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La Révolution française
Les débuts de la Convention 
20 septembre 1792 - 2 juin 1793
Aperçu Causes Constituante Législative Convention Directoire
Le début de la Convention nationale est marqué au dehors par la retraite des Prussiens après leur échec, à Valmy; par la conquête de la Belgique, de la Hollande et de la rive gauche du Rhin, qu'il faut ensuite évacuer; par la conquête plus durable de la Savoie et du comté de Nice; par l'entrée de l'Angleterre et de l'Espagne dans la coalition qui menace la France. En même temps, la guerre civile commence en Vendée et en Bretagne. C'est sur ces événements qu'on doit avoir les yeux toujours fixés, si on veut comprendre l'histoire intérieure de la Convention. Le 21 septembre 1792, la Convention décrète à l'unanimité, « que la royauté est abolie en France », et, le 22, que « tous les actes publics porteront désormais la date de l'an premier de la République française ». En même temps qu'elle détruisait la royauté, cette Assemblée décrétait que tous les autres pouvoirs et toutes les lois étaient provisoirement maintenus. Presque aussitôt éclatait la discorde intérieure qui gêna ses mouvements pendant la première partie de sa carrière. 

Deux partis se disputaient sa direction : les montagnards, qui voyaient le salut de la défense nationale dans la dictature provisoire de Paris; les girondins qui voulaient, selon le mot de l'un d'eux, réduire Paris à son quatre-vingt-sixième d'influence. Le centre, appelé aussi Plaine ou Marais, formait une masse inerte entre ces deux partis, donnant la victoire tantôt à l'un, tantôt à l'autre. Dès le 24 septembre, les girondins Kersaint et Buzot demandèrent, celui-ci des mesures contre les anarchistes, celui-là l'établissement d'une garde départementale qui viendrait protéger le Convention contre Paris. Une commission de six membres, que les montagnards empêchèrent d'aboutir, fut chargée de préparer des lois dans ce sens. Bientôt les girondins, qui avaient la majorité pour eux, engagèrent la Convention dans une lutte redoutable contre la Commune révolutionnaire du 10 août. Le 3 décembre, elle décrétait que Louis XVI serait jugé par elle; le 11, ce prince subissait son interrogatoire à la barre; le 26, Desèze prononçait sa défense; le 15 janvier 1793, il était déclaré, par 693 voix sur 719, coupable de conspiration contre la liberté de la nation et d'attentat à la sûreté générale; le 17, 366 voix sur 721 le condamnaient à mort et, le 19, 380 sur 690 repoussaient tout sursis.

Le 21 janvier, Louis XVI monta sur l'échafaud. Cette mort, l'assassinat du conventionnel Le Peletier, l'irritation de l'Europe monarchique surexcitèrent les passions et la lutte reprit entre la Montagne et la Gironde. Celle-ci semblait maintenant moins soutenue par l'opinion que la Montagne. Le 23 janvier, son principal représentant dans le conseil exécutif, le ministre de l'intérieur Roland, donna sa démission. Le 1er février, la guerre fut déclarée à l'Angleterre et à la Hollande, et, le 24, la Convention décida une levée extraordinaire de trois cent mille hommes. Puis vint la déclaration de guerre à l'Espagne (7 mars). Bientôt on apprend l'échec des armées françaises à Aix-la-Chapelle et la retraite désastreuse des troupes françaises : aussitôt la Convention envoie en mission, avec de pleins pouvoirs, deux de ses membres dans chaque département (9 mars) et décrète (10 mars) l'établissement d'un tribunal révolutionnaire. La voix de Danton lui inspire une énergie terrible. La trahison de Dumouriez nécessite un nouvel effort : le comité de Salut public est créé en remplacement du comité de Défense générale. Il prend en main le gouvernement et centralise toutes les forces vives de la France.

Mais les querelles intestines recommencent dans l'Assemblée : le 13 avril, les Girondins font voter contre Marat un décret d'accusation : il est acquitté par le tribunal révolutionnaire et ramené en triomphe dans la Convention. Le 24 mai, la commission extraordinaire des Douze (formée sous l'influence girondine) fait arrêter Hébert : Paris répond en demandant la suppression de la commission des Douze et l'arrestation des chefs de la Gironde. Il obtient la première de ses demandes par une pression morale dans la journée du 31 mai, et la seconde par une pression matérielle dans la journée du 2 juin. La Convention décréta l'arrestation des principaux orateurs et chefs du côté droit-: Brissot, Vergniaud, Guadet, Gensonné, Pétion, Barbaroux, toute l'élite d'un groupe plus remarquable par l'éclat du talent que par la force des vues politiques. Elle se mutila donc de ses propres mains, sous le coup de la violence matérielle et aussi par le désir d'établir à tout prix, en face de l'ennemi du dehors, l'unité du pouvoir.

Pendant cette période, la Convention légiféra moins qu'elle ne gouverna, et ses décrets furent surtout de circonstance. Parmi ces derniers il faut mentionner, comme plus importants, l'établissement du tribunal révolutionnaire (10 mars), diverses mesures contre les émigrés (10 novembre 1792, 25 février, 28 mars, 26 avril 1793), des prescriptions relatives au commerce et à la circulation des grains (7 et 22 décembre 1792, 4 mars 1793), la suppression de la caisse de l'extraordinaire (4 janvier 1793), l'émission des assignats portée à 2 milliards 400 millions (24 octobre 1792), puis à 3 milliards 1 million (1er février 1793), l'emprunt forcé sur les riches (20 mai 1793). Le ministère de la guerre fut réorganisé par décret du 6 février 1793, et celui de la marine par décret du 14 février. Parmi les lois qui eurent pour objet les intérêts généraux et durables de la nation, il faut citer celle du 22 septembre 1792, qui autorisait les citoyens à choisir les juges parmi tous les citoyens, celle du 21 février 1793, qui constitua l'armée de la France nouvelle, celle du 12 mai suivant ayant pour objet l'organisation des tribunaux militaires et le code pénal militaire, celles dit 12 décembre 1792 et du 30 mai 1793, qui organisèrent en principe l'instruction primaire, celle du 7 mars qui abolit la faculté de tester en ligne directe, enfin celle du 18 mars qui prononçait la peine de mort contre quiconque proposerait une loi agraire. Mentionnons encore le décret additionnel du 19 décembre 1792 concernant le mode de constater l'état civil des citoyens par les municipalités, et divers décrets relatifs à la nomination des notaires (17 mai 1793) , au service des postes (25 septembre 1792, 1er mai 1793), aux archives (10 octobre 1792, 8 novembre 1793), aux routes (1er décembre 1792), aux collèges (16 février, 8 mai). La question religieuse s'imposa aussi à la Convention : elle déclara, le 30 novembre 1792, qu'elle maintiendrait la constitution civile du clergé, et, le 14 janvier 1793, que l'exercice du culte catholique serait libre.

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