.
-

Protozoaires
Les Globigérines
Les Globigérines (genre Globigerina) sont des Foraminifères répandus dans les grandes profondeurs des océans à l'époque actuelle. On les trouve à l'état fossile dans les terrains du Trias, du Crétacé et du Tertiaire. Les coquilles de ce genre abondent, notamment, dans la craie de Meudon, comme on peut s'en assurer en broyant ou lavant un fragment de cette craie pour l'examiner à un grossissement d'environ 300 diamètres. 

Parmi les Globigérinidés, le genre Orbulina n'est pas moins répandu. Pullina et Sphaeroidina se trouvent aussi dans la craie. 
-

Globigérines.
Globigérines. - Elles sont composées de sphères de dimensions variables réunies entre elles et percées de trous nombreux.

On trouve les restes des coquilles de Globigérines sur des milliers de milles carrés, au fond des mers; ils s'y trouvent en telles masses qu'ils forment un des principaux éléments caractéristiques de cette vase; on a même créé les expressions de « fond de Globigérines » et de « vase à Globigérines ». L'étude de ces fossiles microscopiques a permis de comprendre que la boue qui se déposait au fond des anciennes mers avait la même composition que celle des océans actuels et, par suite, se formait dans les mêmes conditions. (E. Trouessart).

Regard en arrière. 
Dans les années 1872-1876,  les naturalistes de l'expédition océanographique du Challenger ont fixé particulièrement leur attention sur cette question d'une importance et d'un intérêt si considérable. C'est ainsi que nous devons principalement aux travaux de Murray et de C. W. Thomson des conclusions qui furent communiquées à la réunion des naturalistes anglais, au cours de l'automne 1876. Nous laisserons ici Thomson reprendre la question d'un peu plus haut :

« La profondeur moyenne de l'Océan est un peu supérieure à 2000 brasses; elle atteint probablement 2500 brasses environ. Une grande partie de la mer est sans doute un peu moins profonde; la profondeur de 2000 brasses paraît se présenter fréquemment. Dans les points où elle atteint 2500 à 3000 brasses, on peut songer à des creux de vallées sous-marines; mais il faut faire une exception pour l'Océan Pacifique où l'on trouve d'immenses étendues d'eau dont la profondeur dépasse souvent 3000 brasses. Dans une grande partie de la région septentrionale de l'Atlantique on relève une profondeur d'environ 2000 brasses; pourtant il s'étend sous ces eaux un soulèvement médian qui part du sud du Groenland et auquel il faut rattacher les diverses îles et les divers groupes d'îles qui se prolongent jusqu'à Tristan da Cunha et probablement même au delà. Dans l'océan Sud-Atlantique, de part et d'autre de ce banc, qu'on a nommé Dolphin-Rise en l'honneur du navire qui l'a mesuré pour la première fois, on constate une profondeur de plus de 3000 pieds généralement. Ces bas-fonds s'étendent parallèlement aux axes de l'Amérique méridionale et de l'Afrique. Or, ce fond de mer, caractérisé dans ses contours généraux d'après ces mesures de profondeur, est recouvert de certains dépôts. Le sol entier de la mer, dans toute l'étendue que nous avons pu étudier, reçoit certaines agglomérations qui s'accroissent peu à peu en constituant des formations dans lesquelles on doit voir les couches rocheuses de l'avenir.

Déjà depuis bien des années, avant les sondages faits en vue de la pose du câble transatlantique, on avait établi qu'une grande partie du fond de la région septentrionale de l'Atlantique était constituée par un dépôt qu'on désigne aujourd'hui sous la dénomination de « vase des Globigérines ». Il est formé des coquilles de petits Foraminifères appartenant principalement au genre Globigerina; à l'état sec, cette vase offrait à peu près l'apparence d'un sagou fin; les petites coquilles, se détachant les unes des autres, ont permis de reconnaître qu'elles constituaient presque exclusivement ce dépôt. Quand on recueillait, à l'aide d'un procédé spécial, des échantillons de la masse du fond située un peu plus profondément, on trouvait les coquilles de Globigérines brisées et soudées ensemble, de telle sorte qu'elles formaient un limon presque uniforme, dans lequel on pouvait néanmoins distinguer encore un grand nombre de coquilles intactes et de fragments parfaitement reconnaissables. La masse entière était constituée presque uniquement par du carbonate de chaux, et la seule roche qui aurait pu provenir de là eût été une pierre calcaire. On a conclu de ces observations que, sur une vaste étendue de la région septentrionale de l'Atlantique et sur beaucoup d'autres parties de la surface terrestre, il a dû se déposer des roches calcaires de ce genre. D'autres observations ont montré que c'était presque le même matériel qui composait la craie, et il parut établi, d'une manière indéniable, que le dépôt qui continue à s'effectuer encore aujourd'hui est identique à la craie. Pendant le voyage d u Challenger nous avons eu occasion souvent de recueillir cette craie actuelle; le problème qui nous occupe est un de ceux qui avaient été, soulevés déjà avant notre départ.

