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Les dynasties musulmanes

 
On trouvera dans cette page la liste des principales dynasties musulmanes qui ont disposé du pouvoir au Moyen-âge (c'est-à-dire ici avant la domination ottomane). Les Omeyyades et les Abbassides se sont succédés pendant le premier califat (Califat d'Orient). Mais un certain nombre d'autres dynasties se sont émancipées de ce pouvoir, tant en Asie qu'en Afrique. Deux d'entre-elles ont succédé au au Califat d'Orient  : les Fatimides ont régné sur un second Califat, en Afrique du Nord et en Egypte; les Omeyyades d'Espagne sont à l'origine du Califat de Cordoue. 

Le califat d'Orient

Les Omeyyades (661-750).
Les Omeyyades (Ommeyades, Omeyades, Oméïades, Ommyades ou Ommiades, en arabe Banu Omayyah) sont les  descendants d'Omayyah, calife de la  dynastie musulmane établie à Damas.

Le calife Omayyah avait pour aïeul Abd-Ménaf, chef de la tribu des Koraïshites et cousin d'Abd-el-Motalleb, grand-père de Mohammed (Mahomet). Abou-Sofian, petit-fils d'Abd-el-Motalleh, se rallia à l'Islam en l'an 8 de l'hégire . Son fils Moaviyya fut d'abord secrétaire de Mahomet et gouverneur de la Syrie sous le règne d'Omar et d'Osman; c'est lui qui conquit Chypre (647) et Rhodes (651). En 656, au moment de l'assassinat d'Osman, il refusa de reconnaître Ali et se proclama calife; maître de la Syrie, de l'Egypte et de l'Arabie, Moaviyya proposa un arbitrage à Ali et se fit reconnaître calife par supercherie. Ali n'en resta pas moins maître de la Mésopotamie et de toute la partie orientale du califat. Ce ne fut qu'à sa mort (661) que Moaviyya devint réellement le maître de l'Islam. 

C'est sous son règne que la Transoxiane et l'Afrique du Nord passèrent sous la domination musulmane. Il mourut en 680. Son successeur, Yézid Ier, triompha sans peine des prétentions d'Hoseïn, fils d'Ali et d'Abd-Allah, fils de Zobeïr; il mourut après un règne de trois ans, en 683, laissant le trône à son fils Moavivya II, qui abdiqua au bout de quelques jours, et qui fut empoisonné. Il eut pour successeur Mervan Ier, fils de Hakem, cousin de Moaviyya, qui eut à lutter contre Abd-Allah-Ibn-Zobeïr, et qui mourut en 685, après avoir exercé le califat durant dix mois. Abd-el-Mélik Ier lui succéda et se 'ldébarrassa d'Abd-Alla-ibn-Zobeïr et de Mokhtar, qui avait soulevé la Perse contre lui. Il fut le promier calife ommeyade qui réunit sous son sceptre tout le monde musuman. Son fils, Welid Ier, devint calife à sa mort, en 705, et il abandonna toute son autorité

à ses généraux, qui conquirent l'Asie centrale, l'Espagne et la Sicile. Son successeur, Soleïman (715), l'imita et fut remplacé en 717 par Omar II Ibn-el-Aziz, qui porta sur le trône les vertus d'un moine plutôt que les qualités d'un chef d'Etat; il fut empoisonné en 720 et eut comme successeur Yézid II, fils d'Abd-el-Mélik, avec lequel commença la décadence de la dynastie ommeyade. Hisham, son frère, monta sur le trône en 724, et gouverna avec sagesse. C'est sous son règne que l'émir Abd-er-Rahman fut battu à la bataille de Poitiers en 732 par Charles-Martel. Il vit le début de l'insurrection des Abbassides. Ses successeurs Wélid II, Yézid III et Ibrahim régnèrent chacun durant quelques mois, et le dernier Ommeyade fut Mervan II, qui lutta désespérément contre les Abbassides (744) et fut vaincu à Arbèles (749). Il se réfugia en Egypte, où il fut tué en 750; l'un des petits-fils de Mervan Ier, Abd-er-Rahman, s'enfuit en Espagne, où il fonda la dynastie des califes ommeyades qui régna jusqu'en 1031.

