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Le nom de tribun
fut porté à Rome
par des officiers et des magistrats. Il ne paraît pas douteux qu'à
l'origine ce titre n'ait été en relation directe avec les
divisions du peuple appelées tribus. Sous la Royauté,
par exemple, les officiers nommés tribuns (tribuni) commandaient
les contingents de fantassins et de cavaliers fournis par les trois tribus
primitives de Rome. De même, après la réorganisation
des tribus romaines par Servius Tullius,
le personnage chargé d'administrer chacune de ces circonscriptions
nouvelles prit le nom de tribunus ou tribunus oerarii. Mais,
à l'époque historique, cette signification originelle du
mot tribun avait disparu. Sous la République
et sous l'Empire, il y eut à
Rome deux grandes classes de tribuns les tribuns militaires, qui étaient
des officiers, et les tribuns de la plèbe, qui étaient des
magistrats civils.
Tribuns
militaires
Dans la légion,
quand elle fut définitivement constituée, le commandement
appartenait à six tribuns militaires (tribuni militum), d'abord
désignés par les consuls, plus tard
élus par le peuple dans les comices
tributes. Les tribuns militaires étaient toujours choisis parmi
les jeunes gens de grande famille, pour lesquels ce grade était
comme le début de la carrière publique. Au moment où
la lutte du patriciat et de la plèbe fut le plus ardente, les tribuns
légionnaires furent souvent investis de la puissance consulaire
et portèrent le titre de tribuni militum consulari potestate.
Sous l'Empire,
les tribuns militaires conservèrent leurs grades et leur commandement,
mais un chef unique fut placé au-dessus d'eux, à la tête
de la légion : ce fut le légat (legatus
legionis). Le nom de tribun fut aussi porté sous l'Empire par
les officiers de certains corps spéciaux : ainsi chacune des cohortes
prétoriennes était commandée par un tribun; il en
était de même pour les cohortes urbaines et les cohortes de
Vigiles.
Tribuns
de la Plèbe
Mais les tribuns de beaucoup les plus importants
de Rome
furent les tribuns de la plèbe (tribuni plebis). Sous la
royauté et pendant les premières années de la République,
les plébéiens, qui n'avaient accès ni au Sénat,
ni aux magistratures, ni aux comices
curiates et qui ne possédaient, malgré leur nombre, qu'une
infime minorité de suffrages dans l'assemblée
centuriate, étaient opprimés par les riches patriciens.
Personne dans l'Etat ne pouvait légalement les défendre.
Ils quittèrent Rome et résolurent d'aller fonder une ville
nouvelle sur le mont Sacré. Les patriciens, effrayés de leur
départ qui enlevait à la cité le plus grand nombre
de ses soldats, consentirent à traiter avec eux. L'une des conditions
de la paix fut la création de magistrats chargés de représenter
les plébéiens, de défendre leurs intérêts,
de les protéger contre le despotisme et l'arbitraire des patriciens.
Ces magistrats furent les tribuns de la plèbe. Ils ne pouvaient
être choisis que parmi les plébéiens. Toute leur puissance,
à l'origine, était fondée sur trois prérogatives
: le droit de secours (jus auxilii), le droit de veto, l'inviolabilité
personnelle. Par le droit de secours, ils pouvaient intervenir en faveur
d'un plébéien, sur sa demande ou spontanément, et
prendre sa défense contre les magistrats patriciens; par le droit
de veto, ils, pouvaient s'opposer à l'exécution de tout acte
décidé, soit par les magistrats, soit par le Sénat;
enfin leur inviolabilité, consacrée par les châtiments
les plus terribles, leur assurait une force considérable. Ainsi,
au début, le pouvoir des tribuns (potestas tribunicia) était
essentiellement un pouvoir d'arrêt. Les tribuns étaient élus
pour un an, mais ils étaient rééligibles. Ils ne pouvaient
pas s'éloigner de Rome, et la porte de leur maison devait rester
ouverte nuit et jour. Tout d'abord, ils étaient au nombre de cinq;
ce chiffre fut porté à dix en 457 av. J.-C. On ne sait pas
avec certitude comment ils furent choisis à l'origine; à
partir de 471, ils furent élus par la plèbe dans les comices
tributes.
