Inventaire
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Orbites
: le jeu des familles
Si l'on envisage les astéroïdes
en fonction de leur orbite, il en existe de trois sortes : ceux qui appartiennent
à la Grande ceinture d'astéroïdes et forment le gros
de la troupe, ceux, beaucoup plus rares, qui parcourent les régions
internes du Système solaire, parmi lesquels on distinguera les géocroiseurs,
qui croisent l'orbite de la Terre, et les troyens
associés à certaines planètes, qui possèdent
également des astéroïdes capturés.
Mentionnons
pour mémoire les divers corps irréguliers qui circulent à
la périphérie du Système solaire,
au-delà des orbites des planètes géantes,
analogues aux astéroïdes, mais plus vraisemblablement composés
de glace, et plus proches ce sens des noyaux des comètes.
Tels sont les Centaures (par exemple Chiron, pour lequel une activité
cométaire a d'ailleurs été décelée),
qui circulent entre Saturne et Uranus,
ou des objets tel Hidalgo qui circulent sur une orbite rappelant celle
des comètes, sans toutefois présenter de signes d'activité
cométaire. Certains modèles conduisent à penser que
1% de ces objets pourraient malgré tout être de vrais astéroïdes.
Discerner entre noyaux comètes et astéroïdes - qui seraient
en fait deux extrêmes d'une même population initiale, ou simplement
les proportion de roche et de glace auraient varié, reste une question
récurrente, loin d'être académique, mais qui ne peut
sans doute être tranchée qu'au cas par cas. Quoi qu'il en
soit, ils sont abordés dans ce site en même temps que les
comètes et les objets de la ceinture de Kuiper dont ils pourraient
provenir, à la page consacrée à la Périphérie
du Système solaire.
La Ceinture principale
d'astéroïdes.
L'immense majorité des astéroïdes
circulent entre les orbites de Mars et de Jupiter,
à des distances du Soleil comprises entre
2,1 et 3,5 unités astronomiques
(300 à 600 millions de kilomètres). Ce qui les fait parcourir
leur orbite en 3 à 6 ans. Cette concentration d'objets forme la
Grande
ceinture d'astéroïdes ou Ceinture principale, qui
marque la frontière entre le Système solaire interne et externe.
Dès la fin du 19e siècle,
les astronomes, parmi lesquels Daniel Kirkwood
en 1867, ont remarqué que des similitudes existaient entre les éléments
orbitaux de certains astéroïdes. Kiyotsugu Hirayama a tiré,
entre 1918 et 1933, les conséquences de ce premier constat en reconnaissant
l'existence de familles d'astéroïdes. Le chercheur a fait apparaître
la réalité de ces familles à partir de l'étude
des éléments propres des orbites (c'est-à-dire en
gommant les effet perturbateurs des grosses planètes sur les caractéristiques
orbitales des astéroïdes considérés,). Il a ainsi
divisé les astéroïdes de la Ceinture principale en trois,
puis cinq, puis neuf familles. Celles-ci sont aujourd'hui encore interprétés
souvent, comment le suggérait Hirayama, comme le résultat
d'une fragmentation d'un corps après qu'il soit entré en
collision avec un autre.

Dans de nombreux cas, les astéroïdes
d'une même famille seraient ainsi les débris d'un même
corps parent, qui continueraient de circuler quelque temps de conserve,
puis se disperseraient peu à peu sous l'effet de perturbations gravitationnelles
diverses, tout en gardant au travers de quelques unes de leur caractéristiques
orbitales la mémoire de leur origine commune. La relation entre
un corps parent et une famille n'est cependant pas univoque. La question
considérée d'un point de vue minéralogique suggère
en effet qu'il n'aurait existé au départ qu'une poignée
de corps parents, et que les divers familles dynamiques proviendrait plutôt
de fragmentations secondaires, et sur le long terme d'une dispersion particulière
provoquée par diverses perturbations gravitationnelles. Quoi qu'il
en soit, aujourd'hui plusieurs dizaines de ces familles sont répertoriées.
