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L'école
française de peinture ,
si l'on met à part les portraitistes tels que Clouet
dont les traditions furent continuées jusqu'en 1619
par François Quesnel, eut des débuts pénibles, et
ses productions, calquées sur celles des artistes italiens
de Fontainebleau ,
ne sortirent pas d'abord de la médiocrité. Parmi les vingt-cinq
ou trente peintres employés sous Henri IV
à la décoration du palais, c'est à peine s'il convient
de retenir les noms de quelques-uns, comme Louis Bobrun, Dubois, Jérôme
Bollery, Jean Mosnier, Toussaint Dubreuil, Henri Lerambert et Martin Fréminet.
Ce dernier, le plus en vue à la cour, n'a guère fait que
des compositions boursouflées et du mauvais Michel-Ange.
A ce moment, une foule d'artistes français étaient allés
s'installer à Rome pour y étudier
les maîtres italiens, et,
par malheur, c'étaient ceux de la décadence qui attiraient
le plus leur admiration. Dans le nombre se trouvait Simon
Vouet que Louis XIII fit venir à
Paris
en 1627, pour se l'attacher; il y jouit
bientôt d'une immense réputation et fut chargé d'une
quantité incroyable de travaux pour les palais, les châteaux,
les églises et même les hôtels
particuliers qui se construisaient de toutes parts. Il peignit notamment
pour Richelieu la chapelle,
la grande galerie du Palais-Cardinal et la chapelle du château de
Rueil. Il ne reste rien de ces oeuvres, pas plus que de ce qu'il exécuta
dans l'hôtel de Bullion, du chancelier Séguier, du duc d'Aumont,
du maréchal d'Effiat; mais l'on voit encore, dans l'ancien hôtel
de Mazarin, devenu l'une des dépendances de la Bibliothèque
nationale, un charmant plafond à compartiments séparés
par de belles boiseries dorées qui montrent des qualités
de franchise et d'éclat, une entente de la décoration acquise
par l'étude des maîtres vénitiens, principalement de
Véronèse.
«
L'artiste est là dans sa véritable voie, dit Lechevallier-Chevignard,
et l'on comprend alors la vogue qui ne le quitta jamais. »
Dans ses décorations, il substitue
à la grâce claire, aux types élancés de la Renaissance ,
une ordonnance plus opaque, des formes plus puissantes, des cartouches
lourds, des rinceaux moins nerveux. Il y
fait apparaître aussi un élément nouveau, la fleur
naturelle prodiguée en guirlandes ou en gerbes, ou massée
par bouquets tombants. Comment ce peintre au talent facile, mais sans personnalité,
put-il former des élèves comme Le Sueur, Le
Brun, Mignard? Il est certain que, malgré
la grande situation qu'il occupa à la cour, malgré le nombre
prodigieux de ses ouvrages et le prestige de son atelier, l'influence qu'il
a exercée est beaucoup moindre que celle de Nicolas
Poussin, de Le Sueur ou de Philippe de Champaigne,
les véritables initiateurs de la peinture
française. Nicolas Poussin avait quarante-six ans; il avait
déjà exécuté à Rome
ses beaux tableaux historiques, empreints
d'un sentiment si large, si noble et si simple, lorsqu'en 1641,
Sublet de Noyers décida le grand artiste à venir prendre
à Paris
la direction du mouvement des arts. On sait avec quelle ardeur il se mit
à l'oeuvre, acceptant toutes les besognes, se chargeant de la décoration
de la grande galerie du Louvre ,
peinture ,
sculpture
et architecture, maintenant l'harmonie de son travail, luttant contre les
intrigues, donnant des modèles de tapisseries
aux Gobelins ,
dessinant des illustrations de livres pour l'imprimerie royale du Louvre,
et ramenant par ses conseils à l'étude sévère
des hommes comme Le Sueur, Bolin, Warin, Mansart.
Au bout de deux ans, écoeuré par la tourbe des médiocrités
qui conspiraient contre lui, il retourna en Italie ;
mais son court séjour avait suffi pour débarrasser l'école
française de Vouet et de Fréminet,
comme pour faire rejeter la massive architecture de l'époque, la
violente sculpture italianisée qui était encore à
la mode alors, et indiquer à l'art français une nouvelle
route à suivre. Poussin retrouva à Rome, dans l'humble maison
qu'il avait achetée, la tranquillité qu'il préférait
aux honneurs; il y réunit de nouveau autour de lui le petit noyau
d'artistes français qui s'était fixé là-bas,
et au nombre desquels était Claude Lorrain,
le peintre exquis de la lumière, le paysagiste sans égal.
-
L'Enlèvement
des Sabines, par Nicolas Poussin (1638).
A Paris ,
Eustache Le Sueur qui, lui, n'alla jamais en Italie ,
qui ne reçut même pas, semble-t-il, le contact de l'école
de Fontainebleau ,
s'éleva bientôt au rang des plus grands peintres par le caractère
de ses compositions, la pureté de son sentiment religieux, la délicatesse
et la grâce de son coloris. En moins de trois ans il exécuta
pour le cloître des Chartreux les vingt-doux
tableaux peints sur bois où il représenta les épisodes
de la Vie de saint Bruno et dont plusieurs
sont d'incontestables chefs-d'oeuvre qui évoquent le souvenir de
Raphaël.
