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L'époque coloniale III - Français et Anglais aux XVIIe et XVIIIe siècles |
Les établissements
anglais qui existaient depuis le XVIIe
siècle sur la côte Nord-Est des futurs États-Unis
avaient pour voisins les Espagnols au Sud et les Français au Nord.
Les premiers, établis en Floride depuis la fondation de Saint-Augustine
(1564) sur l'Atlantique et de Pensacola
(1696) sur le golfe du Mexique,
furent souvent en lutte contre les Caroliniens et, depuis 1732,
contre les Géorgiens. Mais leur installation sur ces points ne faisait
pas de progrès et ne pouvait exciter de sérieuses inquiétudes.
Il n'en était pas de même des Français qui, à
l'époque où les colons anglais ne dépassaient guère
les premiers chaînons des Alleghanies du côté de l'Ouest,
occupaient, plus nominalement il est vrai que par une prise de possession
effective, toute la vallée du Saint-Laurent (« Presque tout le romanesque de l'histoire coloniale américaine, dit John Ludlow, appartient aux établissements français. Aucune autre nation n'envoie des missionnaires si dévoués, des aventuriers si entreprenants. La France donne leur nom au Mississippi et au Saint-Laurent, à la Caroline et à la Louisiane, aux Iroquois, sur le lac Ontario et aux Gros-Ventres, sur le flanc occidental des montagnes Rocheuses, au « Portage » et à la « Prairie ». Toujours prêts à sauter sur leurs armes dès qu'éclatait une guerre entre les deux métropoles, et toujours soutenus par des bandes nombreuses d'Indiens alliés, les colons français tinrent leurs voisins anglais constamment sur le qui-vive, sans jamais être assez puissants pour arrêter net leur développement. »Comme les Iroquois, dont ils se firent tout d'abord des ennemis, les empêchaient de gagner du terrain au Sud du New York, les Français du Canada se tournèrent vers l'Ouest. Leurs missionnaires, franciscains ou jésuites Dès lors, missionnaires et marchands
remontèrent ou descendirent le Mississippi, explorant les rives,
fondant çà et là quelques établissements, depuis
Détroit sur les lacs et Kaskaskia sur l'Illinois (1701),
jusqu'au fort Rosalie chez les Natchez. Cependant la Louisiane, après
douze années, ne comptait que 300 habitants, lorsqu'elle fut concédée
avec un monopole commercial à Crozat (1712),
qui ne réussit pas. Elle en avait 700 lorsque la concession passa
à la Compagnie du Mississippi (ou d'Occident ou des Indes), que
dirigeait le financier Law et qui envoya quelques milliers de colons. Bienville,
gouverneur, fonda la Nouvelle-Orléans Les guerres intercoloniales.
Les hostilités ne furent que peu
de temps interrompues et, en 1754,
s'engagea la lutte décisive pour la possession du continent de l'Amérique
du Nord. La population anglo-américaine s'était élevée
de 450 000 habitants à la paix d'Utrecht Mais l'Angleterre ne voulait pas seulement leur disputer cette vallée; elle était résolue à les chasser encore du bassin des grands lacs et du Saint-Laurent et à en finir, par la conquête du Canada, avec une menace permanente pour ses établissements. Elle n'entendait pas, toutefois, lutter seule pour donner la sécurité à ses colonies; celles-ci devaient lui prêter un concours actif. Les gouverneurs reçurent des instructions dans ce sens et mirent les assemblées en demeure de voter des fonds et d'ordonner les levées d'hommes requises. Des délégués de ces assemblées se réunirent à Albany pour établir la répartition des sacrifices nécessaires. C'est dans cette réunion (1754) que Benjamin Franklin, citoyen adoptif de la Pennsylvanie, proposa un projet de confédération auquel ne fût donné aucune suite immédiate, mais qui était le germe du futur Congrès continental. La première campagne (1755) tourna mal pour les Anglo-Américains. Le baron Dieskau put arriver de France (juillet) avec 4 000 hommes; le général anglais, Braddock, qui avait repris la marche sur le fort Du Quesne (Pittsburg), élevé par les Français au confluent de l'Alleghany et du Monongohela, périt avec une grande partie de ses troupes dans un combat de surprise contre un corps de Français et d'Indiens. La même année, eut lieu la dispersion des paisibles colons neutres de l'Acadie occidentale, chantée par Longfellow (Evangelina), et Dieskau fut battu et tué à Crown Point sur le lac George. Mais les Anglais ne surent pas profiter de cette victoire et laissèrent les Français fortifier Ticonderoga au Sud du lac Champlain. La défaite de Braddock avait découvert les frontières de la Virginie, du Maryland et de la Pennsylvanie; les Indiens venaient exercer leurs ravages jusque dans les vallées de la Shenandoah et de la Juniata. La guerre avait éclaté en Europe; la France ne pensa plus à sa colonie