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L'histoire des États-Unis
L'Empire américain
I - Reconstruction et impérialisme
Histoire des Etats-Unis d'Amérique
A la fin de la Guerre de sécession, les États-Unis connaissent une période cataclysmique. L'assassinat du président Lincoln, qui plonge la classe politique dans le chaos apparaît presque comme une péripétie au regard de la situation apocalyptique dans laquelle est plongée la société civile pendant encore près d'une décennie. Le XIIIe amendement de la constitution abolit l'esclavage dès 1865. Mais aucune place n'a été faite à cette nouvelle population libre, et même après que le droit de vote leur soit accordé par le XVe amendement, ils resteront des citoyens de seconde zone. De plus, l'attitude revancharde du Congrès, rend pratiquement impossible toute reconstruction dans le Sud, occupé militairement par les troupes de l'Union. Sur ce Sud dévasté vont rapidement faire main-basse des crapules venues du Nord (Carpetbaggers), suscitant à leur tour des réactions extrémistes, dont la formation de cliques racistes comme le Ku-klux-klan ne sont que la manifestation la plus spectaculaire. Une société ségrégationniste et dans laquelle racisme est érigé en valeur se met durablement en place.

La situation chaotique est progressivement contenue à partir du début des années 1870, et la priorité pour tout le pays consiste bientôt à se bâtir une nouvelle prospérité.  L'espace compris entre la côte atlantique et la côte pacifique aura été maillé par de nouveaux États (seuls l'Arizona et le Nouveau-Mexique conserveront jusqu'en 1912 le statut de territoires). La Frontière disparaît ainsi en 1890, en même temps que sont vaincues les dernières résistances indiennes (Sitting Bull, Géronimo, Chief Joseph, etc.). Quatre lignes de chemin de fer transcontinentales drainent les populations vers la Californie, nouveau pôle de développement, tandis qu'on assiste à une vague d'immigration sans précédent. Quinze millions de nouveaux venus, d'ici la fin du siècle. L'exploitation sans frein de cette main-d'oeuvre en situation précaire, et dont les soulèvements sont matés dans le sang, va être la clé de l'extraordinaire développement économique que connaissent alors les États industriels du Nord-Est. Elle constitue dans une très large mesure la source de la puissance économique de la puissance mondiale que sont déjà les États-Unis au tournant du XXe siècle.

L'isolationniste prôné par la doctrine Monroe n'a sans doute jamais été absolu (Coup de force du commodore Perry au Japon en 1853). Et d'ailleurs il y a Amérique et Amérique, il y a États-Unis et continent américain, et les les États-Unis ne se sont jamais privés d'intervenir à l'occasion dans les autres pays du continent (Guerre avec le Mexique, par exemple). Mais leur nouvelle puissance va désormais les projeter avec une tout autre énergie sur la scène internationale. Cela s'exprime d'abord par la brève guerre (avril - août 1898) gagnée contre l'Espagne, à laquelle sont arrachées les Philippines, Guam, Porto Rico et Cuba (cette-dernière étant rendue à  une indépendance sous tutelle des États-Unis par le Traité de Paris, signé la même année). Cela s'exprime aussi par la prise de contrôle du canal de Panama, dans laquelle les Français s'étaient enlisés, et qui sera achevé par les États-Unis en 1914. En 1917, enfin, les États-Unis interviennent de façon décisive dans la Première Guerre mondiale contre l'Allemagne. Il s'agit encore pour le pays seulement de faire respecter son droit au commerce, et cette guerre n'a rien d'idéologique. Mais la révolution soviétique qui éclate quelques mois plus tard changera  la donne pour soixante-dix ans au moins.

Dates-clés :
1865 - Abolition de l'esclavage.

1870 - Droit de vote accordé aux Noirs (anciens esclaves).

1898 - Guerre gagnée contre l'Espagne : annexion des Philippines, de Guam et mise sous tutelle de Cuba.

1901 - 1908 - Présidence de Théodore Roosevelt.

