Aperçu |
La connaissance de la région
extérieure du Système solaire
représente une avancée récente, mais importante, car
elle donne accès à des objets considérés comme
les témoignages les moins altérés de la phase de formation
du Système solaire. On connaissait sans doute un objet situé
au-delà de Neptune ,
depuis la découverte de Pluton
en 1930 (et de son satellite Charon
en 1978). On savait également que les comètes
sont des objets en provenance des régions les plus lointaines du
Système solaire, et qui ne déploient leur queue que lorsque
il leur arrive de pénétrer dans les régions internes
et de s'approcher du Soleil. Mais la situation
a considérablement évolué depuis 1992, avec la découverte
par Jane Luu et David Jewitt de QB1 (surnommé Smiley), le premier
objet situé au-delà de Pluton, et surtout reconnu comme membre
d'une structure en forme de disque restée jusque là hypothétique
: la ceinture de Kuiper ou de Edgeworth-Kuiper, du nom des astronomes Gerard
Kuiper
et Kenneth Edgeworth, qui en avaient proposé indépendamment
l'existence, respectivement en 1948 et en 1951, pour expliquer l'origine
des comètes de courte période.
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Représentation
du Nuage de Oort.
En 1950, Jan Oort
avait proposé, quant à lui, pour expliquer les caractéristiques
des comètes de longue période, ou non périodiques,
l'existence d'un grand réservoir de noyaux cométaires situé
encore au-delà de la ceinture de Edgeworth-Kuiper. Contrairement
aux comètes de courte période, qui circulent sur des plans
généralement proches de l'écliptique, les comètes
non périodiques peuvent inscrire leur trajectoire dans un plan quelconque.
Cela signifie que le nuage de Oort n'est pas assimilable à un disque
plus ou moins épais ou à un tore, comme la ceinture de Edgeworth-Kuiper.
Il s'agit d'une structure à symétrie sphérique. Une
sorte de grand cocon (distant de 50 000 à 100 000 unités
astronomiques), qui entourerait le Système solaire et en tracerait
l'extrême limite. Riche de milliers de milliards de comètes,
le Nuage de Oort accueille une population de corps expulsés pour
l'essentiel de la région de la ceinture de Edgeworth-Kuiper et de
celle des planètes géantes, au moment
où celles-ci se sont formées. Cette structure instable continue
d'accueillir quelques noyaux cométaires venus de mêmes secteurs,
mais surtout se vide progressivement, par un phénomène de
diffusion chaotique (analogue à une "évaporation"); en direction
de l'espace interstellaire, ou en expulsant de temps à autre une
comète vers les régions internes du Système solaire,
où elle restera éventuellement.
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L'effet Némesis
Les
extinctions massives d'espèces vivantes qu'a connu la Terre
à plusieurs reprises au cours de son histoire ont-elles été
causées par le bombardement épisodique de notre planète
par des noyaux cométaires expulsés du Nuage de Oort? On l'a
parfois dit, en invoquant le rôle déstabilisateur d'un astre
massif (grosse planète
ou naine brune), nommé Némésis
(à cause de son effet exterminateur), qui serait en orbite à
la périphérie du Système solaire. Aujourd'hui, les
observations paraissent démentir clairement l'existence d'un tel
objet. Il n'en demeure pas moins que diverses causes peuvent être
à l'origine de la déstabilisation des orbites des objets
du Nuage de Oort, et leur implication dans les extinctions massives (effet
Némesis) n'est pas nécessairement à exclure.
Le
facteur de déstabilisation le moins exotique sans doute la perturbation
par les planètes géantes connues - celles-ci rendent instables,
à terme, toutes les orbites des corps qui gravitent autour du Soleil.
Mais le facteur principal pourrait bien être la traversée
des bras galactiques de la Voie lactée par
le Système solaire. Ces événements placent le Nuage
de Oort sous l'influence des nuages moléculaires
géants qui se concentrent dans ces bras. Leur masse considérable
peut déstabiliser très efficacement les orbites des plus
petits corps circulant à la périphérie du Système
solaire, et de plus, leur fréquence (un tous les cent millions d'années
environ) pourrait bien s'accorder avec la fréquence des extinctions.
