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La guerre franco-allemande de 1870-1871
La fin du Second Empire
La guerre, du 15 juillet 1870 au 4 septembre 1870 
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La chute de l'Empire

Les neutralités. 
Cette guerre, qui, selon le mot de Gambetta, devait, pour près d'un demi-siècle, vider la question de prépondérance entre l'Allemagne et la France, fut entreprise sous la désapprobation de l'Europe et sans alliances.

Lord Lyons, ambassadeur à Paris, dès qu'il fut informé de la demande de garanties, avait prévenu Gramont :

« La France sera accusée de s'être jetée dans la guerre sans cause sérieuse, par orgueil et par ressentiment  ».
L'Angleterre et les puissances scandinaves publièrent des déclarations de neutralité. La Russie, liée par d'étroits accords avec la Prusse, et qui n'avait oublié ni la guerre de Crimée ni l'intervention de Napoléon III pour la Pologne, fit savoir à Vienne, que si l'Autriche se prononçait pour la France, ses armées entreraient en Galicie.

La question romaine. 
Napoléon III avait entrepris, à l'insu de ses ministres, de négocier un traité secret avec l'Autriche et l'Italie. Victor-Emmanuel demanda au préalable l'évacuation de Rome. L'ancien ministre de Saxe, Beust, devenu premier ministre à Vienne, posa la même condition.

L'empereur pensa à offrir l'Italie le Tyrol, qui était à l'Autriche, au lieu de Rome. Gramont déclara : 

« La France ne peut pas défendre son honneur sur le Rhin et le sacrifier sur le Tibre  ».
Le prince Napoléon eut beau protester : le 3 août, l'empereur écrivit à l'impératrice : 
« Malgré les efforts de Napoléon, je ne cède pas sur Rome ». 
Autriche et Italie restèrent neutres.

L'armée allemande.
L'armée allemande, avec le noyau solide de l'armée prussienne, constituait dès cette époque l'une des forces militaires les plus redoutables que les temps modernes aient connues.

L'instruction de l'infanterie avait été entretenue par un « entraînement permanent ». La cavalerie (dragons et uhlans) était excellente. L'artillerie avait des canons d'acier sortis des usines Krupp, qui se chargeant par la culasse, portaient plus loin que les pièces françaises. L'état-major n'avait pas de rival en Europe.

Quinze jours après la déclaration de guerre, l'Allemagne du Nord mit sur pied 900 000 hommes dont 530 000 en première ligne et l'Allemagne du Sud 120 000.

Le haut commandement était aux mains de chefs de guerre imbus profondément des préceptes napoléoniens, audacieux, pénétrés de l'esprit d'initiative jusqu'à l'exagérer à la désobéissance, qui avaient depuis longtemps préparé leur campagne de France (Moltke, Roon, Steinmetz, Manteuffel, Blumenthal, le prince Frédéric-Charles, le prince royal).

L'armée française. 
L'armée française - l'armée du Rhin - bien que peuplée d'un très grand nombre de remplaçants et de rengagés et peu homogène, était égale, par la valeur, la solidité et l'énergie des soldats, à ses aînées. Le prince Frédéric-Charles dira d'elle : 

« Celui qui n'a pas su battre l'ennemi avec elle doit en répondre. Ces troupes pouvaient tout accomplir.  »
Le fusil de l'infanterie était supérieur au fusil allemand. La cavalerie, hardie, entreprenante, était mieux montée que l'allemande, mais n'avait pas été préparée à l'une de ses deux tâches principales : éclairer l'armée, la renseigner sur les mouvements de l'armée allemande. L'artillerie avait toujours le canon « rayé » de 1859, le « canon de l'empereur », qui avait contribué aux victoires d'Italie, mais qui, demeuré intangible, était devenu fort inférieur au canon allemand.

Les officiers d'état-major ne paraissaient jamais dans les troupes, savaient peu de chose de l'art militaire, abondaient «  en non-valeurs courtisallesques  » (Ollivier).
L'infériorité numétique de l'armée active était énorme; 400 000 combattants en première ligne et 130 000 dans les dépôts; son organisation se prêtait mal à une mobilisation rapide.

L'Allemagne disposa ainsi de forces doubles en infanterie et en cavalerie, presque doubles en artillerie.

