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La littérature néerlandaise
Le mouvement litt√©raire est n√© dans les Pays-Bas du Nord vers l'√©poque de leur affranchissement. Sans doute, avant cette √©poque, il y eut des auteurs qui √©crivirent en bas-allemand et en flamand. 

Le Moyen √Ęge.
D√®s le XIIIe si√®cle, il y eut des po√®tes populaires, mais, pendant la majeure partie du Moyen √Ęge, le mouvement intellectuel des Pays-Bas se confond avec celui de l'Allemagne, et la plupart des √©crivains flamands sont des habitants des provinces m√©ridionales. Les Hollandais qui produisent des travaux de valeur au XVe si√®cle et au commencement du XVIe √©crivent en latin, comme Erasme. Quelques historiens, th√©ologiens et pamphl√©taires, r√©digent dans la langue du pays des oeuvres sans gr√Ęce et sans force. C'est l'√©poque o√Ļ apparaissent le Gout Cronyxken (1478), le Fasciculus temporum de Veldenaer (1480), la Chronique frisonne de Worpvan Thabor (1525), la Chronique de Groningue de Sicke Benninghe (1530), s√®ches compilations qui n'ont rien de litt√©raire, et dont la valeur historique est plus que discutable.

La langue s'ab√Ętardit par des emprunts excessifs aux formes fran√ßaises, et elle perd toute originalit√© sans rien acqu√©rir de l'√©l√©gance et de la nettet√© propre √† sa voisine du Midi. Les livres d'√©dification seuls abondent, puis la litt√©rature de la R√©forme fait son apparition; il faut y faire une place sp√©ciale √† David Joriszoon, le fougueux anabaptiste, puis les innombrables traductions du Nouveau Testament en langue vulgaire; enfin les adaptations n√©erlandaises des romans de chevalerie, le Chevalier du Cygne, les Quatre Fils Aymon, et le cycle de Charlemagne, les l√©gendes comiques comme Tiel Uilenspiegel (Till l'Espi√®gle) et Reinaart de Vos, etc. L'imprimerie, dont la Hollande a revendiqu√©, √† tort certainement, l'invention, prit de bonne heure un grand essor dans les provinces septentrionales, et r√©pandit en abondance ces ouvrages populaires illustr√©s; le plus souvent de grossi√®res gravures sur bois.

On doit citer aussi pour la p√©riode bourguignonne les rh√©toriciens, dont les confr√©ries existent dans toutes les localit√©s importantes des Pays-Bas, d√®s la fin du XIVe si√®cle, et se multiplient gr√Ęce au d√©veloppement de la puissance communale. Les rh√©toriciens organisent des concours lyriques et dramatiques qui font √©v√©nement dans le pays, et qui ont laiss√© comme souvenir de nombreuses chansons populaires. Mais encore une fois, c'est dans les provinces m√©ridionales que ce mouvement fut le plus intense.
L'influence de la Renaissance s'est fait sentir chez les lettr√©s, sans descendre jusqu'aux classes inf√©rieures, Mais lorsque la R√©forme √©clate et que les pers√©cutions se d√©cha√ģnent, c'est dans le Nord que se r√©fugient les novateurs; la litt√©rature devient un puissant moyen de propagande, et le mouvement litt√©raire s'√©tablit dans les provinces septentrionales avec une vigueur remarquable. Il porte naturellement sa marque d'origine et se manifeste surtout au d√©but par des chansons religieuses et patriotiques.

La Renaissance.
Le premier litt√©rateur de haute marque que nous rencontrions est Philippe de Marnix de Sainte-Aldegonde (1548-1598), qui est peut-√™tre la plus grande figure litt√©raire du XVIe si√®cle n√©erlandais; il repr√©sente de la mani√®re la plus compl√®te la f√©condation de la litt√©rature flamande par le double esprit de la R√©forme et de la Renaissance. Par ses puissantes facult√©s et l'√©tonnante activit√© de sa vie, l'infatigable lutteur a pu laisser jusque dans le domaine de l'enseignement grammatical des traces de son influence (J. Stecher). Contre les rh√©toriciens, il revendique les droits de la vieille langue; contre la routine, il prouve, par son propre exemple, qu'on peut am√©liorer le flamand sans le d√©naturer. On admire les richesses qu'il a tir√©es du parler populaire, des tours quotidiens, des dictons s√©culaires, des images traditionnelles. Il semble quelquefois oublier la rigidit√© du calvinisme, tant il est souple et l√©ger dans sa prose du B√Ņenkorf (la Ruche de la Sainte-√Čglise romaine). Dans ses brochures satiriques, il excelle √† rajeunir l'idiome du peuple par des artifices que lui ont appris ses fortes √©tudes d'humanit√©s; on y voit tour √† tour l'exub√©rance de Rabelais et la lucidit√© de Calvin. Les tournures √©trang√®res qui auraient pu lui rester de ses voyages, de ses lectures et surtout de ses √©crits en fran√ßais et en latin, ne se retrouvent plus dans ses compositions n√©erlandaises. Soit qu'il discute, qu'il raille ou qu'il s'abandonne m√™me au plus hardi lyrisme, en vers comme en prose, Marnix puise sa force au fond de l'√©l√©ment populaire. Il renouvelle les mots en les reprenant √† leur v√©ritable source, et il donne √† la prose n√©erlandaise la force, l'√©l√©gance et la souplesse qu'il faut pour porter les id√©es modernes. 