Où vivent les créatures en question? Vivent-elles sur le fond de la mer, ou vivent-elles à la surface d'où leurs Coquilles tomberaient sur le fond après la mort des animaux? Jusqu'à ces derniers temps, on n'en avait trouvé que quelques rares spécimens vivants à la surface et l'on était généralement d'avis que ces êtres vivaient au fond de l'eau, là où l'on trouvait leurs restes. Un de mes compagnons de voyage, Murray, dirigea spécialement son attention sur la constitution du matériel qu'on retirait du fond de la mer; il étudia particulièrement sa composition et rechercha surtout sa provenance, Il se servit tantôt du filet, tantôt de la sonde, et le résultat de ses travaux le conduisit à une conclusion sur laquelle nous sommes entièrement d'accord avec lui. Lorsqu'on tire le flet à la surface, et, plus encore, lorsqu'on le laisse s'enfoncer jusqu'à la profondeur de quelques brasses et même d'une centaine, de brasses, on capture une énorme quantité de ces Foraminifères qui forment la vase à Globigérines. Les Globigerina elles-mêmes sont extrêmement communes dans beaucoup de mers, et leur aspect caractéristique est tout à fait différent de celui des coquilles qui gisent au fond de l'eau; à mon point de vue, il n'est pas douteux que ces Foraminifères vivent auprès de la surface et que toute la masse de coquilles, qui compose le fond, provient d'en haut.

Telles qu'on les trouve sur le fond, les coquilles figurent de petites sphérules soudées entre elles, dont la surface rugueuse est criblée de petits trous microscopiques. Leur cavité contient une masse rougeâtre qu'on était tenté de prendre pour les restes du corps de l'animal. 

Capturée à la surface, la Globigerina présente bien la même forme de Coquille; mais, au lieu d'être blanche et opaque, cette coquille est tout à fait incolore et transparente. Chaque pore est entouré d'une petite saillie hexagonale dont chaque angle porte une longue épine, de telle sorte que la coquille est, dans toutes les directions, hérissée d'épines qui se rencontrent au centre de chaque chambre. Le protoplasma, qui représente la substance vivante de la Globigérine, s'exprime au dehors des orifices et court le long des épines jusqu'à leur extrémité où elle accapare en elle les particules nutritives qu'elle rencontre. Les Globigérines paraissent avoir la même densité que l'eau exactement, car leur poids spécifique ne change pas lorsqu'on met de l'huile dans l'intérieur. Elles nagent par myriades à la surface; les individus qui meurent tombent au fond.

Puisqu'on les trouve vivants et en masses si nombreuses auprès de la surface de l'eau, tandis qu'on n'en trouve jamais dans cet état sur le fond, il n'est guère douteux que la vase à Globigérines ne soit absolument qu'une accumulation de coquilles privées de vie ayant appartenu aux êtres qui vivent à la surface ou à des profondeurs modérées. S'il en est réellement ainsi, on doit s'attendre à voir les dépôts provenant de ces créatures se répandre aussi loin qu'elles-mêmes. »

[Il parut assez étrange de constater que le fait n'a pas lieu; c'est là une des données les plus curieuses qu'ait établies l'expédition du Challenger.] 

« En descendant à une profondeur de 2000 brasses environ, on trouve que ces coquilles paraissent comme rongées et jaunâtres; elles n'ont plus la blancheur et la transparence de celles qu'on recueille sur un sol moins profond: à une profondeur de 2500 brasses et davantage encore, on ne rencontre plus de coquilles du tout, mais le fond est alors constitué par une vase ou par un limon rouge et uniforme qui ne contient pas de carbonate de chaux. Comme une grande partie de l'Océan a plus de 2000 brasses de profondeur, il est probable que la partie de beaucoup la plus considérable du fond de la mer est revêtue de ce limon rouge et non des productions calcaires précitées. On se demande alors comment il a pu se faire que, dans les points où règne une certaine profondeur, le dépôt calcaire ait cédé la place à ce limon rouge. Sans doute, le dépôt calcaire n'a pu avoir lieu par suite de la dissolution du carbonate de chaux des coquilles de Globigérines suivant un mode quelconque encore mal éclairci. C'est là ce qu'on trouve lorsqu'on dépasse une certaine profondeur, et l'on rencontre alors le limon rouge. D'où provient donc celui-ci? Il est constitué par de la glaise et par du fer. En analysant les coquilles, on n'y trouve absolument pas en quantité appréciable ces deux corps dans cette combinaison spéciale. » (C. W. Thomson, 1876).

.


Dictionnaire Les mots du vivant
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

[Pages pratiques][Aide][Recherche sur Internet]

© Serge Jodra, 2013. - Reproduction interdite.