1913 -1921- Présidence de T. Woodrow Wilson.

1914 - Ouverture du canal de Panama.

1917 - Participation des États-Unis à la Première guerre mondiale.

Les nouveaux amendements constitutionnels

Abraham Lincoln avait inauguré sa seconde présidence le 4 mars 1865. Le 9 avril Lee capitulait; cinq jours plus tard, l'acteur Booth assassinait le président. Andrew Johnson, vice-président, prit aussitôt la direction des affaires et ne tarda pas à entrer en conflit avec le parti républicain au Congrès, à propos des mesures de reconstruction de l'Union qui furent la grande affaire de 1865 à 1870. Lincoln avait dès 1864, autorisé la formation de gouvernements unionistes dans les États de Louisiane et d'Arkansas. Le Tennessee suivit l'exemple en 1865. Johnson reconnut ces gouvernements, et nomma, en outre (mai et juin 1865), des gouverneurs provisoires dans la Virginie, la Caroline du Nord, la Caroline du Sud, la Géorgie, la Floride, l'Alabama, le Mississippi et le Texas. Ces gouverneurs devaient convoquer des conventions dont les délégués seraient élus par les habitants qui, dans chaque État, jouissaient du droit de suffrage d'après les lois en vigueur immédiatement avant la sécession, et qui prêteraient serment de fidélité à la constitution. Les conventions se réuniront dans tous les États du Sud, et votèrent des résolutions supprimant l'esclavage, déclarant la nullité de la dette confédérée et rappelant les ordonnances de sécession. Des législatures furent ensuite élues, et toutes ratifièrent le treizième amendement. Il semblait donc que la reconstruction de l'Union fût désormais un fait accompli; pour la sanctionner, il ne restait qu'à accepter la rentrée au Congrès des sénateurs et des représentants du Sud.
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Funérailles de Lincoln.
Les funérailles de Lincoln.

Mais le Congrès n'approuva nullement le plan de reconstruction du président. La majorité républicaine refusa l'admission aux représentants du Sud et vota le 9 avril 1866, par-dessus le veto de Johnson, le « bill des droits civils » déclarant l'égalité complète des Noirs et des Blancs devant les tribunaux. Il adopta en outre le quatorzième amendement qui déclare citoyens des États-Unis et de l'État où 
elles résident toutes personnes nées aux États-Unis ou naturalisées, et interdit à tout État de porter atteinte aux privilèges et immunités de citoyens des États-Unis. En 1867, une loi accorda le droit de suffrage aux citoyens de couleur du district de Columbia et des Territoires. Les intentions de la majorité républicaine radicale du Congrès, élue en 1866, se précisaient ainsi chaque jour davantage, visant l'égalité absolue, civile et politique, entre les Noirs et les Blancs. Une série de lois furent encore votées par-dessus le veto de Johnson. Elles supprimaient les gouvernements provisoires établis ou autorisés par le président, et divisaient les États du Sud en cinq districts militaires dont chacun devait être gouverné par un officier de l'armée fédérale ayant rang au moins de brigadier général. Ces commandants de district avaient pour tâche principale la confection de listes électorales où tous, Blancs et Noirs, devaient figurer, sauf les personnes qui avaient fait partie d'une législature ou occupé une fonction judiciaire sous le gouvernement confédéré, ou étaient soumises à l'une des exceptions énumérées dans le quatorzième amendement. Ces listes électorales établies, des législatures seraient formées pour rédiger de nouvelles constitutions, conférer le droit de suffrage aux gens de couleur et ratifier le quatorzième amendement. Quand toutes ces conditions seraient remplies, le Congrès admettrait la rentrée des représentations du Sud. De 1868 à 1870, les anciens États à esclaves, gouvernés par les Carpetbaggers et les Scalawaghs (aventuriers du Nord unis à des politiciens noirs) sous le contrôle de l'autorité militaire, acquiescèrent à toutes les conditions posées par le Congrès. En 1868, la mise en vigueur du quatorzième amendement put être proclamée, et en 1870 fut voté par la législature fédérale et ratifié par les trois quarts des États le quinzième amendement assurant le droit de suffrage à tous les citoyens des États-Unis, et complétant ainsi le quatorzième. Les États eurent dès lors leurs représentants et leurs sénateurs à Washington comme avant la guerre.