Moins ardent, mais non moins patriote, Dirck Volkertszoon Coornhert (1522-1590) est un esprit ferme, judicieux, s'attachant √† √©carter les probl√®mes inutiles, et accordant la plus grande importance aux devoirs et aux vertus domestiques; il s'essaie dans tous les genres, chansons, travaux de controverse, po√®mes et com√©dies, et dans toutes ses oeuvres si diverses, il pr√™che la sagesse, la mod√©ration, la tol√©rance; c'est un pr√©curseur, car ses plaidoyers en faveur de la libert√© de conscience lui attirent les calomnies des fanatiques des deux religions, et les pers√©cutions d'autorit√©s intol√©rantes. Il d√©passe son si√®cle pour la pens√©e et pour le style o√Ļ l'on retrouve quelque chose de l'ind√©pendance de Montaigne.

Nous avons parl√© des rh√©toriciens. Ces soci√©t√©s litt√©raires, si brillantes dans les provinces m√©ridionales avant les troubles du XVIe si√®cle, se d√©veloppent plus tard au Nord. Des protestants r√©fugi√©s fondent √† Amsterdam la Blanche fleur de Lavande, le Figuier et l'√Čglantier, qui deviennent d'intenses foyers de vie litt√©raire. L√† se rencontrent tous ceux qui ont conserv√© le culte des choses intellectuelles, quelle que soit leur position sociale, et, chose plus √©tonnante, on voit √† certains moments protestants et catholiques fraterniser sur ce terrain neutre, et oublier les √Ępres luttes de la vie publique. On y voit les catholiques Boomer Visscher et Spieghel se retrouver avec le mennonite Coornhert aux r√©unions de l'Eglantier, la soci√©t√© la plus aristocratique des rh√©toriciens. Roemer Visscher (1545-1630) est un √©pigrammatiste qui n'a de fiel que contre les rimeurs de la vieille mode; ses filles, Anna Roemer Visscher et Maria Tesselschade Visscher √©crivent des odes et des cantiques pleins de d√©licatesse; son ami Spieghel (1549-1642), dans son po√®me, le Miroir du coeur, contribue √† fixer les r√®gles de la prosodie, essaie de concilier le sto√Įcisme avec la doctrine de l'amour de Dieu, et raille doucement les exalt√©s de tous les partis. Parmi ces rh√©toriciens, un des plus remarquables est Pieter Cornelisz Hooft (1581-1647), drossart d'Amsterdam, auteur d'idylles comme Granida, et de trag√©dies comme Geraerdt van Velsen, mais qui a plus de titres encore √† l'estime de la post√©rit√© par son Histoire de Hollande et son Histoire de Henri le Grand.

