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Ce qui fait que le gnomon
ne peut servir, commodément au moins, à la détermination
de l'heure, c'est que la variation incessante de la déclinaison
du Soleil
a pour effet de changer chaque jour
la direction et la longueur de l'ombre du style sur le plan de l'horizon
lorsque le Soleil traverse les mêmes plans horaires, c.-à-d.
pour les mêmes intervalles de temps égaux avant ou après
le passage
au méridien
aux différents jours de l'année .
En effet, si z est la distance zénithale ( Le
repérage des astres )
à un instant donné, AH l'angle
horaire correspondant, A l'azimut
de l'astre, D sa distance polaire, L la colatitude, la formule fondamentale
(ci-dessous) montre que pour des valeurs égales à AH,
z varie si D varie :
cos z = cos D. cos
L + sin D . sin L. cos AH
Enfin, la formule
suivante fait également voir que pour des valeurs égales
de AH, A est différent si D n'est pas constant, comme il arrive
au cours de l'année : :
tg A = (sin D . sin
AH) / (-sin L. cos D + cos L . sin D. cos AH)
On conçoit toute l'importance du
rôle que jouaient les cadrans solaires dans la vie des anciens, puisque
c'était pour eux le moyen le plus exact de connaître l'heure.
Ils ne pouvaient le suppléer que par l'emploi des clepsydres.
L'histoire
des cadrans solaires - D'après Hérodote
(§ 109, livre II), l'usage des cadrans solaires s'introduisit de Babylone
en Grèce. Il écrit en effet :
"
A l'égard du pôle, du cadran solaire et de la division du
jour en douze parties, les Grecs les tiennent des Babyloniens ".
Suidas
et Diogène Laërce en attribuent,
il est vrai, l'invention à Anaximandre
qui vivait environ 550 ans av. J.-C. Ajoutons que l'on trouve également
dans l'Ancien Testament
une mention au "cadran du roi Achaz ",
qui laisse voir que cet instrument était déjà en usage
chez les Juifs
au VIIIe siècle avant notre ère. Il est aussi possible qu'il
était connu des Égyptiens, bien que les auteurs n'en fassent
pas mention. Quoi qu'il en soit. leur usage était déjà
commun chez les Grecs au temps d'Eudoxe de Cnide
(370 av. J.-C), mais il ne le devint que beaucoup plus tard chez les Romains,
qui donnèrent au cadran solaire les noms de solarium et de
sciothericum horologium.
Le
premier qui parut à Rome y fut apporté, suivant plusieurs
auteurs, par L. Papirius Cursor, (293 av. J.-C) qui le plaça devant
le temple de Quirinus ,
et, suivant d'autres, par Marcus Val. Messala (vers l'an 252), qui le fit
établir sur une colonne élevée devant les rostres.
Mais comme ce cadran avait été pris aux habitants de Catane
et construit pour cette ville, dont la latitude diffère de celle
de Rome de 4,5° environ, Il ne pouvait donner à Rome que des
indications fort peu exactes. Enfin, vers l'an 163 avant notre ère,
le censeur P. Marcius Philippus le remplaça par un autre qui avait
été établi pour le méridien du lieu. Toutefois,
comme les cadrans solaires ne pouvaient servir quand le temps était
couvert, le censeur Publius Scipion Nasica fit
construire, en l'an 159 av. J.-C., une clepsydre publique qui donnait l'heure
en tout temps, et aussi bien le jour que la nuit, et à laquelle
l'habitude fit néanmoins appliquer la dénomination de solarium.
A partir
de ce moment, les cadrans solaires se multiplièrent à Rome.
On en établit sur le plupart des places publiques. On se mit même
sur la façade des temples et des basiliques. Tous les citoyens riches
en avaient dans leurs villas; aussi les fouilles pratiquées dans
les temps modernes ont-elles fait découvrir un assez grand nombre
de cadrans solaires de diverses formes. On trouve dans Vitruve
la description de la plupart des cadrans solaires usités de son
temps, mais il ne donne pas la théorie de leur construction. Cette
théorie paraît même n'avoir revêtu un caractère
scientifique qu'au siècle suivant, entre les mains des astronomes
de l'école d'Alexandrie ,
dont les principes furent recueillis, pour la première fois au Moyen
Âge ,
par Bède le Vénérable.
