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Gens Julia

La gens Julia était une des principales gentes de Rome. Les Julii étaient patriciens et originaires d'Albe d'où ils auraient été transférés à Rome après la destruction de leur cité. On les rencontre aussi à BovillaeTibère dédia une chapelle en leur nom. Lorsqu'on remania on fabriqua les légendes sur les origines romaines afin de les accommoder à la mythologie grecque, on donna aux Julia une généalogie divine identifiant Iule, leur ancêtre mythique, à Ascanius, fils d'Enée, donc petit-fils d'Anchise et de Vénus Aphrodite. César fit souvent allusion à l'origine divine de sa famille, et lorsque celle-ci occupa l'Empire, les écrivains amplifièrent à l'envi la version officielle; elle forme, en particulier, le sujet de l'Enéide. On mêla un Proculus Julius à la légende de la disparition de Romulus; c'est lui qui aurait annoncé au peuple que le roi lui était apparu pour inviter les Romains à lui rendre les honneurs divins sous le nom de Quirinus.

Les membres connus de la gens Julia se rangent sous quatre noms de famille : César, Julus, Libo et Mento. Toutefois, il n'est pas prouvé que la famille Libo fût patricienne. Son personnage principal est Lucius Julius Libo, consul en 267 av. J.-C., qui combattit les Sallentins en Apulie avec son collègue M. Atilius Regulus; ils obtinrent le triomphe. II n'y a aussi qu'un Mento qui vaille d'être nommé, Caius Julius Mento, consul en 431, qui fut battu par les Volsques et dédia un temple à Apollon.

Les deux autres familles de la gens Julia sont plus importantes. Celle des Iules joua un rôle aux Ve et IVe siècles av. J.-C.; celle des Césars à la fin de la République.

La première comprend Caius Julius L. F. Julus, consul en 489; Caius C. F., fils du précédent, consul en 482, du parti populaire; il fut ensuite décemvir la première année (451) et l'un des négociateurs envoyés aux plébéiens retirés sur le mont Aventm;

Vopiscus, fils et frère des précédents, consul en 473;

Caius C. F. C. N., fils du second Caius, consul en 447 et 435 et peut-être en 434 (d'après Licinius Macer);

Lucius, fils de Vopiscus, tribun consulaire en 438, maître de la cavalerie en 431, consul en 430, fit voter une loi remplaçant les amendes en nature (bétail) par des amendes en argent;

Sextus, tribun consulaire en 424; 

Caius L. F., fils de l'avantdernier, tribun consulaire en 408 et 405, où il commença le siège de Veies, censeur en 393; 

Lucius, frère du précédent, tribun consulaire en 401 et 397, vainqueur des Tarquiniens; 

 un autre Lucius, tribun consulaire en 403 ; un autre, en 388 et 379

Caius, dictateur en 352.

L'origine du surnom de Caesar est inconnue : Spartien (Vie d'Aelius Verus, chap. II) indique quatre hypothèses :

1° ce serait un mot maure signifiant « éléphant», surnom donné à un Julius qui aurait tué un de ces animaux; 

2° ce surnom lui viendrait de ce que sa mère aurait subi l'opération césarienne à sa naissance;

3° de sa chevelure abondante (caesaries); 

4° de la nuance azurée de ses yeux (caesii). 

On ignore également à quelle époque vécut le premier Jules appelé César. On trouvera dans l'ouvrage de Drumaun (Gesch. Roms, t. lIl, pp. 113 et suiv.) la biographie de tous les membres de la famille. Le premier qui nous soit connu est Sextus Julius Caesar, préteur en 208, gouverneur de Sicile. Il eut pour fils Lucius; de celui-ci naquirent : 
1° Lucius, préteur en 183, gouverneur de la Gaule Cisalpine; 

2° Sextus, tribun militaire en 481. 

La première lignée disparaît avec un second Lucius, probablement fils du premier, préteur en 166. La seconde fut continuée par Sextus, fils de Sextus, édile curule en 165, consul en 157. Il eut pour fils : Sextus, préteur en 123, et Lucius, père de Lucius et de Caius Julius Caesar Strabo Vopiscus qui fondèrent la célébrité de la famille. 

Lucius eut un fils, Lucius, consul en 64, du parti des nobles, légat de Jules César en Gaule (52); après la mort du dictateur, il resta dans la retraite, puis se rallia au parti aristocratique et fut mis le second sur la liste de proscription ; sa soeur Julia le sauva. Cette Julia, fut femme de Marcus Antonius Creticus, remariée après sa mort avec P. Lentulus Sura, complice de Catilina. De sa première union naquirent trois fils, dont le célèbre triumvir. Elle travailla à réconcilier son fils avec Octave.

