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Quinault

Philippe Quinault, né à Paris en 1635, mort à Paris le 26 novembre 1688, était fils d'un boulanger. Il fut domestique et disciple de Tristan l'Ermite, qui présenta aux comédiens sa première pièce, les Rivales. En 1656 il était gentilhomme de M. le duc de Guise, demeurant à l'hôtel de Guise. Tout en écrivant pour le théàtre, Quinault fut clerc d'un avocat au Conseil. Il épousa en 1660 Louise Goujon, veuve d'un riche marchand nommé Bermet, dont il avait travaillé à arranger les affaires. Il acheta en 1661 une charge de valet de chambre du roi, puis une d'auditeur à la Chambre des comptes, où il fut reçu le 18 septembre 1671: En 1670, il avait remplacé Salomon à l'Académie Française
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Quinault.
Philippe Quinault.

Lulli, lorsqu'il eut le privilège de l'Académie de musique, arracha Quinault à la tragédie : et peut-être les succès de Racine aidèrent-ils à pousser le poète vers l'opéra. Après une longue collaboration avec le musicien; Quinault fit retraite : pris de scrupule, il voulut, à partir de 1686, vivre dans la piété et la pénitence. Il avait reçu du de Louis XIV 2000 livres de pension et l'ordre de Saint-Michel.

Quinault a donné au théâtre : les Rivales, comédie, reprise des Deux Pucelles de Rotrou (1653); la Généreuse Ingratitude, tragi-comédie pastorale, dont les noms au moins sont pris des Guerres civiles de Grenade de Perez de Hita (1651); l'Amant indiscret ou le Maître étourdi, comédie, tirée de l'Inavvertito de Beltrame, comme l'Etourdi de Molière (1654); la Comédie sans comédie (1655); les Coups de l'Amour et de la Fortune, tragi-comédie tirée de Lances de arnor y fortuna de Calderon, à laquelle Tristan avait sans doute travaillé, et où Scarron a revendiqué une part (1655); la Mort de Cyrus, tragédie, influencée au moins par le roman de MIle de Scudéry (1656? Le privilège, commun à cette pièce et à la suivante, est du 10 février 1659); le Mariage de Cambyse, tragi-comédie (1656?); Amalasonte, tragi-comédie, influencée par le Bélisaire de Rotrou et la Mort de Crispe de Tristan (novembre 1657; jouée chez le roi le 15 novembre; privilège du 7 mars 1658); le Feint Alcibiade, tragi-comédie (mars 1658; privilège du 3 juin); le Fantôme amoureux, tragi-comédie (1659); Stratonice, tragi-comédie (2 janvier 1660; privilège du 10 mars); les Amours de Lysis et d'Hespérie, pastorale allégorique, non imprimée (1660); Agrippa ou le Faux Tiberinus, tragédie 1661); Astrate, roi de Tyr, tragédie (entre le 27 décembre 1664 et le 6 janvier 1665; privilège du 10 février 1665); la Mère coquette ou les Amants brouillés (entre les 11 et 24 octobre 1665, à l'Hôtel de Bourgogne; de Visé fait jouer le 24 octobre au Palais-Royal par la troupe de Molière une comédie du même titre et de même sujet : il accuse Quinault de plagiat dans sa préface); Pausanias, tragédie (16 novembre 1668; privilège du 22 janvier 1669); Bellérophon, tragédie (1670; privilège de février 1671). 

En 1671 il écrit les intermèdes de Psyché. Puis vient la série des opéras : les Fêtes de l'Amour et de Bacchus (1672); Cadmus et Hermione (1673); Alceste (1674); Thésée (1675); Atys (1676); Isis (1677); Proserpine (1680); le Triomphe de l'Amour (1681); Persée (1682); Phaéton (1683); Amadis de Gaule (1684); Roland (1685); le Temple de la Paix, ballet (1685); Armide (1686).