Parmi
les modernes, le jésuite Clavius,
qui vivait au XVIe siècle, est le premier qui ait écrit un
traité complet de gnomonique. Le sujet a encore exercé la
sagacité des divers savants de la fin du XVIIe et même du
XVIIIe siècle : Dechales et Ozanam,
Wolf,
Picard,
La
Hire (1683), Welperus (1625), Sébastien Munster (1651), Sturmius
(1672), Rivard (1741), Deparcieux (1741),
dom Bedos, etc., ont publié depuis des travaux du même genre.
La gnomonique ayant aujourd'hui perdu toute
importance pratique, en raison de la multiplication des horloges, mais
elle garde un intérêt pédagogique. Nous nous bornerons
ici à indiquer les différentes espèces de cadrans
que l'on peut construire. On les divise en cadrans équinoxiaux,
horizontaux, verticaux, déclinants et inclinés.
Cadrans
équinoxiaux.
Dans cette première espèce,
un limbe gradué de 15° en 15° sur la face supérieure
et sur sa face inférieure est maintenu par un support, parallèlement
au plan de l'équateur. Le style parallèle à la ligne
des pôles
est perpendiculaire au limbe et passe par son centre. L'ombre du style
est délimitée par deux plans qui lui
sont tangents, ainsi qu'au globe solaire; par
conséquent, la pointe du style correspondra au centre du Soleil.
Or, le Soleil décrit en un jour dans l'espace un cercle dont le
centre est sur la ligne des pôles, c.-à-d. sur l'axe da style
prolongé. Le plan du limbe sera donc une section droite du cylindre
sur lequel le Soleil est censé se mouvoir, et, comme la vitesse
angulaire est constante, la trace des plans horaires sur le plan du limbe,
c.-à-d. les rayons aboutissant à l'ombre de la pointe du
style décriront des angles de 15° par heure. En partageant en
soixante parties égales l'intervalle de chaque division, on obtiendra
les points correspondant aux minutes. La division du cercle devra avoir
pour origine la trace du méridien
sur le plan du limbe; enfin, la numérotation devra être inverse
sur la partie occidentale du limbe à partir du méridien,
c.-à-d. porter 11 heures, 10 heures, 9 heures, etc. Enfin, on remarquera
que la partie supérieure du limbe servira pendant six mois, de l'équinoxe
du printemps
à l'équinoxe d'automne ,
parce que, pendant cette période, le Soleil se maintient dans l'hémisphère
Nord, tandis que la partie inférieure du limbe servira de l'équinoxe
d'automne à l'équinoxe du printemps, parce que, pendant cette
partie de l'année le Soleil se meut dans l'hémisphère
Sud. Il convient d'ajouter que l'heure indiquée par tous les cadrans
solaires est l'heure vraie locale ( Les
jours et les nuits )
et que, pour en déduire l'heure moyenne locale, il faut d'abord
corriger l'heure observée de l'équation du temps ,
puis enfin de la différence de longitude
exprimée en temps, pour ramener cette heure moyenne locale en heure
civile ou légale.
Cadrans
solaires horizontaux.
Soit C le point où le style parallèle
à la ligne des pôles perce le plan horizontal; il suffira
évidemment de construire les traces sur ce plan des différents
plans horaires du Soleil .
Imaginons donc qu'un plan parallèle à l'équateur
coupe ce plan horizontal. L'intersection sera une droite XY perpendiculaire
à la trace NS (Nord-Sud) du méridien. Si l'on peut connaître
les intersections des plans horaires avec XY, le problème sera résolu
puisque l'on n'aura plus qu'à joindre ces intersections à
C, pour avoir les lignes d'ombre correspondantes sur le plan horizontal.
fig.
1 - Cadran solaire horizontal.