Les Abbassides (750-1258).
Les Abbassides sont la deuxième dynastie des califes arabes successeurs de Mahomet, fondée en 750 par Aboul-Abbas, descendant d'Abbas, oncle du Prophète. Avant lui déjà, la postérité d'Abbas avait combattu les Ommeyades, dont les Arabes acceptaient difficilement la domination, et s'était fait désigner comme héritier éventuel du droit au califat; avec lui, elle se substitua aux Ommeyades, et étendit son pouvoir sur le monde musulman tout entier. 

Après Anbar et Koufa, Bagdad, fondée en 762, devint la résidence des califes abbassides, qui, au nombre de trente-sept, régnèrent jusqu'en 1258, époque où un petit-fils de Gengis-Khan, Houlagou, mit fin à leur domination.

Ces califes se sont de très bonne heure désintéressés des affaires, non seulement de l'Espagne abandonnée par eux aux Ommeyades, mais encore de l'Afrique; ils ont concentré toute leur attention sur l'Asie, à qui ils donnèrent une organisation administrative nouvelle, et dont ils développèrent la prospérité. Au temps d'Haroun-al-Raschid (786-809), l'Empire abbasside fut à la tête de la civilisation; mais la décadence ne tarda pas à commencer. Dès la seconde moitié du IXe siècle, le défaut d'unité des populations gouvernées par les califes et l'absence d'une loi de succession au trône ébranlèrent l'empire et en amenèrent le démembrement; un siècle plus tard, Radhi dut abandonner à une sorte de maire du palais toute la puissance temporelle, et ne plus garder pour lui que le spirituel. Dès lors, les califes de Bagdad ne règnent plus que sur leur capitale; ils la conservèrent, jusqu'au jour où s'en empara Houlagou. Celui-ci fit étrangler le calife Moustasim (Mostasem) et mit fin à la dynastie abbasside, dont les survivants essayèrent, plus tard, de faire revivre le pouvoir. Dans ce but, quatorze princes abbassides prirent successivement le titre de calife, mais ils n'exercèrent qu'une autorité spirituelle dont le dernier d'entre eux se dessaisit en 1517, en faveur du Sultan ottoman Selim Ier.

Dynasties indépendantes en Asie

Les Tahirides (822-873) et les Saffarides (873-1008).
Taher ou Tahir, que le calife al Mamoun avait nommé gouverneur des provinces de Khoraçan et de Sedschestan, se déclara indépendant et fixa sa résidence à Nischa-  pour (822). Talaha, qui succéda à son père Tahir  (824), se fit investir de l'autorité sur son royaume par le calife, sans cependant le reconnaître comme souverain. 

Des révoltes éclatèrent bientôt contre les princes de la dynastie des Tahirides, et Mahomet, dernier descendant de Tahir, fut détrôné  (872 ) par Jacob Ebn Leith, fils d'un chaudronnier (Soffar ou Saffar), qui devint le fondateur de la dynastie des Saffarides ou Soffarides. 

Jacob étendit sa domination sur Balk, Tabarestan, Kaboul, Dschordschan et Fars, et réunit ces provinces à l'ancien royaume des Tahirides. Son frère Amrou (879) en reçut l'investiture par le calife; mais il fut fait prisonnier pur Ismaël fondateur de la dynastie des Samanides  (900). Tahir, petit-fils de Jacob , parvint cependant au pouvoir dans le Khoraçan, et après qu'il eut été détrôné, ses descendants se maintinrent dans le Sedschestan (908) jusqu'au commencement du XIe siècle (1002). La civilisation et la littérature arabes se répandirent dans ces contrées orientales de l'empire sous le règne de ces dynasties, et une académie ou école fleurit pendant longtemps à Nischapour.

Les Samanides (898-1004).
Les descendants de Saman, qui prétendait tirer son origine de l'ancienne dynastie des Sassanides, appartenaient aux plus puissantes familles du Khoraçan et occupaient les emplois les plus importants dans l'empire arabe. Ismaël  prit enfin les armes contre les Soffarides (898), renversa leur trône et fit la conquête de la plus grande partie de  l'ancienne Perse (900). Le calife l'investit du pouvoir dans les provinces qu'il avait conquises , et Ismaël fonda l'indépendance de la dynastie des Samanides. Ses successeurs fixèrent leur résidence à Boukhara, et favorisèrent la poésie, l'astronomie et l'agriculture. Le règne de Nasr Aboul Hassan, petit-fils d'Ismaël (915-942 ), fut une période de prospérité et de gloire pour ce royaume. Vers le milieu du Xe siècle, les Bouides et, quelque temps après, les Ghaznévides commencèrent à l'attaquer ; les Samanides furent détrônés par le khan des Turcs, Ilek. (1004) Leur royaume tomba sous la domination des souverains de Ghazni.

