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Innocent VIII

Innocent VIII, Jean-Baptiste Cibo, est le 220e, pape. Il a été élu le 29 août 1484, et est mort le 25 juillet 1492. Il était né à Gênes en 1432, fils d'un médecin. 

En sa jeunesse, la pauvreté l'avait contraint d'aller chercher du service auprès des ministres du roi de Naples. Il y resta jusqu'à ce qu'il fût amené à Rome par le cardinal Philippe Calandrini, archevêque de Bologne. Sa belle prestance et ses manières affables plurent à Sixte IV, qui le fit successivement évêque de Savone, évêque de Melfi, cardinal-prêtre au titre de Sainte-Balbine, et dataire. Dans l'année qui suivit son élection, Innocent s'unit aux barons napolitains révoltés contre Ferdinand, il réclama le cens que le royaume de Naples devait au Saint-siège; il demanda vainement le concours de Venise, et ses armes ne furent point heureuses. Néanmoins Ferdinand, que Florence et Milan soutenaient, consentit à un traité par lequel il s'engageait à payer le tribut réclamé et à pardonner aux rebelles; mais il ne fit ni l'un ni l'autre, et il réussit à rendre vaines les entreprises que le pape tenta pour l'y contraindre : il avait été excommunié en 1485; une croisade fut publiée contre lui en 1488, mais il appela au futur concile. Les armes spirituelles ne lui procurant point plus de succès que les temporelles, Innocent finit par inviter Charles VIII à faire valoir ses prétentions sur le royaume de Naples. 

En 1489, il se fit remettre par Pierre d'Aubusson, grand maître des chevaliers de Saint-Jean, Zizim ou Djem, frère de Bajazet, qui s'était réfugié à Rhodes. Pour prix de cette livraison, le grand maître fut créé cardinal; et par une bulle consistoriale, signée de tous les cardinaux (28 mars), le pape renonça au droit de pourvoir à quelque bénéfice que ce fût en cet ordre, même à ceux qui vaqueraient en cour de Rome; il réunit aux chevaliers de Saint-Jean les ordres militaires du Saint-Sépulcre et de Saint-Lazare, et permit au grand maître de disposer des bénéfices et des revenus de ces ordres. L'année suivante, la plupart des princes de l'Europe décidèrent, sur ses instances, une croisade contre les Turcs, et ils lui permirent de lever dans leurs Etats des annates, des décimes et diverses contributions pour cette expédition. Elle n'eut pas lieu, mais Innocent en recueillit les subsides, puis il accepta de Bajazet le paiement d'une pension annuelle de 40,000 ducats, pour retenir son frère en captivité.

Il en reçut aussi le fer de la lance qui avait prétendument percé le coeur de Jésus, et que Méhémet II avait trouvé dans le trésor des reliques à Constantinople. Le même fer, supposé alors tout aussi authentique, était déjà en la Sainte-Chapelle à Paris, et en possession des empereurs à Nuremberg. En 1492, des maçons, travaillant à la réparation de l'église de Sainte-Croix (Rome), y découvrirent l'inscription en trois langues de la Croix de Jésus, que sainte Hélène, mère de Constantin, avait envoyée à Rome : le pape la fit exposer solennellement en cette église à la vénération des fidèles. Au XVIIIe siècle, l'église des bénédictins de Saint-Maur à Toulouse possédait aussi cette inscription.

En 1468, l'état de plus en plus relâché des moeurs du clergé contraignit Innocent à renouveler le décret de Pie II, Interdisant aux prêtres de tenir des auberges, des maisons de jeu et de prostitution, et de servir d'entremetteurs aux courtisanes. Avant d'entrer dans le conclave où se fit son élection, les cardinaux avaient rédigé une capitulation, réservant leurs privilèges, mais réprimant le népotisme, et imposant au prochain pape l'obligation de convoquer un concile général pour exciter le zèle des chrétiens contre les infidèles, et pour réformer l'Eglise, Circa fidem, vitam et mores. Innocent avait signé cette capitulation avec les autres cardinaux; mais tout ce qu'il en exécuta, relativement à la lutte contre les Musulmans et à la réforme de l'Eglise, se réduit à ce qui vient d'être relaté. Quant au népotisme, il le cultiva audacieusement. Volatéran (Raphaël Maffei) écrit (Commentarii urbani; Rome, 1506; Paris, 1526, in-fol., lib. XXII) qu'Innocent fut le premier pape qui avoua hautement ses bâtards (littéralement : qui se vanta de ses bâtards) et qui les combla de richesses : Pontificum primus qui novum et ipse exemplum introduxit palam liberos nothos jactandi ac, soluta omni antiqua disciplina, divitiis eos omnibus cumulandi. Il ouvrit ainsi la voie à Alexandre VI, son successeur. Les Romains souriaient, en prononçant le nom de leur pape : innocent, et en l'appelant père. Une épigramme du temps indique qu'on lui connaissait huit garçons et huit filles :

Quid quaeris testes, sit mas an faemina Cibo ?
Respice natorurn, pignora cecta, gregem : 
Octo nocens pueros genuit, tolidemque puellas.
Hunc merito poterit dicere Roma patrem.
La paternité est incontestable et incontestée. On a prétendu que ces enfants étaient nés d'un mariage contracté avant que Cibo eût reçu les ordres majeurs. Ce mariage est plus que douteux; il n'est indiqué par aucun titre ou aucun témoignage contemporain. L'âge ou Cibo devint évêque ne permet pas d'admettre qu'il fût le père légitime de tant d'enfants, avant d'être diacre. D'ailleurs, le mot nocens de l'épigramme montre bien qu'il s'agit d'une pa- ternité coupable. Au reste, ce dont on a fait un reproche au pape deviendrait un éloge relatif, à l'égard de beaucoup de particuliers; car, si Innocent eut des enfants sans être marié, il ne les a ni désavoués ni abandonnés; il a, au contraire, tout fait pour les bien établir. Volatéran rapporte que sa fille Théodérice fut donnée en mariage, avec de grandes richesses, à un Génois. Franceschetto, son fils aîné, épousa la fille de Laurent de Médicis. (E.-H. V.).
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Dictionnaire biographique
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