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Musiques et danses > La danse
Les bals
Un bal est une assemblée où des hommes et des femmes se livrent à l'exercice de la danse et par extension c'est le lieu où se tiennent ces réunions. Dès la plus haute antiquité, il en est fait mention et c'est au dieu Pan que les bals champêtres modernes doivent leur création : jeunes gens et jeunes filles dansaient au son de sa flûte, comme dans quelques-uns de nos villages la jeunesse vient se réjouir autour d'un orchestre. Les premiers bals, en tant que réunion mondaine furent ce que les anciens appelaient la danse des festins. Ils avaient lieu après les repas et les convives y prenaient part. Philostrate en attribue l'origine au dieu Comus

Le premier bal dont l'histoire fasse mention est celui donné, en 1385, à Amiens, à l'occasion du mariage de Charles VI avec Isabeau de Bavière; on ne croit pas que les invités y aient figuré comme acteurs, bien que, douze ans plus tard, ce même roi ait rempli un rôle dans un bal donné à l'hôtel de la reine Blanche, dans le faubourg Saint-Marceau. On connaît les tristes suites de cette soirée. Le roi faillit être brûlé et ne dut la vie qu'au dévouement de la duchesse de Berri qui éteignit le feu qui l'entourait en l'enveloppant tout entier dans les plis de sa robe. Ce dénouement refroidit promptement en France le goût qui s'était, répandu pour ce genre de plaisir et, jusqu'à l'arrivée de Catherine de Médicis en France, il n'en fut plus question. En Italie nous trouvons, en l'an 1500, un grand bal donné à Milan, lors du passage de Charles VIII dans cette ville; parmi les danseurs figuraient les cardinaux de Saint-Séverin et de Narbonne. L'Église, à cette époque, encourageait ces réunions et, en 1562, les pères du concile de Trente terminaient leurs graves réunions par un bal dont ils firent courtoisement les honneurs. Sous Henri II, les bals masqués devinrent fréquents en France, Catherine de Médicis y voyait un moyen de nouer ses ténébreuses intrigues et il n'y eut plus de fête à la cour qui ne fût suivie d'un bal. 

En 1581, principalement, le mariage du duc de Joyeuse avec Marguerite de Lorraine fut le signal, pour la cour, de nombreuses réjouissances dont la danse fut le principal élément. La reine, les princes et les princesses en firent les honneurs. Sous Henri IV, le roi galant, les bals se multiplièrent. Louis XIII eut également les siens, puis vint Louis XIV qui les remplaça par la danse plus pompeuse des ballets. Il donna cependant, en 1688, à Versailles, un véritable bal dont Molière nous a conservé les détails. Le bal proprement dit reprit son lustre quand le roi, devenu vieux, cessa de se donner en spectacle à sa cour. En 1697, il y eut, dans la magnifique galerie de Versailles, un bal splendide donné à l'occasion du mariage du duc de Bourgogne. Les plus grandes illustrations européennes y exécutèrent des pas de danse, au son des violons du roi. Mais jusqu'à cette époque on eût vainement cherché un intermédiaire entre ces pompeuses fêtes et l'humble bal de village. Ce n'est qu'en 1745 qu'une ordonnance royale créa le bal de l'Opéra , qui eut lieu trois fois par semaine et popularisa ce divertissement dans la capitale. C'est un moine qui inventa le mécanisme qui élevait pour ces nuits de plaisir le plancher du parterre au niveau de la scène. 

A partir de cette époque, le bal devint le passe-temps de toutes les classes de la société. Tous les événements heureux soit pour l'Etat, soit pour les familles, se célébrèrent par des réunions dansantes. Au plus fort moment de la Terreur on dansait à Paris, et personne n'a oublié ces bals des victimes, où l'on raconte que nul n'était admis s'il n'avait eu au moins un parent décapité par la guillotine. Sous le Consulat et sous le premier Empire, les bals furent en grand honneur; on dansait entre deux campagnes, et Napoléon encourageait ces réunions par sa présence. Le 2 juillet 1810, quelques mois après le mariage de l'empereur avec Marie-Louise, l'ambassadeur d'Autriche, Schwartzenberg, donna une fête magnifique à l'archiduchesse devenue impératrice. Au milieu du bal un incendie terrible se déclara. La grande salle fut dévorée par les flammes, l'impératrice se sauva à la hâte; . mais malheureusement il y eut un grand nombre de victimes, parmi lesquelles la soeur de l'ambassadeur. L'empereur était resté sur les lieux jusqu'à ce que les flammes fussent éteintes. Ce terrible accident impressionna à l'époque vivement la foule, qui y vit un funeste présage pour le nouvel empire.

