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Encyclopédie
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| Les bouffons au théâtre |
| On nomme bouffon
un personnage de théâtre dont
l'emploi est de faire rire.
Mais on ne peut parler des bouffons de théâtre qu'après
avoir signalé les bouffons populaires, ceux qui, dès l'Antiquité Les plus anciens bouffons que puisse mentionner
la tradition sont évidemment ceux qui montaient sur le chariot de
Thespis
et qui, le visage barbouillé de lie pour se rendre grotesques et
méconnaissables, s'en allaient ainsi de ville en ville, de bourgade
en bourgade, et parcouraient la Grèce C'est à Rome, en effet, que nous trouvons les premiers types de bouffons célèbres, et, chose rare, parmi ces Bouffons se trouvaient des femmes. Les Romains ont connu plusieurs bouffons fameux et étonnamment populaires. C'était le Manducus, espèce de monstre horrible et difforme, à la bouche effroyable, dont Rabelais parle au quatrième livre de son Pantagruel, qui se mêlait au cortège des généraux vainqueurs en chantant des vers railleurs, et poussait parfois la licence jusqu'à insulter le triomphateur. C'était le Maccus, au visage grimaçant, au crâne entièrement chenu, aux oreilles démesurées, au nez prodigieusement camard, personnage épais et lourd, ayant toute l'apparence d'un sot gourmand, ivrogne et débauché, dont le physique était complété par une double bosse devant et derrière. C'était le Pappus, vieil avare à la fois défiant, crédule et jaloux, qui malgré tout se laissait toujours piper par ceux qui en voulaient à son bien, à son argent et à son honneur. C'était le Bucco, espèce d'ignoble glouton, qui par ses mensonges, son bavardage et son effronterie cynique, cherchait surtout et toujours les moyens d'attraper un souper confortable. C'était le Sannio, qui avec sa tête rasée, sa figure toute barbouillée de suie, ses pieds nus, son vêtement bariolé, prodiguait au spectateur les plus laides grimaces et les railleries parfois les plus incongrues. C'était l'horrible et repoussante Lamia, une ogresse qui se repaissait de la chair des petits enfants. C'était enfin deux commères délurées Petreia et Citeria, qui, comme Manducus, se mêlaient au cortège des triomphateurs, la première ouvrant la marche et représentant une vieille femme ivre, aux gestes hideux et aux contorsions ignobles, la seconde, dont la langue était vive et bien pendue, lançant aux assistants les sarcasmes et les plaisanteries les plus équivoques. Certains de ces grotesques figuraient aussi sur les tréteaux des marionnettes. Quelques-uns de ces types se retrouvent,
sous un extérieur moins rude et plus raffiné, dans les masques
élégants que nous offre la Comédie italienne de la
Renaissance D'ailleurs, et avant même l'épanouissement
en France de la comédie italienne et de ses charmants bouffons,
des types de farceurs populaires, plus rustiques sans doute, d'une nature
un peu plus triviale, mais non moins amusants, étaient nés
sur les planches françaises. On sait le succès qu'obtenait
à l'hôtel de Bourgogne Le XVIIIe siècle voit paraître chez nous toute une série d'aimables bouffons qui semblent dériver plus ou moins directement de ceux de la comédie italienne, mais qui prennent aussitôt un caractère vraiment national. C'est Pierrot, c'est Gille, c'est Polichinelle, types véritablement français, bien que les deux premiers empruntent quelque peu leur costume au Pulcinella napolitain, et que le dernier, avec ses deux bosses et son nez crochu, paraisse faire revivre les Maccus des Latins. A côté deux viennent se grouper Léandre, l'amoureux éternellement berné, Cassandre, qui se rapproche beaucoup du Docteur italien, et Arlequin, qui est absolument le jumeau de l'Arlecchino bolonais ou bergamasque. Colombine et Marinette viennent compléter la petite troupe au point de vue féminin; mais le véritable bouffon femelle, c'est la Mère Gigogne, personnage complètement grotesque et qui est toujours représenté par un homme travesti. La fortune de ces fantoches burlesques se poursuit, surtout dans le genre de la pantomime, jusque vers le milieu du XIXe siècle, avec une étonnante popularité. A partir des années 1870, ils ont presque complètement disparu. Chaque pays a d'ailleurs un ou deux bouffons
typiques, qui semblent résumer en eux son histoire culturelle et
ses aspirations, soit en les ridiculisant, soit en se permettant, sous
le couvert du ridicule, des railleries portant parfois très haut
et que les grands de la terre ne tolèreraient pas partant d'une
autre bouche que la leur. En Angleterre Nous avons encore à signaler quelques
bouffons français, qui ont eu leur heure de vogue et dont le nom
n'est pas oublié, bien qu'ils n'aient pas joui d'une célébrité
égalant celle de Pierrot, de Polichinelle
et de leurs gais compagnons. En citant Janot, Jocrisse
et Cadet-Roussel, on évoque des souvenirs qui ne sont pas
éteints complètement et qui reportent l'imagination à
près de deux siècles en arrière. Robert-Meaire et
Bertrand, qui ont brillé un peu plus tard, sont restés des
types burlesques, mais ne sont pas passés à d'état
de bouffons classiques. On en peut dire autant de Mayeux,
célèbre sous la monarchie bourgeoise de Louis-Philippe,
mais qui est un bouffon de caricature plutôt que de théâtre.
Quant à Paillasse, c'est le Jocrisse de la
parade des saltimbanques, le Mondor des Tabarins
modernes, le bon bénêt qui répond toujours à
l'envers, qui fait cent sottises à l'heure et qui reçoit
tous les coups. Mais en parlant de parades, on ne saurait oublier Bobêche
et Galimafré, ces deux bouffons prodigieux qui, au début
du XIXe siècle, faisaient la joie
du boulevard du Temple, alors si brillant, si bruyant et si grouillant,
et dont la renommée n'est pas effacée. Enfin, pour en finir
avec ce chapitre des bouffons, je ne saurais me dispenser de mentionner
le fameux Guignol lyonnais, la marionnette
par excellence, véritable fruit du terroir, qu'on a vainement essayé
d'acclimater à Paris |
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© Serge Jodra, 2008. - Reproduction interdite.