Napoléon III commandant en chef. 
L'empereur, malade de la pierre et atteint d'hémorroïdes, ne pouvait se tenir à cheval que par des efforts héroïques de volonté. Il n'en avait pas moins pris le commandement. Il commença par changer le plan de Niel et par en faire improviser un autre.

Le major général Le Boeuf (Leboeuf) était un très bel officier d'artillerie, mais ignorant de la grande guerre. Mac-Mahon, Bazaine, Canrobert, tous trois maréchaux, Frossard, ancien précepteur du prince impérial, Failly, général de cour, Ladmirault et Douay eurent chacun un corps d'armée; Bourbaki reçut la garde. Ni Montauban, ni Trochu n'eurent de commandement.

Offensive allemande. 
La mobilisation des réserves et la concentration se firent avec une extrême lenteur; les services administratifs se montrèrent très défectueux. Metz, où l'empereur établit son quartier général, fut un chaos pendant plusieurs jours.

Moltke, avec trois armées concentrées sur la rive gauche du Rhin, s'attendait à être attaqué. L'empereur laissa passer le temps où une offensive hardie lui aurait donné le Palatinat. Rien qu'une escarmouche à Sarrebruck, le 2 août, pour  « le baptême du feu-» du prince impérial. Le 3, Moltke ordonna l'offensive générale.

Les sept corps d'armée français étaient disséminés le long de la frontière; Moltke lança deux énormes colonnes, l'une sur l'Alsace, l'autre sur la Lorraine en direction de Metz.

La défaite à la frontière.
En un mois l'Empire s'effondra (4 août-4 septembre). Mac-Mahon, qui commandait à Strasbourg, avait mis en flèche la division Abel Douay aux lignes fameuses de Wissembourg. L'avant-garde du prince royal de Prusse l'y surprit à l'aube du 4 août. Douay se fit bravement tuer au Geisberg. La résistance fut si acharnée que les Allemands crurent s'être battus contre plus de deux divisions.

Cette première surprise fut suivie de plusieurs autres, beaucoup plus graves, tant l'armée se gardait mal.

Reichshoffen
Le 6, Mac-Mahon, qui se préparait à prendre sa revanche le lendemain, fut attaqué à l'improviste en arrière de la Sauer, sur les hauteurs de Woerth, par toutes les forces du prince royal, 100 000 hommes contre 45 000, avec plus de 250 canons hors de portée des pièces françaises.

Sous la protection de leur feu, des masses d'infanterie s'élancèrent contre les positions françaises, furent rejetées, revinrent avec des renforts et menacèrent bientôt d'envelopper le centre et la gauche des Français.

La cavalerie se sacrifia tout entière pour dégager les autres armes. « Spectacle digne des plus grandes épopées », dira le prince royal des deux charges héroïques de cuirassiers et de lanciers, sur les pentes et dans le village même de Morsbronn, puis en avant de Reichshoffen, parmi les houblonnières et les vignes.

Après une lutte acharnée à Froeschviller, Mac-Mahon ordonna la retraite sur Saverne. Il avait, la veille, donné au général de Failly l'ordre précis de se porter de Bitche sur Reichshoffen avec son corps d'armée; Failly n'en fit rien, alors qu'au dire d'un historien allemand (le major Kunz), « son arrivée sur le champ de bataille eût changé le sort de la journée ».
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Aimé Morot : Reichshoffen.
La charge des cuirassiers de Reichshoffen, par Aimé Morot.

Spickeren.
Le même jour où la bataille de Froeschwiller ouvrait l'Alsace aux Allemands, celle de Forbach leur ouvrit la Lorraine.

Là aussi, les Français furent assaillis soudainement, mais alors qu'à Froeschwiller Mac-Mahon eut tout de suite sur les bras des forces deux fois supérieures, Frossard eut pendant presque toute la journée l'avantage du nombre sur l'avant-garde de Steinmetz.

S'il eût pris l'offensive vers le milieu de la journée, il aurait jeté les Allemands dans la Sarre. Son extrême circonspection donna le temps aux renforts ennemis d'accourir et de déborder le plateau de Spickeren.

Et, là aussi, le corps voisin, qui était celui de Bazaine, ne vint pas au canon. Frossard l'appela en vain; trois divisions, qui étaient à moins de trois heures de marche du lieu du combat, eussent changé en déroute l'attaque de Steinmetz.