Le conflit entre Johnson et le Congrès prit en 1867 un caractère tout à fait aigu à l'occasion du remplacement, au ministère de la guerre, de Stanton par Grant d'abord, puis par Thomas. La Chambre, exaspérée de l'attitude du président, décida en février 1868 une action d'impeachment, qui n'aboutit pas; le Sénat, transformé en cour de justice, se prononça contre Johnson, mais non avec la majorité des deux tiers requise pour une condamnation. Il se produisit ensuite un certain apaisement, mais Johnson ne put même songer à une réélection. Le parti républicain adopta en 1868 pour candidat Ulysse S. Grant, le héros brutal mais populaire de la guerre civile; les démocrates lui opposèrent Horatio Seymour du New York. Grant fut élu par 214 voix contre 81 données à Seymour, et quatre ans plus tard (1872) il fut réélu par 286 voix contre 80 données à divers, son rival Greeley étant mort avant la fin de la campagne présidentielle.

L'année 1867 avait vu l'admission d'un nouvel État, le Nebraska, et la vente par la Russie aux États-Unis du territoire de l'Alaska. Une fois la question de reconstruction réglée et tous les États rentrés dans l'Union fédérale, les souvenirs de la guerre ne servirent plus que d'armes de parti. Longtemps encore les radicaux du Congrès agitèrent la « chemise sanglante » (bloody shirt) et s'efforcèrent d'ameuter l'opinion du Nord centrale Sud. Toutefois, le parti radical allait perdre de son importance politique et morale pour devenir de plus en plus une faction, maîtresse du pouvoir et désireuse de le garder par tous les moyens possibles. Les questions les plus intéressantes sont désormais la réglementation du tarif douanier, la suppression graduelle des impôts de guerre, l'extension du système des banques nationales, l'émission de formidables emprunts de conversion pour la réduction des charges de la dette, le relèvement du crédit public, la préparation à la reprise des payements en espèces, la résistance du monde commercial et financier de l'Est contre les théories inflationnistes de l'Ouest, la démonétisation de l'argent en 1873 et sa remonétisaton partielle en 1878. Toutefois, des incidents graves éclatèrent dans quelques États du Sud, et surtout dans la Louisiane, à propos du maintien du régime militaire sur une grande partie de l'ancien territoire de la rébellion. Au point de vue extérieur, les difficultés avec l'Angleterre, soulevées par l'attitude de ce pays à l'égard des deux belligérants pendant la guerre civile, et par l'aide donnée dans la Grande-Bretagne aux entreprises des corsaires confédérés (Alabama et Florida), furent aplanies par voie d'arbitrage conformément au traité de Washington, du 27 février 1871.