Bien au-dessus de tous les pr√©c√©dents se place Joost van den Vondel (1587-1679), n√© √† Cologne de parents anversois, qui v√©cut √† Utrecht et √† Amsterdam. Ses premi√®res pi√®ces sont des √©pithalames et d'autres po√©sies destin√©es √† c√©l√©brer des √©v√©nements de famille, puis, en 1611, il fait jouer un drame biblique sur le th√©√Ętre de la Fleur de Lavande : c'est la P√Ęque (Pascha), o√Ļ l'on repr√©sente all√©goriquement Pharaon-Philippe II, et l'on exalte la Belgica ¬ę qui a pr√©f√©r√© la libert√© de l'Evangile au dieu du Tibre ¬Ľ. L'intol√©rance des calvinistes l'indigne, et les pers√©cutions exerc√©es contre Grotius et Olden Barneveldt lui inspirent la splendide trag√©die de Palamedes, qui obtient un succ√®s prodigieux. Puis, trouvant ses coreligionnaires scandaleusement infid√®les au principe de la libert√©, il rentre dans le sein de l'Eglise catholique, bl√Ęme √©nergiquement les luttes soutenues pour l'ind√©pendance des Provinces-Unies, et fait l'√©loge du r√©gime espagnol. On con√ßoit l'indignation de ses concitoyens en pr√©sence de cette volte-face. Vondel n'en continua pas moins √† travailler jusqu'√† la fin de sa longue existence, et composa plus de trente trag√©dies emprunt√©es les unes √† l'Antiquit√©, comme H√©cube, d'autres √† la Bible, comme Lucifer ou Joseph, d'autres √† l'histoire nationale, comme Gisbert van Amstel ou le Sac d'Amsterdam; on lui doit aussi des traductions en vers de po√®tes latins comme Ovide et Virgile, des psaumes, des satires, des po√©sies l√©g√®res. Il est le ma√ģtre incontest√© de la litt√©rature n√©erlandaise, le ¬ę Rubens de la po√©sie flamande ¬Ľ.

Le XVIIe siècle.
Le plus populaire des √©crivains du grand si√®cle est sans contredit Jacob Cats (Vader Cats, 1577-1660), qui fut ambassadeur en Angleterre et Grand Pensionnaire de Hollande. Calviniste intraitable et orangiste d√©termin√©, il fut un de ceux qui s'acharn√®rent avec le plus de violence contre Vondel apr√®s son retour √† la religion catholique. Ses nombreuses po√©sies brillent par une imagination f√©conde, une candeur na√Įve et une grande puret√© d'expression, mais il est d'une prolixit√© fatigante. Son po√®me all√©gorique Emblemata; son Proteus en Galathea, son Miroir du pass√© et du pr√©sent (Spiegel van den ouden en nieuwen Tijt, mais surtout sa Bible de la jeunesse et sa Bible des paysans, pleines de bonhomie moralisante et didactique, furent l'objet d'un grand enthousiasme de la part de ses contemporains, tant en Belgique qu'en Hollande. Un proverbe disait : on loue Vondel, mais on lit Cats (Vondel wordt geprezen, Cats gelezen). Puis, il tomba en quelque sorte dans l'oubli, et il fallut les objurgations de Bilderdjik au commencement du XIXe si√®cle pour faire cesser cette injustice.

Nous devons, citer aussi Constantin Huygens, seigneur de Zuijlichem (1596-1687), secrétaire du prince Frédéric de Nassau, et ambassadeur de la République auprès de Louis XIV, qui, pendant le cours d'une longue vie, se délassa par le culte des lettres des travaux ardus de la politique, et fut le correspondant de Corneille, de Conrart et de Balzac. Ses oeuvres poétiques se comptent par centaines : épigrammes latines (Monumenta desultoria); poésies légères, en hollandais, comme les Heures de loisir (Ledige Uuren), la Description de la maison de campagne (Hofwijk), les Bleuets (Korenbloeme); des satires sur les moeurs et la société de La Haye, comme Batava Tempe et Voorhout van S'Gravenhaye. Toutes les oeuvres sont pleines de verve et d'originalité, habilement versifiées, mais l'auteur pousse à l'excès la recherche de l'antithèse et la préciosité. Westerbaan, Zweerts, Antonidès, Rotgas sont aussi d'habiles versificateurs, mais l'inspiration leur fait défaut.

Apr√®s Vondel, le th√©√Ętre hollandais v√©cut surtout de traductions de pi√®ces fran√ßaises; les pi√®ces du cru sont rares et malvenues. Il convient cependant de faire une exception pour Bredero, d'Amsterdam, qui veut peindre le vice avec assez de relief pour le faire d√©tester. C'est dans cet esprit qu'il fit jouer des pi√®ces comme l'Impudicit√© (Ontucht), la Haine (De Haat) et qu'il acheva son tableau des Sept P√©ch√©s capitaux (Hoofdzonde). Si l'on peut contester l'efficacit√© de cette photographie des carrefours, il faut du moins y reconna√ģtre une pr√©cieuse fid√©lit√© de reproduction; des types se meuvent avec le plus grand naturel et parlent un langage net et vrai. Il convient de rappeler ici, √† c√īt√© de ces po√®tes, G√©rard Brandt (1625-1885), qui fut, lui aussi, po√®te √† ses heures, mais qui se distingue surtout par son m√©rite d'historien. Son Histoire de la R√©formation et son Histoire du proc√®s de Barneveldt, Hoogerbeets et Grotius en 1618 et 1619, ont gard√© leur valeur.