Chute du ministère Ollivier. 
Ces défaites coup sur coup, cette troisième invasion sous la dynastie des Bonaparte, obligèrent la régente à convoquer les chambres, malgré l'opposition d'Ollivier. Le
président de la Chambre, Schneider, puis l'impératrice elle-même le pressèrent de donner sa démission.

Non seulement il refusa, mais il forma, avec le ministre de l'intérieur, le projet d'arrêter les chefs de la gauche (Favre, Ferry, Gambetta). Le 11 août, dès sa première séance, le Corps législatif, à la presque unanimité (moins quinze voix), le renversa. Il annonça lui-même, et ce fut la dernière fois qu'il parut à la tribune, que la régente avait chargé le général de Palikao de former un ministère.

Abdication militaire de l'empereur. 
Le lendemain, plutôt que de renvoyer le maréchal Le Boeuf (Leboeuf) comme le demandaient l'impératrice et Palikao, l'empereur « se destitua lui-même  » du haut commandement qu'il remit à Bazaine (12 août).

Palikao avait composé son ministère avec des bonapartistes de droite (Chevreau. Jerôme David, La Tour d'Auvergne. Grandperret, Magne, Clément Duvernois). Il annonça à la Chambre la nomination de Bazaine, « ce qui n'implique aucun commandement en dehors du sien, ni au-dessus, ni à côté  ».

L'empereur ne voulant pas rentrer en vaincu à Paris, resta à l'armée. La chute du ministère qui avait déclaré la guerre, l'abdication militaire de Napoléon III, c'était, pour l'Empire, « le commencement du suicide   ». Cependant la guerre n'était pas perdue; ni les armées de Lorraine, autour de Metz, ni l'armée d'Alsace, qui se refaisait à Châlons, n'étaient découragées par les défaites de deux corps (sur sept) à la frontière; la défense de Paris allait bientôt s'organiser; les Allemands avaient subi de lourdes pertes; leurs victoires eussent été des défaites, disait-on, si Failly, en Lorraine, et Bazaine, en Alsace, avaient marché au canon. Si retentissants que fussent les échecs des Français, ils les croyaient réparables.

Bazaine.
Malgré d'obscures intrigues où il s'était compromis au Mexique et malgré son inertie dans la journée du 6 août qui faisait déjà dire à quelques-uns : « C'est à croire que Bazaine a trahi!  », il était alors entouré d'une grande confiance. Canrobert, son aîné, fut le premier à se ranger sous ses ordres avec empressement; Changarnier et Jules Favre croyaient en lui autant que l'empereur lui-même.

Sorti du rang, Bazaine démontrait l'adage fameux que tout soldat porte dans sa giberne son bâton de maréchal de France. Il était brave, assez bon manoeuvrier, volontiers prudent; mais il avait pris goût à la politique, s'y était davantage corrompu, rêvait à jouer un grand rôle dans l'Etat, et, sous l'apparence d'un troupier solide, et avec l'air peuple, le caractère le plus faible, l'âme basse et fourbe, sans aucun sentiment du devoir et de l'honneur.

Les batailles de Metz

Metz, avec son vaste camp retranché sur les deux rives de la Moselle, était de beaucoup la plus importante forteresse de France; ce n'était qu'une forteresse. s'il y avait une faute à ne pas commettre, c'était d'y enfermer la plus belle partie de armée française, à, peu près intacte, plus de 200 000 hommes avec 2000 canons.
Non seulement Bazaine la commit, mais s'il avait voulu s'isoler à Metz pour quelque dessein que, peut-être, il ne s'expliquait pas encore à lui-même, il n'aurait pas opéré autrement qu'il le fit.

Etant convenu avec l'empereur de ramener l'armée sur la Meuse et la ligne de l'Argonne, pour y donner la main aux troupes reconstituées à Châlons, il va d'abord laisser les Allemands le devancer sur la chaussée de Metz à Verdun par Gravelotte, la seule où il s'engage, négligeant les deux routes plus au nord, par Conflans et par Briey.

Borny.
Le 14 août, comme s'il avait voulu s'assurer que le mouvement s'exécutait, l'empereur, en route pour Châlons, s'arrêta à Gravelotte. Aussitôt qu'il connut que Bazaine s'apprêtait à quitter Metz, Moltke, rien que pour le retarder, le fit attaquer à l'arrière (Est de Metz) avec une extrême violence, autour de Borny, par l'impétueux Steinmetz, celui qu'on appelait, d'un combat de la campagne de Bohème, « le lion de Nachod ».