perdue dans les glaces du continent boréal américain. Pendant deux années encore toutefois, Montcalm et Vaudreuil, successeurs de Dieskau et de Du Quesne, réussirent, malgré la faiblesse de leurs ressources, à tenir tête aux colonies anglaises si énergiquement contenues par leur métropole. Malgré l'arrivée de nombreux régiments commandés par Abercombrie et Loudoun, Montcalm prit Oswego (sur le lac Ontario) et la chute de cette place (1736) produisit chez les Américains le même effet de terreur qu'avait fait l'année précédente la défaite de Braddock. Les généraux anglais n'osèrent attaquer Crown Point et Ticonderoga. Loudoun (1757), s'étant approché de Louisbourg avec 12 000 hommes et quatre vaisseaux, se retira sans avoir rien tenté. Pendant ce temps, Montcalm, qui s'était concilié les Iroquois, enlevait le fort William Henry (lac George), dont les Indiens massacrèrent la garnison. Après trois campagnes, les Français étaient encore en possession de tout le territoire contesté. La Nouvelle-France apparaissait triomphante et forte; mais elle approchait de l'épuisement de ses ressources, que ne renouvelait pas la métropole. Du côté des Anglais, au contraire, les efforts redoublèrent; sous l'impulsion vigoureuse de Pitt, que le sentiment populaire amenait au pouvoir, les troupes coloniales et métropolitaines allaient écraser en deux ans, de leur masse, la troupe affaiblie des défenseurs du Canada. Pitt demanda 20 000 hommes aux colonies pour 1758 et confia en outre près de 25 000 réguliers à Abercombrie et à Amherst, successeur du trop prudent Loudoun. Abercombrie perdit 2000 hommes à un assaut infructueux contre Ticonderoga (8 juillet 1758), mais Amherst, avec l'escadre de Boscawen, fit capituler Louisbourg (25 juillet). Un détachement anglais surprit et détruisit le fort Frontenac (Kingston), et Forbes, après une marche des plus pénibles à travers les Alleghanies, captura le fort Du Quesne, devant lequel avait succombé Braddock. Les Français étaient débusqués de toutes leurs positions avancées, refoulés dans le Canada. Les colons et les Anglais les y suivirent dès l'année suivante (1759), ayant mis pour cette campagne plus de 50 000 hommes sous les armes. Quatre armées (Stauwix, Prideaux, Amherst et Wolfe) convergèrent sur Montréal et Québec. Montcalm proclama la levée en masse et réunit toutes ses forces disponibles sous les murs de Québec. Là vint le trouver Wolfe, arrivé le premier au rendez-vous. Les deux adversaires s'observèrent de juin à septembre; lorsque le choc se produisit, sur le plateau d'Abraham, ils tombèrent tous deux frappés mortellement (13 septembre). Les Anglais étaient victorieux; Québec ouvrit ses portes cinq jours plus tard. Vaudreuil, cependant, put se retirer avec les débris de l'armée à Montréal, où il ne fut pas attaqué. Au commencement de 1760, il fit une tentative pour reprendre Québec, battit Murray à Sillery, le rejeta dans la ville et l'y assiégea, mais manqua de persévérance. Rentré dans Montréal, il dut y capituler (8 septembre) devant trois armées (Amherst, Murray et Haviland). Une escadre française pénétra quelque temps après dans le Saint-Laurent, mais se heurta à une escadre anglaise et fut détruite. Le nom de la Nouvelle-France fut irrévocable ment effacé de la carte de l'Amérique du Nord. Le traité de Paris (1763) abandonna aux Anglais tout le Canada, les îles du golfe Saint-Laurent, l'Acadie française, les prétentions sur la vallée de l'Ohio et toute la Louisiane (moins la Nouvelle-Orléans) jusqu'au Mississippi. La France ne gardait que les flots de Saint-Pierre et Miquelon. Elle cédait encore en effet à l'Espagne la Louisiane au delà du Mississippi pour la dédommager de la perte de la Floride donnée à l'Angleterre. Les Indiens avaient pris une part active à ce duel de deux peuples, et menacé aussi bien par les uns que par les autres, ils ne se calmèrent pas aussi promptement que les Blancs; la guerre de Pontiac (insurrection d'un chef ottawa contre les colonies anglo-américaines) mit un instant en péril Pittsburgh et Détroit. La confédération indienne ne tarda pas à se dissoudre et Pontiac fut tué (1764). Une proclamation du roi d'Angleterre (1763) constitua sur le continent trois nouvelles provinces : Floride orientale, Floride occidentale, Québec. Les Français du Canada acceptèrent d'autant plus aisément la domination anglaise que la capitulation de Montréal, comme celle de Québec, leur garantissait leurs propriétés, leurs coutumes juridiques et la liberté religieuse. Tout le continent de l'Amérique du Nord appartenait maintenant, sauf le Sud-Ouest espagnol, à la colonisation anglaise. (A. Moireau). |
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