La décision des arbitres rendue à Genève (14 septembre 1872) accorda une indemnité de 15 500 000 dollars aux États-Unis pour les négligences que l'Angleterre avait pu commettre dans l'accomplissement de ses devoirs de puissance neutre. Les relations entre l'Espagne et les États-Unis furent assez troublées à cette époque, et la puissante République fut de nouveau soupçonnée de convoiter l'île de Cuba. Grant négocia aussi vainement pour l'acquisition de droits territoriaux sur Saint-Domingue (Haïti). La seconde présidence du général Grant donna le spectacle d'un véritable débordement de scandales politiques et financiers, de faits de corruption sans nombre, dont quelques-uns éclatants. De même que le Sud avait eu ses Carpetbaggers dont la rapace et grossière tyrannie suscita des phénomènes sociaux aussi étranges que la fameuse organisation du «-Ku-klux-Klan-», société secrète vouée à la persécution et au meurtre des Noirs, le Nord depuis 1870 fut livré au despotisme, local et fédéral, des bosses, politiciens de profession jouissant d'une autorité sans bornes, chacun dans son État, et disposant à la fois des élections et des places. Les fêtes de l'Exposition universelle tenue à Philadelphie en 1876 et du centenaire de la déclaration de l'indépendance, ne purent que faiblement dissimuler les défaillances de cette fin de présidence. En 1874, le mouvement de l'opinion publique avait été si violent contre le régime existant que le Congrès élu à la fin de cette année était en grande majorité démocrate. L'élan ne se soutint pas jusqu'en 1876, mais Grant ne put obtenir qu'on lui offrit la candidature pour un troisième terme. Hayes, candidat des républicains, fut élu par 185 voix contre 184 données à Tilden, son rival démocrate. Le vote populaire accusait une majorité de 150 000 voix pour Tilden, mais une commission électorale nommée par les deux Chambres du Congrès pour statuer sur les résultats présentés par quelques États et déclarés douteux, attribua au candidat républicain la plupart des voix contestées; ainsi fut obtenue cette majorité d'une voix dont l'opinion publique éclairée aux États-Unis n'a jamais admis la sincérité.

Hayes, Arthur, Cleveland, Harrison

Bien que les démocrates eussent d'excellentes raisons pour se croire frustrés des bénéfices d'une victoire qu'ils avaient réellement conquise, ils se soumirent au verdict de la commission électorale du Congrès. La présidence de Hayes (1877-1881) ne fut marquée par aucun événement d'une réelle importance. La modération naturelle et l'esprit d'équité du président le décidèrent à mettre fin à l'illogisme devenu trop choquant du maintien du régime militaire dans quelques-uns des États du Sud. La présence de Sheridan et des régiments fédéraux à la Nouvelle-Orléans n'avait pas empêché la Louisiane d'avoir pendant plusieurs années deux gouverneurs et deux législatures. Tout rentra dans l'ordre lorsque Hayes ont rappelé les généraux et renvoyé les régiments dans les garnisons de l'Ouest, où les appelait leur ancienne tâche de surveillants des Indiens et des Mormons. La minorité radicale du Congrès ne pardonna pas à Hayes cet abandon des traditions de Grant; on l'accusa d'encourager les tendances à une nouvelle rébellion; les démocrates d'autre part ne lui surent aucun gré de sa politique sage et conciliante. En 1880, il disparut de la scène politique, cédant la place pour l'élection présidentielle à des personnages plus en vue du parti républicain, Grant, pour qui ses amis voulaient une troisième présidence, et Blaine, déjà candidat en 1876, réputé l'homme d'État le plus intelligent de son parti et de toute la République.
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Garfield.
Garfield.

La convention républicaine, ne pouvant accorder les partisans de Grant et de Blaine, se tourna vers le dark horse (cheval inconnu) qui est le troisième larron dans ces consultations préliminaires des représentants immédiats de la pensée du suffrage universel. Le dark horse cette fois fut le général Garfield, qui avait pris à la guerre de la Sécession une part effacée, mais honorable. Les démocrates choisirent un autre général pour leur candidat, Hancock. Garfield battit Hancock (1880), passa plusieurs mois à débrouiller l'inextricable écheveau des nominations aux places, dévolues par tradition au parti vainqueur, et fut assassiné par un solliciteur évincé, Guiteau. Chester Arthur, le vice-président, ami de Conkling, le boss de New York, prit le pouvoir et le garda sans encombre jusqu'en 1884. Au milieu de sa présidence, les questions principales à l'ordre du jour, réforme du tarif douanier et réforme du mode de nomination. aux emplois, ne recevant pas de solution au Congrès, un nouveau revirement en faveur des démocrates frappa de terreur le parti républicain (novembre 1882). Les démocrates avaient plus de cent voix de majorité dans la Chambre des représentants. Cette fois l'élan se soutint. Le Congrès eut beau voter en 1883 une loi, une lui réformant le tarif dans le sens d'une légère réduction des droits, et une autre instituant une commission permanente dite du civil service, chargée d'organiser un système d'examens et de concours pour l'admission aux emplois publics, les démocrates réussirent à faire élire par la majorité populaire et par celle des États, leur candidat, Grover Cleveland, contre le candidat des républicains, Blaine, agréé enfin de préférence à Chester Arthur. 
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Chester Arthur.
Chester Arthur.

