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| Joseph
Claude Anthelme
Récamier est un médecin français,
né à Cressin, près de Bellay (Ain), le 6 novembre
1774, mort le 28 juin 1852. Son père était un notaire d'une
absolue probité; son grand-père était le Dr Grossi,
qui jouit en son temps d'une grande réputation. Il avait pour cousins
l'auteur de la Physiologie du goût,
Brillat-Savarin,
et le mari de celle qui devint la muse de l'Abbaye-au-Bois,
la jolie et célèbre Mme Récamier (ci-dessous). Il
fit ses premières études au collège des joséphistes
de Bellay; quand il se fut décidé pour la carrière
médicale, il suivit ses premiers cours à l'hôpital
de la même ville, et plus tard à l'hôpital de Bourg-en-Bresse -
Survint la Révolution
: le jeune homme, atteint par la réquisition, se fit attacher au
service de santé de l'armée des Alpes Après avoir fait connaître Récamier praticien, il importe de dire quelques mots du professeur : c'est en décembre 1821 que le gouvernement le nomma professeur de clinique à la Faculté de médecine, en remplacement de Corvisart. En 1826, la chaire de médecine étant devenue vacante au Collège de France, par suite du décès de Laennec, Récamier fut appelé â l'occuper. Ayant refusé de prêter serment au gouvernement de Juillet (1830), Récamier fut déclaré démissionnaire de sa place de professeur au Collège de France et à la Faculté de médecine. Dès ce jour, il put se consacrer entièrement à ses malades. (H. M.). |
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| Jeanne-Françoise-Julie-Adélaïde
Bernard,
dame Récamier est née à Lyon
le 4 décembre 1777, et est morte à Paris
le 14 mai 1849. Son père, banquier à Lyon, fat appelé
à Paris par la protection du ministre Calonne,
en 1784. Elle quitta bientôt le couvent de la « Déserte
», sur lequel elle a laissé quelques pages, pour rejoindre
ses parents dans leur hôtel de la rue
des Saints-Pères. De son plein gré, à quinze ans,
le 24 avril 1793, elle épousa un riche banquier, âgé
de quarante-deux ans, Jacques Récamier, lequel, si l'on en croit
les confidences de Mme Lenormant, ne voulut la traiter que « comme
une enfant dont la beauté charmait ses yeux et flattait sa vanité
». M. Récamier ayant en 1798 acquis l'hôtel Necker,
la jeune femme à cette occasion entra en rapport avec Mme
de Staël, qui la dépeignit avec enthousiasme dans Corinne.
Plus candide de physionomie que de coeur, affectueuse sans passion, elle
contrastait par sa décence et son innocence voulues avec la bourgeoisie
corrompue et trop souvent cynique sortie de la Révolution.
Parmi ses adorateurs, l'on citait : les
deux cousins, Adrien et Matthieu de Montmorency,
dès leur retour de l'émigration; Lucien
Bonaparte, dont les lettres, déclamatoires suivant la mode du
temps, nous sont parvenues; d'anciens royalistes en grand nombre, et des
personnages plus ou moins hostiles au premier consul, comme Bernadotte
et Moreau. Ce salon d'opposition ou tout au moins
de large neutralité (rue du Mont-Blanc), fut certainement tenu en
suspicion par la police, surtout quand la reine qui y trônait eut
refusé à Fouché la charge de dame du palais de l'impératrice
Joséphine.
Sans qu'elle fit le moins du monde de politique active, elle était
personnellement pour les
Bourbons, et l'amitié
de Mme de Staël eût d'ailleurs suffi
à la compromettre. Cette amitié lui fut d'un grand secours
lorsque se produisit inopinément la ruine de son mari (1805). Elle
trouva un asile à Coppet, en 1806, et y fit une nouvelle victime
dans la personne du prince Auguste de Prusse « Quand on connaîtra mieux, dit Bardoux, Mme Récamier, dans les années où elle était la meilleure amie de Mme de Staël, de 1805 à 1815, on sera tout étonné de la trouver aimante, sensible à la tendresse : elle avait ressenti une affection profonde pour un des hommes les plus distingués et les plus recherchés dans le milieu de Coppet, Prosper de Barante : mais, depuis, elle était résolue à ne plus se laisser dominer par un autre sentiment que le dévouement et l'amitié. »Elle n'en demeura pas moins en relation avec son royal prétendant ; en 1811, elle manque, il est vrai, un rendez-vous qu'elle lui a donné à Schaffouse; en 1814, en pleine campagne de France -
Julie Récamier (1777-1849), par F. Gérard (1805). Elle partit bientôt pour Rome,
où la police française ne se fit pas faute de la tracasser.
En revanche, elle fut très bien reçue à Naples
par le roi Joachim Murat et la reine Caroline,
à l'époque où les désastres de l'Empire poussaient
le beau-frère et la soeur de Napoléon
ler à
négocier avec les Bourbons. Rien ne prouve
que Mme Récamier les en ait détournés; elle leur conseillait
vaguement de rester fidèles « à la France ».