Lucius, fils du précédent Lucius, prit le parti de Pompée en 49; il fut chargé par lui à deux reprises de porter à César ses propositions de paix. Envoyé en Afrique, il persuada la ville d'Utique de capituler (46), et obtint son pardon, mais fut assassiné peu après.

On ignore la parenté précise qui existe entre les personnages dont nous venons de parler et dont la descendance disparaît, avec une autre branche qui les éclipsa. Le chef de celle-ci fut un Caius, peut-être fils du premier Sextus; il épousa Marcia qui prétendait descendre du roi Ancus Marcius; c'est peut-être lui qui écrivit vers 143 une histoire romaine en langue grecque.

Son fils aîné Caius fut préteur et mourut subitement à Pise en 84; c'est lui qui fut le père du dictateur; un fils plus jeune, Sextus, fut consul en 91; leur soeur Julia épousa le fameux C. Marius et fut mère de C. Marius le Jeune; elle mourut en 68 et son neveu Jules César prononça son oraison funèbre. La descendance de ce Sextus s'éteignit avec son petit-fils Sextus, partisan du grand César, qui fut assassiné en Syrie par ses soldats révoltés (46).

Les enfants de Caius furent Caius Julius Caesar, le dictateur, et deux filles du nom de Julia; la première épousa L. Pinarius et Q. Pedius; la seconde épousa Atius Balbus et devint mère d'Atia, la mère d'Auguste; elle mourut vers 52; et son petit-fils alors dans sa douzième année prononça son oraison funèbre. Pour compléter la nomenclature de la famille du grand César, nous rappellerons ses quatre femmes successives, Cossutia, Cornélia, Pompeia et Calpurnia; de la seconde naquit Julia (83 ou 82),, fiancée à Servilius Caepio, mais mariée à Pompée (59). Fort jolie et séduisante, elle eut pour son mari un vif attachement. Lors des élections édilitaires de 25, elle était enceinte; au cours d'une rixe la toge de Pompée fut ensanglantée; quand on la rapporta, Julia effrayée accoucha prématurément; elle mourut en couches l'année suivante. Elle fut enterrée au Champ de Mars et sa mort rompit un des plus forts liens entre son père et son époux. 

Caius Julius Caesar (César) a été l'objet d'un article spécial, de même que son fils Caesarion (Césarion).

La gens Julia devenant famille impériale se confond avec la famille d'Auguste. Celui-ci avait pour soeur aînée Octavie, femme d'Antoine. Il épousa successivement Clodia, fille de Clodius et Fulvia, Scribonia et Livia Drusilla. Il n'eut qu'un enfant, de sa seconde femme; mais il adopta le fils de sa soeur Octavie, M. Marcellus, puis ceux de Livie, Tiberius Nero (Tibère) et Nero Claudius Drusus. Julie, fille unique d'Auguste et de Scribonia, née en 39 av. J.-C., morte en 14 ap. n'avait que quelques jours lorsque ses parents divorcèrent. Elle reçut une éducation simple et austère, minutieusement surveillée par son père. En 25, elle fut mariée à son cousin Marcellus, héritier présomptif de l'Empire. Elle n'en eut pas d'enfants et, devenue veuve en 23, elle fut mariée à M. Vipsanius Agrippa dont elle eut cinq enfants : Caius Caesar, Lucius Caesar, Julie, Agrippine, Agrippa Posthume. Une seconde fois veuve en 42, il fut question de la marier au chevalier M. Proculeius, à un fils d'Antoine, à Cotiso, roi des Gètes; finalement on l'unit à Tibère. Cette union fut malheureuse; après la mort du fils qui en était né, la légèreté de conduite de Julie contribua à décider son mari à un exil volontaire (6 av. J.-C). La fille d'Auguste finit par exaspérer son père, par ses orgies publiques et peut-être même un complot contre lui; l'empereur, d'ailleurs, aigri par Livie, révéla en plein Sénat la honte de Julie, fit tuer ou exila ses complices et bannit la coupable dans l'île de Pandataria; sa mère vint l'y joindre; mais elle fut durement traitée, en prisonnière de droit commun; cinq ans plus tard, on la transféra à Rhogium et les rigueurs furent atténuées. Néanmoins Auguste exclut ses cendres de son mausolée et ne lui laissa aucun legs dans son testament. Tibère aggrava sa situation et elle mourut peu après. C'était une personne fort jolie, à en juger par les médailles, et spirituelle; Macrobe a conservé plusieurs de ses bons mots (sat. VI, 5).

