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L'Amiénois

L'Amiénois (Ambianensis pagus ou ager) était une partie de la Haute-Picardie, qui occupe aujourd'hui le milieu du département de la Somme. Ce pays était occupé primitivement par les Ambiani. Il était borné au Nord par l'Artois, au Sud-Est par le Santerre, au Sud-Ouest, par le Beauvaisis, à l'Ouest par la Ponthieu. Ses limites coïncidaient à peu près avec l'ancien archidiaconé d'Amiens. Ses villes principales étaient : Amiens, Poix, Ancre (auj. Albert), Conty (Conti), Corbie, Doullens, Montdidier, Picquigny, Rubempré. 

Dès l'année 823, Louis le Pieux en avait fait un comté, mais on sait peu de chose sur les comtes d'Amiens de l'époque carolingienne. Le premier dont on connaisse le nom est un nommé Angilgovin, mentionné dans un titre de 850. Pendant les IXe et Xe siècles le pays d'Amiens fut fréquemment ravagé par les Vikings. D'après un texte de Flodoard, on peut conjecturer que, vers 930, Herbert, comte de Vermandois, était en même temps comte d'Amiens. Vers 943, Eudes, son fils, lui succéda dans le comté d'Amiens, première tentative d'hérédité à laquelle Louis d'Outremer résista en s'emparant d'Amiens, et en donnant le comté à Herluin, comte de Montreuil. Sous Roger, son fils, Arnoul, comte de Flandre, ennemi mortel des comtes de Montreuil, persuada Louis d'Outremer de marcher contre lui parce qu'il avait souffert que Hugues, archevêque de Reims, expulsé par le roi, ait nommé un évêque à Amiens. Quelque temps après, Arnoul s'étant emparé d'Amiens, y rappela le roi qui chassa l'évêque et le remplaça par un autre qu'élurent les habitants. Le comté d'Amiens resta alors aux mains d'Arnoul, qui, dès 957, s'en défit au profit de son fils Beaudouin. 

A la mort de celui-ci (961), le roi Lothaire s'empara de toutes les terres des comtes de Flandre, qu'il distribua à plusieurs seigneurs. C'est ainsi que le comté d'Amiens échut à Gautier Ier, comte de Pontoise. Gautier III, troisième successeur de Gautier ler, étant mort sans postérité en 1063, les comtés d'Amiens, Pontoise, Mantes et Chaumont passèrent à son cousin Raoul, comte de Crespy et de Valois, qui acquit plus tard encore le comté de Montdidier. Son deuxième fils, Simon, lui succéda après sa mort arrivée en 1074. Dès l'année 1069, Simon avait été associé par son père à son titre de comte d'Amiens. Les premiers rois capétiens ne furent donc pas les seuls à employer ce moyen d'assurer l'hérédité à leur famille. Malgré cette précaution, la possession du comté d'Amiens fut contestée à Simon par le roi Philippe Ier. Ce ne fut qu'après une guerre où le roi fut souvent défait que Simon obtint la reconnaissance de ses droits. Il n'en jouit pas longtemps, car en 1076, il alla s'enfermer dans le monastère de Saint-Claude, afin d'expier les crimes de son père. Il mourut à Rome en odeur de sainteté. On ne sait trop ce que devinrent alors ses nombreuses possessions.

Peu de temps après les comtés de Mantes et de Pontoise étaient entre les mains du roi Philippe et celui d'Amiens en la possession de deux seigneurs nommés Guy et Yves, mais sur lesquels il fut bientôt usurpé par Enguerrand, seigneur de Boves et de Coucy. Fatigués de son oppression, les habitants d'Amiens, forts de l'appui de leur évêque et du roi de France, se soulevèrent contre lui et s'organisèrent en commune. Assiégé deux ans durant dans le château d'Amiens avec son fils Thomas de Marie par Louis VI, Enguerrand fut à la fin vaincu et expulsé du comté. En possession du comté d'Amiens, Louis VI le donna à sa légitime héritière, Adèle, comtesse de Vermandois, fille du comte Raoul et épouse de Renaud, comte de Clermont. Bientôt après, Marguerite de Clermont, leur fille, et son mari, Charles de Danemark, leur succédèrent (1118). 

On ne sait qui remplaça Charles de Danemark dans le comté d'Amiens, que l'on retrouve en 1146 aux mains de la maison de Boves, en la personne de Robert, fils de Thomas de Marie, lequel en avait hérité du chef de sa femme Béatrix, fille de Marguerite de Clermont et de Hugues II, comte de Saint-Pol, son second mari. Robert avait tous les vices et toutes les cruautés de son père; le comté d'Amiens lui fut bientôt enlevé par Raoul, comte de Vermandois, Ce Raoul tient une place illustre dans l'histoire de son temps : il fut régent de France pendant la croisade de Louis VII, conjointement avec Suger et l'archevêque de Sens. Il mourut vers 1151 (suivant d'autres 1156), laissant un fils en bas âge, Raoul III, qui lui succéda sous la tutelle d'Yves de Nesle, comte de Soissons. Raoul III étant décédé sans postérité, tous ses biens passèrent à Elisabeth sa soeur aînée, femme de Philippe d'Alsace, comte de Flandre. A la mort d'Elisabeth (1182), la succession du comté fut vivement disputée à Philippe d'Alsace par Eléonore, soeur de celle-ci.

Philippe-Auguste, qui était alors en guerre avec le comte de Flandre, soutint les prétentions d'Eléonore. Après une guerre de plusieurs années, le roi finit par s'emparer d'Amiens, et, par un traité conclu par l'entremise du roi d'Angleterre Philippe d'Alsace renonça à ses prétentions en faveur du roi de France. On sait comment Philippe-Auguste refusa de prêter hommage à l'évêque d'Amiens de qui relevait le comté, alléguant que le roi de France ne devait hommage à personne. Il reconnut toutefois la suzeraineté de celui-ci en payant le droit de procuration.; Charles VII céda l'Amiénois par traité à Philippe le Bon duc de Bourgogne, 1435; la mort de Charles le Téméraire le rendit à Louis XI, 1477, et il lui fut assuré par le traité d'Arras, 1482.A partir de cette époque, l'histoire du pays d'Amiens se confond avec celle de la Picardie. (G. Durand).

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Dictionnaire Territoires et lieux d'Histoire
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