Mais à laquelle? Celle de Louis XVIII
ou celle de l'empereur? Après la première abdication, le
30 août 1814, Mme Récamier invita Benjamin
Constant, qu'elle avait connu dès l'époque du Directoire
et revu à Coppet chez Mme de Staël,
à passer chez elle pour le prier de rédiger un mémoire
revendiquant auprès du Congrès de Vienne les droits de Murat
sur le royaume de Naples « Mme Récamier se met en tête de me rendre amoureux d'elle... Osez, me dit-elle.» Sans se livrer, elle sut lui donner assez d'espérance pour l'engager à fond contre « Bonaparte », au moment du retour de l'île d'Elbe : « J'ai besoin de ma tête, lui écrit-il. Je l'expose pour une cause que vous aimez » (celle des Bourbons). « Avez-vous été contente de mon article? » (celui du 19 mars dans les Débats).Mais il ne gagna rien auprès de son idole et rédigea l'Acte additionnel pour celui qu'il venait de traiter « d'Attila et de Gengis Khan ». Il plaidait d'ailleurs contre lui-même en lisant le manuscrit d'Adolphe à une femme qui n'avait aucun goût pour le rôle d'Eléonore. « Les lettres qu'il écrivit à Mme Récamier, dit Chateaubriand dans les Mémoires d'outre-tombe, serviront à l'étude sérieuse du coeur humain, au moins de la tête humaine: on y voit tout ce que peut faire d'une passion un esprit ironique et romanesque, sérieux et poétique. »
C'est après la mort de Mme de Staël que Mme Récamier, malgré les prévisions pessimistes de ses amis paisibles, ou devenus tels, comme Mathieu de Montmorency et Ballanche, laissa bientôt prendre à Chateaubriand la première place dans son esprit et dans sa société, sinon dans son coeur. Le jeu dont elle s'était fait une habitude ne réussit pas aussi bien avec ce génie violent, sombre et despotique, qu'avec les hommes du monde et les talents distingués avec lesquels elle était jusque-là entrée en lice. Elle s'attacha davantage au moins fidèle de tous; elle souffrit de son humeur, de ses caprices, de son ennui. Elle prend le parti de fuir. « Si je retournais à présent à Paris, écrit-elle de Rome le 1er mai 1824, je retrouverais ces agitations qui m'ont fait partir. Si M. de Chateaubriand était mal pour moi, j'en aurais un vif chagrin; s'il était bien, un trouble que je suis résolue à éviter désormais. »Elle aime mieux rester encore six mois éloignée de ses amis. Chateaubriand finit par s'assouplir comme les autres. Un dernier revers de fortune de Mme Récamier, la fière retraite de Chateaubriand après les journées de Juillet, rapprochèrent leur vieillesse, et l'Abbaye-au-Bois fut le dernier et modeste temple de ces deux orgueils désabusés. Mme Récamier, veuve depuis 1830, refusa d'ailleurs d'épouser Chateaubriand quand lui-même eut perdu sa femme en 1846. Elle comprit que la vie ne se recommence pas. Elle était devenue aveugle. Elle survécut de quelques mois seulement à son ami : elle fut emportée par une attaque de choléra. Elle avait ordonné de brûler tous les papiers de l'Abbaye-au-Bois, mais cet ordre ne paraît avoir été exécuté que partiellement. Elle n'avait d'ailleurs aucune prétention à la littérature, et ce fut là sans doute un de ses charmes aux yeux de ses illustres contemporains. Son vrai domaine était la conversation. « Rien n'était plus attachant que les entretiens de Mme de Staël et de Mme Récamier. La rapidité de l'une à exprimer mille pensées neuves, la rapidité de la seconde à les saisir et à les juger; cet esprit mâle et fort qui dévoilait tout, et cet esprit délicat et fin qui comprenait tout ces révélations d'un génie exercé, communiquées à une jeune intelligence digne de les recevoir : tout cela formait une réunion qu'il est impossible de peindre sans avoir eu le bonheur d'en être témoin » (B. Constant).Ni épouse, ni amante, ni mère, amoureuse seulement de l'amitié, « si elle ne sait pas aimer, elle ne sait que mieux se faire aimer. [...] Cette existence si animée était loin de faire le bonheur de celle à qui on l'enviait. Les affections qui sont la véritable félicité et la vraie dignité de la femme lui manquaient. Son coeur désert, avide de tendresse et de dévouement, cherchait un aliment à ce besoin d'aimer dans les hommages d'une admiration passionnée dont le langage plaisait à ses oreilles. » (P. Deschanel).Elle sacrifia tout à l'art et à l'ambition de plaire, et fit le charme de tout le monde parce qu'elle ne voulut ou ne put faire le bonheur de personne. Rien ne saurait être plus flatteur pour une femme, écrivait Mme Swetchine, que « de compter presque autant d'amis qu'autrefois d'adorateurs. Peut-être cependant, sans que je veuille ôter à son mérite, que, si elle avait aimé une seule fois, leur nombre à tous en aurait été considérablement diminué ».Il est possible qu'elle ait aimé une seule fois, mais sans espoir de retour, et qu'elle ait trouvé dans la dignité de son caractère, dans la froideur de son tempérament, et dans la délicatesse de sa coquetterie des moyens de représailles contre le prétendu « sexe fort », que tous, avec le temps, lui pardonnèrent. Si elle n'est pas une énigme, elle est certainement une exception. (H. Monin). -
Madame Récamier, par J.-L.David (1800).
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