Déterminons donc le point A où
le style perce le plan équatorial considéré, puis
nous rabattrons ce plan sur le plan horizontal : A se rabattra sur NS en
A1 à une distance A1B,
telles que A1B = AB dans l'espace. On tracera
alors en A1 une série de droites
faisant à partir de A1C des angles
15°, 30°, 45°, 60°, etc. En prolongeant ces droites jusqu'à
XY, on aura les points d'intersections cherchés; on les joindra
à C et l'on aura les lignes d'ombre que l'on numérotera I,
Il, III, IV à l'est du méridien
et XI, X, IX, etc., à l'ouest. La détermination de la distance
AB est très simple, car le triangle
de l'espace ABC est rectangle en A et l'on connaît l'hypoténuse
BC ainsi qu'un angle aigu, l'angle ACB qui est égal à la
latitude
du lieu. D'où la règle pratique : mener une perpendiculaire
XY à la méridienne
du pied du style, par un point quelconque B de CA1;
décrire une demi-circonférence sur BC ; faire en C avec CB
un angle BCA2 égal à la latitude;
joindre BA2; prendre BA1
= BA2 sur le prolongement, de BC; tracer
autour du point A1 une série de
droites faisant entre elles, à partir de BA1
des angles de 15°; prolonger ces droites jusqu'à la rencontre
de XY en m, n, p, q, r, m', n', p', q', r'; joindre ces points à
C ; les lignes obtenues sont les lignes d'ombre; on les renferme habituellement
dans un cadre rectangulaire.
Cadrans
solaires verticaux.
Si l'on dispose d'un mur vertical, exactement
orienté perpendiculairement au méridien, la même construction
donnera les lignes d'ombre, avec la seule différence qu'il faudra
faire au point O, où le style perce le plan vertical, un angle BOA'2
égal à 90° - latitude. La figure ci-dessous dispensera
d'entrer dans de plus longs détails, car le raisonnement
est identique, lorsque l'on a rabattu le point A en A'1.
Mais il est assez rare que l'on ait à sa disposition un mur exactement
orienté Est-Ouest faisant face au Sud; de telle sorte qu'il convient
d'indiquer une méthode qui convienne à
un mur orienté d'une façon quelconque, c.-à-d., suivant
une vieille expression, un mur déclinant.
fig.
2 - Cadran solaire vertical
face
au Sud.
Soit donc OB la verticale
passant par le pied du style sur le mur (fig. 3) : ce sera précisément
la trace du méridien sur ce mur. Soit HH' l'intersection de ce mur
avec le plan horizontal du point B; enfin, considérons le plan équatorial
passant par le point B; il coupe le plan du mur suivant XY. Nous allons
encore chercher les intersections de XY avec les traces des plans horaires
sur ce plan équatorial. Appelons A la trace du style sur le plan
équatorial; abaissons AQ perpendiculairement sur le plan du mur.
Le triangle ABQ sera rectangle en Q : c'est ce triangle qu'il faudra rabattre
sur le plan du mur. Remarquons de suite que le triangle rectangle méridien
OCB peut être rabattu en OBC1 puisque
nous connaissons OB et l'angle COB = 90 - latitude. Enfin BA étant
perpendiculaire à OC sera obtenu en vraie grandeur en abaissant
BA1 perpendiculaire sur OC1.
Soit BZ, la trace du méridien sur le plan
de l'horizon ,
définie par l'azimut
du plan du mur. Cet azimut est supposé connu; c'est l'angle du plan
du mur avec, le méridien (angle reporté sur la figure en
vraie grandeur en BMZ). La trace du style sur le plan horizontal sera en
C sur BZ, il suffira de prendre BC = BC1;
abaissons CP perpendiculaire sur HH'; joignons OP, ce sera la projection
de OC sur le mur; par suite, en menant XY perpendiculaire à OP,
on aura la trace du plan équatorial sur le plan du mur, car le plan
OAQ est perpendiculaire au plan équatorial puisqu'il contient la
droite AO perpendiculaire à ce plan par hypothèse
de plus, OAQ est perpendiculaire au plan du mur puisqu'il contient AQ perpendiculaire
à et plan; donc, l'intersection BQ du plan équatorial et
du plan du mur est perpendiculaire au plan OAQ, c.-à-d. à
OP. Rabattons maintenant le plan équatorial sur le plan du mur :
le triangle rectangle ABQ, rectangle en Q, se placera de telle sorte que
A tombe en A2 à une distance A2B
= A1B. Le rabattement de la ligne méridienne
sera évidemment A2B. On mènera
donc autour de A2 une série de lignes
faisant des angles de 15°, 30°, 45° avec A2B
jusqu'à la rencontre de XY ; on joindra les points d'intersection
à O et l'on obtiendra les lignes d'ombre.