Le combat dura jusqu'à la nuit; Steinmetz fut repoussé, mais il avait suspendu le mouvement de l'armée française pendant toute une journée. Bazaine se remit en marche le 15, mais toujours par une seule route encombrée et avec beaucoup de lenteur, jusqu'au plateau de Gravelotte, pendant que Frédéric-Charles, au contraire, brûlant les étapes, passait la Moselle à Pont-à-Mousson et atteignait à Mars-la-Tour la route de Verdun, où il fut bientôt rejoint par Alvensleben.

Gravelotte
Le 16, dès que l'empereur eut quitté Gravelotte, Bazaine, qui, la veille au soir, avait prescrit aux troupes de se mettre en route à la pointe du jour, donna l'ordre de retendre les tentes et d'attendre de nouvelles instructions, « lorsque tous les corps seront arrivés à la même hauteur ».

Frédéric-Charles ne se proposait le 16 que de harceler les Français; Alvensleben, poussant devant lui, surprit les avant-gardes de la cavalerie de Frossard qui faisaient la soupe. Il engagea ainsi, à l'improviste, la bataille, depuis Gravelotte jusqu'à Mars-la-Tour par Rezonville et Vionville, villages qui bordent la route de Verdun sur plus de 10 kilomètres.

Le combat prit aussitôt un caractère extrême d'acharnement. Alvensleben, arrêté par Frossard, menacé d'être débordé par Canrobert, ayant usé ses dernières forces dans une charge furieuse de cavalerie, « la chevauchée à la mort », eût payé cher sa témérité si Bazaine n'avait pas immobilisé à garder ses lignes de retraite sur Metz quelques-unes de ses plus belles troupes (la garde et presque tout le troisème corps). Il se multiplia comme un colonel sur le terrain, mais ne dirigea à aucun moment la bataille.

Le sens de l'offensive manqua pareillement à Ladmirault; il se contenta de repousser les assauts furieux de l'armée allemande et arrêta l'élan des ripostes. « Le soldat aurait gagné la bataille tout seul si on l'avait laissé faire », dira le colonnel Courson de la Villeneuve. Malgré les troupes fraîches qui accouraient d'heure en heure au canon, les Allemands eurent la vision de la défaite :

« Que la cavalerie française arrive et nous sommes perdus! »
Mais cette cavalerie, qui aurait été décisive aux points vifs de la bataille, était inutilement aux prises contre la cavalerie allemande, dans le plus formidable tournoi qui se fût livré depuis le premier Empire, sur le plateau de Ville-sur-Yron, au débouché du ravin de Rezonville.

Après qu'une dernière attaque allemande eût été brisée, toutes les troupes couchèrent sur leurs positions. Elles avaient attendu « jusqu'à la nuit noire le signal de l'assaut ».

Saint-Privat. 
Le 17, alors que l'armée se préparait à reprendre la victoire interrompue, Bazaine donna l'ordre de rétrograder vers Metz, sur le plateau d'Amanvillers. L'ordre fut reçu avec stupeur.

Les Allemands, ayant concentré toutes leurs forces, attaquèrent le lendemain (18) avec 220 000 hommes contre 125 000.

Moltke dirigea lui-même la bataille, avec celle de Leipzig la plus grande du siècle, sous les yeux du roi. Bazaine resta à son quartier général de Plappeville, comme sourd à l'énorme canonnade. Malgré tous les appels qu'il reçut de Ladmirault et de Canrobert, il refusa encore d'engager la garde et la réserve générale d'artillerie.
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Neuville : le cimetière de Saint-Privat.
Le cimetière de Saint-Privat, par Alphonse de Neuville. (Cliquer sur l'image pour l'agrandir).

Si écrasante que fût la supériorité des Allemands en hommes et en artillerie, ils n'eussent pas gagné la sanglante bataille frontale où Steinmetz s'était brisé contre Frossard et les plus beaux régiments de la garde fait hacher aux glacis de Saint-Privat, si le prince royal de Saxe n'avait tourné Canrobert par un hardi mouvement débordant.