Par
ailleurs, selon les simulations numériques conduites en 1999 par
S. Ida, J. Larwood et A. Burkert, il apparaît que si les perturbations
imputables aux planètes géantes peuvent expliquer une partie
de la structuration de la ceinture de Edgeworth-Kuiper, il est nécessaire
pour en expliquer une autre partie, et justifier les excentricités
élevées de certains corps d'admettre le rôle de perturbations
induites par des objets n'appartenant pas au Système solaire. Les
auteurs parlent de passages rapprochés d'étoiles,
croisées au hasard de notre course autour de la Galaxie. |
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Inventaire |
La
Ceinture de Edgeworth-Kuiper
A ce jour plusieurs centaines d'objets
de Edgeworth-Kuiper ont été répertoriés au-delà
de l'orbite de Neptune, et sont donc à ranger dans la catégorie
des objets transneptuniens. On utilisera ici pour les designer le terme
d'Oceks (Objets de la ceinture d'Edgeworth-Kuiper). Leur couleur est parfois
bleutée, mais plus généralement rougeâtre, ce
qui est attribué à la présence de matière organique
à leur surface. En profondeur, ils seraient cependant constitués
essentiellement de glace.
Quelques
chiffres - Selon les estimations actuelles, il existerait de 30 000
à 70 000 Oceks possédant un diamètre supérieur
à 100 km. Leur diamètre moyen serait concentré autour
de 230 km. La masse de tous les corps circulant dans l'espace compris entre
30 et 50 UA du Soleil, représenterait une masse totale équivalente
au quart de celle de la Terre. Le nuage de Oort pourrait quant à
lui représenter une masse dix fois supérieure.
Il convient de leur associer une famille de
petits
corps qui circulent dans la zone même des planètes géantes,
et qui sont appelés des Centaures* (ou Centaurides) (parce qu'on
leur donne le plus souvent les noms de centaures
de la mythologie grecque ).
Les Centaures peuvent être considérés comme la frange
interne de la Ceinture de Edgeworth-Kuiper. On y voit aussi des objets
de transition entre les Oceks et la famille des comètes joviennes.
Les Oceks transneptuniens.
Pour l'essentiel, il s'agit bien de corps
analogues à des noyaux cométaires, avec des diamètres
estimés de l'ordre de la centaine de kilomètres, et parfois
accompagnés de satellites. Peut-être une partie d'entre eux
s'avéra-t-elle correspondre à une classe d'objets distincts
des comètes, ou bien à des astéroïdes .
En tout cas, quelques-uns, qui sont beaucoup plus gros, méritent
d'ores et déjà d'être rangés plutôt parmi
les planètes naines au même titre que
Pluton. On les désigne sous le nom de naines de glace. Outre Pluton
et Charon, on peut citer au nombre des naines de glace : Eris
(la plus grosse des planètes naines coinnues actuellement),Sedna,
2004
DW, Quaoar, Ixion ,
Varuna
et 2002 AW97. Aux incertitudes de mesure près, tous dépassent
les mille kilomètres de diamètre. Quaoar est de la taille
de Charon; Sedna et 2004 DW ont un diamètre estimé aux trois
quarts de celui de Pluton, et Eris, dont les dimensions
ont commencé à étre estimées en 2005, il semble
bien dépasser Pluton en taille et avoir un diamètre tournant
autour de 3000 km.
L'objet 1997 CQ29 et
son satellite.
Huit couples similaires
étaient connus fin 2002.
Source : Noll, Stephens
et al., 2002.
On distingue plusieurs grandes familles
de ces objets en fonction de leurs caractéristiques orbitales :
Les Oceks
classiques - Ils correspondent, par leurs orbites, grosso modo à
la population prévue pour les corps de la ceinture de Edgeworth-Kuiper.
Ils représentent environ 95 % des objets transneptuniens et possèdent
des orbites relativement stables, pas toujours aussi circulaires et aussi
proches du plan de l'écliptique que ce qui était prévu,
mais circulent à une distance moyenne (entre 40 et 48 UA) qui correspond
assez ce qui était attendu. Quaoar et Varuna figurent parmi les
naines de glace rangées dans cette catégorie. Autres Oceks
classiques : le couple 1997 CQ29, ci-dessus, Rhadamanthe ,
Chaos .
