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Jean de La Fontaine
La vie de La Fontaine
Aperçu La vie de La Fontaine Les contes et les fables
Jean de La Fontaine est né le 7 ou le 8 juillet 1621 à Château-Thierry, où son père exerçait les fonctions de « maître des eaux et forêts ». On ne sait trop comment ni d'où lui vint l'idée, quand il eut tant bien que mal terminé ses premières études, d'entrer à l'Oratoire, et jamais homme ne se trompa sans doute plus étrangement sur la nature de son génie. Mais ce qui est bien plus étrange encore, c'est qu'il ne reconnut pas lui-même son erreur, et il fallut qu'on le priât de « se retirer » de la docte congrégation. Il n'avait pas tout à fait vingt-trois ans. Il fit alors son droit, comme Boileau, comme Molière, puis il revint se fixer à Château-Thierry, où son père, qui songeait à lui assurer la succession de la charge de « maître des eaux et forêts », commença par le marier, en 1647, avec une jeune fille de quinze ans, Marie, fille de Guillaume Héricart, « lieutenant civil et criminel à La Ferté-Milon ». C'était une autre erreur; et, pas plus que pour les devoirs de la vie religieuse, Jean n'était fait pour les obligations de la vie conjugale. Aussi l'accord ne dura-t-il guère entre les deux époux. La naissance même d'un fils, en 1653, ne changea rien à l'humeur romanesque et désordonnée de Mlle de La Fontaine, la femme du monde qui paraît avoir été le moins faite pour fixer un mari volage, - non plus qu'à l'insouciance naturelle du père, qui ne devait jamais s'occuper du « marmot », et à la suite d'une séparation de biens, quittant sa femme et Château-Thierry, il vint tenter à Paris la fortune littéraire. C'est du moins ce qui semble résulter de la publication de son premier ouvrage : une traduction, ou, comme nous dirions de nos jours, une « adaptation » de l'Eunuque de Térence, qui fut représentée deux ou trois fois peut-être, et qui parut en 1654. Les curieux, de details plus abondants ou plus précis sur la première jeunesse et sur le ménage de La Fontaine en trouveront plus qu'on n'en voudrait dans l'ouvrage classique de Walckenaer : Histoire de la vie et des ouvrages de Jean de La Fontaine (Paris), et dans l'excellente Notice que Paul Mesnard a écrite pour la Le Fontaine de la collection des Grands Ecrivains de le France (Paris, 1883, in-8).
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Jean de la Fontaine.
Jean de la Fontaine.
Il serait plus intéressant de savoir comment s'éveilla son génie de poète, si les recherches de ce genre n'étaient pas toujours délicates, et, même quand elles semblent avoir abouti, toujours assez vaines. Grand amateur de romans, c'est lui qui nous l'apprend, nous savons qu'il a lu et relu d'Urfé, Gomberville et La Calprenède : l'Astrée, Polexandre et Cléopâtre; le Grand Cyrus et La Clélie aussi, de Madeleine de Scudéry; mais quoi! Boileau les a lus comme lui. On conte encore qu'ayant entendu réciter par hasard les stances de Malherbe sur la Mort de Henry le Grand, l'émulation de faire à son tour des vers l'aurait brusquement éclairé sur sa vraie vocation, mais ce n'est là qu'une légende; et n'eût-il jamais entendu réciter de Malherbe, il fût néanmoins devenu La Fontaine. A vrai dire, comme tout le monde, il subit l'influence des idées ou des goûts littéraires de son temps, et la preuve en est dans ses premiers essais, qui tiennent moins de Malherbe ou d'aucun romancier que de Voiture et de son école. L'auteur futur des Contes et des Fables a commencé par être « précieux comme tout le monde l'était encore aux environs de 1655; avant Pascal et avant Molière; et son Ode à  Mme la surintendante (1658) « sur ce qu'elle était accouchée avant terme, en carrosse, en revenant de Toulouse », est précisement du genre de ces pièces que Voiture excellait à trousser : Sur Mlle de Bourbon, qui avait pris médecine, ou A la louange du soulier d'une dame. Il est « précieux dans son Adonis où l'on dirait qu'il a voulu, pour obéir au goût du jour, s'exercer dans le poème « héroïque » (1658) et dont il est curieux de comparer la préciosité plutôt froide et la couleur conventionnelle avec le coloris si chaud et la préciosité voluptueuse de l'Adonis de Shakespeare. Il est « précieux » dans le Songe de Vaux, qui ne parut, à la vérité, qu'en 1671, mais qui doit avoir été composé vers 1659 ou 1660; et où, si l'on a relevé quelques vers exquis, cela prouve uniquement que la préciosité, quoi qu'on en ait pu dire, n'est pas toujours un défaut. Tels sont ces trois vers, souvent cités, où il a peint la Nuit :
Par de calmes vapeurs mollement soutenue,
La tête sur son bras et son bras sur la nue,
Laissant tomber des fleurs...
L'Albane ou les Carrache ont-ils rien fait de plus gracieux? Et n'ayant rien enfin du tempérament d'un lutteur, ni même d'un véritable satirique, il demeurera « précieux » aussi longtemps que la mode y sera, c.-à-d. jusqu'à ce que les Précieuses ridicules de Molière et les Satires de Boileau soient venues substituer au goût du joli, de l'élégant, et du rare, le goût du vrai, du simple, et du grand.

