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Les Empires arabes
Le califat d'Orient
Califat de Médine, Damas et Bagdad
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Histoire politique du califat d'Orient

Le califat d'Orient est le premier califat comprend trois périodes politiques complètement distinctes : 1° celle des califes orthodoxes, dits aussi parfaits ou légitimes; 2° celle des califes omeyyades; 3° celle des califes abbâssides.

Le califat d'Orient

Les Musulmans étaient enfin en possession de leur temple. En 632, Mahomet y accomplit son premier pélerinage régulier, n'y ayant fait jusque-là qu'une visite pieuse; mais, trois mois après, il mourut d'une pleurésie qu'il avait contractée en allant prier la
nuit sur les tombes de ses compagnons.

Les califes orthodoxes de Médine.
Abou-bekr. 'Omar. Conquête de la Syrie et de la Perse.
Le Prophète était mort sans avoir désigné de successeur. 'Omar entraîna Abou-Bekr à la réunion publique où les Banou-Sâ'îda disputaient à qui aurait la prééminence, et, ayant le premier prêté serment entre les mains d'Abou-Bekr, il entraîna, par son exemple, l'adhésion des assistants. Abou-Bekr, ainsi chargé de présider à la prière solennelle, ce qui emportait le droit de commander à la nouvelle communauté, prit le titre de calife, ou « successeur » du Prophète, et se trouva jouir, comme celui- ci, d'un pouvoir absolu, sans autre frein que la coutume établie par le fondateur de la religion. Il eut, dès le début, à combattre une révolte générale des tribus, que provoqua la perception des taxes instituées par le Prophète et que l'histoire connaît sous le nom de ridda ( = apostasie). 

Prenant le commandement de l'armée revenue de Syrie, il défit les Ghatafân, envoya Khâlid ben et-Welîd combattre un certain Tolaïha, qui se proclamait lui aussi prophète, puis la prophétesse Sadjâh, qui alla rejoindre dans le Yemâma un autre prophète, Moséïlima, devenu le chef des Banou-Hanîfa; tous furent vaincus. Le Bahrein, l'Oman, le Mahra furent successivement conquis, et l'occupation de Hîra, près de l'Euphrate, mit les Musulmans en contact avec les Perses. Entre temps, des coups de main heureux avaient ramené l'attention sur la Syrie, où l'empereur Héraclius avait réuni des forces considérables. 

Sur ces entrefaites, Abou-Bekr mourut de la fièvre après avoir désigné 'Omar comme son successeur. 'Omar reprit la lutte contre les Perses. De petits combats, sur les frontières, avaient eu un caractère indécis, lorsque l'arrivée de Khâlid avec des renforts changea la face des choses; puis, ce général ayant tourné ses efforts contre la Syrie, son successeur, Sa'd ben Abi-Waggâç, remporta à Qâdisiyya (637) une victoire décisive sur l'armée perse, commandée par Roustem, qui périt dans la lutte; l'étendard impérial tomba entre les mains des vainqueurs. Ctésiphon, capitale des Sâssânides, fut occupée, ainsi que Touster, chef-lieu de la Susiane, et après la bataille de Néhâwend, la Perse fut définitivement conquise. Le roi Yezdedjerd III, qui avait pris la fuite, fut assassiné dans un moulin des environs de Merv (651) .

En Syrie, les troupes romaines se rencontrèrent avec les Arabes à Adjnâdéïn, non loin de Jérusalem (634), et furent mises en déroute. Damas capitula l'année suivante, et une nouvelle armée réunie par Héraclius fut battue sur le Yarmoûk (636); la Syrie était définitivement perdue. Des expéditions ravagèrent Chypre et l'Asie Mineure; une flotte enleva Rhodes; elle devait assiéger Constantinople, mais une tempête la détruisit devant Chalcédoine (653). Les Khazars (Les Turkmènes) défirent à Derbend un corps expéditionnaire envoyé contre eux : les Musulmans rencontrèrent là une résistance inattendue.