Les Ghaznévides (977-1182).
Sébektékin, esclave turc, au service d'Abou Ischak , gouverneur de Ghazni dans la Boukharie, fut élu roi par les soldats après la mort de son maître (977). Son second fils Mahmoud I, auquel il laissa le pouvoir, devint le fondateur de la puissance des Ghaznévides (997). Il conquit une partie des Indes ainsi que les provinces de Kaboul, de Khowaresmie, de Khoraçan, pénétra jusqu'au Gange, détrôna le dernier des Soffarides dans le Sedschestan (1004) et expulsa les Bouides de l'Irak. La ville de Ghazni devint riche par le commerce; les arts et les sciences y furent cultivés et protégés par le sultan. C'est à la cour de Mahmoud que vivait le plus ancien poète persan, Firdoussi, l'auteur de la célèbre épopée Schah-Namé (= Le Livre des rois). Mahmoud, qui, après une guerre sanglante , avait forcé les Turcs à reconnaître son autorité, engagea une de leurs tribus, les Seldjouks, à venir se  fixer dans le Khoraçan (1030). Après sa mort Togrul-Beg, petit-fils de Seldjouk, prit les armes contre les souverains de Ghazni; il se rendit maitre du Khoraçan. Les Indiens secouèrent en même temps le joug étranger et l'autorité des princes Ghaznévides fut restreinte à la Boukharie. Des guerres pour le trône éclatèrent à l'intérieur , (1150) et, vers le milieu du XIIe siècle, les princes de Ghor attaquèrent et détruisirent la ville de Ghazni. Des Ghasnévides se maintinrent encore pendant quelque temps dans le Lahore, d'où ils furent enfin également expulsés par les Ghorides (1182).

Les Ghorides (1150-1212).
De prétendus descendants des Sassanides exerçaient le gouvernement sur les contrées de Ghor, dans le sud-ouest du Balkh , et reconnaissaient l'autorité des souverains de Ghazni. Attaqué par ceux-ci (1150), le prince Ghoride  Mohammed al-Hussein, resta vainqueur et renversa le royaume de Ghazni. Il fonda un état à Ghor, qui dura un demi-siècle. Ses successeurs étendirent leur domination sur le Delhi et le Khoraçan. Au commencement du XIIe siècle, la dynastie des Ghorides s'éteignit, et les provinces occidentales de leur royaume furent conquises par les princes Khowaresmiens (1212).

Les Chowaresmiens (1096-1230).
Cothbeddin, gouverneur turc de la Khowaresmie (Kharezm) ou des contrées entre la mer Caspienne, de la mer d'Aral et le Gihoun, se rendit indépendant de l'autorité des sultans seldjoukides, et fonda la dynastie des Chowares- miens (1096). Ses successeurs firent des guerres heureuses , et le nouveau royaume comprit à la fin du XIIe siècle la Boukharie, le Kaboul, le Khoraçan et l'Irak. Vers le commencement du XIIIe siècle, Gengis-khan, le célèbre conquérant mongol, attaqua les Khowaresmiens et les vainquit dans une grande bataille. Dschélaleddin, fils (1219) du Schah Mahomet qui avait péri dans le combat, se mit à la tête des plus braves de ses soldats et quitta le pays. Les poètes persans célébrèrent les faits d'armes de ce chef, qui remplit de sa renommée tous les pays depuis l'Indus jusqu'à l'Euphrate. Après sa mort  (1131), les hordes qu'il avait conduites, dévastèrent la Syrie et la Palestine, prirent et détruisirent Jérusalem, et anéantirent une armée (1244) chrétienne dans la bataille de Gaza. Dès-lors ils servirent comme mercenaires dans les armées des sultane d'Égypte et de Damas.