Toutes les pièces que nous venons de rappeler, et quelques autres encore parmi lesquelles nous citerons ses premières Epîtres, Il, III et IV, qui tiennent du genre de Marot, avec autant d'esprit et infiniment plus de charme ont été composées pour le surintendant Fouquet, dont La Fontaine était devenu, en 1657, l'un des poètes à gages. C'est ici, comme on le sait, et comme il faut bien pourtant qu'on le rappelle, un des côtés les plus déplaisants de son personnage. Sans aucune ambition de pouvoir ni d'argent, ce qui sans doute est louable, La Fontaine a toujours vécu aux dépens de quelqu'un, ce qui l'est moins, et on le verra, dans ses dernières années, se laisser entretenir par une maîtresse. Aucun de nos grands écrivains n'a manqué plus complètement de sens moral, à cet égard, de délicatesse ou de dignité. Et nous savons bien que voilà de grands mots, qu'on ne saurait employer sans un peu de ridicule! mais il s'agit de l'auteur des Fables, pour ne rien dire de celui des Contes, et par conséquent la connaissance de certains détails n'est pas indifférente au jugement qu'il faut porter de sa morale. Du moins ne vécut-il jamais qu'au crochet de ces nantis de l(Ancien Régime, dont on peut se demander de qui eux-mêmes étaient les parasites (exceptons Fouquet), qui n'avaient pas le talent de notre auteur, et qui n'eurent d'ailleurs jamais à regretter la générosité dont ils avaient fait preuve avec lui. Du moins aussi, en acceptant ou en sollicitant les bienfaits de Fouquet doit-on dire qu'il ne fit qu'imiter les hommes de lettres ses contemporains. Et ce qui achève peut-être de l'excuser, c'est la reconnaissance qu'il garda toujours à son protecteur tombé dans la disgrâce. L'Élégie aux nymphes de Vaux en est l'éloquent témoignage, et, puisqu'il arrive quelquefois qu'une bonne action ne nuise pas à son auteur, on est bien aise que cette Élégie soit un des bons ouvrages de La Fontaine.