Le XVIIIe siècle.
Avec le XVIIe si√®cle finit la p√©riode florissante de la litt√©rature n√©erlandaise; on dirait qu'elle suit les fluctuations de la politique. Le XVIIIe si√®cle est le si√®cle des imitateurs - souvent maladroits - de la France. On ne rencontre gu√®re que de froides amplifications comme la Vie de saint Paul, mise en vers par Bruyn (1670-1739), ou le po√®me d'Abraham de Hoogvliet (1687-1735). C'est √† cette √©poque que na√ģt l'√©cole dite des rivi√©ristes ou chantres des rivi√®res; l'Amstel est c√©l√©br√©e par Simon de Winter (1718-1795), la Rotte par Dirk Smits (1702-1753); on voit para√ģtre aussi beaucoup de traductions des psaumes, des auteurs anciens comme Anacr√©on et Ovide, et des modernes comme F√©nelon et Voltaire. Mais c'est la d√©cadence compl√®te; √† peine peut-on signaler quelques exceptions : Pierre Langend√Ņk (1683-1756), auteur d'une esp√®ce de Virgile travesti (De Eneas van Virgilius in zyn Zondagspak), plein de verve comique; Nomsz (1738-1803) qui composa des trag√©dies dont la meilleure c√©l√®bre l'h√©ro√Įsme de la princesse d'Epinoy, d√©fendant Tournai contre les Espagnols (Marie van Lalaing of de verovering van Doornik), des com√©dies originales, des po√®mes sur Guillaume Ier et Maurice de Nassau; le po√®te paysan Hubert Poot (1689-1733). Par contre, nous devons citer un grand historien : Jean Wagenaar (1709-1773), dont la Vaderlandsche historie est de tout premier ordre. Les romans qui voient le jour, assez nombreux, imitent des mod√®les fran√ßais avec une trop grande servilit√©, mais non sans gr√Ęce parfois. Elisabeth Bekker (1738-1804) m√©rite une mention dans ce genre litt√©raire.

L'influence fran√ßaise cependant s'affaiblit, et vers la fin du XVIIIe si√®cle les litt√©rateurs n√©erlandais s'inspirent plut√īt de l'Angleterre et de l'Allemagne, d'autant plus que la domination fran√ßaise est absolument impopulaire dans les Pays-Bas. Le sentiment national se r√©veille gr√Ęce √† la pers√©cution, et quelques √©crivains de valeur s'efforcent de le galvaniser : tels Jean-Fr√©d√©ric Helmers (1767-1843) dans son po√®me de la Nation hollandaise (De hollandsche Natie); J√©r√īme van Alphen (1746-1803) dans ses Chants patriotiques (Nederlandsche Gezangen); Rh√Ņnvis Feith (1770-1823), qui, apr√®s avoir c√©l√©br√© la France dans son Lierzang van Frentr√Ņk, est d√©sabus√© par la tyrannie de l'occupation √©trang√®re, et c√©l√®bre les bienfaits de la paix.

Le XIXe siècle.
Au tournant du XIXe et du XXe si√®cle, l'auteur le plus √©minent  est Willem Bilderdijk (1756-1831). Dou√© d'un esprit vraiment encyclop√©dique, vers√© dans la plupart des sciences, il fut un po√®te d'une rare f√©condit√© et d'une r√©elle puissance. Il aborda tous les genres, depuis l'√©pigramme jusqu'√† la trag√©die et l'√©pop√©e. II excella surtout dans le genre didactique : dans ses Fleurs d'hiver (Winterbloemen) par exemple, qui comprennent une esp√®ce d'art po√©tique, o√Ļ le romantisme, dont il n'a d'ailleurs pas saisi l'importance, car c'est un classique intransigeant, aussi r√©actionnaire en litt√©rature qu'en politique, est raill√© avec beaucoup de verve et d'esprit. Nous citerons aussi la Maladie des savants (De Ziekte der geleerden), o√Ļ il d√©crit d'une mani√®re tr√®s amusante les tribulations auxquelles sont expos√©s les gens de lettres. Son chef-d'oeuvre est un po√®me √©pique : la Destruction du monde primitif (Des eersten wereld vernieting); malheureusement les cinq premiers livres sont seuls achev√©s.

