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Les Mozafférides

Les Mozafférides ou Mozaffériens sont une dynastie qui régna en Perse après l'effondrement de l'empire mongol au XIVe siècle de notre ère. A l'époque où les Mongols envahirent le Khoraçan sous la conduite d'Houlagou Khan, un officier nommé Ghiyas ed Din Hadji Khorasani, originaire de la ville de Sidjavend, se retira à Yezd avec ses trois fils, Abou-Bekr, Mohammed et Mansour. Les historiens musulmans racontent que ce personnage eut un songe qui lui prédit la grandeur future de ses descendants; cette histoire, à quelques détails près, est identique à celle du songe de Bouyah. 

Quoi qu'il en soit, ses deux premiers fils entrèrent au service de l'atabek deYezd, Ala ed Daulah, et Abou-Bekr accompagna Houlagou dans son expédition contre Bagdad en qualité de commandant de trois cents cavaliers; il fut tué à la frontière égyptienne en luttant contre les Arabes de la tribu de Khafadja. Mansour, le dernier fils de Ghiyas ed Din Hadji, demeura avec son père, au lieu d'aller comme ses deux frères courir les aventures, et il laissa trois fils, Mohammed, Ali et Mouzaffer qui devint le favori de Yousouf, fils d'Ala ed Daulah, atabek de Yezd. Ce prince lui confia le commandement de ses troupes ; Ghazan Khan le nomma commandeur de mille hommes, et Euldjaïtou Khan lui donna le gouvernement d'Eberkouh et du Louristan. Il mourut en 1314 après avoir soumis les Chebankarés. Son fils Moubariz ed Din Mouzaffer, qui était né en 1301, vécut à la cour d'Euldjaïtou Khan qui lui donna les mêmes charges qu'à son père. Après la mort de ce prince, il s'allia avec l'émir Kai Khosran, fils de Mahmoud Shah Indjou, et tous deux renversèrent l'atabek de Yezd, Hadji Shah, qui fut le dernier souverain de cette dynastie.

En 1319, Abou Saïd lui conféra le gouvernement de la ville de Yezd; il se distingua dans ce poste et vainquit les Nikoudariens, bandits de grands chemins qui vivaient du pillage des caravanes; leur chef, un nommé Naurouz, périt dans la bataille. En 1328, il épousa une princesse du Kirman, Khan Koutlouk Makhdoum Shah, fille de Shah Djihan, et Abou Saïd lui donna le titre d'Emirzadeh Mohammed. La mort d'Abou Saïd Mirza Behadour Khan fut suivie d'une terrible confusion dans tout l'Iran et tous les généraux cherchèrent à se tailler un royaume ou tout au moins une principauté dans les débris de l'empire des Ilkhans. Le plus jeune des fils de Mahmoud Shah Indjou, nommé Abou Ichak, s'empara par ruse de Yezd qui appartenait à l'émir Mohammed. Il en fut bientôt chassé, et quelque temps après Mohammed reçut de l'émir Pir Hosein, son allié, le gouvernement du Kirman (1340).

Le gouverneur de ce pays, Malik Kotb ed Dîn, s'enfuit dans le Khoraçan après une courte résistance. Mohammed eut bientôt à défendre ses Etats contre Abou Ichak qui, après s'être emparé du Fars, convoitait la possession du Kirman; il repoussa facilement cette attaque, et, prenant à son tour l'offensive, il conquit une grande partie du Fars, ne laissant guère à Abou Ichak que la ville d'Ispahan. En 1354, Mohammed vint mettre le siège devant cette ville; comme elle lui opposa une résistance plus longue que celle sur laquelle il comptait, il laissa son neveu Shah Chadja continuer le siège et marcha contre Kayoumars, prince du Louristan, qu'il soumit sans peine. Cette campagne se termina par la prise de Chiraz et d'Ispahan. Maître du Kirman, du Fars et de l'irâq-Adjemi, Mohammed marcha contre Tabriz, la capitale des Ilkhans, et s'en empara après la mort d'Ashraf Khan, malgré l'opposition de Janibeg, khan du Kiptchak. La fin de ce règne glorieux fut troublée par des querelles qui s'élevèrent entre ses descendants au sujet du trône. En 1358, deux de ses fils, Shah Chodja et Shah Mahmoud, le firent arrêter et aveugler avec un poinçon d'acier rougi au feu. Il mourut en 1363.

