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Edouard VII

Edouard VII (Albert-) est un roi d'Angleterre, né à Londres, au palais de Buckingham. le 9 novembre 1841, et mort dans le même palais le 6 mai 1910. Le roi Edouard VII, fils de la reine Victoria et du prince-consort Albert de Saxe-Cobourg-et-Gotha, avait succèdé à sa mère au mois de janvier 1901. Son règne a donc duré un peu moins de dix ans. Mais il n'en a pas moins marqué une date essentielle dans l'évolution politique de l'Angleterre, particulièrement au point de vue de ses relations extérieures; et il a suffi à assurer au souverain, longtemps réduit à la popularité brillante du prince de Galles, une réputation plus sérieuse d'homme d'Etat.
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Edouard VII.
Edouard VII (1841-1910).

Albert-Edouard était le second enfant de la reine Victoria. Sa soeur aînée, Victoria, devait épouser le futur empereur d'Allemagne Frédéric III; Guillaume Il était ainsi le neveu du roi Edouard VII. Le jeune prince eut pour parrain le roi Frédéric-Guillaume IV de Prusse, et pour première institutrice lady Lyttelton, soeur de Mme Gladstone. II fut, sous ses premiers précepteurs, Henri Birch et Frédéric W. Gibbs, un élève sans assiduité : c'est seulement à Oxford, au collège de Christ Church, puis à Cambridge, au Trinity College, qu'il consentit à parfaire sérieusement son éducation historique et scientifique. Mais les véritables instituteurs de son esprit réaliste cet curieux furent les voyages. Il visita en 1860, le Canada, où il fut chaleureusement accueilli, en 1862, l'Allemagne, où il assista aux grandes manoeuvres prussiennes sur le Rhin, puis l'Asie Mineure, la Palestine, l'Egypte, la Grèce, la Tripolitaine. A vingt et un ans, le prince de Galles qui avait d'abord porté le titre de comte de Dublin, prenait place à la Chambre des lords. Le 10 mars 1863, il épousait, mariage de vive sympathie, la princesse Alexandra de Danemark, dont il eut six enfants : Albert Victor, né en 1864, mort d'une pneumonie en janvier 1882, George, devenu roi d'Angleterre sous le nom de Georges V, né au mois de juin 1865, les princesses Louise  (devenue duchesse de Fife), Victoria et Maud  (devenue reine de Norvège), enfin un dernier fils qui ne vécut pas.

Le prince de Galles.
Le prince de Galles ne devait jouer, aussi longtemps que dura le règne de sa mère, aucun rôle politique ostensible. Il dut se contenter d'être, selon la formule de Gladstone « le premier gentilhomme de son pays ». On pourrait ajouter « et de plusieurs autres », car il voyagea beaucoup et fut partout où il passait l'arbitre du bon goût et du bon ton. En Angleterre, il resta, malgré une on deux aventures où fut choqué le rigorisme britannique, constamment populaire. 

En 1871, quand il entra en convalescence, au sortir d'une dangereuse fièvre typhoïde, plus de treize mille personnes assistaient, à la cathédrale Saint-Paul, au service officiel d'actions de grâces. Certainement, la beauté et le charme de la princesse Alexandra entraient pour beaucoup dans cette affection du peuple pour son souverain présomptif. Mais le prince de Galles, auquel on savait gré de conserver, en tout ce qui touchait les affaires du pays, une parfaite réserve, flattait à merveille le goût des Anglais pour l'élégance et les sports. Il s'habillait tort bien, parlait dans les banquets et les cérémonies qu'il présidait, avec une aisance et une autorité rares, et se montrait sportif convaincu. Il possédait lui-même un haras à Sandringham, d'ou sont sortis des cracks célèbres. Son écurie de courses brilla souvent au Derby, et en 1909, quand son cheval Minoru gagna, dans une arrivée émouvante, cinquante mille personnes firent une indescriptible ovation au roi, qui très simplement et selon l'usage des propriétaires anglais, venait sur la piste chercher l'animal vainqueur, et le ramenait par la bride aux balances. Les sportifs copiaient ses costumes, et jusqu'à ses fantaisies : c'est ainsi qu'il lança, bien malgré lui le pli du pantalon, et aussi - par un simple oubli a-t-on dit - la mode d'en retrousser le bas.
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Edouard VII aux Indes (plaine du Teraï), sur un éléphant.
Edouard VII aux Indes, lors d'une chasse au tigre.

La France fut, pour le prince de Galles, comme une deuxième patrie. Il y faisait des séjours très fréquents et prolongés, sur la côte d'Azur notamment, ou à Biarritz. Surtout, jusqu'à son avènement, il adora la vie parisienne, dont le laisser-aller l'enchantait. Il était venu pour la première fois à Paris en 1855, à la cour de Napoléon III. Son costume écossais fit fureur. Partout fêté, il supplia l'impératrice Eugénie d'obtenir de sa mère une prolongation de sejour. Il fut dès lors parmi les plus assidus visiteurs des Tuileries et de Compiègne. En 1868, un accident de chasse faillit, dans celle dernière résidence, lui coûter la vie. Il noua, dans le cercle des souverains, de solides et durables amitiés, celle de Galliffet notamment. Il eut sa part des folies brillantes de l'exposition de 1867. Toute sa vie, Paris lui apparaîtra à travers le mirage de ce qu'on a appelé la fête impériale. Il n'y revenait jamais. même officiellement, sans fréquenter un peu les théâtres à demi graves, et les champs de courses.