Lorsque Canrobert, ce jour-là admirable d'énergie et de sang-froid, dut rompre enfin le combat, entraînant la retraite de toute l'armée, il ne put se taire de l'abandon où l'avait laissé Bazaine.

Bazaine se contenta d'observer à ses officiers :

« Nous devions partir demain ; nous partirons ce soir : voilà tout ! » 
Trente mille cadavres, dont douze mille de Français, couvraient le champ de bataille.

Siège de Metz.
Le 19 août, l'armée française tout entière était rentrée au camp retranché de Metz. Elle n'en devait sortir, dix semaines plus tard, que désarmée et prisonnière, après deux tentatives si manifestement feintes de rompre l'encerclement que le prince Frédéric-Charles déclara lui-même « qu'il n'y avait rien compris ».

L'armée de Châlons

Pendant que Bazaine, de propos délibéré, renfermait dans Metz la plus belle partie de l'armée qui avait été l'armée du Rhin, Mac-Mahon allait en mener, contre son gré, l'autre partie au désastre de Sedan.

Camp de Châlons. 
L'empereur, arrivé le 16 août à Châlons, trouva Mac-Mahon qui avait réorganisé trois de ses corps d'armée et en avait reçu un quatrième, en tout 120 000 hommes. Le prince Napoléon et les généraux Trochu, Schmitz et Berthaud assistèrent au conseil de guerre qui fut unanime, le lendemain, à décider de ramener l'armée devant Paris et d'y attendre les Allemands.

Trochu, nommé gouverneur de Paris, s'y rendit aussitôt pour activer la défense de la capitale et de son camp retranché.

Au contraire, l'impératrice, le général de Palikao et Rouher, président du Sénat, ne voulaient pas que l'empereur rentrât à Paris sous le coup de ses défaites; ils insistèrent pour que l'armée de Châlons se portât au secours de l'armée de Metz.

La manoeuvre de Palikao.
Mac-Mahon protesta d'abord qu'éloigner l'armée de la capitale et des communications avec l'intérieur du pays, ce serait découvrir Paris; au surplus, ses troupes n'avaient pas encore repris la cohésion nécessaire à une opération de grande envergure. Puis, faible et indécis comme il était le plus souvent hors du champ de bataille, il céda.

Bazaine télégraphia, le 20, qu'il se proposait de sortir de Metz par le Nord, puis, le 22, que « l'ennemi grossissait toujours autour de lui et qu'il préviendrait de sa marche, si toutefois il pouvait l'entreprendre sans compromettre l'armée ». Le colonel Stoffel, gagné aux idées de l'impératrice et de Palikao, ne communiqua pas la seconde dépêche à Mac-Mahon.

Le 23, Mac-Mahon se mit en marche, à petites journées, en direction de Montmédy et avisa Bazaine, qui prépara, pour le 26, l'un de ses simulacres de sortie.

La manoeuvre de Moltke. 
Le même jour, après avoir laissé le prince Frédéric-Charles devant Metz avec 200 000 hommes, Moltke prenait le chemin de Paris avec les deux armées du prince royal et du prince Albert de Saxe.

Il avait perdu le contact avec Mac-Mahon et le croyait à Reims quand, le 25, une dépêche de Londres lui annonça, d'après les journaux de Paris, que Mac-Mahon se portait au secours de Bazaine. Le soir même, Moltke fit pivoter son armée dans un vaste mouvement de conversion, vers le Nord.

Sa marche fut aussi rapide qu'était lente celle de Mac-Mahon. Dès le 26, les cavaleries se heurtèrent.

Mézières ou Montmédy.
Mac-Mahon vit clairement que les deux armées allemandes (prince royal et prince de Saxe) cherchaient à le pousser sur la Belgique. Il décida, en conséquence, de battre en retraite vers Mézières et commença le mouvement, qui eût été le salut (27 août). Palikao lui télégraphia le soir même :

« Si vous abandonnez Bazaine, la révolution est dans Paris. » 
En effet, Blanqui avait déjà tenté un coup de force; la Chambre siégeait en permanence dans une atmosphère de fièvre; les batailles de Metz avaient été annoncées comme des victoires. Et encore, le lendemain : 
« Au nom du conseil des ministres et du conseil privé, je vous demande de porter secours à Bazaine, en profitant de trente heures d'avance que vous avez sur le prince royal . » 
« Tout général en chef, a dit Napoléon, qui se charge d'exécuter un plan qu'il trouve mauvais, est criminel. » Le malheureux Mac-Mahon s'inclina devant l'ordre et, rappelant ses troupes, déjà sur la route de Mézières, les dirigea vers Montmédy (29 août) par Mouzon où il se proposait de passer la Meuse le jour suivant.