Blaine eut pour lui les démocrates "tammanistes" de New York, en d'autres termes les Irlandais d'Amérique, en même temps que la masse des républicains, mais Cleveland, ex-gouverneur du New York, devenu célèbre par la fréquence et l'énergie de son usage du droit de veto, s'était présenté comme le champion de la réforme administrative. Il eut pour lui, avec tous les démocrates, sauf ceux de Tammany, les républicains indépendants, dits Mugwumps, et il l'emporta à une très faible majorité, grâce au vote de l'État de New York. Cleveland ne justifia pas toutes les espérances qu'il avait suscitées comme réformateur des abus administratifs; mais il gouverna plutôt honorablement jusqu'en 1888, et engagea assez nettement son parti sur les deux questions qui vont vite s'avérer capitales aux États-Unis, le tarif et la frappe de l'argent. Il veut l'abaissement du tarif et la suspension ou une limitation stricte du monnayage de l'argent métal. Il y a, il est vrai, des silverrnen et des partisans du high tariff parmi les démocrates, ce qui nuit à L'unité d'action politique du parti. Aussi  Harrison, candidat républicain, a-t-il battu Cleveland en 1888. Les vainqueurs se sont hâtés de tirer les conclusions extrêmes de leur succès :  la loi de 1890 sur l'achat annuel de 54 millions d'onces d'argent contre bons du trésor, et le bill Mac Kinley. Le corps électoral a répondu en 1890 par l'envoi à Washington d'une Chambre encore plus démocratique, numériquement, que n'avait été celle de 1882. Les adversaires de 1888 se retrouvent cette année (1892) en présence, Harrison et Cleveland, mais les rôles sont intervertis. C'est Harrison qui est dans la place et Cleveland qui veut l'en déloger. D'un côté, le bill Mac Kinley et la protection à outrance; de l'autre, l'abaissement modéré des droits de douane et un gouvernement économique; chez les républicains, tendances à la centralisation; chez les démocrates, revendication des droits réservés aux États. Sur la question de l'argent, les deux partis sont aussi empêchés l'un que l'autre de proposer une solution nette, la frappe libre ayant ses partisans et ses adversaires, ardents et convaincus, dans l'un et l'autre camp. 

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Le président Cleveland.
Cleveland.

Ce furent les démocrates qui triomphèrent par le retour de Cleveland au pouvoir. C'est le 4 mars 1893 que le président Cleveland, élu à une grande majorité, entra pour la seconde fois à la Maison Blanche. Les hommes modérés comptaient sur lui pour assurer la réforme du régime douanier et des finances, mais, s'il défendait avec force ses convictions personnelles, il ne put trouver dans le Congrès une majorité solide. A l'acte Mac Kinley de 1890 fut substituée une nouvelle loi de douane, dit 28 août 1894, dite tarif Wilson, qui supprima divers droits; elle fut vivement attaquée, surtout après les élections, qui eurent lieu la même année. Cleveland supprima, dès 1893, les achats d'argent, mais ses projets relatifs à la diminution du papier-monnaie ne trouvèrent pas de majorité, même dans son propre parti. En ce qui touche la réforme administrative, Cleveland généralisa l'institution des concours pour la nomination aux divers postes.

A l'occasion de l'insurrection de Cuba, le président Cleveland fit une déclaration de neutralité et offrit à l'Espagne ses bons offices en 1896, déclarant que, si celle-ci donnait à Cuba une certaine autonomie, on pourrait espérer obtenir sa pacification.