On ne connaît que trop les jeux de la Fortune,
Ses trompeuses faveurs, ses appas inconstans,
Mais on ne les connaît que quand il n est plus temps.
Lorsque sur cette mer on vogue a pleines voiles,
Il est bien malaisé de régler ses désirs,
Le plus sage s'endort sur la foi des zéphyrs...
C'est le vrai La Fontaine qui se dégage ici de lui-même. Et pourquoi ne dirions-nous pas qu'en le touchant indirectement, la disgrâce de Fouquet l'obligea peut-être de réfléchir sur quelques vérités d'expérience qu'il n'avait guère accoutumé de méditer? Le malheur des autres peut aussi nous servir d'école. Il convient d'ajouter que, trois ou quatre mois auparavant, la représentation des Fâcheux de Molière, sur le théâtre de Vaux (17 août 1661), lui avait ouvert les yeux d'une autre manière encore, en lui enseignant le prix du naturel, qui n'est peut-être que le sérieux dans l'observation.
Plaute n'est plus qu'un plat bouffon,
Et jamais il ne fit si bon
Se trouver à la Comédie,
Car ne pensez pas qu'on y rie
De maint trait jadis admiré,
Et bon IN ILLO TEMPORE
Nous avons changé de méthode,
Jodelet n'est plus a la mode, -
Et maintenant, il ne faut pas
Quitter la nature d'un pas.
Si connus que soient ces vers d'une lettre de La Fontaine à son ami Maucroix, nous ne pouvions pas nous dispenser de les citer. Ils sont, en effet, caractéristiques d'une révolution qui s'opérait alors, dans tous les genres à la fois, contre l'idée même que la précédente génération s'était formée de l'art (les articles Boileau et Molière), et l'imitation de la nature en redevenait le premier principe, ce qu'elle n'est ni toujours ni nécessairement. Ils marquent, de plus, avec précision, l'époque des premiers rapports de La Fontaine avec Molière. 

Pour Racine, La Fontaine le connaissait de La Ferté-Milon, les Héricart étant même alliés des Racine. Et enfin ce sont ces vers qui divisent pour ainsi dire en deux l'histoire des Oeuvres de La Fontaine, tout ce qui les précède n'ayant qu'une bien mince valeur en comparaison de ce qui les a suivis. Il avait quarante et  un ans, et il n'avait écrit ni le premier de ses Contes ni la première de ses Fables.

Par bonheur, il fit deux parts de son génie. Ce qu'il y avait de moins bon en lui, il le mit dans les contes, imités pour la plupart de Boccace, et charmants d'ailleurs, de style, de rythme et d'esprit (Contes et nouvelles en vers, 1re partie, 1664; 2° partie 1667). Tout le reste de lui-même, cette conception pratique de la vie, cette philosophie avisée, cette franche satire des moeurs et des ridicules, ce profond amour du naturel et du vrai en toutes choses, il le mit dans une forme exquise, empruntée aux anciens, et qu'il illustra à tout jamais, dans la fable

La publication des six premiers livres des Fables fut suivie de près, en 1669, de celle d'Adonis et de celle de Psyché en 1671. C'est dans la préface, ou, plus exactement, c'est dans le Prologue de ce dernier ouvrage que La Fontaine s'est représenté sous le nom caractéristique de Polyphile ( = ami de toutes choses), visitant la « ménagerie » de Versailles, en compagnie de Géleste (Molière), d'Acanthe (Racine) et d'Ariste (Boileau). 

« Ce qui leur plut davantage, y lit-on, ce furent les demoiselles de Numidie et certains oiseaux pêcheurs qui ont un bec extrêmement long, avec une peau au-dessous, qui  leur sert de poche. Leur plumage est blanc, mais d'un blanc plus clair que celui des cygnes; même de près il paraît carné et tire sur la couleur de rose vers la racine. On ne peut rien voir de plus beau. C'est une espèce de cormorans. » 
Voilà quelques lignes qui suffisent à prouver le scrupule ou la minutie même de La Fontaine dans l'observation, quand le sujet l'en intéressait. Aux Amours de Psyché succédèrent un recueil nouveau de Contes, en 1671, puis, en 1673, le Poème sur la captivité de saint Malc. C'est une espèce de « pensum » que MM. de Port-Royal, comme on  les appelait, crurent devoir imposer à l'auteur des Oies du père Philippe et de Mazet de Lamporecchio. Une velléité lui était venue de se convertir, pour plaire sans doute à son ami Boileau! Mais elle ne dura guère, et, dès l'année suivante (1674), il publiait la quatrième partie de ses Contes. Il travaillait en même temps aux cinq derniers livres de ses Fables (VII, VIII, IX, X et XI), qui paraissaient en 1678, sous les auspices de Mme de Montespan, à qui le recueil est dédié. Un court Avertissement du poète précisait assez heureusement la différence qu'il avait voulu mettre entre ces cinq nouveaux livres et les six premiers. Il y avait, disait-il « usé plus sobrement des traits familiers qu'il avait semés dans les autres avec assez d'abondance »; il avait « étendu davantage les circonstances de ses récits »; enfin il avait « tâché d'y mettre toute la diversité dont il était capable »; et il y avait réussi. Tel fut au moins l'avis des bons juges. Nous ne dirons rien après cela du Poème sur le Quinquina, composé à la demande de la duchesse de Bouillon, et publié en 1682. C'est un pensum d'un autre genre, mais dont le poète, en dépit de toute sa souplesse, ne s'est pas tiré beaucoup plus heureusement que du Poème sur la captivité de Saint Malc, et si nous ne savions pas qu'il est de lui, nous ne le croirions jamais. Nous en faisons la remarque avec intention. Nul exemple, en effet, à moins que ce ne soit celui de la Mélicerte de Molière, ne saurait mieux prouver à quel point un écrivain de génie peut tomber au-dessous de lui-même, et quels dangers on court, avec certains érudits, quand on prétend décider de l'authenticité de ses ouvrages d'après le caractère de son style.