Les Bouides  (932-1056).
6. Ali, fils de Bouyah, qui vivait de la pêche de la province de Dilem, devint gouverneur de Kertsch , et fonda la puissance de sa famille par des conquêtes. La ville de Schiras fut la résidence d'Ali, qui soumit avec le secours de ses deux frères, Hassan et Achmed, la plus grande partie de la Perse. Le calife le reconnut comme souverain, et confia à Achmed la dignité d'Emir-al-Omra  (932), qui resta héréditaire dans la famille des Bouides. 

Bouyah eut trois fils, Imad-Ed-Daulah (Dawla), Rockn-Ed-daulah, Moez-Ed-daulah, qui du rang de simples soldats s'élevèrent au souverain pouvoir et qui régnèrent à Bagdad, ainsi que sur la Perse, depuis l'an 932 jusque vers 1055.  Ils formèrent deux branches, dont l'une domina sur l'lrak de 932 à 1029, époque à laquelle elle fut remplacée par les Ghaznévides, et l'autre sur le Fars (Perse propre) de 933 à 1055. Les Seldjoukides, après avoir renversé le trône des Bouides en Perse, finirent par les remplacer dans la dignité d'Emir-al-Omra.

Autres dynasties orientales.
Outre ces grandes dynasties, qui se disputèrent la domination de la partie musulmane de l'Asie, une foule d'autres dynasties s'établirent dans les différentes provinces de l'empire arabe. Ainsi  :

Les Dilemides ou Ziades dans le Ghilan, au sud de la mer Caspienne (927-1080)

Les Barides dans le Khouzistan;

Les Hamadanides ou Hamdanides à Alep (944-1003) et Mossoul  (929-931) dans la Mésopotamie ( 929-1016)

Les Okailides à Mossoul et Coufa (990-1093)

Les Merranides à Diyarbekir (990-1085); 

Les Merdasites à Alep (1023-1080). 

Toutes ces dynasties reconnurent pourtant l'autorité spirituelle des califes, et restèrent unies à l'empire arabe par le lien religieux.

Un grand nombre de sectes religieuses prirent également naissance dans l'Islam. Ces sectes sortirent pour la plupart des Chiites, de cette grande fraction de Musulmans, qui rejetèrent la tradition orale, la Sunna, et qui soumirent l'explication du Coran à la raison individuelle. La plus puissante de ces sectes fut celle des Ismaéliens. Elle était ainsi appelée parce qu'elle prétendait que la dignité d'imam (de celui qui était de droit chef spirituel et temporel de tous les partisans de l'Islam) avait été transmise par une suite non interrompue des descendants d'Ali, gendre de Mahomet , jusqu'à un prince nommé Ismaël, et qu'après sa mort l'Imamat avait reposé sur des personnages inconnus aux hommes jusqu'au moment où devait s'opérer le triomphe de la maison d'Ali.

Les Carmates, ainsi que le plupart des dynasties indépendantes de l'Afrique, appartenaient à cette secte, que l'on pourrait nommer l'école rationaliste de l'Islam. Les Ismaéliens comptèrent en outre un grand nombre de partisans dans les provinces, persanes, où ils formèrent des ordres ou sociétés secrètes. De la Perse, ils se répandirent en Arabie. Un des premiers; qui propagea ses doctrines par les armes fut Babek Courrami (930), tyran fanatique, qui, pendant vingt ans, remplit plusieurs provinces arabes de sang et de ruines. Plus de 300,000 hommes périrent par le glaive des hordes qu'il commandait. Abdallah, qui appartenait à la secte des Ismaéliens, devint le fondateur de celle des Carmates ou Carmatides, qui reçurent leur nom de son disciple Achmed et Carmath. Abdallah prâcha ses doctrines d'abord dans la Syrie (890). Le Coran, selon lui, n'avait qu'un sens allégorique, et les préceptes qui s'y trouvent n'étaient que des maximes politiques. Les Carmates ne fondèrent pas de royaume. Divisés en plusieurs armées sous la conduite de différents chefs, ils parcoururent l'Arabie, la Syrie et l'Irak, dévastèrent les contrées, prirent et détruisirent les villes. Ils combattaient, disaient-ils, pour l'Imam inconnu, et déclarèrent la guerre à tous les princes musulmans. En 902 ils assiégèrent Damas. Commandés par Abou Taher, ils prirent la Mecque (929), et enlevèrent la Pierre noire de la Kaaba. Plus de trente mille hommes avaient péri dans la ville. Cependant les émirs al-Omra de la famille des Bouides les combattirent avec succès, et la puissance des Carmates fut anéantie vers la fin du Xe siècle (985). Les doctrines des Ismaéliens et des Carmates ne s'éteignirent toutefois pas et furent conservées par des sociétés secrètes.