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Tribun
de la Plèbe.
Les attributions et les pouvoirs des tribuns
ne cessèrent de s'accroître sous la République;
le rôle qu'ils jouèrent dans l'Etat
fut de plus en plus considérable. Ce fut par une série d'usurpations
successives que les tribuns de la plèbe devinrent les magistrats
les plus influents de Rome .
A peine institués, ils donnèrent aux plébéiens
l'organisation politique et les moyens d'action qui leur avaient manqué
jusqu'alors. On leur avait concédé le droit de convoquer
la plèbe et de promulguer des ordonnances applicables aux seuls
plébéiens. Ils en profitèrent pour organiser une véritable
assemblée plébéienne, l'assemblée
tribute. Ces réunions de la plèbe n'eurent pas d'abord
un caractère officiel ni légal; les résolutions qu'elles
prenaient, appelées plébiscites, n'étaient obligatoires
que pour les plébéiens. Mais peu à peu cette assemblée
de la plèbe devint plus importante que l'assemblée
centuriate. Les tribuns citèrent devant elle des patriciens,
même des consuls à l'expiration de
leur magistrature, et les firent condamner : ainsi, en 491, un jeune patricien,
Coriolan,
ayant proposé au Sénat, pendant une
disette, d'affamer les plébéiens et de ne leur distribuer
du blé que s'ils consentaient à l'abolition du tribunat,
les tribuns le citèrent devant l'assemblée tribute; Coriolan
dut s'exiler pour éviter une condamnation à mort. En 477,
les tribuns citèrent devant la plèbe le consul T. Menenius,
qui avait laissé écraser par les Véiens,
sur les bords de la Crémère, les 306 Fabii; le consul fut
condamné à une forte amende. Par là les tribuns exerçaient
un véritable contrôle sur les actes et la conduite des magistrats
patriciens.
Ce fut de même à l'aide de
l'assemblée tribute que les tribuns introduisirent dans la constitution
de l'Etat romain les réformes capitales qui mirent fin à
la toute-puissance exclusive du patriciat. En 462, le tribun C. Terentilius
Arsa fit voter un plébiscite ordonnant la rédaction d'un
code de lois auquel les consuls seraient obligés de conformer leurs
jugements. Pendant dix ans, les patriciens refusèrent de donner
aucune suite à cette proposition; à la fin, ils durent céder;
les décemvirs furent institués et les lois des Douze Tables
furent rédigées. En 449, les tribuns firent décider
que désormais les plébiscites auraient force de loi pour
tous les citoyens. Les résolutions de l'assemblée tribute
eurent dès lors la même importance que celles, de l'assemblée
centuriate. L'action des tribuns devint de plus en plus pressante. En 445,
le tribun Canuleius demanda l'abolition de la loi qui interdisait les mariages
entre patriciens et plébéiens et le partage du consulat entre
les deux ordres. Les patriciens cédèrent d'abord sur le premier
point; mais ils s'obstinèrent pendant près de quatre-vingts
ans à se réserver pour eux seuls les fonctions de consuls.
Les tribuns eurent à la fin raison de leur résistance. En
367, le consulat fut déclaré accessible aux plébéiens,
et il fut décidé que l'un des deux consuls serait toujours
choisi dans la plèbe. Peu à peu les autres magistratures,
issues du consulat, furent de même partagées entre les deux
ordres. Une seule des grandes magistratures romaines ne fut pas commune
au patriciat et à la plèbe; ce fut précisément
le tribunat, qui resta toujours fermé aux patriciens.
Après l'établissement définitif
de l'égalité civile et politique, les tribuns et l'assemblée
tribute devinrent les rouages les plus actifs de la constitution romaine.