En voici quelques unes :
Exemples
de familles d'Hirayama
On
mentionne pour chaque famille la valeur approchée de sa distance
moyenne
au Soleil en UA, et les 5 premiers membres découverts.
| Famille |
Distance |
Premiers
membres |
| Hungaria |
1,95 |
(434) Hungaria, (1019) Strackea,
(1025) Riema, (1103) Sequoia, (1235) Schorria. |
| Eos |
- |
(221) Eos, (283) Emma, (320)
Katharina, (339) Dorothea, (423) Diotima. |
| Flore |
- |
(8) Flore, (43) Ariadne,
(244) Sita, (281) Lucretia, (291) Alice, (298) Baptistina, Gaspra. |
|
Koronis
|
- |
(158) Koronis, (167) Urda,
(208) Lacrimosa, (243) Ida, (263) Dresda. |
|
Thémis
|
- |
(24) Thémis, (62)
Erato, (90) Antiope, (104) Klymène, (171)
Ophélie. |
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Hygiea
|
- |
(10) Hygiea, (52) Europe,
(100) Hécate, (108) Hécube, (333) Badenia. |
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Cérès
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- |
(1) Cérès,
(374) Burgundia, (464) Megaira, (1272) Gefion, (1433) Geramtina. |
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Junon
|
- |
(3) Junon, 1987 QC1, 1990
QX5, 1991 PH9, 1991 TF. |
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Vesta
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- |
(4) Vesta,
(306) Unitas, (442) Eichsfeldia, (1697) Koskenniemi, (1781) Van Biesbroeck. |
| Polana-Nysa |
- |
(44) Nysa, (135) Hertha,
(142) Polana, (650) Amalasuntha, (750) Oskar. |
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Hilda
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3,952 |
(153) Hilda, (190) Ismène,
(334) Chicago, (361) Bononia, (499) Venusia. |
Trois de ces familles méritent une
mention particulière : |
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Les Hungarias, dont le
premier membre (Hungaria) a été découvert en 1898
par Max Wolf ,
représentent un groupe d'astéroïdes qui circulent sur
des orbites faiblement excentriques (moins de 0,18) à la bordure
intérieure de la Ceinture principale. Ils sont séparés
de celle-ci par un espace vide, et leurs plus proches voisins sont les
astéroïdes de la famille des Phocaeas. Typiquement, la distance
moyenne au Soleil des Hungarias est comprise entre 1,78 et 2,0 unités
astronomiques (UA) et leur inclinaison moyenne par rapport à l'écliptique
de 22°, s'étageant entre 16° et 34°. Il est possible
que ces objets ne soient pas véritablement issus d'un même
corps parent, mais qu'ils proviennent de diverses autres régions
de la grande ceinture, et se soient trouvés comme mis à l'écart
dans la région où on les rencontre aujourd'hui du fait de
diverses perturbations gravitationnelles. On a parfois évoqué
la possibilité que les Hungarias aient été beaucoup
plus nombreux dans le passé, et que cette famille se soit dépeuplée
à la suite de ses interactions avec Mars, ainsi que de collisions.
Les Flores représentent la
famille la plus peuplée. Identifiée par Hirayama en 1923,
elle est composée d'astéroïdes qui circulent à
2,22 UA du Soleil. Leur excentricité est relativement importante
(0,14 en moyenne), mais leur inclinaison reste faible (autour de 5°).
La grande dispersion des astéroïdes de cette famille a conduit,
au début des années 1950, P. Brouwer, le continuateur des
travaux d'Hirayama, à diviser les Flores en quatre sous-groupes.
Une approche qui n'a pas tenu. Les travaux ultérieurs ont tout au
contraire justifié le maintient d'un seul groupe, qui - une fois
n'est (presque!) pas coutume - aurait une unique origine. Unique, mais
peut-être complexe : on a évoqué par exemple la fragmentation
d'un astéroïde double. Quant à l'apparente répartition
en quatre sous-familles, elle serait à attribuer à la proximité
d'une région rendue gravitationnellement instable par Jupiter (Les
astéroïdes y font sept révolutions, quand la planète
géante en accomplit deux).
