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Ramadan

Ramadan. -. Neuvième mois de l'année' musulmane. Le nom de ramadan signifie « chaleur brûlante », ce qui semble indiquer que ce mois tombait, dans l'année solaire antéislamique, au plus fort de l'été. Le Coran (II, 179183) a fait du mois de ramadan l'époque du Jeûne canonique, l'une des cinq bases de l'islam. 

Primitivement, il paraît bien que Mohammed n'avait prescrit qu'un jeûne d'un jour, celui de l'Achoura (dixième jour du mois de moharram), qui répondait au ,jeûne juif du Yôm Kippour. Plus tard, il déclara le jeûne de l'Achoura simplement facultatif (Bokhari, XXX, 1). Le Coran étendit alors à tout un mois, celui de ramadan, l'obligation du jeûne. Cette modification intervint probablement en 624 ou 625 (2 ou 3 de l'hégire). Selon toute vraisemblance, le jeûne de ramadan est une imitation du carême, qui ne durait que trente-six jours dans le christianisme oriental. Outre les nombreux rapports des deux institutions, le fait que dans les années 624, 625, le carême tombait précisément en ramadan donne de la force à cette hypothèse. La ressemblance du ramadan avec le carême a inspiré aux auteurs musulmans l'interprétation suivante du verset Il, 179 : 

Le jeûne vous est prescrit comme il l'a été à vos prédécesseurs. 
Par vos prédécesseurs, le Coran désigne les chrétiens; le jeûne de ramadan leur avait été ordonné, ainsi que le comput d'après l'année lunaire. Comme le jeûne tombait parfois en été, parfois en hiver, et que dans ces deux saisons extrêmes, il leur était particulièrement pénible, ils le fixèrent, dans la suite, invariablement au printemps, et en portèrent la durée à quarante ou même cinquante jours, pour racheter cette modification ( commentaire de Beidawi).

Le jeûne de ramadan comporte :

 1° l'abstention de tout aliment depuis le moment où, au matin, on peut distinguer un fil blanc d'un fil noir, jusqu'au coucher du Soleil

2° l'abstention du commerce charnel pendant le même temps ( un usage analogue dans les jeûnes des premiers chrétiens : I, Cor., VII, 5). 

Le jeûne est obligatoire pour tous les musulmans des deux sexes, pubères, sains de corps et d'esprit. Les malades, les voyageurs peuvent s'en dispenser, mais à condition de jeûner, dans la suite, un nombre de jours égal à celui où ils n'auront pas observé le ramadan (Coran, II, 18). Certaines circonstances annulent le jeune : par exemple l'apparition des menstrues pour la femme (Bokhari, XXX, 41). 

Signalons, en connexion avec ce précepte, que, pendant le mois sacré, le fidèle doit soigneusement éviter tout écoulement de son sang : il s'abstiendra de se faire saigner ou poser des ventouses (Moukhtaçar de Sidi Khelil, trad. Perron, I, 468). Même les pleureuses des morts, dont l'usage s'est longtemps maintenu dans la plupart des pays musulmans en opposition avec les enseignements du Prophète, se garderont, en ramadan, de s'écorcher le visage. Le musulman qui a rompu le jeûne involontairement est obligé; dans la suite, à des jeûnes supplémentaires (Coran, II, 180); celui qui l'a rompu de propos délibéré et sans excuse légale est soumis à diverses expiations : il affranchira un esclave, jeûnera deux mois consécutifs, ou nourrira soixante pauvres (Bokhari, XXX, 30). La rupture dit jeûne, Al-Fitr, est l'une des grandes fêtes religieuses de l'islam; on la sanctifie par une prière et une aumône spéciales.

Outre qu'il est l'époque du jeûne canonique, le mois de ramadan, à tous égards, a un caractère sacré. Toute une littérature pieuse est consacrée à exalter les « mérites du noble ramadan », Faddil Ramadane eh-charif. Pendant ce mois, les portes de l'enfer sont fermées, celles du paradis ouvertes; les démons sont enchaînés (Bokhari, XXX, 5). Aussi est-il recommandé de le sanctifier par des prières surérogatoires, des retraites spirituelles. Tout bon musulman doit, pendant le mois du jeûne, réciter en entier le Coran, au moins une fois. C'est en ramadan que les livres sacrés ont été révélés aux prophètes : les Sohaul (feuillets) à Abraham, la Torah (Pentateuque) à Moïse, les Zabour (Psaumes) à David, l'Indjil (Évangile) à Jésus ( Beidawi sur Coran, II, 181). Enfin Mohammed lui-même a reçu la première communication coranique dans une nuit de ramadan, la nuit du destin : lailat-el-Qadr. La date exacte de cette nuit sainte, qui vaut plus que mille mois (Coran, XCVII, 97), est ignorée. Mohammed la connut, mais ne la révéla point. On sait seulement qu'elle est une des nuits impaires des dix derniers jours du ramadan (Bokhari, XXXII, 2), et on la célèbre la vingt-septième nuit de ce mois. C'est dans cette nuit que le Coran fut descendu par les anges du septième ciel au premier, que les événements de toute l'année sont immuablement fixés (d'où son nom de nuit du destin); tout y est paix et bonheur jusqu'à l'aube. Dans les mosquées, les fidèles la passent à réciter le Coran. Le ramadan, à notre époque, n'est pas seulement un mois de pratiques pieuses et de dévotions. C'est, pour les musulmans, un temps de réjouissances, de longues causeries nocturnes. (W. Marçais).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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