L'élection présidentielle de 1896 fut précédée d'une campagne électorale animée. Les républicains étaient depuis longtemps tombés d'accord sur le nom de Mac Kinley, qui représentait l'élévation des tarifs. Mais, sur la question monétaire, on était divisé même dans chaque camp. Cependant, après avoir été longtemps partisans de la frappe libre de l'argent, les républicains s'étaient rendu compte que l'étalon d'or pouvait seul assurer le crédit de leur pays, tandis que les démocrates faisaient l'évolution inverse. L'adoption de cet étalon figurait donc en première ligne dans le programme de Mac Kinley. Les démocrates lui avaient opposé Bryan, mais il fut élu à une forte majorité, le 3 novembre 1896.

Le président Mac Kinley.
Mac Kinley.

La présidence de Mac Kinley

Le nouveau président, qui prit possession de sa charge le 4 mars 1897, disposait d'une majorité à la Chambre, mais non au Sénat, et, s'il put réaliser sans retard le relèvement des tarifs douaniers, la réforme monétaire ne fut possible qu'après les élections de 1898, qui donnèrent aussi au Sénat la majorité aux républicains.

Dès son entrée en fonctions, Mac Kinley se disposa à réformer le tarif de 1894. Un projet de tarif, dû à Dingley, fut adopté par les Chambres et promulgué le 24 juillet 1897. La tarification y était extrêmement sévère, et la taxation des matières premières y avait pris une grande importance. Cependant, des traités de réciprocité commerciale furent signés, mais aucun d'eux ne fut ratifié par le Sénat. La loi instituant l'étalon d'or est du 24 mars 1900. Une réserve de 150 millions de dollars fut créée pour rembourser les billets, qui ne purent plus ensuite être remis en circulation que contre de l'or.

Les deux Chambres votèrent, le 18 avril 1898, l'intervention à Cuba. Après les opérations, malheureuses pour les Espagnols, conduites à Cuba, à Porto Rico et aux Philippines, des préliminaires de paix avec l'Espagne, négociés le 12 août 1898, furent convertis en traité le 10 décembre suivant. L'Espagne renonçait à tous ses droits sur Cuba et cédait aux États-Unis Porto-Rico, les Antilles espagnoles, les Philippines et l'île de Guam, dans les îles Mariannes. Les États-Unis durent ensuite soutenir aux Philippines une lutte acharnée contre ce même Aguinaldo, qu'ils avaient délivré du joug espagnol.

Les Américains ajoutèrent aussi à leur domaine les îles Hawaii. Une révolution, provoquée en 1893 par des planteurs américains, avait conduit à un protectorat sur ces îles. Cleveland avait fait supprimer ce protectorat, mais l'annexion de l'archipel fut signée par Mac Kinley le 6 juillet 1898. Le condominium anglo-allemand américain aux Samoa prit fin par la convention signée à Washington le 2 décembre 1899, qui attribue l'île de Toutouila  et quelques autres aux États-Unis.

A la suite de la découverte des champs aurifères du Klondyke, une contestation de frontière s'éleva avec le Canada; elle fut provisoirement réglée par un modus vivendi en octobre 1899. Un traité, signé le 5 février 1900 entre le secrétaire d'État (ministre des affaires étrangères) américain Hay, et lord Pauncefote, ambassadeur d'Angleterre, au sujet du canal que l'on projette alors de percer au Nicaragua, révoqua le traité Clayton-Bulwer, de 1850, qui donnait aux deux pays des droits égaux dans la construction et l'administration de ce canal. L'Angleterre renonça à ses droits, et les États-Unis s'engagèrent à maintenir une neutralité perpétuelle et absolue dans les eaux de ce canal; mais la neutralité se trouva annulée par I'amendement que le Sénat adopta le 14 décembre 1900, stipulant que les États-Unis seraient chargés de la défense du canal en cas de guerre.