Quand Mohammed eut été emprisonné, Djelal ed Din - Shah Chodja, son fils, se rendit à Chiraz ; il donna le gouvernement du Birman au sultan Ahmed, celui d'Eberkouh et d'Ispahan à Shah Mahmoud, et fit enfermer Shah Yahya à Kohendiz. En 1362, Shah Mahmoud s'empara de Yezd, et se déclara indépendant de Shah Chodja; cette dissension n'eut pas de suites et les deux frères ne tardèrent pas à se réconcilier. Presque en même temps, Shah Yahya s'emparait de Kohendiz, grâce à la complicité de ses geôliers, mais, se sentant trop faible pour résister à Shah Chodja, il fit bientôt sa soumission et fut envoyé avec une armée s'emparer de Yezd. 

En 1364, Shah Mahmoud, frère de Shah Chadja, aidé par le sultan djélaïride de Bagdad, Oweis Khan, marcha sur Chiraz et parvint à attirer Shah Yahya dans son parti en lui promettant le gouvernement d'Eberkouh. Shah Chodja, abandonné d'une partie de ses troupes, n'en alla pas moins offrir le combat à Mahmoud qu'il rencontra aux « Trois Puits ». Après une bataille dont l'issue fut indécise, il rentra à Chiraz où il fut bientôt assiégé par les troupes de Bagdad et de l'Irâq. Daulet Shah et Melik Mohammed, qui avaient été envoyés dans le Kirman pour lever des contributions dans ce pays, en profitèrent pour se révolter et s'emparer de Mozaffer ed Din Chebéli, fils de Shah Chadja. Après un siège de onze mois, les belligérants firent la paix. Dès qu'il fut libre de ce côté, Shah Chodja alla châtier ceux qui s'étaient révoltés contre lui durant cette période. En 1368, Shah Chodja reconnut comme calife el-Khaïr Billah Mohammed ibn Abou Bekr et demanda au sultan de Bagdad, Oweïs Khan, de lui accorder la main d'une de ses filles. Son frère Shah Mahmoud, ayant adressé la même prière au prince djélaïride, vit ses voeux se réaliser, tandis que Shah Chodja était évincé. Sultan Oweïs et Shah Mahmoud étant morts la même année (1375), Koth ed Din Oweis, fils de Shah Chodja, se fit reconnaître comme sultan à Ispahan, mais il ne tarda pas à voir qu'il ne pourrait résister à son frère et il se soumit à lui; Shah Chodja craignant quelque nouvelle révolte de sa part le fit empoisonner. Il alla ensuite attaquer Sultan Hoseïn, fils de Sultan Oweïs, prince de Tabriz, dont les sujets étaient très mécontents; il s'empara du Kazwin, battit Hoseïn à Djorbadekkan et marcha sur Tabriz. Cette expédition fut mal menée et échoua, il ne put même pas garder Kazwin. 

En l'année 1380; l'un des émirs de Sultan Hoseïn, fils d'Oweïs, nommé Sarik Adil, réunit une armée à Sultaniyyé dans l'intention de venir attaquer Shah Chodja; ce dernier, l'ayant appris, marcha contre lui et le battit. L'année suivante, Sultan Hoseïn fut assassiné par son frère Sultan Ahmed qui s'empara de Tabriz, puis, après la mort de Cheikh Ali, de la ville de Bagdad. Pendant ce temps, Shah Mansour, neveu de Sultan Ahmed, s'empara de Chouster et chercha noise au prince du Louristan, Chems ed Din Pecheng, qui implora l'intervention de Shah Chodja, et lui offrit de l'aider à conquérir Chouster. Shah Chodja voulait marcher immédiatement sur cette ville, mais il en fut empêché par un message de Sultan Ahmed qui lui demandait aide contre son frère Sultan Bayezid que Sarik Adil avait mis sur le trône à Sultaniyyé. Grâce à son intervention, la paix fut rétablie entre Sultan Ahmed et Bayezid. Libre de ce côté, il se dirigea avec son armée contre Chouster, mais cette expédition échoua par suite du mauvais temps. En 1383, Shah Chodja, craignant que son fils, Sultan Chabéli, ne se révoltât contre lui, le fit enfermer dans une forteresse et priver de la vue. Peu de temps après ces événements, le prince mozafférien écrivit à Timour et à Ahmed, sultan de Bagdad, pour leur recommander ses enfants. Timour lui envoya de riches présents et lui demanda la main de sa fille ou de sa petite-fille pour Pir Mohammed Sultan, son fils. Shah Chodja mourut le 9 octobre 1384, âgé d'un peu plus de cinquante-trois ans.