Son contemporain Tollens (1780-1856), l'auteur de l'hymne national n√©erlandais, Wien Neerlandsch bloed, est le chantre des joies du foyer, plein de bonhomie; de simplicit√© et de bonne gr√Ęce. L'Incendie (De Brand) et l'Hiver (De Winter) sont rest√©s populaires. Mais il sait s'√©lever aussi √† la grande po√©sie : son Hivernage des Hollandais √† la Nouvelle-Zemble (De overwintering der Hollanders op Nova Zembla) est tout √† fait remarquable par la beaut√© des √©pisodes et l'harmonie du vers; il a √©t√© traduit dans toutes les langues de l'Europe (trad. fran√ßaise d'A. Clavereau). lsaac Da Costa (1798-1860), descendant d'une famille de juifs portugais r√©fugi√©s en Hollande au XVe si√®cle, fut le plus brillant √©l√®ve de Bilderdijk, qui avait reconnu en lui, alors qu'il n'avait pas quinze ans, une nature de po√®te et d'artiste. Cependant le disciple penchait vers le romantisme, objet des railleries et des col√®res de son ma√ģtre : il traduit un fragment du Ca√Įn de lord Byron, et il adresse un hymne √† Lamartine; mais bient√īt il se range sous la banni√®re de la r√©action, il entre dans l'Eglise calviniste, et publie, en 1823, une virulente attaque contre les id√©es modernes et sp√©cialement contre la th√©ologie lib√©rale de Tubingue et de Leyde : Consid√©rations sur l'esprit du si√®cle (Bezwaren tegen den geest der eeuw). Puis il se recueille longuement et, vers 1840, il fait para√ģtre des hymnes politiques antir√©volutionnaires, pleins de fougue, de noblesse et d'√©clat; enfin, il produit son chef-d'oeuvre, un po√®me √©pique sur la Bataille de Nieuport (De Slag b√Ņ Nieuwpoort).

L'influence de Bilderdijk n'avait cependant pas emp√™ch√© le romantisme de se d√©velopper aux Pays Bas. La jeunesse s'√©prend des oeuvres de Keats, de Byron et surtout de Walter Scott; on les traduit, puis on entreprend d'√©crire des romans historiques. Alors appara√ģt un des √©crivains les plus populaires du XIXe si√®cle, Jacques van Lennep (1802-1868), auteur de com√©dies charmantes, de drames en vers, comme le Po√®te au Mont-de-Pi√©t√© (Een Dichter aan de Bank van Leening) o√Ļ il met en sc√®ne la triste vieillesse de Vondel, et qui fut repr√©sent√©e pour la premi√®re fois le soir de l'inauguration de la statue du po√®te √† Amsterdam, de L√©gendes nationales rim√©es (Nederlandsche Legenden in rijm gebracht); il est surtout c√©l√®bre par ses romans historiques, le Fils adoptif (De Pleegzoon); la Rose de Dekama (De Roos van Dekama); Ferdinand Huyck; dans ce dernier, il trace un tableau merveilleux des moeurs patriciennes du XVIIIe si√®cle √† Amsterdam; il faut aussi mettre hors de pair les Aventures de Nicolette Sept-Etoiles (De Lotgevallen van Klaasje Zevenster). La plupart des romans de van Lennep ont √©t√© traduits en allemand et en fran√ßais (par Defauconpret, Dubourcq, Douchez, Wocquier). 

Le m√™me genre fut cultiv√© avec succ√®s par J.-F. Oltmans (1806-1854); nous mentionnerons, parmi ses livres les plus remarqu√©s, le Ch√Ęteau de Loevestein (Het Slot Loevestein) et le Berger (De Schaapherder), traduit en fran√ßais par H. Meyer, sous le titre de la Fille de l'armurier ou les Pays-Bas en 1482. Plus jeune que les pr√©c√©dents, Mme Bosboom-Toussaint (1822-1886)  leur est bien sup√©rieure par la justesse de l'analyse psychologique. Son oeuvre capitale est le Comte de Leicester en N√©erlande (De Graaf van Leicester  in Nederland), o√Ļ elle fait preuve d'une grande finesse d'observation, et o√Ļ les tableaux historiques sont bross√©s de main de ma√ģtre. Son roman de moeurs contemporaines, Majoor Frans, a eu les honneurs de la traduction en plusieurs langues (en fran√ßais par A. R√©ville). Parmi les autres romanciers, il faut nommer aussi H.-J. Schimmel (n√© en 1825) qui publia tr√®s jeune encore des nouvelles historiques d'un vif int√©r√™t : Bonaparte et son temps (De Generaal Bonaparte en z√Ņn tyd. Schetsen uit de Fransche Revolutie), et fit repr√©senter des drames qui obtinrent un grand succ√®s : Orange et Pays-Bas, Napol√©on Bonaparte; il a √©crit aussi de nombreux romans o√Ļ il prodigue un brillant esprit. Un des plus r√©cents et des meilleurs est le Capitaine de la garde du corps (De Kapitein der Lijfgarde).