Les premières comédies de Quinault sont dans le goût espagnol et italien qui dominait encore, fort intriguées et pleines de surprises. La Mère coquette, qui passe pour une comédie de caractère, n'en contient que quelques traits que Quinault prétendait devoir à la Tia y la Sobrina de Moreto, et vaut moins par la peinture de la Mère coquette que par l'analyse des sentiments des Amants brouillés elle offre de délicates scènes d'amour. Dans les comédies et les tragi-comédies, on ne sent guère chez Quinault l'influence de P. Corneille : tout ce qui n'est pas original vient de la comédie espagnole et des romans. De là viennent l'artifice des moyens scéniques, la fausseté des sentiments, l'entassement des situations, noté par Boileau :

Et chaque acte en sa pièce est une pièce entière.
Le théâtre de Quinault ne vaudrait que par l'élégance aisée et la distinction un peu sèche du style, s'il n'offrait une peinture peu tragique, mais fine et vraie, des passions de l'amour. Quinault a créé la comédie du sentiment; il a peint la naissance, les manèges, les combats de l'amour, ses conflits avec l'amour-propre on l'intérêt social. Dans la forme de la tragédie historique ou légendaire, il a préparé par des scènes charmantes la comédie de Marivaux, qui relève de lui plus que de Racine. Ses opéras présentent les mêmes mérites. Quinault n'a compris ni la valeur poétique ni la beauté pittoresque des sujets mythologiques et romanesques qu'il abordait. Tout en ménageant des effets au décorateur et au musicien, il a continué autant qu'il a pu ses analyses du sentiment, et c'est par là que valent beaucoup de couplets et de scènes de ses opéras. C'est par là qu'il convient de rectifier le jugement de Boileau sur :
Tous ces lieux communs de morale lubrique
Que Lulli réchauffa des feux de sa musique.
Il y a bien autre chose que des lieux communs dans Quinault. Le théâtre de Quinault a été publié en 5 vol. in-12 (1715 et 1739). (Gustave Lanson).
Les Quinault. -  Famille d'acteurs célèbres.

Jean Baptiste-Maurice (Quinault l'Aîné), né à Paris en 1689, mort à Gien en 1745, était fils d'un très médiocre acteur de la Comédie-Française. Il débuta à ce théâtre en 1719 dans le rôle d'Hippolyte, de Phèdre, mais plus doué pour la comédie que pour la tragédie, il succéda en 1718 à Beaubourg comme grand comique, et se montra, jusqu'à la fin de sa carrière, un excellent acteur. Il était aussi musicien et composait la partition des divertissements adaptés à la plupart des petites pièces que jouait la Comédie.

Françoise (Mme Quinault-Denesle), soeur du précédent, née à Paris en 1688, morte en 1713. Elle débuta à la Comédie en 1708 et, malgré sa mort prématurée, remporta quelques succès dans les premiers rôles tragiques et comiques. Son mari Hugues Denesle, officier de la louveterie du roi, voulut aussi essayer du théâtre, mais échoua. 

Abraham-Alexis (Quinault-Dufresne), frère des précédents, né à Paris en 1690, mort en 1767. Il débuta à la Comédie en même temps que son frère aîné, en 1712, et partagea avec lui, après la mort de Beaubourg, les premiers rôles comiques. Mais il tint aussi, de façon remarquable, ceux de la tragédie. Il sut rétablir le vrai goût de la déclamation, qui s'était perdu depuis Baron et servit longtemps de modèle à ses successeurs. Voltaire l'a, du reste, immortalisé. Il était malheureusement aussi vaniteux et aussi impertinent que grand comédien. Parmi ses meilleures créations, on peut citer-: Aman, d'Esther; Titus, de Brutus; Orosmane, de Zaïre; Zamora, d'Alzire. Devenu doyen de la Comédie, il fut pourvu par elle, à sa retraite (1741), d'une pension de 1000 livres. Louis XV lui en donnait autant. 

Jeanne-Françoise (Mlle Quinaut la cadette), soeur des précédents, née à Paris en 1699, morte en 1783. Elle débuta à la Comédie, en 1718, dans les grands rôles tragiques, mais se sentit plus de dispositions pour ceux de soubrette et y réussit merveilleusement. Elle quitta le théâtre en 1741. Joignant à son talent de comédienne beaucoup de grâce et d'esprit, elle eut l'un des salons les plus à la mode du XVIIIe siècle (société du Bout du banc). Tout ce qu'il y avait alors de plus distingué et de plus éclairé le fréquentait, et Voltaire, Piron, d'Alembert, Duclos, étaient parmi ses amis.

Jeanne-Maria Dupré (Mme Quinault-Dufresne), femme d'Abraham-Alexis (V. ci-dessus), née à Paris en 1706, morte en 1759. Elle débuta à Fontainebleau, devant Louis XV, dans Hermione, d'Andromaque, fut, malgré une voix un peu faible, bien accueillie de la cour, et entra quelques jours après à la Comédie-Française. Abordant tout à la fois les premiers rôles tragiques et comiques, elle se montra supérieure dans Emilie, de Cinna, dans Tullie, de Brutus dans Didon (tragédie de Le Franc de Pompignan).

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