La présidence de Mac Kinley  avait marqué, pour les États-Unis, les débuts d'une politique nouvelle, que l'on a appelée l'impérialisme. De nouvelles possessions s'étaient ajoutées à leurs vastes territoires, et les États-Unis allaient aussi se mêler désormais, de plus en plus activement, à la vie internationale des États du vieux continent. Ils prirent part à la conférence de La Haye, et leurs troupes  coopérèrent à la marche sur Pékin (L'histoire de la Chine). Réélu le 5 novembre 1900 par 292 voix contre 155 à Bryan, Mac Kinley mourut frappé de deux coups de revolver par l'anarchiste Czolgosz, pendant une réception publique à Buffalo, le 14 septembre 1901.

La présidence de Théodore Roosevelt

Appelé au ministère de la marine comme sous-secrétaire d'État par Mac Kinley. Theodore Roosevelt avait pris part à la guerre de Cuba, à la tête régiment de volontaires, surnommé les Rough riders. Devenu très populaire, il fut nommé gouverneur de New-York et, en 1900, il fut élu vice-président. La mort tragique de Mac Kinley l'appela à la présidence de la République.

Élu par les républicains, Roosevelt déclara qu'il continuerait la politique de son prédécesseur, et il conserva ses collaborateurs. Le 57e Congrès, dont l'élection avait eu lieu en novembre 1900, ouvrit sa première session le 3 décembre 1901, avec une majorité républicaine. Dans un message, Roosevelt affirma son adhésion à la politique protectionniste, tout en recommandant au Sénat de hâter la ratification des traités de réciprocité commerciale que son prédécesseur avait conclus. Il demanda aussi le vote d'une législation spéciale contre les anarchistes et aborda la question des trusts, avec lesquels les démocrates accusaient les républicains d'être de connivence. Les élections pour le 58e Congrès, faites en novembre 1902, un an à l'avance, selon l'usage, donnèrent encore la majorité aux républicains.
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Photo de Theodore Roosevelt.
Théodore Roosevelt, président de 1901 à 1909.

Une loi du 29 avril 1902 prorogea pour dix ans, en l'étendant aux nouvelles possessions, la législation prohibitive de 1892 sur l'immigration des coolies chinois. L'immigration étrangère s'étant beaucoup accrue dans les dernières années, une loi de 1903 eut pour objet de coordonner les règles sur l'immigration et de la restreindre en même temps. Enfin, une loi ferma aux anarchistes l'accès du sol américain.

L'insurrection des Philippines avait commencé à décroître en 1901; le 4 juillet 1902, une proclamation du président déclara la paix rétablie aux Philippines, sauf pour la région du Moro. Le 20 mai 1902, fut proclamée la république de Cuba

La loi du 25 juin 1902, dite loi Spooner, ayant autorisé le président à choisir, pour un canal inter-océanique le tracé qu'il lui conviendrait d'adopter, Nicaragua ou Panama, Roosevelt signa avec la Colombie, le 23 janvier 1903, le traité désigné sous le nom de traité Hay-Herran, qui reconnut aux États-Unis le droit d'acquérir la concession de la Compagnie nouvelle de Panama, celui d'achever le canal et de l'exploiter, et qui leur concéda en même temps, le long des rives, une bande de territoire sur laquelle, d'ailleurs, la Colombie garda sa souveraineté. Le Sénat colombien refusa de donner son approbation au traité. Le 3 novembre, une insurrection éclata à Panama; les États-Unis intervinrent si rapidement ment pour protéger leurs nationaux que cette intervention  sembla préparée d'avance; le 6 novembre, Roosevelt  reconnut l'indépendance de Panama, et, le 18 novembre, un traité, signé à Washington avec la république de Panama par Bunau-Varilla, pour cet État, et par Hay, concéda la construction du canal aux États-Unis, avec une zone sur les bords du canal en toute souveraineté.

Le 24 janvier 1903, les États-Unis signèrent avec l'Angleterre une convention relative à la délimitation de la frontière méridionale du territoire d'Alaska; la commission  arbitrale nommée, d'après cet accord, rendit sa sentence le 20 octobre de la même année et consacra presque entièrement les prétentions américaines.