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Christopher
Spratt,
The
Hungaria group of minor planets, J. Roy. Astron.
Soc. Can., Vol. 84, N° 2, 1990. |
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Les Hildas forment une
famille d'astéroïdes souvent de forme très irrégulière,
dont le premier membre (Hilda) a été découvert par
J. Palisa en 1875, et qui circulent à des distances moyennes du
Soleil comprises entre 3,7 et 4,2 UA. Leur excentricité moyenne
est inférieure à 0,30 et leur inclinaison par rapport à
l'écliptique ne dépasse pas les 30°. Un vaste espace
dépeuplé sépare les Hildas du gros du troupeau d'objets
présents entre Mars Jupiter. On peut donc considérer que
les Hildas n'appartiennent pas à proprement parler à la Ceinture
principale des astéroïdes, bien qu'on ne commette aucun sacrilège
en les décrivant comme sa lisière extérieure. Le plus
important est le caractère dynamique de la région qu'ils
occupent, et qui constitue comme un piège pour les petits corps
qui s'y aventurent. Quelque chose qui incite à penser qu'une certaine
proportion de Hildas pourraient ne pas être de véritables
astéroïdes mais d'anciens noyaux de comètes
"éteintes", qui s'y seraient laissés capturer. Leur couleur
généralement sombre, qui rappelle celui des noyaux cométaires
peut également être un argument en faveur de cette thèse.
Les tentatives faites pour révéler une activité cométaire
(présence d'une coma) n'ont cependant donné aucun résultat
concluant. Tout au plus a-t-on mis en évidence, dans les cas de
Tuckia et de Larissa, qui figurent parmi les gros Hildas, des variations
de leur période de rotation qui pourrait ne pas être d'origine
gravitationnelle, mais plutôt dues à une émission sporadique
de matière volatile, comme on l'observe avec les comètes.
On
connaît, en tout cas, un certain nombre de comètes
avérées dont les orbites (appelées à évoluer)
ressemblaient au cours des dernières décennies à celles
des Hildas. Par exemple : P/Gehrels-3, P/Smirnova-Chernykh, P/Oterna, P/Gunn,
P/Longmore, P/Schwassman-Wachmann-2, P/Parker-Hartley. Il est imaginable
que certaines d'entre elles deviennent un jour des Hildas sous l'effet
des mêmes forces non gravitationnelles (dégazage), soupçonnées
dans le cas de Tuckia et de Larissa.
On vient de le souligner, les Hildas, comme
les Hungarias, sont séparés de la Ceinture principale par
une région très dépeuplée. Mais il y en a d'autres
qui la divisent. On décrit ces zones que les astéroïdes
semblent éviter sous le nom de lacunes des Kirkwood.
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|
Les
lacunes de Kirkwood
Il n'y a pratiquement aucun astéroïde
circulant sur des orbites qui correspondent à des périodes
de révolution qui entre en rapport simple avec celle de Jupiter
: 3:1, 5:2, 7:3, 2:1. La lacune qui sépare les Hungarias du reste
de la Ceinture principale correspond au rapport 4:1
Ces
rapports signifient, par exemple, un objet situé sur une orbite
dont le rayon serait de 2,5 UA, aurait une période de révolution
exactement trois fois plus courte que celle de Jupiter (quatre ans au lieu
de douze). On dira que cette région correspond à la résonance
3:1. Et de la même façon, on parlera de la résonance
5:2 pour définir la région ou un objet tournerait cinq fois
autour du Soleil, quand Jupiter n'aurait accompli que deux révolutions.
