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Le début de la Convention
nationale est marqué au dehors par la retraite des Prussiens
après leur échec, à Valmy ;
par la conquête de la Belgique ,
de la Hollande
et de la rive gauche du Rhin, qu'il faut ensuite évacuer; par la
conquête plus durable de la Savoie
et du comté de Nice ;
par l'entrée de l'Angleterre
et de l'Espagne
dans la coalition qui menace la France .
En même temps, la guerre civile commence en Vendée
et en Bretagne .
C'est sur ces événements qu'on doit avoir les yeux toujours
fixés, si on veut comprendre l'histoire intérieure de la
Convention. Le 21 septembre 1792, la
Convention décrète à l'unanimité, « que
la royauté est abolie en France »,
et, le 22, que « tous les actes publics porteront désormais
la date de l'an premier de la République
française ». En même temps qu'elle détruisait
la royauté, cette Assemblée décrétait que tous
les autres pouvoirs et toutes les lois étaient provisoirement maintenus.
Presque aussitôt éclatait la discorde intérieure qui
gêna ses mouvements pendant la première partie de sa carrière.
Deux partis se disputaient sa direction
: les montagnards, qui voyaient
le salut de la défense nationale dans la dictature
provisoire de Paris ;
les girondins qui voulaient,
selon le mot de l'un d'eux, réduire Paris à son quatre-vingt-sixième
d'influence. Le centre, appelé aussi Plaine ou Marais,
formait une masse inerte entre ces deux partis, donnant la victoire tantôt
à l'un, tantôt à l'autre. Dès le 24 septembre,
les girondins Kersaint et Buzot demandèrent, celui-ci des mesures
contre les anarchistes, celui-là l'établissement
d'une garde départementale qui viendrait protéger le Convention
contre Paris. Une commission de six membres, que les montagnards empêchèrent
d'aboutir, fut chargée de préparer des lois dans ce sens.
Bientôt les girondins, qui avaient la majorité pour eux, engagèrent
la Convention dans une lutte redoutable contre la Commune
révolutionnaire du 10 août. Le 3 décembre, elle
décrétait que Louis XVI serait
jugé par elle; le 11, ce prince subissait son interrogatoire à
la barre; le 26, Desèze prononçait sa défense; le
15 janvier 1793, il était déclaré, par 693 voix sur
719, coupable de conspiration contre la liberté de la nation et
d'attentat à la sûreté générale; le 17,
366 voix sur 721 le condamnaient à mort et, le 19, 380 sur 690 repoussaient
tout sursis.
Le 21 janvier, Louis XVI monta sur l'échafaud.
Cette mort, l'assassinat du conventionnel Le Peletier, l'irritation de
l'Europe
monarchique surexcitèrent les passions et la lutte reprit entre
la Montagne et la Gironde. Celle-ci semblait maintenant moins soutenue
par l'opinion que la Montagne. Le 23 janvier, son principal représentant
dans le conseil exécutif, le ministre de l'intérieur Roland,
donna sa démission. Le 1er février,
la guerre fut déclarée à l'Angleterre
et à la Hollande ,
et, le 24, la Convention décida
une levée extraordinaire de trois cent mille hommes. Puis vint la
déclaration de guerre à l'Espagne
(7 mars). Bientôt on apprend l'échec des armées françaises
à Aix-la-Chapelle
et la retraite désastreuse des troupes françaises : aussitôt
la Convention envoie en mission, avec de pleins pouvoirs, deux de ses membres
dans chaque département (9 mars) et décrète (10 mars)
l'établissement d'un tribunal
révolutionnaire. La voix de Danton
lui inspire une énergie terrible. La trahison de Dumouriez
nécessite un nouvel effort : le comité
de Salut public est créé en remplacement du comité
de Défense générale. Il prend en main le gouvernement
et centralise toutes les forces vives de la France .
Mais les querelles intestines recommencent
dans l'Assemblée : le 13 avril, les Girondins
font voter contre Marat un décret d'accusation
: il est acquitté par le tribunal révolutionnaire et ramené
en triomphe dans la Convention. Le 24 mai, la commission extraordinaire
des Douze (formée sous l'influence girondine) fait arrêter
Hébert
: Paris répond en demandant la suppression de la commission des
Douze et l'arrestation des chefs de la Gironde. Il obtient la première
de ses demandes par une pression morale dans la journée du 31 mai,
et la seconde par une pression matérielle dans la journée
du 2 juin. La Convention décréta l'arrestation des principaux
orateurs et chefs du côté droit-:
Brissot,
Vergniaud, Guadet, Gensonné, Pétion,
Barbaroux, toute l'élite d'un groupe
plus remarquable par l'éclat du talent que par la force des vues
politiques. Elle se mutila donc de ses propres mains, sous le coup de la
violence matérielle et aussi par le désir d'établir
à tout prix, en face de l'ennemi du dehors, l'unité du pouvoir.
Pendant cette période, la Convention
légiféra moins qu'elle ne gouverna, et ses décrets
furent surtout de circonstance. Parmi ces derniers il faut mentionner,
comme plus importants, l'établissement du tribunal
révolutionnaire (10 mars), diverses mesures contre les émigrés
(10 novembre 1792, 25 février,
28 mars, 26 avril 1793), des prescriptions
relatives au commerce et à la circulation des grains (7 et 22 décembre
1792,
4 mars 1793), la suppression de la
caisse de l'extraordinaire (4 janvier 1793),
l'émission des assignats portée à 2 milliards 400
millions (24 octobre 1792), puis à
3 milliards 1 million (1er février
1793),
l'emprunt forcé sur les riches (20 mai 1793).
Le ministère de la guerre fut réorganisé par décret
du 6 février
1793, et celui
de la marine par décret du 14 février. Parmi les lois qui
eurent pour objet les intérêts généraux et durables
de la nation, il faut citer celle du 22 septembre 1792,
qui autorisait les citoyens à choisir les juges parmi tous les citoyens,
celle du 21 février 1793, qui
constitua l'armée de la France
nouvelle, celle du 12 mai suivant ayant pour objet l'organisation des tribunaux
militaires et le code pénal militaire, celles dit 12 décembre
1792
et du 30 mai 1793, qui organisèrent
en principe l'instruction primaire, celle du 7 mars qui abolit la faculté
de tester en ligne directe, enfin celle du 18 mars qui prononçait
la peine de mort contre quiconque proposerait une loi agraire. Mentionnons
encore le décret additionnel du 19 décembre 1792
concernant le mode de constater l'état civil des citoyens par les
municipalités, et divers décrets relatifs à la nomination
des notaires (17 mai 1793) , au service
des postes (25 septembre 1792, 1er
mai 1793), aux archives (10 octobre
1792,
8 novembre 1793), aux routes (1er
décembre 1792), aux collèges
(16 février, 8 mai). La question religieuse s'imposa aussi à
la Convention : elle déclara, le 30 novembre
1792,
qu'elle maintiendrait la constitution civile du clergé, et, le 14
janvier 1793, que l'exercice du culte
catholique
serait libre. |
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