Les cinq enfants de Julie représentent la descendance directe d'Auguste. Les deux fils aînés moururent jeunes. Caius Caesar, né en 20 av. J.-C., mourut en 4 ap. J.-C.; son frère Lucius Caesar, né en 17 av. J: C., mourut en 2 ap. J.- C. Ces deux princes, soigneusement élevés par leur grand-père, furent gâtés dès l'enfance par les grandeurs, se montrant arrogants et vaniteux; ils furent nommés princes de la jeunesse et consuls avant l'adolescence. Caius, envoyé en Asie l'an 1 av. J. -C., occupa l'Arménie, fut blessé devant Artagera et mourut à Limyra (Lycie) le 21 février 4; son cadet l'avait précédé dans la tombe de dix-huit mois (à Marseille, le 20 août 2). On attribua naturellement ces décès prématurés à leur belle-mère. Caius avait épousé Livie ou Livilla, fille d'Antonia et du premier Drusus, soeur de Germanicus; Lucius était fiancé à Aemilia Lepida.

La seconde Julie, fille de la première, épousa L. Aemilius Paullus; elle hérita des vices et des infortunes de sa mère; son adultère avec D. Silanus la fit bannir dans l'île de Tremere sur la côte d'Apulie (9 ap. J.-C.); l'enfant né de ce commerce fut exposé comme bâtard; elle mourut au lieu de son exil en 28. On suppose que c'est elle qu'Ovide célèbre sous le nom de Corinne. Elle avait eu un fils, M. Aemilius Lepidus, et une fille, Aemilia Lepida, laquelle épousa Ap. Junius Silanus et en eut trois  enfants, L. Silanus, M. Silanus et Junia Calvina, puis se remaria avec Drusus, fils de Germanicus.

La seconde fille de la première Julie fut Agrippine, la vertueuse épouse de Germanicus dont elle eut six enfants : Nero, marié à Julie, fille de Drusus, le fils de Tibère; Drusus, marié à Aemilia Lepida; Caligula qui fut empereur; la seconde Agrippine, mère de Néron; Drusilla, mariée à L. Cassius, puis à M. Aemilius Lepidus; Livia ou Livilla, mariée à M. Vicenius, puis à Quintilius Varus

Le dernier fils de Julie fut Agrippa Posthume, né en 12 av. J.-C., adopté par Auguste, en même temps que Tibère (4 ap. J.-C.); d'un caractère intraitable et sauvage jusqu'à la folie, il fut banni par son grand-père dans l'île de Planasia, sur la côte de la Corse, assassiné aussitôt après l'avènement de Tibère, probablement par ordre de Livie.

Les descendants d'Octavie, soeur d'Auguste, forment un second groupe qui fusionna avec le premier. Elle avait eu (avant son fils M. Marcellus), de son premier mariage avec Antoine, deux filles appelées Antonia; l'aînée naquit en 39, épousa L. Domitius Ahenobarbus et en eut un fils. Cn. Domitius, lequel se maria à Agrippine, fille de Germanicus et en eut l'empereur Néron; la seconde, née en 36, épousa Drusus, frère de Tibère, et en eut trois enfants : Germanicus (mari de la première Agrippine dont nous avons déjà nommé les six enfants), Livia ou Livilla et l'empereur Claude.

La famille de Jules César, continuée en descendance féminine et par des adoptions successives, fusionnée avec la gens Claudia s'éteignit à la mort de l'empereur Néron (68).

A l'époque impériale on trouve une quantité de personnes du nom de Julius parfaitement étrangères à la gens Julia. C'étaient soit des affranchis de celle-ci ou de la famille impériale, soit des gens qui prenaient son nom par vanité ou par adulation. Voici la liste des Julius étrangers à la gens : 

Africanus, Agricola, Aquila, Aterianus, Ausonius, Bassus, Briganticus, Burdo, Calenus, Calidus, Callistus, Calvaster, Canus, Capitolinus, Carus, Celsus, Cerealis, Civilis, Classicus, Claudius, Cottius, Crispus, Densus, Diocles, Exsuperantius, Ferox, Firmicus, Florus, Frontinus, Fronto, Gabinianus, Gallienus, Graecinus, Granianus, Gratus, Hyginus, Leonides, Marathus, Martialis, Maximinus, Modestus, Montanus, Naso, Obsequens, Paris, Paullus, Pelignus, Philippus, Placidus, Pollux, Polyaenus, Postumus, Priscus, Romanus, Rufinianus, Rufus, Sabinus, Sacrovir, Secondus, Servianus, Severianus, Severus, Solinus, Solon, Speratus, Titianus, Tutar, Valerianus, Vestinus, Victor, Vindex. (A.-M. B.).
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Dictionnaire biographique
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