Les comices tributes élisaient les tribuns, les édiles
plébéiens, les questeurs; leurs
résolutions avaient force de loi pour tout le peuple romain et n'étaient
plus soumises à la ratification du Sénat.
L'assemblée tribute fut certainement, pendant les derniers siècles
de la République, l'assemblée
la plus importante de Rome .
C'étaient les tribuns qui la convoquaient et la présidaient.
Ils ne s'en tinrent pas là. Ils acquirent même le droit de
convoquer le Sénat et de faire voter des sénatus-consultes.
Leur puissance était donc double : d'une part, comme ils avaient
conservé toutes leurs attributions primitives, ils pouvaient toujours
tenir en échec l'autorité des magistrats patriciens et suspendre
l'effet des décisions du Sénat; d'autre part, en vertu des
attributions nouvelles qu'ifs avaient peu à peu conquises, il leur
était facile de jouer dans l'État un rôle des plus
actifs. Les grandes crises politiques qui secouèrent Rome au IIe
et au Ier siècle av. J.-C. furent
provoquées par des tribuns : Tiberius et
Caïus Gracchus étaient des tribuns; Livius Drusus, qui
voulait donner aux Italiens le droit de cité romaine, était
un tribun. En face de l'oligarchie peu nombreuse, mais puissamment riche,
qui dominait dans là Sénat et qui accaparait toutes les magistratures
curules, les tribuns de la, plèbe se firent les chefs de la démagogie
romaine. Silla, chef de l'aristocratie sénatoriale, s'efforça
d'anéantir leur influence. Il n'osa pas abolir purement et simplement
le tribunat. Il laissa aux tribuns leurs plus anciennes prérogatives,
c.-à-d. le droit de porter secours à tout citoyen, leur protection
et le droit de veto, qui leur permettait de s'opposer à tout acte
d'un magistrat; mais, pour prévenir l'abus de ce double droit, il
fit voter une loi qui frappait d'une amende considérable et de la
déchéance civile et politique tout tribun qui abuserait de
son droit de secours. Les tribuns n'avaient plus le droit de proposer des
lois au peuple qu'après avoir obtenu le consentement du Sénat.
Enfin, pour écarter du tribunat les personnages ambitieux, Silla
décida que tout citoyen qui aurait été tribun ne pourrait
remplir ensuite aucune autre fonction publique plus élevée,
telle que la préture ou, le consulat. Ces réformes de Silla,
inspirées par l'esprit de parti, ne furent pas durables. En 70 av.
J.-C., les tribuns recouvrèrent toute leur ancienne puissance et
redevinrent les chefs ardents de la démagogie romaine. Le plus fameux
dés tribuns d'alors fut Clodius, l'ennemi
de Cicéron.
L'importance du tribunat s'évanouit
en même temps que la République.
Déjà César, pendant sa dictature,
avait porté un coup très sensible à cette magistrature
plébéienne en, s'attribuant la puissance tribunitienne, ce
qui lui conférait l'inviolabilité personnelle et le droit
de veto. Auguste suivit cet exemple. Il laissa
subsister le tribunat comme magistrature proprement romaine, mais il revêtit
la puissance tribunitienne à vie et pour toute l'étendue
de l'Empire. Par là il devenait
sacro-saint et ajoutait à ses pouvoirs actifs d'imperator le droit
de s'opposer, en vertu du droit de veto, aux décisions du Sénat.
Les tribuns, sous l'Empire, furent dépouillésde
toute autorité. Ils devinrent presque des fonctionnaires municipaux
de Rome .
Associés aux édiles dans l'administration des quatorze régions
de la ville, ils furent chargés d'organisés, les fêtes
qui se célébraient annuellement en l'honneur d'Auguste, les
Auguslalia.
Le tribunat de la plèbe fut alors l'un des degrés de là
carrière sénatoriale; il s'intercalait entre la questure
et la préture. Il dura ainsi, de plus en plus obscur et délaissé,
jusqu'au Ve siècle ap. J.-C. (J.
Toutain). |
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