Le mouvement romantique avait gagn√© beaucoup de terrain, et un renouveau g√©n√©ral s'annon√ßait de tous les c√īt√©s, principalement dans la critique litt√©raire. Une nouvelle revue critique suivait le mouvement et ne tardait pas √† le diriger. Le Guide (De Gids), plac√© d√®s son d√©but sous la direction de R.-C. Bakhuizen van den Brink (1810-1865), plus tard archiviste g√©n√©ral du royaume √† La Haye, et de E. Potgieter (1808-1875), deux hommes sup√©rieurs par leur √©rudition, leur talent litt√©raire et leur jugement, contribua beaucoup √† l'√©ducation de la ¬ę jeune Hollande ¬Ľ, ainsi qu'on disait alors. Potgieter montrait sa sup√©riorit√© comme po√®te, comme nouvelliste, comme critique. Il pr√™chait aux jeunes gens l'√©vangile du XVIIe si√®cle : toutes les gloires de la patrie : marchands, marins, soldats, hommes d'Etat, savants, peintres et po√®tes. Potgieter n'a jamais √©t√© mieux inspir√© qu'en √©crivant le Mus√©e d'Amsterdam (Het Rijksmuseum te Amsterdam), √©loge s√©rieux et approfondi de Rembrandt, de Vondel, de van der Elst, de Hooft, etc. Potgieter jugeait les √©crits de la ¬ę jeune Hollande ¬Ľ s√©v√®rement, mais avec la plus grande honn√™tet√©. Dans la seconde partie de sa vie, il se lia avec un autre juge litt√©raire, C. Busken-Huet '(1826-1886), esprit fran√ßais, √Ępre, mordant, caustique. Son style, tout √† fait personnel, charme, s√©duit, √©blouit, mais quelquefois aussi fait fr√©mir. Dans un livre charmant, Vieux Romans (Oude Romans), il trace de main de ma√ģtre les portraits de J.-J. Rousseau, de Bernardin de Saint-Pierre, de Chateaubriand, de Mme de Sta√ęl et de Benjamin Constant. Il a laiss√© un chef-d'oeuvre, le Pays de Rembrandt (Het land van Rembrandt), travail d'une science √©norme d'histoire politique et d'histoire litt√©raire, √©crit avec la plume d'un artiste tout √† fait hors ligne.

Parmi ceux qui brill√®rent dans la ¬ę jeune Hollande ¬Ľ, nous devons citer maintenant Nicolas Beets (1814 -1903) . Etant encore √©tudiant √† Leyde, il publia en 1839, sous le pseudonyme de Hildebrand, un recueil de sc√®nes de la ville hollandaise intitul√© Camera obscura, digne de Sterne et de Dickens, tout en restant d'une parfaite originalit√© hollandaise. Cette oeuvre ravissante, qui est peut-√™tre ce qu'il y a de plus parfait dans la prose n√©erlandaise du XIXe si√®cle, a √©t√© vingt fois r√©√©dit√©e dans les Pays-Bas, et traduite en anglais, en fran√ßais, en allemand et en italien (en fran√ßais, par L√©on Wocquier, 1859-1860). Beets avait d√©but√© par des traductions de Walter Scott et des po√©sies o√Ļ domine l'influence de Byron et de Victor Hugo, comme Guy le Flamand (Guy de Vlaming) et Ada de Hollande (Ada van Holland), puis il s'attacha √† un genre plus faible et plus personnel, exemple les Fleurs de bl√© (Korenbloemen), les Enfants de la mer (De Kinderen der Zee), etc., qui jouirent d'une immense popularit√©. Pasteur protestant et professeur de th√©ologie √† Utrecht, Beets s'est fait d'abord une grande r√©putation d'orateur; comme po√®te, il sera le chantre de la vie domestique au coin du foyer; il restera l'√©crivain le plus en vue et le plus lu de tous les Hollandais de son temps.

