Les gens

[Accueil][Encyclopédie][Chronologies][Arrière-plans][Inventaires][Noms]


Karamzine (Nicolas-Mikhaïlovitch), historien né à Mikhaïlovka (gouvernement de Kazan, en Russie) le 1er septembre 1766, mort à Pétersbourg le 22 mai 1826. Ses ancêtres étaient des princes tatares; son père, commandent en retraite, l'éleva avec le plus grand soin. La lecture de romans français développa en lui une imagination ardente et une grande sensibilité. Il acheva ses études à la pension Schaden, à Moscou. A quinze ans, ses classes terminées, il entra dans l'armée; il la quitta après la mort de son père pour s'adonner entièrement à la littérature. Il débuta par des traductions de l'allemand et du français : la Jambe de bois de Gessner, Emilia Galotti de Lessing, Jules César, d'après la traduction française de Letourneur, etc.

En 1789, il entreprit un voyage à l'étranger afin « de compléter son éducation et de se rendre compte de la position et de l'influence des écrivains en Europe » ; il parcourut l'Allemagne, la Suisse, la France et l'Angleterre et publia ses impressions dans les Lettres d'un voyageur russe, livre qui eut un succès considérable, ruina à jamais l'école pseudo-classique et fut bientôt accepté par tout le monde, comme le modèle de la langue et du style. De retour en Russie en 1791, Karamzine avait fondé le Journal de Moscou, où il publia une foule de nouvelles et de traductions : la Pauvre Lise, Nathalie, la Fille de Boyar, la Henriade de Voltaire, le Roland furieux de l'Arioste, le Voyage d'Anacharsis de Barthélemy, Clarisse Harlowe de Samuel Richardson, etc., puis il édita divers recueils de poésies, nouvelles et traductions : Aglaé, le Panthéon des écrivains étrangers, le Panthéon des écrivains russes, etc.

En 1802, il fonda une revue, le Messager de l'Europe, puis s'adonna aux questions historiques; il publia l'Éloge historique de Catherine ( Catherine II) et des biographies de personnages célèbres. Nommé historiographe de la cour en 1803, il se mit à étudier les manuscrits des monastères et les archives; présenté au tsar Alexandre en 1810, il lui lut son Mémoire sur l'ancienne et la nouvelle Russie. En 1812, sa bibliothèque brilla dans l'incendie de Moscou et c'est à peine s'il put sauver les manuscrits de sa grande histoire de l'empire russe. En 1815, huit volumes étaient achevés et le tsar donna 60 000 roubles pour l'impression (1816-1818). En vingt-cinq jours 3 000 exemplaires furent écoulés. 

« L'impression fut grande, écrit Pouchkine, et toute la société, même les femmes du monde, se mit à lire l'histoire de la patrie, jusque-là inconnue; Karamzine paraissait avoir découvert la vieille Russie, Comme Colomb avait découvert l'Amérique. »
L'ouvrage strictement conservateur, véritable glorification et justification de l'autocratie, plut beaucoup à Alexandre qui fit de Karamzine son conseiller et son ami; ce fut l'historien qui dissuada le tsar de restaurer le royaume de Pologne, dans son Opinion d'un citoyen russe (1819). La mort du souverain frappa beaucoup Karamzine, dont la santé était déjà chancelante; les médecins l'engageaient à partir pour l'Italie; Nicolas avait mis à sa disposition une frégate et l'avait doté de 50 000 roubles de pension, lorsque la mort l'atteignit subitement (1826). Karamzine est avec Lomonossov le créateur de la prose russe ; il ouvre la voie aux écrivains du XIXe siècle. (M. M.).


En bibliothèque - Ses oeuvres principales furent traduites très tôt dans toutes les langues de l'Europe; la meilleure traduction de son histoire est celle de Saint-Thomas, Jauffret et Divoff (Paris, 1818-26). Ont été encore traduits en français dès le XIXe siècle : Marpha ou Novgorod conquise, traduction de J.-B.-P. (Moscou, 1804, réimprimée à Genève, 1885); le Sensible et l'indifférent, trad. Arsène Khvostov (Pétersbourg, 1866); la Pauvre Lise (Paris, 1808, et Kazan, 1818); Lettres d'un voyageur russe, par Legrelle (Paris, 1886).

A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
[Bibliothèque][En librairie][Textes][Pages pratiques][Recherche sur Internet][Aide]

© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.