Dynasties indépendantes d'Afrique

Les Edrisites (788-973).
Edris, un des descendants d'Ali se sauva en Afrique, lors de la persécution des Alites dans le Hedjaz (784). Il se rendit chez les Berbères et convertit plusieurs tribus de ce peuple à l'Islam. Celles-ci le reconnurent pour leur chef. Son fils Edris II fonda la ville de Fez (Fès) en 788 et y fixa sa résidence (793). Vers le milieu du IXe siècle , le royaume de Fez s'étendit depuis l'Atlantique jusqu'aux confins du territoire de l'ancienne Carthage. Des divisions et des guerres pour le trône, et les attaques des souverains Fatimides de Kairouan affaiblirent la puissance des Edrisites. Ces guerres amenèrent l'intervention d'Abd et Rahman-le-Grand, calife de Cordoue, et Fez tomba à diverses reprises au pouvoir de ses ennemis. Les Edrisites se maintinrent dans la partie montagneuse de leur royaume jusque dans la seconde moitié du Xe siècle (973).

Les Aghlabites (800-907).
Ibrâhim ibn AI-Aghlâb (Ibrahim, fils d'Aghlab), que le calife Haroun al Raschid,  avait nommé gouverneur de l'Afrique (800), fonda le royaume de Kairouan. Le fondateur de cette dynastie, reconnut, ainsi que ses successeurs, la suzeraineté des Abbâssides.  Il régna sur toutes les contrées depuis l'ancienne Cyrénaïque jusqu'à la Mauritanie. Ziadet Allah, second fils d'Ibrahim (817-838) construisit une flotte , et soumit plusieurs îles de la Méditerranée à son sceptre. (827). Appelé par Euphémius, gouverneur grec de la Sicile, contre l'empereur Michel Il, il aborda dans cette île (832)  et s'en rendit bientôt le maître. Palerme fut prise, et les Grecs ne conservèrent que les villes de Syracuse et de Taormina. Ibrahim II (874-902) transféra sa résidence de Kairouan à Tunis, et fit des conquêtes étendues dans le midi de l'Italie. Le trône des Aghlabites fut renversé (907) par une révolte qui livra le royaume à Obeidallah, fondateur de la dynastie des Fatimides.

Cette dynastie a fourni 11 princes :

Ibrâhim Ier (800-812), Aboû'l-Abbâs Ier (817); Ziadet-Allâh Ier (838); Aboû-Ikal (841); Aboû'l-Abbâs ll (856); Aboû-lbrâhim (863); Ziadet-Allâh II (864); Aboû'l-Gharâniq (875); Ibrâhim II (902); Aboû'l-Abbâs III (903) et Ziadet-Allâh III (909).
Les Toulounides (868-904) et les Ikchidides (937-969).
Achmed, fils de Touloun, et d'origine turque, fut  investi du gouvernement de l'Egypte (868), à l'époque où la garde turque était toute-puissante à la cour des calife. Il prit le titre de sultan et refusa de reconnaître l'autorité des califes. Achmed releva le commerce de l'Egypte, et amassa d'immenses richesses. Il conquit la plus grande partie de la Syrie prit Damas, Alep, Hamat et Antioche, et construisit le château de Joppé. Des guerres intestines éclatèrent sous ses successeurs, qui furent détrônés quarante ans après (904), et l'Egypte fut de nouveau réunie au califat. 

Pour défendre cette province contre les Fatimides, Mohammad al-Ikchid, gouverneur de Damas , fut aussi investi du gouvernement de l'Egypte à titre de fief (937). Le royaume des Ikchidides dura pendant trente-quatre ans. Attaqués à diverses reprises par les Fatimides de Kairouan, ils succombèrent enfin (969), et l'Egypte devint une province du vaste empire de cette puissante dynastie.