Sans entrer dans les détails - qui
sont aussi une affaires de calculs par de gros ordinateurs - l'implication
de Jupiter, la plus grosse planète du Système solaire, dans
cette curieuse logique suggère que ce sont ses perturbations gravitationnelles
sur les petits astéroïdes qui sont bien la cause de tout. D'une
manière où d'une autre, Jupiter suscite des zones instables,
appelées lacunes de Kirkwood, du nom de leur découvreur ,
d'où les astéroïdes qui s'y seraient aventurés
finiront toujours par éjectés.
Normalement, l'effet d'une résonance
est de vider de ses astéroïdes la région qui lui correspond.
On notera cependant que la situation est compliquée par l'existence
de régions qui peuvent être également définies
comme des résonances et qui correspondent au contraire à
des régions d'accumulation. On a déjà mentionné
plus haut le groupe des Hungarias dont la période de révolution
moyenne est de 2,5 ans et qui se trouvent ainsi en résonance 9:2
avec Jupiter, et en résonance 3:2 avec Mars. Même constat
pour les Flores (résonance 7:2) et surtout pour les Hildas, qui,
circulant à 3,9 UA du Soleil, et sont piégés à
proximité de la résonance 3:2 avec Jupiter. Au delà,
à la résonance 4:3 (qui correspond à une distance
au Soleil de 4,26 UA), circule également un astéroïde,
apparemment isolé : Thulé.
-
Où vont les astéroïdes
expulsés des lacunes de Kirkwood? La réponse la plus simple
- et probablement vraie dans la plupart des cas - consiste à dire
qui viennent simplement peupler les régions moins instables de la
Ceinture principale, voire qu'il partent alimenter des régions ultrastables
telle que celle des Hildas. Mais il faut aussi tenir compte des perturbations
dues aux autres planètes. Celles des autres planètes géantes,
qui pourraient conduire à l'expulsion définitive hors du
Système Solaire de nombreux astéroïdes en délicatesse
ave telle ou telle résonance jovienne, ou à la suite d'une
collision. Mars, également, qui pourrait jouer le rôle d'une
sorte de "pompe à astéroïdes", qui alimenterait les
régions internes du Système solaire en petits corps expulsés
de la Grande Ceinture. |
Ajoutons que, comme
l'on montré des chercheurs de l'Institut d'astronomie d'Hawaii en
mai 2004, la couleur des astéroïdes de la Ceinture donne une
indication de leur âge. Ils rougissent en vieillissant. Cette
nouvelle méthode
de datation des astéroïdes découle de la corrélation
qu'ils ont découverte entre la couleur de 8416 astéroïdes
répertoriés dans le Sloan Digital Sky Survey, et les âges
déduits des évolutions orbitales de cent mille astéroïdes,
en fonction des familles auxquelles ils appartiennent.
Les âges ainsi
déterminés (entre six millions à trois milliards d'années)
mesurant le temps écoulé depuis le moment où ces astéroïdes
se sont fracturés pour donner naissance aux dites familles, et pendant
lequel des surfaces nouvelles ont été exposées au
vent
solaire et au rayonnement cosmique ( Le
milieu interstellaire). Ces rayonnements, très agressifs, ont
altéré lentement la matière à la surface des
astéroïdes au point d'en modifier peu à peu la couleur.
Et l'on comprend que celle-ci ait été d'autant plus modifiée
que la durée d'exposition aux intempéries spatiales
a été longue.
Valable pour l'instant
seulement pour les astéroïdes de la ceinture principale, la
méthode pourrait être étendue à l'étude
des âges de petits satellites des planètes
géantes, que l'on pense être des astéroïdes
capturés. En attendant, les résultats déjà
obtenus permettent de comprendre pourquoi la couleur des météorites ne
correspond pas à celle des astéroïdes dont ils sont
issus.
Circastéroïdes
et géocroiseurs. |
Christopher
Spratt,
The
Hilda group of minor planets, J. Roy. Astron.