C'est sur ces entrefaites qu'une place étant devenue vacante à l'Académie française par la mort de Colbert (1683), La Fontaine se mit sur les rangs. Il fut élu, contre Boileau, sur le nom de qui les adversaires de La Fontaine, comme l'on dit, se comptèrent. Mais le roi, qui n'aimait ni l'auteur ni son oeuvre, ou du moins ses Contes, refusa ou différa de donner au choix de l'Académie l'approbation qui le rendait seule définitif; il fallut attendre une autre vacance elle ne se produisit qu'en 1684; et c'est alors seulement; quand Boileau eut été nommé, que Louis XIV ratifia l'élection du fabuliste. 

« Vous pouvez recevoir incessamment La Fontaine, dit-il au directeur de l'Académie, il a promis d'être sage. »
Le premier gage de sa sagesse fut le Discours à Mme de La Sablière (1684), qu'il lut en séance publique, le jour même de sa réception. Le second fut la publication d'un dernier recueil de Contes : c'est celui où figurent pour la première fois les Aveux indiscrets et le Fleuve Scamandre

Heureux encore s'il n'eut rien fait de pis! Mais depuis qu'il était passé de la protection de la duchesse d'Orléans, - la duchesse douairière, femme de Gaston, qu'il ne faut pas confondre avec Mme Henriette, - sous la protection de la duchesse de Bouillon; et, quand la duchesse de Bouillon se fut trouvée compromise dans la mémorable affaire des poisons, sous la protection de Mme de La Sablière, si sa manière de vivre avait jadis manqué de dignité, elle manquait, maintenant de décence. N'eût-il fait que mettre la main aux comédies de Champmeslé (Ragotin, 1684; le Florentin, 1685; la Coupe enchantée, 1688), ce serait déjà trop pour sa gloire. Mais, d'autant plus libre dans ses moeurs qu'il était plus gêné dans ses affaires, et d'autant plus insouciant de l'opinion qu'il prenait plus d'années, son existence n'était plus que celle d'un parasite. Lorsque Mme de La Sablière, cruellement abandonnée par le brillant marquis de La Fare, se fut retirée aux lncurables, La Fontaine n'en continua pas moins de faire la débauche avec La Fare et de vivre sous le toit de Mme de La Sablière. Quand Mme de La Sablière fut morte et qu'il lui fallut chercher un autre asile, il accepta sans plus de façons celui que lui offrait la belle Mme d'Hervart. Il fréquentait en même temps cette société des Vendôme, où l'on  peut dire sans exagération qu'en plein règne de Louis XIV et de Mme de Maintenon, l'esprit du XVIIIe siècle préludait à ses prochaines hardiesses. Et il faisait enfin la connaissance de Mme Ulrich, la dernière de ses faiblesses, l'inspiratrice aussi de ses derniers Contes et les plus licencieux. Une de leurs lettres nous renseigne assez sur la nature de leur liaison. 