Les Fatimides (907-1171).
La secte des Ismaéliens comptait un grand nombre de partisans en Afrique; elle prit les armes à cause que le prince aghlabite de Kairouan, Ziadet Allah, avait fait arrêter un d'eux Obeidallah, qui prétendait descendre d'Ali. Ziadet Allah fut détrôné (907), et chercha un asile à la cour des calife de Bagdad. Obeidallah s'empara du pouvoir et fonda la dynastie des Fatimides, ainsi appelés de Fatima, fille de Mahomet et épouse d'Ali. Les gouverneurs de Sicile reconnurent son autorité, et il fit des guerres heureuses, contre les Edrisites de Fez, les Ommeyades d'Espagne , et contre l'Egypte. Les califes fatimides furent considérés par tous les Chiites, comme les successeurs légitimes de Mahomet, et devinrent ainsi les véritables rivaux des califes de Bagdad. Trois dynasties se disputèrent dès lors le pouvoir spirituel dans la société musulmane : les Abbassides à Bagdad, les Ommeyades à Cordoue et les Fatimides en Afrique. Ces derniers transférèrent leur résidence au Caire (975), après la conquête de l'Egypte sur les Ikschidides, et étendirent leur domination sur la Palestine, la Syrie et les côtes occidentales de l'Arabie. Mais ils perdirent bientôt l'Afrique où la dynastie des Zeirides (988-1148) se rendit indépendante, et ils furent expulsés de la Sicile, dont les Normands se rendirent maîtres (1072); ce furent d'ailleurs aussi ces derniers qui mirrent fin à la dynastie Zéiride en 1148.

Les califes fatimides favorisèrent les sciences et fondèrent au Caire une espèce d'université appelée la maison de la sagesse (1004). Cette université, richement dotée, servit au développement des doctrines des Ismaéliens, qui y affluèrent de toutes les provinces de l'ancien Empire arabe. Dans la première moitié du XIe siècle, les calife abandonnèrent le gouvernement à leurs ministres ou vizirs, et la garde, composée de Turcs devint toute-puissante. La Syrie et la Palestine furent conquises par les Turcs Seldjoukides(1078), et  l'autorité des calife fatimides fut restreinte à l'Egypte. Ils se maintinrent dans ce dernier pays jusque dans la seconde moitié du XIIe siècle , et n'en furent dépossédés en 1171  que par Saladin ( Salah-ad-din-Yousouf Ibn Ayyoub).

Les Ayyoubites (1171-1250).
Les Ayyoubites (ou Ayyoubides) sont la dynastie qui succéda à celle des Fatimides en 1171, et régna sur Égypte, la Syrie, le Yémen, la Mésopotamie.

Cette dynastie fut fondée par Salah-ad-din-Yousouf, fils d'Ayyoub (équivalent arabe de Job). Elle forma quatre brandes principales, qui furent mutuellement dans un état d'hostilités perpértuelles. La principale, celle d'Egypte, dura de 1171 a 1250); elle compte huit princes :

Salah-ad-dîn-Yousouf, 1171.
Malik-al-Azîz-ibn-Yousouf, 1193. 
Malik-al-Mansoûr-ibn-Aziz, 1198. 
Malik-al-Adil-ibn-Ayyoub, 1200. 
Malik-al-Kamil-ibn-Adil, 1248. 
Malik-al-Adil-Ibn-Kamil, 1238.
Malik-al-Salih-ibn-Kamil, 1240. 
Malik-al-Moazzim-ibn-Salih, 1250.
Ce dernier fut assassiné par les Mamelouks-Baharites ou turkmènes, entre les mains desquels passa le pouvoir (4 mai 1250). 

Plusieurs princes de cette dynastie fondèrent des États indépendants à Alep (1183-1260),  Damas (1171-1250) et au Yémen (1173-1229).

Les Mamelouks bahrites et tcherkesses.
Les premiers sultans ayyoubites n'avaient jamais eu de garde spéciale et ce fut Melik-Saleh qui, le premier, imagina de faire acheter, en Géorgie et dans le Turkestan, des esclaves (mamelouk vient du participe passif arabe de malaka = esclave) qu'il cantonna dans une forteresse bâtie dans l'île de Raudha, en face du Caire; de là leur vint le nom de Bahris (soldats du fleuve). Cette milice devint bientôt d'une insolence extrême, et, en 1250, Mélik-Moezz Aïbek (ou Aïbak) déposséda le dernier sultan ayyoubite, Melik-Afdal Ali, pour se proclamer sultan à sa place (1254-1257)

La dynastie des mamelouks bahris régna jusqu'en 1382, et fut remplacée par une seconde dynastie de mamelouks tcherkesses ou mamelouks bordjis, parce qu'ils étaient casernés dans la citadelle (bordj).