L'ami intime de Beets, J.-P. Hasebroek (1812-1896), pasteur comme lui, apr√®s avoir combattu comme lui les Belges soulev√©s contre le roi Guillaume, produisit comme oeuvre de d√©but une traduction de Thomas More, puis, subissant toujours l'influence anglaise qui √©tait alors pr√©pond√©rante dans le monde litt√©raire n√©erlandais, il publia en 1840 les V√©rit√©s et R√™veries par Jonathan (Waarheid en Droomen door Jonathan), imit√© de Lamb, suite d'essais humoristiques, pleins de douceur et de m√©lancolie, qui obtinrent un grand succ√®s et qui restent son meilleur livre; on doit citer √©galement ses volumes de po√©sies, les Liserons (Windekelken) et les Fleurs d'hiver (Winterbloemen), oeuvres de fra√ģcheur d√©licate. Il a √©crit aussi des sermons et des m√©ditations pastorales tr√®s remarqu√©es.

Parmi les po√®tes de cette g√©n√©ration se distinguent encore W.-J. Hofd√Ņk (1816-1888), professeur au gymnase d'Amsterdam, qui chante le Moyen √Ęge dans ses vers, en m√™me temps qu'il c√©l√®bre les gloires de son pays dans des ouvrages historiques qui rappellent la mani√®re de Monteil; P.-A. de Genestet (1829-1861), esprit primesautier et brillant; B. Ter Haar (1866-1880), pasteur comme le pr√©c√©dent, po√®te facile, et puissant critique d'histoire religieuse; Ten Kate (n√© en 1819), traducteur du Tasse et de Dante, auteur de gracieuses po√©sies l√©g√®res.

Un véritable événement qui donna une vive impulsion au mouvement littéraire néerlandais fut la création en 1860 du Spectateur néerlandais (Nederlandsche Spectator), revue hebdomadaire, par M.-P. Lindo, C. Vosmaer, J.-J. Grenier, etc. Lindo (1819-1877), Anglais de naissance, traduisit en hollandais Tom Jones de Fielding, Tristram Shandy de Sterne, et l'oeuvre entière de Thackeray; il écrivit aussi des essais humoristiques dans le genre de Dickens, sous le nom du Père Smits (De oude heer Smits). Son collaborateur, C. Vosmaer (1826-1888), est l'auteur d'un travail magistral de critique d'art publié en français : Rembrandt Harmensz van Ryn, sa vie et ses oeuvres. Comme poète, il se rattache à l'école d'André Chénier et de Leconte de Lisle; sa traduction de l'Iliade et de l'Odyssée est un chef-d'oeuvre de versification. Il a composé aussi deux romans esthétiques : Amazone, et Initiation (Inwijding), dans lesquels il étudie les trésors artistiques de Rome et d'Italie, et expose ses idées littéraires et artistiques.

Cette m√™me ann√©e 1860 parut un livre intitul√© Max Havelaar par Multatuli, qui fit grand bruit et donna lieu √† des discussions violentes dans tout le pays et m√™me dans les colonies n√©erlandaises. Le vrai nom de l'auteur √©tait E.-Dowes Dekker (1820-1887). Multatuli faisait dans ce roman le portrait des indig√®nes de Java comme Chateaubriand avait fait celui des Peaux-Rouges et y d√©peignait les mauvais traitements que les administrateurs coloniaux leur faisaient subir. Une accusation qui fut √Ęprement contest√©e, mais quoi qu'il en soit, ses peintures √©taient vraiment talentueuses. Il a √©galement √©crit sept volumes d'Id√©es, d'un style tr√®s variable, de temps en temps lourd et pr√©tentieux, souvent grandiose et sublime. On trouve dans ces volumes sa com√©die, l'Ecole des princes (Vorstenschool), qui fut jou√©e sur tous les th√©√Ętres de la Hollande, et donna lieu √† des manifestations bruyantes et contradictoires. On peut rapprocher de Max Havelaar le roman de Mina Kruseman (n√©e en 1839) : un Mariage dans les Indes, √©crit aussi avec passion, d'un style clair et vibrant. 

Un des litt√©rateurs les plus en vue √† la fin du XIXe si√®cle si√®cle est Jan Ten Brink (n√© en 1834), professeur √† l'Universit√© de Leyde, ses r√©cits de voyage, ses nouvelles, ses travaux historiques, et surtout ses √©tudes de critique litt√©raire sont de tout premier ordre. Parmi les nouvellistes et po√®tes de cette √©poque, il faut citer : J.-J. Cremer, pour ses idylles rustiques, peintures na√Įves de la vie villageoise en Gueldre; Justus van Maurik, pour ses √©tudes naturalistes sur le bon peuple d'Amsterdam, et pour ses pi√®ces de th√©√Ętre; l'abb√© Schaepman qui, s'inspirant de Da Costa, √©crit des odes politiques pleines de noblesse et de verve. 