Soc. Can., Vol. 83, N° 6, 1989. |
|
On connaît près
de 1500 astéroïdes qui circulent dans les régions internes
du Système solaire. On parle de NEOs (Near-earth objects),
de NEAs (Near-earth asteroids), ou de circastéroïdes
pour les désigner. Ceux que leur orbites conduisent à croiser
celle de la Terre sont appelées des géocroiseurs. Certains
peuvent passer très près de notre planète, comme ce
fut par exemple le cas le 27 septembre 2003, quand un de ces rochers de
l'espace, baptisé SQ222, nous est passé à 80 000 km
(20% de la distance qui nous sépare de la Lune...).
Des probabilités non négligeables
existent pour qu'un jour où l'autre l'un d'eux percute notre planète,
sur laquelle on a d'ailleurs déjà recensé 150 cratères
(récents) dus à de tels impacts. La collision est d'ailleurs
aussi l'explication la plus souvent mentionnée de l'extinction massive
de certaines espèces sur notre planète. L'événement
violent qui s'est produit le 30 juin 1908 dans la région de la Tunguska
en Sibérie et a détruit des milliers d'hectares de forêt,
s'il n'a pas été occasionné par l'entrée d'un
fragment de noyau cométaire dans notre atmosphère, pourrait
également s'expliquer par la rencontre avec un NEO d'une centaine
de mètres de diamètre. En somme, des versions superlatives
de ce qui se produit quotidiennement avec la chute
de ces petits fragments d'astéroïdes que sont les météorites.
Les circastéroïdes correspondent
à une population à faible durée de vie. Leurs orbites
sont instables sur des durées supérieures à cent millions
d'années. C'est en gros le temps qu'il leur faut pour entrer en
collision avec une planète tellurique ou se voir tout simplement
expulsés de cette région du Système solaire par les
diverses perturbations gravitationnelles qui s'y exercent. Le maintien
dans le temps d'une telle population signifie donc qu'elle est renouvelée
en permanence. Le taux requis est de quelques centaines d'objets de plus
d'un kilomètre de diamètre tous les millions d'années.
Une conclusion cohérente avec l'idée
que l'on se fait du pompage des lacunes de Kirkwood. mais ce n'est pas
la seule possibilité. Certains chercheurs pensent que les circastéroïdes
pourraient également être des noyaux cométaires éteints
ou endormis. Puis les régions internes sont régulièrement
visitées par de tels objets, il peut sembler logique d'imaginer
que certains y restent piégés par l'attraction gravitationnelle
de telle ou telle planète intérieure. On sait aussi que certains
noyaux cométaires (groupe de Kreutz) sont régulièrement
englouties par le Soleil. |
Christopher
Spratt,
The
Aten-
Apollo-Amor
close approach minor planets, J. Roy. Astron.
Soc. Can., Vol. 81, N° 1, 1987. |
|
Le principal circastéroïde
est 1036 Ganymède (à ne pas confondre avec le satellite galiléen).
Son diamètre est de 41 kilomètres. Vient ensuite Éros,
qui atteint 38 kilomètres dans sa plus grande longueur. Il pourrait
exister plus de deux mille de ces objets dont la taille dépasserait
le kilomètre. On distingue trois groupes de circastéroïdes
:
Les Apollos : leur demi-grand
axe (distance moyenne au Soleil) est supérieur à 1 unité
astronomique (UA) et leur distance à l'aphélie inférieure
1,017 UA. Cette famille, dont la période est supérieure à
un an, inclut la majorité des géocroiseurs. 632 Apollos sont
répertoriés (2).
Les Atens : leur demi-grand axe
est inférieur à 1 UA et leur distance à l'aphélie
est de 0, 983 UA (une valeur qui correspond à celle de la distance
de la Terre au périhélie). Leur période est inférieure
à un an. Certains sont des géocroiseurs. 110 Atens sont répertoriés
(2).
|
(2)
A la date du 16 juin 2001. |
|
Les Amors : leur distance
au périhélie est comprise entre 1,017 et 1,3 UA (195 millions
de kilomètres). Comme c'est aussi le cas pour certains Hungarias,
ils croisent l'orbite de Mars, mais pas celle de la Terre. 636 Amors sont
répertoriés (2).