On voit que ce cadran ne donnera qu'une
partie des heures de la journée, suivant la direction du mur. La
petite figure de l'espace, jointe au tracé géométrique,
aidera beaucoup à l'intelligence de la méthode.
fig.
3 - Cadran solaire déclinant.
Cadrans
solaires déclinants et inclinés.
Les cadrans déclinants sont ceux
qui sont tracés sur un plan oblique tombant entre le zénith
et le pôle
et coupant l'horizon suivant la ligne Est-Ouest; si le plan oblique tombe
entre le zénith et l'horizon S, le cadran est dit incliné.
Parmi les premiers, il convient de mentionner particulièrement les
cadrans polaires, c.-à-d. ceux dont la surface est parallèle
à la ligne des pôles ( Axe
du monde ).
On construira très aisément ce cadran en rabattant le plan
perpendiculaire à la ligne des pôles passant par la pointe
du style. Celui-ci coupe la surface suivant une droite XY parallèle
à la ligne EO et le point A se rabat en A1
à une distance OA1 = d, d étant
la distance de la pointe au plan. Il suffira de mener en A1
de chaque côté de A
la série des droites formant les angles de 45°, 30°, 45°,
60°, 90° avec A ; les
points de rencontre avec XY seront des points des lignes d'ombre, et, comme
ces lignes seront des parallèles à la ligne des pôles,
c.-à-d. à NS, il suffira de mener une série de parallèles
à NS.
fig.
4.
Il faut remarquer qu'un tel cadran ne peut
servir que de 6 heures du matin à 6 heures du soir, car l'angle
horaire de 90° ou 6 heures contiendra un quart du parallèle
céleste décrit par le Soleil en 24 heures. L'Instrument.
pour être complet, devra donc être constitué par une
plaque (habituellement métallique) présentant en dessous
des lignes d'ombre identiquement placées; seulement les lignes correspondant
à 7 heures et 8 heures du matin sur le cadran supérieur seront
cette fois 7 et 8 heures du soir et les lignes 4 heures et 5 heures du
soir sur le cadran supérieur seront 4 heures et 5 heures du matin.
Il suffit évidemment de tracer ces deux lignes puisque, avant 4
et après 8 heures, le Soleil est caché en toute saison ,
au moins aux latitudes
moyennes.
Nous ne donnerons pas ici la théorie
et la construction des cadrans inclinés et déclinants
parce qu'ils sont vraiment d'un usage trop rare, non plus que des cadrans
déinclinés, c.-à-d. tracés sur une surface
oblique coupant l'horizon suivant une ligne différente de la ligne
Est-Ouest. Nous nous bornerons également à mentionner les
cadrans verticaux méridiens.
Cadrans
lunaires.
On peut se servir assez approximativement
du cadran solaire équinoxial, comme d'un cadran lunaire, en opérant
sur l'heure marquée une correction additive donnée par la
formule 45mn X âge
de la lune ( Lunaison ).
Si le produit dépasse 12 heures, on retranchera 12 heures pour avoir
l'heure cherchée. Ce procédé est basé sur cette
remarque que le jour de la nouvelle lune, la Lune
passe au méridien
en même temps que le Soleil
et, 12 heures plus tard, le jour de la pleine lune. Chaque jour, elle retarde
sur le Soleil de 45 minutes en moyenne; par conséquent, le produit
45 mn X âge de la lune, exprime le retard pour le jour considéré.
On sait que l'âge de la lune est le nombre de jours écoulés
depuis la nouvel lune; ce nombre se prendra dans le calendrier.
(Ch. de Villedeuil). |
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