Les Pays-Bas poss√®dent √† cette √©poque, comme la France, sa jeunesse n√©o-id√©aliste. Tous sont du dernier bateau, le seul qui, selon eux, ait le droit de descendre la rivi√®re. Quelques-uns de ces jeunes gens, qui commencent d√©j√† √† se faire vieux, ont du talent. II y a certaines po√©sies de J. van Eeden, de A. Verwey, de Kloos qui m√©riteraient les plus grands √©loges, si les auteurs ne se complaisaient pas trop dans leur go√Ľt pour l'obscur, pour les r√™ves mystiques. Parmi les jeunes auteurs de ces temps se distingue, Louis Couperus, qui n'est d'aucun bateau et ne rel√®ve que de lui-m√™me. Comme po√®te, il rappelle Th√©ophile Gautier par le coloris et le chatoiement du style. Ses romans sont tr√®s individuels, tr√®s forts comme fantaisie et comme peinture d'√©tats d'√Ęmes. Pour √™tre complet, nous devons signaler aussi le mouvement historique qui, commenc√© par G. Brill (n√© en 1811), Van Vloten (1818-1883), Groen van Prinsterer (1801-1876), a √©t√© continu√© par R. Fruyn (1823-1899), Acquoy, Muller, Blok, Jorissen, de Hoop-Schefer, etc., acquiert une intensit√© consid√©rable, et s'affirme par des publications d'une incontestable valeur. (E. Hubert).

La littérature néerlandaise depuis 1900.
Premières décennies du XXe siècle.
Dans les premi√®res d√©cennies du XXe si√®cle, la litt√©rature n√©erlandaise est profond√©ment marqu√©e par les deux guerres mondiales. Entre les deux guerres, le mouvement Nieuwe Zakelijkheid ( = Nouvelle Objectivit√©) met l'accent sur une √©criture claire et objective,  ancr√©e dans le quotidien et les r√©alit√©s sociales‚Äč. Des √©crivains comme F. Bordewijk et Menno ter Braak sont associ√©s √† ce courant.

Après la Seconde Guerre mondiale.
Apr√®s la Seconde Guerre mondiale, la litt√©rature n√©erlandaise est domin√©e par un r√©alisme brutal. Les auteurs tels que Gerard Reve, W.F. Hermans et Anna Blaman r√©crivent sur les traumatismes de la guerre et ses cons√©quences sur la soci√©t√© et les individus‚Äč.

Années 1950 et 1960.
Dans les années 1950 et 1960, le Beweging van Vijftig ( = Mouvement des années cinquante) est un mouvement qui se caractérise par une poésie expérimentale et une rupture avec les traditions littéraires précédentes. Des écrivains comme Lucebert et Gerrit Kouwenaar en sont des figures de proue.

Années 1970 et 1980.
Les ann√©es 1970 voient l'apparition du Manifest voor de Jaren Zeventig et de la revue litt√©raire De Revisor, qui r√©unissent des auteurs int√©ress√©s par les th√®mes postmodernistes, et l'exp√©rimentation d'un style fragmentaire et m√©tatextuel‚Äč‚Äč.

Littérature contemporaine.
Dans les ann√©es 1990 et 2000, la Generatie Nix ( = G√©n√©ration Nix)  impose son style d√©sinvolte et ses th√®mes li√©s √† la culture pop et √† la consommation. Des auteurs comme Arnon Grunberg et Ronald Giphart repr√©sentent ce courant‚Äč‚Äč. Des auteurs d'origine √©trang√®re, tels que Kader Abdolah, Frank Martinus Arion, et Mustafa Stitou, qui enrichissent le paysage litt√©raire avec leurs perspectives uniques sur l'identit√© et l'int√©gration. Et il est  √©galement √† remarquer que la litt√©rature flamande, bien qu'√©tant une partie distincte de la litt√©rature de langue n√©erlandaise, contribue significativement avec des auteurs comme Willem Elsschot et Tom Lanoye. De plus, les collaborations entre les r√©gions n√©erlandophones de Belgique et des Pays-Bas sont courantes et enrichissent la sc√®ne litt√©raire de langue n√©erlandaise‚Äč‚Äč.

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