Les Plutinos
(et autres Oceks résonants) - Il s'agit d'une population
d'objets aux couleurs peu marquées, que l'on peut considérer
comme un sous-ensemble du groupe précédent, mais dont l'orbite
partage avec celle du couple Pluton-Charon d'être réglée,
pour sa période, sur celle de Neptune. Lorsque la planète
géante a achevé trois révolutions autour du Soleil,
les Plutinos en ont accompli deux (résonance 3/2). 2004
DW et Ixion sont deux autres naines de glace à ranger dans cette
famille, de laquelle il convient de rapprocher d'autres groupes de corps
qui circulent sur des orbites réglées selon d'autres rapports
avec la période de Neptune (résonances 3/5 et 3/4 en particulier,
pour des objets situés à moins de 42 UA du Soleil, et résonance
1/2 (objets appelés Twotinos) pour un groupe situé
au-delà, dans ce qui est appelé la ceinture d'Edgeworth-Kuiper
principale).
N.
B. - On appelle cubewanos (mot fabriqué à partir du
nom du premier objet découvert, QB1) les objets circulant au-delà
d'une quarantaine d'unités astronomiques du Soleil,
et pour la période desquels il n'existe aucune commensurabilité
simple avec celles des planètes géantes.
Les Oceks
dispersés - Ces corps, peu nombreux en proportion, circulent
sur des orbites très allongées qui s'écartent beaucoup
plus du plan de l'écliptique et constituent une structure discoïdale
diffuse. On comprend leurs caractéristiques orbitales comme l'effet
de perturbations occasionnées par un passage à proximité
de Neptune. De façon générale, les objets qui circulent
sur des orbites fortement inclinées semblent avoir une surface plus
claire et moins rouge que les autres. La naine de glace 2002 AW197 est
un membre de cette population.
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Poussières
à la frontière
De
la même façon que les astéroïdes de la ceinture
principale, les Oceks ont pu connaître au cours de leur longue histoire
des collisions, dont le résultat aura été la dispersion
dans l'espace d'une grande quantité de poussières. Les astronomes
voient dans cette composante périphérique du nuage
zodiacal une structure analogue aux anneaux de poussières qu'ils
ont repérés autour de certaines étoiles, telles que
Véga (Lyre), Fomalhaut (Poisson
Austral), ou Epsilon Eridani (Eridan). L'intérêt
d'un tel rapprochement est bien sûr qu'il invite à se demander
si les structures poussiéreuses qui entourent ces étoiles
ont la même cause que celles qui entourent le Système solaire,
autrement dit si elles aussi abritent des planètes géantes. |
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Les Centaures
La découverte par C. T. Kowal de
Chiron, le premier Centaure, date de 1977. Les Centaures sont eux aussi
semble-t-il des d'objets assimilables à de gros noyaux cométaires.
Chiron ,
par exemple, dont on s'est d'abord demandé s'il était, avec
ces 180 km de diamètre, à ranger parmi les astéroïdes
ou les comètes, a manifesté peu après sa découverte
une faible activité cométaire (émission de matières
volatiles). Parmi les Centaures, on citera Pholus (190 km de diamètre,
et une des couleurs les plus rouges du Système solaire), Asbolus,
ou encore Chariklo ,
qui avec un diamètre estimé de 300 km, est à rapprocher
des planètes naines.
On suppose que les Centaures, qui ont des
excentricités très importantes comme les Oceks dispersés,
sont originaires de la ceinture de Edgeworth-Kuiper principale, mais qu'ils
ont été conduits sur leurs orbites actuelles par les perturbations
des planètes géantes. Un type d'évolution de trajectoire
à mettre en parallèle avec celle que l'on attribue aux circastéroïdes.
Certaine "comètes éteintes", rangées parmi les circastéroïdes
pourraient d'ailleurs, selon S. Ipatov, avoir aussi été avant
cela des Centaures. Quoi qu'il en soit, les orbites des Centaures restent
instables et ont une durée caractéristique de l'ordre de
10 millions d'années seulement. Selon les simulations numériques
(Tiscareno, Malhotra, 2002), ils sont progressivement rejetés ensuite.
Pour les deux tiers vers les régions beaucoup plus lointaines du
Nuage de Oort, et pour le tiers restant, viennent enrichir la population
des comètes joviennes. certains pouvant également entrer
en collision avec une planète géante. |
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