L'entonnoir de Sedan. 
Maintenant le désastre était inévitable. Dès le 30, Failly fut surpris à Beaumont; sans Lebrun, il était écrasé.

La Meuse passée, Mac-Mahon, le 31, se concentra, ne pouvant plus faire autrement, dans l'entonnoir de Sedan. Déjà les Allemands l'environnaient sur le pourtour d'un vaste fer à cheval, maîtres des ponts de la Meuse et du Chiers et se hâtant pour boucher les issues vers Mézières à l'ouest et vers Carignan à l'est. Il avait à dos la forêt des Ardennes que traverse la frontière belge.

Sedan
Le 1er septembre, au début de la bataille, Mac-Mahon fut blessé. Wimpfen, arrivé la veille de Paris pour remplacer Failly, sortit la lettre de service qu'il avait de Palikao et prit le commandement que Mac-Mahon avait passé à Ducrot.

Dès le matin, Ducrot avait dit à Mac-Mahon, et il répéta à Wimpfen, que la bataille était perdue d'avance et qu'il n'y avait qu'une chance de sauver l'armée : chercher à rompre vers Mézières le cercle de fer et de feu qui semblait moins dense à l'ouest.

Mac-Mahon et Wimpfen s'obstinèrent. Soldats et chefs de corps, la catastrophe dans les yeux, se battirent avec une énergie farouche : Lebrun à Bazeilles où, disputant aux Bavarois maison par maison, les paysans firent le coup de feu avec la troupe; Ducrot et Douai au calvaire d'llly, position dominante sur la boucle de la Meuse; Galliffet, après la mort de Margueritte, aux pentes de Floing où il conduisit la charge de la cavalerie.

« Tant que vous voudrez, mon général !", avait-il dit à Ducrot - et arracha au roi Guillaume qui assistait au sacrifice, le cri : "Oh! les braves gens! »-
Neuville : Maions de la dernière cartouche (Bazeilles).
La Maison de la dernière cartouche (auberge Bourgerie)
évocation de la bataille de Bazeilles par Alphonse de Neuville

Capitulation de Sedan. 
Un peu avant midi, Wimpfen décida enfin de chercher une issue vers Carignan. Il proposa à l'empereur de se mettre au milieu des troupes.

L'empereur répondit qu'il n'y avait plus qu'à entrer en pourparlers avec les Allemands. Il fit hisser le drapeau blanc à la citadelle. Les Allemands l'aperçurent. Wimpfen tenta un suprême effort. L'épée à la main, il prit, avec Lebrun, Abbatucci et Gresley, la tête d'une colonne de 2000 à 3000 hommes de toutes armes et s'élança vers Bazeilles en flammes. Cent canons, établis sur les hauteurs, décimèrent, puis dispersèrent l'héroïque cohue. Il y avait plus de 700 pièces autour de la ville, prêtes à la brûler en quelques heures.

A ce moment, le colonel Bronsard de Schellendorff somma l'armée de se rendre. L'empereur écrivit au roi de Prusse

«  N'ayant pu mourir au milieu de mes troupes, il ne me reste qu'à rendre mon épée entre les mains de Votre Majesté.»
Donchery.
Moltke fut implacable; dans l'entretien nocturne qu'ils eurent à Donchery, il exigea de Wimpfen la reddition pure et simple de l'armée. La capitulation fut signée le lendemain, 2 septembre, après un conseil de guerre où la lutte fut reconnue impossible.

Napoléon eut une entrevue avec Bismarck qui lui proposa de négocier, mais il n'en avait plus le pouvoir, n'étant plus qu'un prisonnier. Il fut conduit à Cassel, au château de Wilhelmshöhe qui s'était appelé Napoléonshöhe du temps du roi Jérôme.

Ce qui restait de l'armée, 80 000 hommes, fut parqué dans une île de la Meuse, « le camp de la misère  ».  (J. Reinach).

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