« J'accepte, Madame, lui écrivait La Fontaine, au mois d'octobre 1688, j'accepte vos perdrix, votre vin de Champagne, et vos poulardes [...]. J'accepte aussi une chambre chez M. le marquis de Sablé, - c'était un autre des amants de la dame, j'accepte encore... Et en un mot j'accepte tout-ce qui donne bien du plaisir... Mais j'envions toujours à ce diable de mari, qui est pourtant un fort honnête homme... Ne nous laissons pas surprendre... Evitons cela, je vous en prie, si nous le pouvons... » 
Pourquoi faut-il que, d'un autre côté, les notes, de police du lieutenant d'Argenson ne nous renseignent qu'avec trop de précision sur la personne de Mme Ulrich? La dernière maîtresse de La Fontaine a fini par échouer à l'Hôpital général.

Réussit-il à lui échapper? On sait du moins que vers la fin de l'année 1692, étant tombé dangereusement malade, sa maladie, qui fut longue, et dont il eut beaucoup de peine à se remettre, l'engagea dans de sérieuses réflexions. Le confesseur que lui envoya le curé de Saint-Roch exigea de lui la rétractation ou le désaveu du livre « infâme », de ses Contes, après un long combat, La Fontaine y consentit. Il se remit pour célébrer dans une lettre au chevalier de Sillery la victoire de Steinkerque (1692) et pour achever en quelque manière de régler ses affaires poétiques par la publication du dernier livre de ses Fables, le douzième dont quelques morceaux avaient déjà paru, mais qu'il compléta et qu'il adjoignit aux onze autres. Avons-nous besoin de dire qu'on y sent la fatigue? Il s'occupait en même temps de dévotes paraphrases : 

« J'espère que nous attraperons tous deux les quatre-vingts ans - écrivait-il à son ami Maucroix et que j'aurai le temps d'achever mes hymnes... Donne-moi ton avis sur le Dies Irae, dies illa que je t'ai envoyé. » 
Mais on hésite sur la question de savoir si des Stances sur la soumission que l'on doit à Dieu sont de lui ou de Pavillon. Si Mme Ulrich les lui attribuait, Mathieu Marais les donne à Pavillon, et nous ne croyons pas que des vers comme ceux-ci suffisent à terminer le débat.
Crois-tu que le plaisir qu'en toute la nature
Le premier Etre a répandu, 
Fut-un piège qu'il a tendu
Pour surprendre la Créature?
Non, non, tous les biens que tu vois 
Te viennent dune main et trop bonne et trop sage; 
Qu'il en' est quelqu'un dont ses divines lois
Ne te permettent pas l'usage, 
Examine-le bien, ce plaisir prétendu, 
Dont l'appât tâche à te séduire,
Et tu verres, ingrat, qu'il ne t'est défendu
Que parce qu'il pourrait te nuire.
Mais il faut citer tout entière sa dernière lettre à Maucroix, dont l'accent de sincérité a quelque chose de singulièrement éloquent :
« Tu te trompes; mon cher ami, s'il est bien vrai, comme M. de Soissons me l'a dit, - Fabio Brulart de Sillery, évêque de Soissons, - que tu me croies plus malade d'esprit que de corps. Il me l'a dit pour tâcher de m'inspirer `du courage, mais ce n'est pas de quoi je manque. Je t'assure que le meilleur de tes amis n'a plus à compter sur quinze jours de vie. Voilà deux mois que je ne sors point, si ce n'est-pour aller un peu à l'académie, afin que cela m'amuse. Hier, comme j'en revenais, il me prit, au milieu de la rue du Chantre, une si grande faiblesse, que je crus véritablement mourir. O mon cher, mourir n'est rien, mais songes-tu que je vais comparaître devant Dieu? Tu sais comme j'ai vécu. Avant que tu reçoives ce billet, les portes de l'éternité seront peut-être ouvertes pour moi. » 
La lettre est datée du 10 février 1695. La Fontaine mourut deux mois plus tard, le 13 avril 1695, dans sa chambre de l'hôtel d'Hervart, rue Plâtrière, - c'est aujourd'hui la rue Jean-Jacques-Rousseau. Il était âgé de soixante-treize ans et neuf mois. (F. Brunetière).
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Dictionnaire biographique
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