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Les
gens
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| Aperçu | La jeunesse | La période wagnérienne | L'affranchissement intellectuel |
| Le surhumain | La société et l'histoire | La connaissance | Zarathoustra |
R. Berthelot ca.1900 |
La
conception de la société et de l'histoire.
La morale nouvelle n'est pas, comme le christianisme D'où vient la « table des
valeurs » qui régit la société actuelle? Si
une morale dogmatique est impossible et nuisible
à la vie, si l'idéal moral ne peut qu'être proposé
à l'âme comme un idéal artistique de grandeur et de
beauté, une « histoire naturelle de la morale » est
possible et, en nous dévoilant les mensonges et les bassesses où
la morale actuelle a son origine, elle ne peut
que favoriser l'avènement de la morale nouvelle et le développement
de la vie. Cette histoire morale de l'humanité
n'est pas, comme pour Spencer, l'exposé
d'une évolution uniforme et bienfaisante;
c'est l'exposé de la suite des événements historiques
qui ont amené la décadence morale de l'Europe contemporaine
en pervertissant chez les humains d'aujourd'hui le sentiment
de la vie; Nietzsche, avec son intuition artistique
de l'humain individuel dans toute la réalité et la richesse
de sa vie concrète et historique, ne pouvait se sentir à
l'aise au milieu des abstractions décolorées
de Spencer; et il ne pouvait pas davantage s'accommoder de son optimisme
utilitaire, de sa foi Les progrès de l'altruisme pour Nietzsche ne sont pas désirables, mais funestes; l'évolution ne doit pas aboutir nécessairement à ce que les humains d'aujourd'hui appellent le bien; elle n'est pas une simple lutte pour l'existence, pour la conservation, comme le prétend Darwin, elle est une lutte pour la puissance et la domination; la vie n'est pas si pauvre que les êtres vivants aient pour fin dernière de se conserver et qu'ils doivent se contenter de la sécurité, du bien-être, du repos, du bonheur; la vie saine, complète, en voie de développement et de progrès, est un perpétuel effort vers une expansion nouvelle, et tend perpétuellement à se dépasser elle-même et à l'emporter sur autrui. Aussi dans l'humanité primitive y avait-il des maîtres et des esclaves, des dominateurs, des chefs et des sujets, des inférieurs. Partout nous voyons des peuples belliqueux, aventureux, intrépides, de volonté forte et dure, des minorités d'humains de proie, établir leur suprématie sur le troupeau des peuples plus paisibles, moins guerriers et moins braves, pour l'exploiter à leur profit; c'est ainsi que naissent la civilisation grecque et la civilisation romaine; c'est ainsi que se fondent, sur les ruines de l'empire romain, les royaumes germaniques. De là deux types fondamentaux de morale, la « morale des maîtres » et celle des esclaves. Le maître, le noble détermine par rapport à lui-même la valeur des humains et des choses. Il est orgueilleux et joyeux de vivre. Le « bon » pour lui, c'est le noble son égal; « le mauvais », c'est l'esclave, l'inférieur. Le « bien », c'est l'ensemble des qualités qui lui assurent la puissance; il honore ceux qui savent dominer autrui et se dominer eux-mêmes; il méprise la faiblesse, la lâcheté, l'humilité, la flatterie, le mensonge; il ne se reconnaît d'obligations qu'envers ses pairs. Chez les vaincus, les faibles, les esclaves, les sentiments dominants ne sont plus la joie de vivre et l'orgueil, mais la défiance de la vie et la haine des puissants qui les oppriment; aussi le puissant qui fait durement et joyeusement usage de sa force devient-il le « méchant », dans la morale des esclaves; le « bien », ce sont alors les vertus, méprisées des puissants, qui rendent la vie moins dure aux faibles, aux souffrants : la pitié, l'humilité, la patience industrieuse. C'est chez les Juifs De ses deux créateurs, Jésus Jusqu'à l'humain, la vie, au delà des espèces existantes, a créé sans cesse des espèces nouvelles; l'humain lui-même n'a pas cessé jusqu'à présent d'enrichir son âme de sentiments nouveaux et de puissances nouvelles; l'espèce humaine, à la différence des autres espèces vivantes, ne s'est pas encore fixée définitivement dans certaines manières de sentir, de penser, d'agir; l'humain d'aujourd'hui est capable encore de progrès, il peut encore se dépasser lui-même. Mais ce ne peut être qu'en rejetant les morales de décadence qui dominent aujourd'hui, l'utilitarisme et l'eudémonisme des démocrates, des socialistes, des anarchistes, aussi bien que les doctrines des conservateurs et des réactionnaires qui ne visent qu'à défendre les biens matériels qu'ils possèdent et qu'a maintenir la morale chrétienne. Les grandes nations civilisées de
l'Europe contemporaine sont toutes en décadence au point de vue
moral : pour l'Allemagne, la fondation de l'Empire a marqué le triomphe
des idées utilitaires et la disparition de toute noblesse et de
toute grandeur intellectuelles et artistiques; la musique allemande d'ailleurs
et le romantisme allemand, dont Wagner est l'expression
dernière, sont l'oeuvre de pessimistes
aux nerfs malades et qui tendent vers le christianisme |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.