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Arlequin
est un personnage de la comédie italienne,
de celle qu'on appelle commedia dell'
arte, et qui est un simple canevas rempli par les acteurs
( Arlequinades).
L'étymologie du mot arlequin est controversée : on prétend
que, dans une troupe de comédiens venue d'Italie
en France
vers 1580, se trouvait un jeune acteur qui fut admis dans la maison du
président Achille de Harlay, et qui reçut de ses camarades
le surnom d'Harlecchino (petit Harlay), les Italiens donnant aux valets
le nom de leurs maîtres. Mais on trouve l'appellation d'arlequin
dans une lettre de Raulin, imprimée en 1521. Court de Gébelin
la fait venir de l'italien lecchino (gourmand); d'autres, du vieux
mot hellequin (petit génie infernal), ou d'erl-koenig
(le roi des aunes). Cette dernière explication se rapproche de celle
qu'a donné Gaston Reynaud, qui fait hériter ce nom de la
tradition de de la Mesnie Hellequin ,
elle-même rattachée par lui à une chanson
de geste, le Poème du Comte Hernequin .
Le personnage lui-même
remonte évidemment à l'Antiquité
païenne. On pourrait reconnaître dans Arlequin le caractère
du Satyre ,
moins les cornes et les pieds fourchus : son masque,
son vêtement collant qui le fait paraître presque nu, son allure
vive et maligne, ses lazzis, le son de sa voix, tout rappelle le Satyre.
Sans remonter jusqu'au Macco et au Bucco des
Atellanes
duquel on rapproche cependant
Polichinelle,
il est hors de doute que le nom de Zantini, donné par les Italiens
à l'Arlequin et au Scapin,
dérive du latin sannio (railleur,
bouffon), ou de sannae (railleries).
A la tête rasée de l'Arlequin, au petit chapeau qui le couvre
à peine, ne reconnaît-on pas les sanniones rasis capitibus
(bouffons à tête rasée) de Vossius? Son habit, formé
de petits morceaux de drap aux couleurs variées, ne fait-il pas
penser aux mimi centunculo (mimes en guenilles) d'Apulée,
comme ses souliers sans talons aux planipedes de Diomède?
Son masque noir a remplacé la suie dont les mimes romains se couvraient
la figure.
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Arlequin
et Polichinelle. Acrylique sur toile,
Elsa Soucasse, © 2005.
Dans la comédie
italienne, qui a joué plutôt les ridicules nationaux que les
ridicules individuels, Arlequin affecte le patois des habitants de Bergame
et de la vallée du Brembo. Ce ne fut pas en vue d'un accent plus
comique; mais la population de Bergame ne se composait guère, dit-on,
que de fripons et de sots, et on avait fait d'Arlequin un bouffon bas,
impudent, gourmand et poltron, caractères qu'on lui a conservés
dans l'Hanswurst de la comédie allemande. D'autres prétendent
qu'on aurait fait d'Arlequin un Bergamasque, parce que son habit rappelait
une anecdote de Bergame : des enfants de cette ville s'étaient un
jour cotisés pour habiller un de leurs camarades pauvre, et lui
avaient apporté chacun un morceau de drap de couleur différente,
dont on fit un seul habit. Arlequin a dû subir, dans son langage,
l'influence de la domination de Venise
à Bergame: car les derniers Arlequins affectaient une prononciation
douce, traînante, et le zézaiement vénitien.
L'Italie
a produit, entre autres Arlequins célèbres : Cechini, dit
Frattelino, anobli par l'empereur Mathias; Zaccagnino, Trufaldino, Locatelli;
Dominique Biancolelli, appelé à Paris
par le cardinal Mazarin; Vizentini, dit Thomassin;
Bertinazzi, dit Carlin; Lazzari, etc. Le personnage d'Arlequin s'est modifié
en France ;
il est devenu, comme le remarque Marmontel,
un mélange d'ignorance, d'esprit et de naïveté, de ruse
et de bêtise, de grâce et de bouffonnerie; son rôle continua
d'être celui d'un valet patient, fidèle, crédule, gourmand,
toujours dans l'embarras, amusant par ses méprises et sa maladresse,
s'affligeant et se consolant pour une bagatelle; mais son jeu prit la souplesse,
l'agilité, la gentillesse d'un jeune chat .
Goldoni
échoua complètement quand il voulut, dans ses comédies,
épurer et relever ce personnage. Arlequin est aujourd'hui passé
de mode; c'est à peine s'il figure encore dans des pantomimes
ou des mascarades; après avoir été le roi de la scène,
il est tombé jusqu'au théâtre des Funambules, et le
premier rang lui a été enlevé par Pierrot.
(A19). |
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