|
Exemples de circastéroïdes
|
| Apollos |
Atens |
Amors |
| (4769) |
Castalia |
| (4179) |
Toutatis |
| (1620) |
Géographos |
| (1864) |
Daedalus |
| (1865) |
Cerbère |
| (2212) |
Hephaistos |
| (2201) |
Oljato |
| (1566) |
Icarus |
| (2101) |
Adonis |
| (1862) |
Apollo |
| (2063) |
Bacchus |
| (3200) |
Phaéton |
| - |
1998 KY26 |
| (4581) |
Asclepius |
| - |
1937 UB (Hermès) |
|
| (2062) |
Aten |
| (2100) |
Ra-Shalom |
| (2340) |
Hathor |
| (3362) |
Khufu |
| (3554) |
Amun |
| (3753) |
Cruithne |
| (5381) |
Sekhmet |
| - |
1998 TU3 |
| - |
1999 HF1 |
Un
géocroiseur : Toutatis. |
|
| (2061) |
Anza |
| (1917) |
Cuyo |
| (1221) |
Amor |
| (1943) |
Anteros |
| (1915) |
Quetzalcoatl |
| (433) |
Éros |
| (1036) |
Ganymède |
| (6489) |
Golevka |
| (4954) |
Eric |
| (3552) |
Don Quichotte |
| (1627) |
Ivar |
| (887) |
Alinda |
|
(719)
|
Albert
|
|
(4487)
|
Pocahontas
|
|
(11284)
|
Belenus
|
|
La définition que vient d'être
donnée de chacun des trois groupes de circastéroïdes
est quelque peu arbitraire, et ne traduit en réalité que
les caractéristiues orbitales du moment. Or celles-ci changent au
fil du temps et des diverses perturbations subies par ses objets. Certains
Amors peuvent très bien devenir des Apollos après quelques
révolutions, et certains Atens auraient pu très bien être
classés parmi les Apollos, si on les avaient découverts quelques
années plus tôt. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit avec
Quetzalcoatl, découvert en 1953 et classé parmi les Amors,
mais qui onze ans plus tôt avait encore les caractéristiques
orbitales d'un Apollo... Ajoutons encore, pour ne rien arranger au tableau
que deux astéroïdes du groupe Amor - Amor lui-même et
Ivar -, dont les demi-grand axes dépassent 1,9 UA, pourraient quant
à eux être parfaitement affiliés à la famille
des Hungarias.
-
|
Des
astéroïdes, des comètes et des poussières
Le
flou sur la distinction entre les familles d'astéroïdes, qui
est finalement très bénin se double d'autres incertitudes
quant à la nature véritable de certains objets. Comme c'est
d'ailleurs le cas fréquemment pour d'autres petits corps du Système
solaire, il est parfois difficile de dire si tel ou tel astéroïde
est un véritable astéroïde ou s'il s'agit d'un noyau
cométaire. Par exemple l'Aten Phaéton a été
associé à l'essaim des Géminides ( Les
Étoiles filantes), qui se produit en décembre. On également
rapproché l'orbite de certains autres essaims de celles d'astéroïdes
de la famille des Atens : Adonis, Oljato.
Adonis
est associé avec le petit essaim des scorpio-sagittarides, actif
en juin et début juillet. Et la sonde Pionneer Venus a détecté
en 1983 des indices pouvant laisser penser que Oljato possède une
petite activité cométaire. U autre objet, 1997 PW, pourrait
provenir du nuage de Ort.
Cela pourrait
faire de ces présumés astéroïdes plutôt
le noyau en cours de désagrégation d'une comète éteinte.