Son royaume fut divisé entre les membres de sa famille son fils aine, Zeïn et Abidin, eut le Fars avec Chiraz comme capitale; son frère, Sultan Ahmed, régna sur le Kirman; son neveu Shah Yahya devint maître de Yezd et un autre de ses neveux s'empara d'Ispahan. Ce morcellement de l'empire mozafféride allait permettre à Timour de s'en rendre maître sans l'ombre d'une difficulté. Le conquérant turc ayant envoyé à Zeïn et Abidin l'ordre de se soumettre à lui, le sultan mozafféride refusa et retint l'ambassadeur. Timour se mit immédiatement en campagne et marcha sur Ispahan par la route d'Hamadan et de Djorbadekan; le gouverneur de la place, l'oncle de Zeïn el-Abidin, Sai Mouzaffer Chachi, se rendit sans même essayer de se défendre; néanmoins la ville fut livrée au plus affreux pillage. D'Ispahan, Timour marcha sur Chiraz; Zeïn et Abidin, voyant qu'il lui serait impossible de résister, s'enfuit auprès de son cousin Shah Mansour qui régnait à Chouster; ce prince, qui nourrissait de mauvais sentiments envers lui, s'empara de sa personne et le fit jeter en prison. Timour entra triomphalement à Chiraz, où il reçut la soumission et les hommages du prince de Yezd, Shah Yahya, de Sultan Ahmed, prince du Kirman, d'Abou Ichak, neveu de Shah Chodja, prince de Sirjan, après quoi il retourna à Samarcande, confiant le gouvernement de Chiraz à Shah Yahya, celui d'Ispahan à Mohammed, fils de Shah Yahya et confirmant les deux autres princes dans la possession de leurs Etats. 

Dès que le conquérant se fut mis en marche pour retourner dans la Transoxiane, Shah Mansour réunit son armée et marcha droit sur Chiraz dont la population lui ouvrit les portes; il s'empara aussi facilement de Bid, Sermat, Eberkouh et battit Zeïn et Abidin, qui avait recouvré la liberté et cherchait à reconquérir son trône. Tous les princes mozafférides firent aussitot alliance contre Shah Mansour qui leur infligea une sanglante défaite à Yourouz et l'année suivante s'empara d'Ispahan. Zeïn et Abidin tomba, en fuyant, entre les mains de Shah Mansour qui le fit aveugler. Quand Timour apprit les succès foudroyants de Mansour, il comprit qu'il n'avait pas de temps à perdre s'il ne voulait pas voir la Perse tout entière lui échapper, et il se mit en marche avec une armée considérable. Il s'empara de Kalaat-Sefid on était détenu Zeïn et Abidin au mois de mars 1393 et se dirigea sur Chiraz ; Shah Mansour fut battu et tué à Patila et son armée fut anéantie. Cette défaite livra Chiraz au vainqueur, et Mirza Mohammed Sultan fut envoyé à Ispahan pour y rétablir l'ordre. 

La mort de Shah Mansour marque la fin de la dynastie des Mozafférides, car, au bout de peu de temps, Timour ordonna que l'on s'assurât de la personne de tous les princes de cette dynastie et qu'on les tint dans la plus étroite captivité. (E. Blochet).

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Dictionnaire biographique
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