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Les
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| Aperçu | La jeunesse | La période wagnérienne | L'affranchissement intellectuel |
| Le surhumain | La société et l'histoire | La connaissance | Zarathoustra |
R. Berthelot ca.1900 |
La
période wagnérienne (1869-76).
De 1869 à 1816, Nietzsche mena à Bâle la vie tranquille d'un professeur d'université; il passait ses vacances au bord des lacs de Suisse ou d'Italie et vivait à Bâle dans un petit cercle d'amis; l'un des principaux était Burckhardt, l'historien de l'art et de la Renaissance Parmi les influences extérieures
qui s'exercèrent sur Nietzsche à cette époque, la
plus profonde, avec celle de Wagner, fut celle
de Schopenhauer; si Nietzsche n'eut jamais
avec le philosophe de rapports personnels, il avait lu à Leipzig Dans l'intervalle, entre 1869 et 1876,
il avait professé des cours suivis sur l'histoire
de la littérature grecque, de la religion grecque Quel est le sentiment de la vie dont le
drame grec est l'expression? C'est à cette question que répond
la Naissance de la tragédie. Nietzsche admet comme Schopenhauer
que la nature est une activité aveugle,
sans but, une puissance perpétuellement créatrice qui perpétuellement
détruit ses propres créations et qui chez l'humain, devenue
consciente
d'elle-même, prend la forme d'un désir
douloureux, toujours renouvelé et toujours inassouvi. Mais si l'existence
du monde est moralement injustifiable, et si notre pensée
réfléchie, brève apparition à la surface de
l'univers, est misérablement impuissante dans la connaissance
et dans l'action, l'humain, d'après Nietzsche, qui par là
s'écarte de Schopenhauer, a le pouvoir de créer en lui des
images
du monde, des visions, des rêves, qui lui causent une joie artistique;
c'est de ce pouvoir que procèdent les arts apolliniens, peinture Seuls, donc, le rêve et l'ivresse
artistiques, au milieu de l'universel changement et de l'universelle souffrance,
permettent à l'humain de connaître la joie. L'optimisme
grec est un optimisme artistique. Les Grecs sentent dans leur plénitude
l'épouvante et la douleur de vivre, fils du hasard
et de la peine, jouets impuissants des forces
naturelles. Aussi créent-ils le monde des dieux L'époque de la tragédie est
aussi celle de la philosophie « tragique
» ( Avec l'optimisme de Socrate, sa croyance à la finalité naturelle, sa foi dans la dialectique, commence un âge nouveau; le philosophe subordonne tout à la recherche du bonheur individuel; la philosophie s'oppose à l'art et perd son caractère intuitif; le philosophe n'est plus un humain complet qui agit et prend part à la vie de la cité; sa vie devient purement contemplative. Ce qui fait la grandeur unique de l'époque qui a précédé les guerres médiques, l'époque d'Eschyle, d'Empédocle, d'Héraclite, c'est qu'aucun âge n'a été aussi favorable à la production des humains de génie, d'humains complets, résolus à vivre la vie la plus intense et la plus riche, penseurs, artistes, politiques tout à la fois, ayant le courage de voir la réalité comme elle est, dans toute son horreur tragique, et d'en accepter joyeusement les incertitudes et les dangers. La ruine de la civilisation grecque, avant qu'elle ait développé tous les germes, toutes les possibilités de vie supérieure qui étaient en elle, est elle-même un de ces jeux tragiques du hasard dont l'histoire, comme la nature, est pleine. Rien de plus opposé, on le voit, que les idées de Nietzsche à la théorie d'après laquelle les Grecs n'auraient été optimistes que par légèreté, insouciance, manque de réflexion profonde; rien de plus opposé aussi à la conception si « peu virile » qu'un Goethe se faisait de la Grèce, comme tout ordre, tout calme, toute harmonie. L'idéal hellénique doit être notre idéal. Le penseur doit être un « philosophe tragique-», qui voit et qui montre dans la nature une puissance redoutable et souvent malfaisante, dans l'histoire le jeu brutal et vide de sens de la force et du hasard, qui proclame l'impossibilité du bonheur, qui hait le bien-être matériel où se complaît le commun des humains et qui, également insoucieux de ses propres douleurs et des douleurs qu'il cause autour de lui, critique et combat toutes les illusions, tous les mensonges, toutes les faiblesses et toutes les lâchetés de notre civilisation. Pour lui, le pessimisme n'est pas un principe d'inertie et de résignation, mais d'activité héroïque : « L'humanité doit toujours travailler à mettre au monde des individus de génie. »C'est à cette oeuvre que l'éducateur doit se dévouer, et tout penseur doit être un éducateur, éducateur de lui-même et d'autrui; il doit « hâter la naissance et le développement du philosophe, de l'artiste, du saint, en nous et hors de nous, et collaborer ainsi à la suprême perfection de la nature ».Aujourd'hui comme en Grèce, la production de types supérieurs d'humanité exige l'oppression du plus grand nombre. « L'esclavage est une des conditions essentielles d'une haute culture. »Le bonheur n'est pas plus fait pour la foule que pour l'élite; l'une et l'autre doivent sacrifier leur bonheur à la réalisation d'un idéal de grandeur et de beauté. La même nécessité tragique qui règne dans la nature régit aussi la société : « Chaque instant dévore le précédent; chaque naissance est la mort d'êtres innombrables; engendrer, vivre et assassiner ne sont qu'un. Et c'est pourquoi aussi nous pouvons comparer la culture triomphante à un vainqueur dégouttant de sang et qui trame à la suite de son cortège triomphal un troupeau de vaincus, d'esclaves enchaînés à son char. »Autour de lui que voyait Nietzsche? Le petit bourgeois allemand ou suisse. Dans quel milieu vivait-il? Parmi des bourgeois de petite ville. Contre l'optimisme-utilitaire et scientifique où se résume leur philosophie de l'existence, il se révolte. De là ses attaques contre Strauss, contre les historiens modernes, contre tous ceux qui placent le but de la vie dans le bonheur, dans le bien-être matériel, la fin de la société, le sens et le terme de l'évolution historique, dans la possibilité d'assurer un jour à tous la sécurité, le bien-être, un bonheur médiocre. Idéal à la fois méprisable et chimérique! Les maîtres, les éducateurs qui, dès maintenant, peuvent arracher les âmes au culte du bonheur et du bien-être, à l'optimisme, à la foi dans la toute-puissance de la raison scientifique ( |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.