Le roi d'Angleterre.
Pourtant, lorsqu'il fut appelé, vieilli déjà, à la couronne, nul, malgré les apparences, n'était mieux préparé que lui à tenir son rôle. Il avait beaucoup voyagé, connaissait parfaitement son empire sa tournée dans l'Inde, en 1875, avait été féconde en résultats politiques, et les besoins sociaux de l'Angteterre. 

Personnellement, il s'était intéressé déjà, sans bruit mais efficacement, aux associations de bienfaisance de Londres, aux clubs et au Collège des ouvriers, et à de multiples expositions philanthropiques. Au point de vue extérieur, il avait une longue pratique des cours et des souverains, dont beaucoup étaient pour lui des parents plus jeunes. Surtout il possédait à un degré éminent trois qualités precieuses : le tact, le bon sens et la modération.

A l'intérieur, il eut la sagesse de ne jamais abandonner son rôle constitutionnel et d'employer tout son ascendant personnel à concilier les partis. Ministères conservateurs et libéraux purent normalement alterner. La seule crise grave fut celle de 1910. qu'il ne pouvait prévenir. Entre les radicaux maîtres de la Chambre des Communes et les lords intransigeants, l'accord n'était pas possible : il dut dissoudre les Communes, et il est mort avant d'avoir vu s'accomplir la réforme qu'il désirait de la pairie heréditaire.

Sa préoccupation principale fut la réforme de l'armée et de la marine, et l'unification morale de l'Empire britannique. Il eut le patronage véritable, en 1907, du projet Haldane, qui superposait à l'armée de métier, traditionnelle en Angleterre, un contingent élevé de troupes territoriales : réforme capitale et pleine de conséquences pour l'avenir. Il eut la joie d'assister à la réconciliation des république, sud-africaines et de leurs vainqueurs d'hier, et de présider à l'organisation d'une Afrique du Sud autonome et loyaliste.
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Edouard VII caricaturé par le Puck.
Edouard VII (caricature du Puck).

Mais l'essentiel, la partie originale, et la plus forte de conséquences, de son oeuvre fut la transformation qu'il imposa à la politique extérieure anglaise. Celle-ci, jusqu'à la fin du règne de Victoria, reposait sur la double craints d'une expansion coloniale exagérée de la France et d'un envahissement possible du domaine asiatique anglais par les Russes. Très renseigné sur l'état de l'opinion française, rassuré bientôt d'un autre côté par la tournure de la guerre russo-japonaise, Edouard Vll comprit que ni l'un ni l'autre de ces deux dangers n'était réel, et que la seule menace contre l'équilibre politique et commercial du monde venait en réalité de l'Allemagne. De là les deux rapprochements franco-anglais et anglo-russe, dont le souverain britannique fut le premier artisan.

Le premier était assez hardi à tenter, si près de Fachoda. Mais Paris fit un accueil parfaitement courtois à Edouard VIl, au printemps de 1903; en juillet, le président Loubet, n'était pas moins brillamment reçu à Londres : moins d'un an après, les accords franco-anglais étaient signés (8 avril 1904) pour la tranquilité des deux pays. Ils devaient avoir leur premier effet à la conférence d'Algesiras, et dans tout le développement de l'affaire du Maroc. Le second fut réalisé en août 1907, par la convention délimitant les zones d'influence anglaise et russe dans l'Asie centrale. Déjà en 1904. à la demande de la France, le roi Edouard s'était employé en personne à atténuer les conséquences de l'incident de Hull, et il avait accepte Paris comme siège du tribunal arbitral, présidé par un amiral français. 

Rien d'exclusif d'ailleurs dans la triple entente qu'il réalisait. L'encerclement de l'Allemagne, qui fit à un moment, et si mal à propos, tant de bruit, était bien en dehors des projets du roi, bien contraire surtout à la modération de son esprit pacifique et à son sens pratique. En fait, il ne négligea aucune occasion de dissiper les malentendus qui pouvaient s'élever entre l'Angleterre et l'Allemagne. En 1904, au lendemain même de la conclusion des accords franco -anglais, il allait négocier avec succès, à Kiel, un traité d'arbitrage. Par ses voyages successifs à Kronberg, 1906 , à Wilhelmsoehe, 1907, et à Berlin, 1909, il réussit finalement à établir entre les deux pays, ce que le nouveau chancelier allemand a défini comme un régime de concurrence loyale.

La France a bénéficié indirectement, mais certainement, de ces démarches, et une détente réelle s'est manifestée en 1908 dans les relationdes deux chancelleries de Berlin et de Paris, suivie bientôt d'un accord formel. Il n'a pas dépendu du roi Edouard que la crise orientale ne fût pas rou verte à la fin de 1908 : l'Autriche lui avait caché avec soin au cours de son voyage à Vienne son dessein d'annexer définitivement la Bosnie et I'Herzégovine : et il en ressentit assez vivement la blessure.

Edouard VII est mort en 1910, emporté en quelques jours par une broncho-pneumonie aggravés d'insuffisance cardiaque.  (H. Trévise).

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Dictionnaire biographique
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