Avec le premier bal de l'Opéra, ainsi que nous l'avons dit plus haut, le goût de la danse se propagea parmi la population parisienne et un certain nombre d'industriels exploitèrent cette passion naissante. Voici, dans l'ordre chronologique, les premiers bals publics ouverts à Paris. Le jardin Ruggieri, ouvert en 1766 aux Porcherons; le Waux-Hall, établi par Torré en 1767, au coin de la rue de Bondy et de la rue de Lancry; le Colisée, ouvert en 1771, aux Champs-Elysées, près le carré Marigny; en 1774, le Ranelagh, à l'entrée du bois de Boulogne, qui fut célèbre sous la Restauration; le Waux-Hall de la foire Saint-Germain, en 1775; la Redoute chinoise en 1781, à la foire Saint-Laurent; le Waux-Hall d'été en 1785, boulevard Saint-Martin ; le Jardin des grands marronniers en 1787, en haut du faubourg Saint-Martin; en 1788, la Grande-Chaumière, au boulevard Montparnasse. Sous la Révolution et le premier Empire, nous voyons s'ouvrir successivement: Tivoli; les Folies de Chartres (1797), sur l'emplacement du parc Monceaux; le jardin de Byron (1797), autrefois lieu de promenade; Paphos (1797); le pavillon de Hanovre; le bal d'Idalie, dans le jardin de l'hôtel Maubert; le jardin Beaujon (1801), ouvert par Ruggieri; Psyché, ouvert en 1816.

Sous la Restauration, le jardin Labouxière, dit le Nouveau Tivoli (1826). Le Tivoli d'hiver, rue de GrenelleSaint-Honoré, le Prado, en face le Palais de Justice, fréquenté par les étudiants et ouvert peu de jours avant la révolution de 1830. Pendant le gouvernement de Juillet s'ouvrent successivement Valentine, qui fut célèbre sous le second Empire et sur l'emplacement du futur Nouveau-Cirque; le Château-Rouge, le Casino, la salle Sainte-Cécile, les bals Montesquieu, du Mont-Blanc, la salle d'Antin, le Salon de Mars, l'Ermitage-Montmartre, l'Elysée-Montmartre , très fréquentés, la Grande-Chartreuse, devenue Jardin Bullier, qui a remplacé le Prado pour les étudiants; le bal Mabille, fondé en 1840. A la fin du XIXe siècle, en dehors des établissements que nous avons déjà cités, nous citerons, parmi les plus fréquentés : le Moulin de la Galette, situé sur les hauteurs de Montmartre; la Reine-Blanche, qui a eu son heure de célébrité; le bal Dourlan, avenue de Wagram; le Tivoli-Waux-Hall, rue de la Douane; I'Elysée-Montmartre; la Boule-Noire; l'Elysée-Ménilmontant; le Grand-Turc; la salle Rivoli, dans la rue de ce nom; les Mille-Colonnes, dans la rue de la Gaîté-Montparnasse; les salons Frascati, devenus le Casino-Vivienne; le Jardin de Paris, aux Champs-Elysées.

Ces divers établissements que nous avons énumérés plus haut ont produit des célébrités qui ont fait courir tout Paris pour leur voir exécuter leurs danses excentriques. Parmi les plus connus, citons à Mabille : Chicard, l'inventeur du fameux cancan; la leste Mogador, devenue comtesse de Chabrillan; la reine Pomaré, Putchard, Tortillard, Mercure, Mme Panache, Rose Pompon; Clara Fontaine à la Grande-Chaumière; Rigolboche. Un peu plus tard, Zouzou-Toquée, Mimi Taptape, Bébé J'ten Fiche, Tata Rigolo, qui ont été supplantées par Grille d'Egout, La Goulue, la Gueule Plate et Pas d'lapin, auxquelles on a fait les honneurs de la scène pour que le public admire leur façon de danser le quadrille.

En dehors de ces établissements publics et du bal de l'Opéra, il a  existé un certain nombre de salles où les sociétés de secours mutuels, de bienfaisance, donnaient (et donnent encore parfois) des bals dits de société, à entrée payante, dont le produit est destiné à soulager des misères; les salles du Grand-Hôtel, de l'hôtel Continental, de l'hôtel du Louvre, etc., étaient généralement les lieux choisis pour ces réunions philanthropiques qui étaient très suivies : faire la charité en s'amusant est une invention qui date du XIXe siècle. Aujourd'hui l'alibi charitable est devenu un ingrédient ordinaire de beaucoup de divertissements. (L. F. P.).

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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