Poursuivant de plus en plus une politique mondiale, les États-Unis devaient sentir la nécessité de développer leurs forces militaires et navales. Une loi du 21 janvier 1903 réorganisa la milice, celle du 2 février porta le chiffre de l'armée à 100 000 hommes, celle du 14 février créa un état-major. Dans son message de novembre 1903 au 58e Congrès, le président Roosevelt insista sur la nécessité d'une puissante marine.

La haine entre Blancs et Noirs avait prit depuis quelques années, une acuité particulière. L'attitude impartiale de Roosevelt à l'égard des Noirs provoqua des critiques, et les lynchages devinrent fréquents. De associations s'organisèrent pour lutter contre l'égalité des gens de couleur.

Une loi du 14 février 1903 créa un nouveau département exécutif, sous le nom de département du commerce et du travail. Le Fairbanks bill accorda à l'attorney général (ministre de la Justice) des pouvoirs plus étendus pour la poursuite des trusts, qui portaient atteinte à la liberté commerciale. De nombreuses grèves éclatèrent en 1902, 1903, 1904.
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Grèves des cheminots aux Etats-Unis.
Grève sur la ligne de chemin de fer Baltimore-Ohio.

Roosevelt fut réélu président  le 6 novembre 1904, à une énorme majorité; le sénateur Fairbanks fut appelé à la vice-présidence. Roosevelt déclara que, n'ayant pas, une première fois, rempli les fonctions présidentielles pendant toute la durée du mandat, il acceptait son renouvellement de pouvoir, mais qu'il serait plus, dans l'avenir, candidat à la présidence. En même temps, les élections pour le 59e Congrès relevèrent encore la majorité républicaine. Sur la question monétaire, qui avait jadis causé tant de divisions, le parti démocrate avait admis, implicitement, dans son programme que le régime actuel donnait toute satisfaction. Roosevelt trouva aussi l'appui des démocrates dans sa politique contre les trusts.

Les États-Unis signèrent de nombreux traités d'arbitrage en 1904 et 1905. Au mois de juin 1905, le président Roosevelt proposa aux gouvernements russe et japonais de réunir une conférence en vue de la cessation des hostilités; ils acceptèrent, et la conférence de Portsmouth abouti le 29 août, à la conclusion de la paix. 
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Photo de Wall Street (New York).
Wall Street, le centre de la haute finance à New York, en 1900.

Après Roosevelt

Comme il l'avait annoncé, Roosevelt ne se représenta pas aux élections de 1909. Ce fut encore un républicain qui lui succéda, William H. Taft. En même temps se manifestaient, au sein du parti républicain, des dissensions très graves. En 1912, Roosevelt, se sépara avec éclat de ses alliés de la veille, et, à la tête des progressistes, il fit campagne contre Taft sur un programme très hardi : il
réclamait le suffrage féminin, l'institution du référendum, des mesures efficaces contre les trusts, la nationalisation de certaines grandes entreprises, la fixation de salaires minima. Cette scission eut pour effet immédiat d'assurer le succès du démocrate Thomas W. Wilson, élu président en 1913. Théodore Roosevelt continua de faire entendre sa voix. Lors du déclenchement, en 1914, de ce qui allait devenir la Première Guerre mondiale, il prit vigoureusement parti contre Allemagne, alors que le président Wilson optait pour une politique de neutralité. Mais bientôt, l'attaque par les Allemands de navires sans distinction de nationalité fut perçue par les États-Unis comme une entrave à la liberté du commerce mondial. C'est ce qui  décida le Congrès à déclarer la guerre à l'Allemagne, le 6 avril 1917. Une entrée en guerre qui sera décisive pour l'issue du conflit, mais qui marqua aussi la mutation de la politique américaine. Elle tournait désormais le dos à la doctrine Monroe, encore compatible, à la rigueur, avec le statut de puissance continentale que s'étaient conférés les États-Unis depuis quelques décennies, mais contradictoire avec la vocation de superpuissance mondiale qu'ils se découvraient désormais. (A. Moireau / NLI).

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