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Le Lutrin,
poème héroï-comique
de Boileau, en six chants, dont les quatre premiers
parurent de 1679 à 1674, et les deux autres en 1683. L'auteur le
composa pour répondre au défi d'un grave magistrat, M. de
Lamoignon, et sur une querelle qui venait de diviser les chanoines de la
Sainte-Chapelle
de Paris .
A une époque où la poésie burlesque dégradait
les héros et avilissait de grands sujets par des formes triviales,
il voulut ennoblir une action commune, et mettre en jeu, au milieu des
solennelles fictions de l'épopée, des personnages vulgaires
et ridicules.
Plus poète et plus artiste que dans
aucune autre de ses oeuvres, il a produit une fantaisie tout à la
fois brillante et correcte, où le mouvement et la couleur s'unissent
toujours à la rigoureuse perfection du travail. Grâce à
une profonde connaissance des modèles antiques, Boileau
a pu faire un heureux emploi du merveilleux et des machines de l'épopée;
la Discorde
et la Renommée ne sont pas, dans son spirituel badinage, de froides
allégories, mais des personnages agissants, et la Mollesse, plus
encore la Chicane, sont des créations véritablement poétiques.
Partout les caractères sont tracés
et soutenus de main de maître, et les moeurs observées avec
une fidélité qui ne se dément jamais. Toutefois, le
cinquième chant, tout en plaisant encore par l'élégance
du style, est plein de détails peu variés et trop épisodiques;
le perruquier et sa femme, qui tiennent tant de place dans les commencements
du poème, disparaissent tout à coup vers la fin; le dénouement
enfin est annoncé sous forme de prétérition, et l'on
voit paraître au sixième chant plusieurs personnages d'une
gravité disparate (la Piété, Thémis ,
Ariste), destinés sans doute à montrer les véritables
sentiments du poète, et à réprimer le zèle
des gens qui eussent volontiers transformé en grossière inconvenance
ou en outrage impie un ingénieux délassement de l'esprit.
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En
librairie. - Boileau, Oeuvres
(t. 1 : Satires, le Lutrin), Flammarion (GF), 1993. |
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