trouve dans le Kalevala, et de façon à attirer
l'attention de ceux qui aiment la poésie, de touchants épisodes,
comme celui de la charmante Aïno qui ne peut se résoudre à
épouser le vieux Wäinämöinen (runes 3 et 4), des
tragiques, comme celui de Kullervo, qui se tue à l'endroit où
s'est suicidée la soeur qu'il a aimée sans la connaître
(runes 31 à 36), des chansons pleines de charme en leur mélancolie
et dignes d'inspirer des musiciens autres que les Finlandais. Au point
de vue de la mythologie finnoise
et comparée la valeur de ce poème est indiscutable. (Th.
Cart).
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En
bibliothèque - La première
traduction française se trouve dans l'ouvrage de M. Léouzon-Leduc,
la
Finlande, son histoire primitive, sa mythologie, sa poésie épique,
etc., Paris, 1845, 1 vol. in-8°.
En
librairie - Elias Lönnrot,
Le Kalevala, Epopée des Finnois, Gallimard, 1991, 2 vol. |
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