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Histoire de la France
La Révolution de Juillet
Journées de 27, 28 et 29 juillet 1830
On nomme Révolution de Juillet ou Journées de Juillet les événements qui ont conduit à l'abdication de Charles X et à la montée sur le trône de Louis-Philippe. Elle fut déclenchée par les mesures liberticides de Charles X, qui, par ordonnances, restreignait la liberté de la presse, prononçait la dissolution de la chambre des députés, et modifiait la loi électorale (La Restauration).

Protestation des journalistes. 
Le signal de la résistance fut donné par un manifeste des journalistes. Réunis aux bureaux du National, ils signèrent tous « de leurs têtes », comme disait Thiers qui écrivit le premier son nom (26 juillet). C'était lui qui avait rédigé la protestation. Le soir un inconnu promena dans Paris un drapeau tricolore. Le glorieux symbole, proscrit depuis quinze ans, donna aussitôt aux événements tout leur sens.

Les députés montrèrent moins de courage que les journalistes. Soixante-trois seulement (sur 270) apposèrent leurs signatures à une protestation rédigée par Guizot. Polignac imposa au maréchal Marmont, qui s'en désespéra, le commandement de la place de Paris, 8000 hommes de troupes, peu sûres, sauf les régiments suisses.

Les « Trois Glorieuses ».
Les journées des 27, 28 et 29 juillet, où l'insurrection s'organisa et triompha, ont reçu le nom des « Trois Glorieuses ».

La direction du mouvement fut prise par une soixantaine d'élèves de l'Ecole polytechnique. Ouvriers, étudiants, bourgeois eurent vite fait de couvrir de barricades tout l'est de Paris. Beaucoup de gardes nationaux avaient conservé leurs armes. On pilla quelques boutiques d'armuriers. Cette armée improvisée, comme jaillie du pavé, se battit avec courage. Les soldats se battirent à contre-coeur. Dès le 28, un régiment tout entier fit défection. Le soir, le drapeau tricolore flotta sur Notre-Dame et sur l'Hôtel de Ville.

Marmont, au matin du troisième jour, ne tenait plus que le Louvre et les Tuileries, où il avait placé les Suisses, et les quartiers de l'Ouest en aval de la Seine. Les insurgés attaquèrent en force, bientôt grossis par la défection de deux nouveaux régiments. Les Suisses résistèrent bravement, comme au 10 août. Le peuple les tourna par la cour intérieure du Louvre et détermina une panique. Sur l'autre rive, Charras, avec les polytechniciens, enleva la caserne de Babylone. Un peu après midi les insurgés étaient maîtres de tout Paris (29 juillet). Ils n'avaient pas perdu plus de 800 hommes.

Retrait des ordonnances. 
Marmont, avec les 2000 à 3000 soldats qui lui restaient, se replia sur Saint-Cloud.

Charles X depuis la soirée où il y avait signé les ordonnances, n'avait pas cessé d'affirmer la certitude du succès. Il ne crut à la défaite qu'en voyant Marmont. Mais Saint-Cloud était encore si loin de Paris qu'il ne mesura pas les événements. Il ne se rendit pas compte qu'il était, aux yeux de tout le peuple, couvert du sang qui venait de couler et condamné sans appel.

Le lendemain, comme s'il s'était agi d'une simple émeute, il révoqua les ordonnances, reçut la démission de Polignac et chargea le duc de Mortemart de former un autre ministère.

Quand Mortemart arriva à Paris, il s'y trouva devant les faits accomplis. Déjà une sorte de gouvernement provisoire, sous le nom de Commission municipale, était installé à l'Hôtel de Ville; La Fayette avait repris, comme en 1789, le commandement en chef de la garde nationale; et un gros de députés, réunis au Palais Bourbon, offrait au duc d'Orléans la lieutenance du royaume, lui « recommandant » l'adoption des couleurs nationales et la révision de la Charte (30 juillet).

Le duc d'Orléans. 
La Révolution de juillet s'était faite pour la défense des libertés publiques et pour le drapeau tricolore. Une minorité seulement de combattants, ouvriers ou bourgeois, eût voulu un changement de régime : Empire ou République. Pour un changement de système, la substitution de la branche cadette à la branche aînée des Bourbons suffira. Une demi-révolution transporta la monarchie à mi-chemin de la République (La Monarchie de Juillet).

Depuis longtemps, un groupe important de royalistes constitutionnels et libéraux jugeait les Bourbons incorrigibles et regardait vers le duc d'Orléans. C'était ce duc de Chartres qui avait combattu à Valmy et à Jemmapes et qui n'était pas moins suspect aux royalistes purs pour son propre passé que pour le lourd héritage dé son père, le régicide.

Il n'était rentré à Paris que deux ans après Waterloo et, s'il avait réclamé ses privilèges de prince du sang et, plus tard, sa part du milliard des émigrés, n'en était pas moins demeuré fidèle à l'opinion libérale. Les chefs de l'opposition fréquentaient au Palais-Royal; la belle lignée de ses fils reçut l'éducation de l'Université. Il était d'esprit voltairien et de moeurs bourgeoises. Ainsi répondait-il par sa complexité même à la situation ; il en était l'homme quoique et parce que Bourbon.

L'Autriche n'aurait rendu à aucun prix le fils de l'empereur qui n'était plus, sous une étroite surveillance, que le duc de Reichstadt. La République aurait à la fois étonné la France et effrayé l'Europe. Le soleil de juillet était encore trop brûlant pour qu'il fût possible de faire accepter le petit-fils de Charles X par le peuple encore en armes. Enfin la Révolution de 1830 évoquait, aux yeux de la bourgeoisie, la Révolution anglaise de 1688. L'Angleterre s'était mal trouvée d'avoir restauré les Stuarts au lendemain de la République militaire de Cromwell, ses libertés et sa fortune dataient de l'avènement de la maison d'Orange.

Lieutenance générale du royaume. 
L'affaire fut vivement menée, comme il le fallait pour éviter de plus grands troubles. Le duc d'Orléans s'était tenu aux portes de Paris pendant l'insurrection; par précaution, il avait écrit à Charles X pour l'assurer de sa loyauté. Dès qu'il fut informé du vote qui lui offrait la lieutenance générale, il accepta, et, le jour suivant, se rendit tout droit à l'Hôtel de Ville où il trouva La Fayette. En montant l'escalier, il dit à la foule d'où partaient des cris discordants : 

« Messieurs, c'est un ancien garde national qui vient rendre visite à son ancien général. »
Tous deux parurent au balcon, le duc un drapeau tricolore à la main. Ils s'embrassèrent au milieu des applaudissements.

Charles X, retiré à Rambouillet, abdiqua en faveur du duc de Bordeaux, son petit-fils, par un acte du 2 août, auquel le Dauphin, son fils, adhéra. Mais le duc d'Orléans, se fit élire roi par la chambre des députés, le 6 août. La Chambre des députés et celle des pairs eurent vite fait de reviser la Charte. L'acte constitutionnel cessa d'être « octroyé-»; le souverain, « régnant par la volonté nationale », ne sera plus « roi de France», mais «-roi des Français »; la religion catholique ne sera plus « religion d'Etat »; la censure ne pourra « jamais » être rétablie; les Chambres auront le droit d'initiative; la loi électorale et la loi sur la presse seront révisées.

C'est ainsi que la branche cadette de la maison de Bourbon se substitua sur le trône de France à la branche aînée; mais elle en sera précipitée par une autre révolution, en février 1848 (J. Reinach).

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