Mais il est également possible que les poussières qui suivent
leur orbite aient été créées lors d'un récent
impact météoritique qu'auraient connu ces corps. Un phénomène
de ce type semble d'ailleurs avoir été observé "en
direct", sur un astéroïde de la Ceinture principale : Elst-Pizarro
(Famille de Koronis) en 1996. Son éjection de poussière après
un probable impact lui a donné pendant quelques mois l'aspect d'une
comète. Même chose du côté des Apollos. Héphaistos
se déplace sur une orbite qui rappelle davantage celle d'une comète
(telle que Encke, par exemple) que celle d'un
astéroïde. |
Les Troyens.
Certains astéroïdes ont été
piégés par des planètes. Ils peuvent en être
devenus de simples satellites. C'est ce qui serait arrivé à
Phobos
et Deimos, les deux lunes de Mars,
mais également aux huit satellites externes de Jupiter,
à Phoebé, un de satellites de Saturne,
et à divers autres petits satellites des planètes géantes.
Mais il se peut également qui aient été calés
dans le voisinage de points particuliers associés aux planètes
et appelés points de Lagrange.
En particulier le point L4, qui se situe à 60° à l'avant
d'une planète et le point L5, qui lui est 60° à l'arrière.
Ces astéroïdes sont alors qualifiés de Troyens (ou de
planètes troyennes) de la planète concernée. Ils ont
la même période de révolution que la planète
à laquelle ils sont associés. On peut dire aussi qu'il sont
placés à la résonance 1/1.
La
notion de Troyen implique trois corps. Dans le cas des Troyens de Jupiter
et de Mars, il y a le troyen lui-même, la
planète qu'il suit ou précède, et le Soleil
autour duquel sont dessinées les orbites. Il existe aussi des Troyens
dont le troisième corps n'est pas le Soleil, mais Saturne.
Il s'agit donc de satellites de Saturne, qui circulent sur les mêmes
orbites, mais séparés par 60° : cas de Dioné et
Hélène, Thétys et calypso, Thétys et Télesto.
Les Troyens de Jupiter : On en connaît
plus de 400 à ce jour sur les milliers qui pourraient exister, les
plus nombreux autour du point L4. Hector est l'un des plus gros astéroïdes
connus. L'absence d'activité cométaire les fait classer comme
astéroïdes. Il est également possible, au vu de diverses
caractéristiques de la lumière qu'ils réfléchissent,
qu'il soient - du moins pour certains d'entre eux - plutôt assimilables
à des noyaux de comètes. Voici
les principaux :
| N° |
Nom |
Distance (UA)
|
Excentricité |
Inclinaison
(°) |
Magnitude
H |
|
Périhélie
|
Aphélie
|
Moyenne
|
|
Autour
du point L4 (précédant) : Grecs de l'Iliade
|
| (588) |
Achille |
4,414 |
5,955 |
5,184 |
0,149 |
10,3 |
8,67 |
| (624) |
Hector |
5,088 |
5,338 |
5,213 |
0,024 |
18,2 |
7,49 |
| (659) |
Nestor |
4,630 |
5,805 |
5,218 |
0,113 |
4,5 |
8,99 |
| (911) |
Agamemnon |
4,887 |
5,598 |
5,242 |
0,068 |
21,8 |
7,89 |
| (1143) |
Odysseus
(Ulysse) |
4,771 |
5,738 |
5,255 |
0,092 |
3,1 |
7,93 |
| (1404) |
Ajax |
4,694 |
5,902 |
5,298 |
0,114 |
18,0 |
9,0 |
| (1437) |
Diomedes |
4,907 |
5,379 |
5,143 |
0,046 |
20,5 |
8,30 |
| (1583) |
Antilochus |
4,831 |
5,373 |
5,102 |
0,053 |
28,6 |
8,60 |
| (1647) |
Menelaus |
5,112 |
5,370 |
5,241 |
0,025 |
5,6 |
10,3 |
