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Histoire des arts décoratifs
Le style Régence
Entre le style Louis XIV et le style Louis XV se place un style qu'on pourrait appeler style de transition, s'il n'avait ses caractéristiques très franches et très décidées : c'est le style de la Régence. Il domine aux environs de 1720 et les dates historiques entre lesquelles on borne son règne sont celles de la Régence elle-même (1715-1723); mais il dura encore assez longtemps après la dernière de ces dates.

La mort de Louis XIV a été le signal d'une détente générale. Au ton empesé, à l'étiquette tyrannique du règne précédent, succède l'excès contraire, une tendance exagérée à l'abandon, au relâchement. Les rapports sociaux, les moeurs même se ressentent de ce mouvement universel. Les tentatives financières de Law et de la Banque des Indes Occidentales amènent de brusques changements dans les fortunes. C'est le temps où règnent dans la société les financiers et les traitants : cette ascension des classes moyennes par la toute puissance de l'argent remonte d'ailleurs plus loin encore. La comédie s'est déjà emparée de l'homme du jour et Lesage, en 1708, a peint le financier sous les traits de son Turcaret. Partout ce ne sont que parvenus coudoyant les grands seigneurs dont ils dépassent la munificence. Les richards, eux aussi, jouent aux mécènes ils protègent un peu tout, artistes de tout genre, théâtres et arts. De nombreux hôtels particuliers se construisent dans Paris, et aux environs ce ne sont que des villégiatures somptueuses. Le pinceau et le ciseau des plus grands artistes sont mis à contribution. On recherche le luxe des intérieurs, les aménagements heureux et le confort de la vie intime. Voltaire en fait la remarque. Il s'écrie :

« A voir l'aisance des particuliers, ce nombre prodigieux de maisons agréables bâties dans Paris et dans les provinces, cette quantité d'équipages, ces commodités, ces recherches qu'on nomme luxe, on croirait que l'opulence est vingt fois plus grande qu'autrefois. » 
L'architecte Robert de Cotte (1656-1735) est à la tête de cette révolution dans l'architecture.

Le style décoratif qui naît dans ce milieu n'a plus la raideur du style Louis XIV, et n'a pas encore la fantaisie capricieuse du style Louis XV. Il garde cependant une certaine correction, un aspect de solidité qui a quelque chose de sérieux, sinon de sévère. D'ailleurs, le style Louis XIV ne s'était pas conservé, sans concession, dans sa majesté rengorgée. Au commencement du XVIIIe siècle, le style, qu'on pourrait appeler
le style Bérain avait apporté dans la décoration plus de légèreté que le style de Lebrun. L'ornementation s'était faite plus aérée, moins massive, plus spirituelle. On rencontre déjà dans les estampes de ce dessinateur bien des passages, bien des motifs où se sent, où se déchiffre le futur style de la Régence. La réaction contre le Louis XIV s'était déjà manifestée en Angleterre, en avance sur l'art décoratif français. Hors de France, le style Louis XIV avait été encore plus redondant; aussi la réaction se fit-elle sentir plus tôt. Ce que nous appelons le style Régence se retrouve dans l'art anglais sous le nom de style de la reine Anne. 

Il a ses fervents de l'autre côté de la Manche, comme le style de la Régence a les siens en France. Ses caractéristiques ornementales sont les mêmes; mais le second est en retard de quelque dix ans sur le premier.

A côté de l'influence de Bérain, il faut placer celles de Claude Gillot, qui meurt en 1723, et de Watteau, qui meurt l'année précédente.

Gilles-Marie Oppenort, « directeur général des bâtiments et jardins »  du duc d'Orléans, régent du royaume, fournit des modèles à tous les arts décoratifs et régente les arts industriels. Le grand ébéniste Cressent fait pénétrer les idées d'Oppenort dans le mobilier. Ses commodes et ses tables sont des oeuvres du goût le plus pur. Les pieds légèrement cambrés par une courbe timide portent en haut des appliques de cuivre ou de bronze, formées de bustes à têtes rieuses d'une expression qui n'a rien de classique. Les fines moulures de cuivre sur les arêtes, aux entrées de serrures, aux poignées de tiroirs, rappellent par leurs formes les sarments de la vigne. Le bas des commodes, le dessous de la ceinture des tables, affectent le, gracieux contour dit en « arbalète », contour qui ressemble à une accolade. La courbe, ferme encore et à peine chantournée, se dessine dans les surfaces et dans les arêtes des contours. Les commodes ventrues sont de cette époque. A noter également l'importance que prennent les « singeries » dans la décoration. Vers 1720, ce ne sont partout dans le décor que singes dansant sur la corde, gambadant, grimaçants. Bérain avait donné le signal. Un peu plus tard (vers 1725) tout, le monde se mettra aux meubles « en découpures ». Dans les salons, dans les boudoirs on passe ses soirées à découper des estampes rares que l'on colle sur des bâtis de meubles et qu'on recouvre d'un vernis transparent.

L'orfèvrerie de l'époque de la Régence est remarquable par la simplicité grave des ensembles et par la sobriété des reliefs dans l'ornementation. Certaines circonstances contrarièrent son développement. Un édit fut rendu qui « défendait aux sujets du Roi de garder chez eux aucune espèce ou matière d'or et d'avoir plus de 500 livres en argent-». On adjugeait aux dénonciateurs le tiers des sommes trouvées en sus de la qualité permise par l'édit. Les caractéristiques des pièces d'orfèvrerie de la Régence ont dans les ensembles une tendance à supprimer toute partie inutile ne concourant pas à la fonction, à la destination de l'objet. C'est ainsi que les aiguières et les cafetières sont, avant tout, des récipients utiles, donnant la plus grande, presque la seule place à la panse. Cette dernière, amplement ouverte, repose sur un pied simplifié, bas, largement assis, parfois réduit à un ourlet. Sur cette panse, pas de reliefs rapportés. L'orifice n'est pour ainsi dire qu'une section traversale de la panse qui y monte sans épaulement ni gorge.

La décoration de l'orfèvrerie consiste en lanières plates de peu de saillie et de relief uniforme se détachant sur des fonds pointillés. Les cannelures en spirale ou
« canaux tournants» sont fréquents, bien qu'on les rencontre également dans les pièces d'un style Louis XV décidé. (Paul Rouaix).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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