Les sultans de ces dynasties régnèrent, le plus souvent, au milieu d'une anarchie sans nom, toujours guettés par des conspirations auxquelles, d'ailleurs, le peuple égyptien ne prit généralement aucune part. On doit cependant aux mamelouks quelques succès extérieurs : Ainsi le sultan bahrite Koutouz (1259-1260), qui vainquit à Aïn Djalout, en Perse, le khan Houlagou. (L'Egype des Mamelouks).

En 1517, le sultan ottoman Sélim s'empara de l'Egypte et de la Syrie, qui avaient formé l'empire des mamelouks, et fit pendre Touman-bey. La milice continua de former une sorte de féodalité militaire, qui tenait le gouverneur de l'Egypte prisonnier dans la citadelle de la Montagne. 

(Au XVIIIe siècle, les mamelouks étaient environ 9000 commandés par 24 beys. dont les discordes ne laissaient aucune tranquillité au pays. L'invasion de I'Egypte par Bonaparte, la soumission de Mourad-boy, l'accord qu'il conclut avec Kléber, qui le reconnut comme sultan de l'Égypte. vassal de la République, faillirent amener la restauration d'une troisième dynastie mamelouke. En 1811, le vice-roi Méhémet-Ali réunit les mamelouks dans la forteresse et les fit fusiller à bout portant. Ceux qui purent échapper se réfugièrent du côté de Dongola.)

Autres dynasties africaines.

Parmi les dynasties du Nord de l'Afrique, on peut encore mentionner pour mémoire : 

Les Zirides (972-1148), dont le fondateur fut Youssouf Bouloukkin Ibn-Ziri (972-984). Ils régnèrent sur l'Algérie (973-1007) et la Tunisie (973-1148). Leur puissance fut balayée par les Benou-Hilal, vassaux des Fatimides.

Les Hammadides (1014-1152), qui avaient pour tige Hammad Ibn-Bouloukkin et controlait le Maghreb central après s'être émancipé du pouvoir Fatimide du Caire. Yahia, le dernier Hammadide a été renversé par les Almohades. 

Les Ommeyades d'Espagne.
De toutes les dynasties musulmanes, celle des Omméyades en Espagne déploya le plus d'énergie et de talent, depuis le IXe jusqu'au XIe siècle. D'un autre côté les royaumes chrétiens, fondés dans le nord de cette presqu'île, luttèrent avec le plus grand courage contre les califes de Cordoue. L'Espagne fut le champ clos dans lequel les deux sociétés ennemies se livrèrent un combat à mort, combat qui dura pendant plus de sept siècles.

Les Almoravides (1056-1146) et les Almohades (1121-1268).
Ces deux dynasties, qui se succédèrent dans l'ancien royaume de Fez, jouèrent un grand rôle dans l'histoire de l'Espagne aux XIIe et XIIIe siècles. Il suffira par conséquent d'en indiquer ici l'origine et la durée. Une tribu arabe, émigrée du Yemen dans la première moitié du IXe siècle (830), s'était fixée dans les provinces occidentales de l'Afrique. Vers le milieu du XIe siècle (1048), Abdallah, fils de Yasim, se mettant à la tête de cette tribu, propagea l'islam, les armes à la main, parmi plusieurs peuplades berbères. Les partisans d'Abdallah (1056) prirent le nom Almoravides, Moravides, Morabèthes ou Marbuts,  et Abou Bekr, qui lui succéda, fonda la ville de Maroc et y fixa sa résidence. Joussouf ben Tachfin, successeur (1086) d'Abou Bekr, fit la conquête de l'Espagne, et combattit avec succès contre les rois d'Aragon et de Castille. Mais au commencement du XIIe siècle (1114), un Alite, Mahomet al Mouhdi, prêcha de nouvelles doctrines dans le royaume du Maroc. Il trouva des partisans à Telemsan (Tlemcen) et à Fez , et se déclara (1120) enfin ouvertement contre les souverains de Maroc. Deux armées envoyées contre lui, furent défaites; mais il mourut (1129)  au milieu de ses triomphes. 