| (1749) |
Telamon |
4,611 |
5,747 |
5,179 |
0,110 |
6,1 |
9,2 |
| Autour
du point L5 (suivant) : Troyens de l'Iliade |
| (884) |
Priam |
4,534 |
5,790 |
5,162 |
0,122 |
8,9 |
8,81 |
| (1172) |
Enée |
4,646 |
5,725 |
5,186 |
0,104 |
16,7 |
8,33 |
| (1173) |
Anchise |
4,597 |
6,054 |
5,325 |
0,137 |
6,9 |
8,89 |
| (1208) |
Troilus |
4,745 |
5,713 |
5,229 |
0,093 |
33,6 |
8,99 |
| (1867) |
Deiphobus |
4,916 |
5,363 |
5,139 |
0,043 |
26,9 |
8,61 |
| (1870) |
Glaukos |
5,086 |
5,424 |
5,255 |
0,032 |
6,6 |
10,5 |
| (1871) |
Astyanax |
5,126 |
5,477 |
5,301 |
0,033 |
8,6 |
11,0 |
| (1872) |
Helenos |
5,020 |
5,530 |
5,275 |
0,048 |
14,7 |
11,2 |
| (1873) |
Agenor |
4,781 |
5,737 |
5,259 |
0,091 |
21,8 |
10,5 |
| (2207) |
Antenor |
5,038 |
5,214 |
5,126 |
0,017 |
6,8 |
8,89 |
| (617) |
Patrocle |
4,498 |
5,953 |
5,225 |
0,139 |
22,1 |
8,19 |
-
Les troyens de Mars : 5261 Eurêka,
découvert en 1990. Un autre en 1998, et trois encore s'y sont ajoutés
en 2001. Tous calent leur orbite sur le point L5.
-
(N°)
Année |
Nom
/ Étiquette |
Distance (UA)
|
Excentricité |
Inclinaison
(°) |
Magnitude
H |
|
Périhélie
|
Aphélie
|
Moyenne
|
| (5261) |
Eurêka |
1,425 |
1,622 |
1,523 |
0,065 |
20,3 |
16,1 |
| 1998 |
VF31 |
1,371 |
1,677 |
1,524 |
0,100 |
31,3 |
17,4 |
| 2001 |
DH47 |
1,468 |
1,572 |
1,520 |
0,034 |
24,2 |
19,7 |
| 2001 |
FG24 |
1,319 |
1,717 |
1,518 |
0,131 |
1,518 |
21,3 |
| 2001 |
FR127 |
1,354 |
1,692 |
1,523 |
0,111 |
28,5 |
19,0 |
Et la Terre dans tout ça?
Il n'est pas exclu que d'autres planètes,
y compris la Terre possèdent des troyens.
Une idée qui a dû attendre les simulations informatiques pour
s'imposer. Auparavant, la conception qui prévalait, et qui semblait
reposer sur le pur bon sens, tendait à écarter cette possibilité.
En particulier, lorsqu'on comparait la distance de la Terre à ses
points de Lagrange L4 et L5 à la distance qui les séparait
de Vénus lorsque la planète se trouve
en conjonction avec eux, l'effet des perturbations gravitationnelles de
celle-ci apparaissait pur important que celui de la Terre. Dès lors,
aucun petit corps n'aurait pu séjourner durablement dans ces régions.
On sait aujourd'hui que le répit d'un corps placés en ces
points peut être de plusieurs dizaines de millions. De quoi justifier
les tentatives pour trouver des Troyens de la Terre au cours des dernières
années. Une tâche nécessairement difficile car ces
éventuels corps doivent être très petits, et du fait
de la proximité relative des points de Lagrange de notre planète
dispersés sur une vaste étendue de la voûte céleste.
Et, en attendant que l'on en découvre, voici un cas étonnant
:
Les cas de Cruithne et de AA
29 : La Terre possède deux compagnons qui n'e sont ni des satellites
comme la Lune, ni véritablement des Troyen. Il s'agit de l'astéroïde
normalement classé dans la famille des atens : Cruithne
qui circule sur une orbite "en fer à cheval" qui le fait s'enrouler
autour des points de Lagrange L4 et L5 de notre planète, et de AA
29, un circastéroïde découvert en 2002 et dont l'orbite
s'enroule curieusement aurtour de celle de la Terre.
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