Il y mit tout son coeur, toute la tendresse de son âme pieuse et
naïve. Mais c'est moins par les oeuvres de ce genre, où éclatent
l'intensité d'émotion et les qualités intransmissibles
de Le Sueur, que par les peintures
décoratives d'inspiration païenne, faites pour les hôtels
privés, qu'il a exercé une inspiration profonde et durable
sur l'art français. Il avait le sens du décor, savait associer
la figure aux motifs architecturaux et cette faculté qui se manifesta
hautement, en particulier dans ses travaux de l'Hôtel
Lambert, fut à coup sûr appréciée par ceux
de ses confrères auxquels tous les grands seigneurs de l'époque
demandèrent des peintures
pour leurs résidences.
Si l'on veut se rendre compte nettement
du caractère de la peinture
pendant le règne de Louis XIV, il faut
se représenter la situation faite aux peintres par la création
en 1648 de l'Académie royale.
A cette date, le nombre des peintres affranchis des charges et droits du
régime corporatif par le titre d'attaché à la maison
du roi était devenu relativement considérable. Nous avons
vu plus haut que ce privilège avait été à l'origine
une protection accordée au vrai talent; c'était devenu une
faveur arrachée par l'intrigue. Louis XIII
avait douze ou quinze peintres en titre d'office, la reine autant et non
pas des meilleurs. Il arrivait ainsi que tandis que des gens de peu de
mérite se prévalaient orgueilleusement de leur titre, des
artistes véritables restaient soumis aux entraves de la corporation
et semblaient inférieurs à des rivaux plus heureux qui ne
les valaient pas. La société s'émut de cet état
de choses et adressa une requête au Parlement, demandant respectueusement
et avec modération qu'à l'avenir le nombre des peintres dits
de la maison du roi fût réduit à quatre ou six au plus,
celui des peintres de la reine au même chiffre. De là grand
émoi à la cour et parmi les peintres qui y étaient
attachés. Quelle conduite fallait-il avoir en présence de
cette réclamation?
-
Andromède
et Persée, par Pierre Mignard (1679).
De sages esprits, tels que Mignard,
étaient d'avis d'en tenir compte, en introduisant quelques réformes
dans les statuts de la corporation. On aurait pu, par exemple, diviser
celle-ci en deux sections, l'une, supérieure, accessible aux talents
de premier ordre, et l'autre d'un degré moindre. Mais cette solution,
fort raisonnable, ne convenait pas aux projets ambitieux de Le
Brun : il poussa à une scission radicale. L'Académie
fut créée. Il en fut d'abord le chef, puis le directeur à
vie, et, dès lors, l'enseignement de l'art et les artistes eux-mêmes
durent suivre la voie qu'il lui plut d'indiquer. Groupés sous ses
ordres, comme des lieutenants autour de leur général, les
peintres n'eurent plus le droit de rien faire qui ne fût inspiré
de lui ou qui ne reçût son approbation. Il mena les artistes
comme on prend le commandement d'une armée. Il n'y eut pas dans
les bâtiments du roi une peinture ,
un ornement, une sculpture, une tapisserie,
un meuble, une pièce d'orfèvrerie dont il n'eût inspiré,
corrigé, accepté le modèle. Labeur énorme auquel
il put suffire grâce à une puissance extraordinaire d'activité
et d'imagination. La grande galerie de Versailles ,
où son pinceau s'est librement donné carrière, atteste
la variété de son talent de décoration. Son chef-d'oeuvre
reste néanmoins la Galerie d'Apollon, au Louvre ,
conception grandiose où, malgré la multiplicité des
détails, domine, dans un équilibre parfait, une somptueuse
harmonie. Les plus habiles sculpteurs du temps, Girardot, Regnauldin, Gaspard
et Balthazar Marsy, furent appelés à y collaborer, sous son
impulsion suprême, avec les peintres Léonard Gontier, Jean
Lemoine, Jacques Gervaise, Baptiste Monnoyer. Quiconque, parmi les artistes,
n'acceptait pas son autorité, était certain de son hostilité.
Ainsi l'ami de Nicolas Poussin, Jacques Stella,
qui refusa de s'incliner devant sa prééminence, ne fut jamais
reçu à l'Académie. Son adversaire acharné,
Mignard, n'y entra lui-même qu'après la mort de son rival.
En revanche, il soutint de tout son crédit des artistes comme Bérain,
l'ornemaniste le plus célèbre de l'époque, Claude
Audran, François Verdier, Joseph Vivien, La Fosse, La Hire,
Sébastien
Bourdon, Noël Coypel, Bon
Boullongne, Jean Jouvenet, Antoine Houasse,
Van der Meulen, et bien d'autres. Les portraitistes Rigaud
et Largillière, dont les oeuvres constituent
une brillante galerie des personnalités du règne de Louis
XIV, furent également ses protégés. Quand il mourut,
en 1690, Louvois
avait succédé à Colbert
et il ne jouissait plus de la même faveur. |
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