Son ami Abd el-Moumen se mit alors à la tête de ces sectaires, qui s'appelaient Almohades, Mohades  ou Mouvahédites, et se rendit bientôt maître de tout le nord de l'Afrique. Le royaume des Almoravides  succomba (1146), et les Normands furent expulsés de (1159) leurs possessions en Afrique. Passant alors le détroit de Gibraltar, ils firent la conquête de la partie mu sulmane de l'Espagne (1162). La puissance des Almohades dura pendant plus d'un siècle (1128-1269). Elle fut anéantie en Espagne et en Afrique par des révoltes intérieures , à la suite desquelles, de nouvelles dynasties musulmanes furent fondées dans les deux pays. 

Les Hafsides.
Les Hafsides sont une dynastie musulmane de Tunisie, fondée en 1228 par Abou-Hafs, lieutenant du calife almohade En-Nacer. Les premiers Hafsides furent simplement gouverneurs de la Tunisie jusqu'en 1236, où Abou-Zékéria se déclara indépendant, étendit son autorité sur les régions de Bejaia et de Constantine, et envoya ses armées jusqu'à Tlemcen et Sidjelmassa. Avec des alternatives de succès et de revers, les descendants d'Abou-Zékéria se maintinrent au pouvoir pendant plus de trois cents ans.

Vers la fin du XIIIe, siècle, les Hafsides eurent sous leur domination la plus grande partie de l'Afrique du Nord. L'unité de cet empire. un instant compromise, fut rétablie par un prince hafside de Bejaia. Pendant tout le XIVe siècle. cette dynastie lutte avec succès contre les Zeyanites de Tlemcen et les Mérinides de Fez, mais le développement de la course provoqua les représailles des Génois, des Vénitiens et des Aragonais, qui apparurent fréquemment sur le littoral. La lutte entre les Espagnols et les Turcs eut pour conséquence la ruine des souverains hafsides avec Moulaï-Mohammed, d'abord tributaire de l'Espagne, puis envoyé en captivité à Constantinople lors de la prise de possession de la Tunisie par Sinane-Pacha, en 1574. Si les derniers souverains hafsides ne surent pas continuer la sage politique de leurs prédécesseurs, on peut néanmoins relever un trait commun à tous les princes de cette dynastie : c'est un vif amour des lettres, des sciences et des arts.

Les Beni-Hafs firent de Tunis une véritable capitale peuplée de 100 000 habitants, la dotèrent d'une université célèbre dans tout l'Islam, édifièrent des mosquées et des palais,firent réparer l'ancien aqueduc de Zaghouan à Carthage, construisirent des fontaines monumentales. agrandirent les souks (quartier du commerce) et se préoccupèrent de développer les relations pacifiques entre la Tunisie et l'Europe.

Les plus célèbres souverains de la dynastie hafside sont : El-Mostancer (1249-1277), l'heureux adversaire de saint Louis; Aboul-Abbas, qui fit de grands efforts pour supprimer la piraterie; Abou-Farès  (1394-1434). dont le long règne marque le commencement de la décadence.

Les Mérinides.
Les Mérinides (1269 à 1551)  étaient issus d'une fraction des Zeneta (Arabes et Berbères mélangés, habitant dans le Zab jusqu'à Sidjilmasa), ils s'emparèrent de Maroc en 1269. Un de leurs souverains, Abou-Yousef-Yaqoub-Ibn-Ouadit, s'installa à Fez, s'empara de Tlemcen, et mit sous son pouvoir le royaume de Grenade. Son fils, Abou-Yaqoub, périt devant Tlemcen, que ses successeurs attaquèrent souvent. Abou-Hacen, qui s'en empara en 1355, releva pendant un instant la puissance des Mérinides. Nouvelles luttes entre le Maghreb occidental et le Maghreb central (1353-1394). (Le Maroc mérinide

L'histoire devient alors plus obscure. Les Zianites de Tlemcen se rendent indépendants des Mérinides, auxquels ils prennent Fez. A partir de 1400 environ, les Européens fondent Leurs premiers établissements sur la côte marocaine. Les Portugais prennent Ceuta (1415). Les souverains du Maroc luttent entre eux, tandis qu'en Espagne, les chrétiens, en s'emparant de Grenade (1492), repoussent définitivement les Maures d'Europe. En 1503, Oran tombe aux mains de l'Espagne. Tlemcen ne tarde pas à suivre le même sort. (Charles Mœller / NLI).

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