En 639, 'Amr ben el-'Aç avait envahi l'Égypte et battu les lieutenants de l'empereur byzantin sous les murs de Babylone d'Egypte (des ruines de cette Babylone d'Egypte subsistent encore sous l'église copte du Vieux-Caire) . En 643, un chef indigène, que l'on connaît seulement sous son surnom de Moqauqis, livra Alexandrie. 'Amr bâtit une nouvelle capitale, qu'il nomma Fostât ( = la tente), et qui est aujourd'hui le « Vieux-Caire-». Une expédition, suivant le littoral de la Tripolitaine, parvint jusqu'à Carthage, où le patrice Grégoire ne se débarrassa des envahisseurs que par le paiement d'un fort tribut annuel.

C'est au calife 'Omar que l'on attribue l'organisation définitive de la communauté musulmane, basée essentiellement sur les décisions du Prophète. Il s'occupa de mettre de l'ordre dans les finances. Il créa, en 641, un bureau administratif sur le modèle de l'administration byzantine; il organisa des camps permanents, quelques-uns, par la suite, devinrent des villes, comme Koûfa et Bassorah, sur le bas Euphrate. Il fixa le point de départ du calendrier musulman à l'émigration du prophète à Médine (ère de l'hégire). Il fit expulser d'Arabie les juifs et les chrétiens. Il fut assassiné par un esclave persan de religion chrétienne (644).

'Othman. Les Chiites. 
Pour désigner son successeur, 'Omar avait choisi un conseil, composé de six anciens
compagnons du Prophète.

Après des tergiversations, 'Othman fut élu. Son premier soin fut de faire établir un texte canonique du Coran, car tous ne le lisaient plus de la même manière. Un des anciens secrétaires de Mahomet, Zéïd ben Thâbit, fut chargé de dresser un modèle définitif, conservé à Médine, et dont on envoya des copies dans les grandes villes. On brûla tous les autres exemplaires.

Un des plus vénérés parmi les compagnons du Prophète. Abou-Dharr el-Ghifâri, faisait profession d'ascétisme et tonnait, du haut  de la chaire, contre la dépravation des moeurs. Exilé de Damas à Médine, il y proclama, pour la première fois publiquement, les droits de la famille du Prophète dans la personne de son représentant, 'Ali, gendre de Mahomet. Ce fut l'origine du parti des Chi'ites ou Chiites, qui ne devait cesser de réclamer, sans succès d'ailleurs, l'accession des descendants d' 'Ali au pouvoir suprême.

Une coalition de troupes venues d'Égypte, de Koûfa et de Baçra (Bassorah), ayant, sous le prétexte du pèlerinage sacré, campé devant Médine et exigé l'abdication du calife, assiégé dans sa propre maison, 'Othmân refusa d'abdiquer. Sa maison fut prise d'assaut, et il tomba massacré à coups de sabre, tandis qu'il lisait le Coran; son sang jaillit sur les pages du livre sacré.

'Ali.
Pour lui succéder, on choisit 'Ali, gendre de Mahomet. Mo'âwiya, fils d'Abou-Sofyân, alors gouverneur de Syrie, refusa de le reconnaître et appela ses partisans à venger le meurtre d' 'Othmân. Mais les dissidents perdirent la bataille de Baçra, connue sous le nom de « bataille du Chameau », parce que la litière d'Aïcha, la jeune veuve de Mahomet, acquise à la rébellion, formait comme le centre de l'armée ennemie; Aïcha, prisonnière, fut traitée avec égards, et on la laissa libre de retourner à La Mecque (656).

Il ne restait plus à 'Ali qu'à conquérir la Syrie. Après de vaines négociations, son armée se mesura avec celle de Mo'âwiya, campée à Çiffin, grande plaine au sud de Raqqa. Mo'âwiya, sur le point d'être cerné, imagina, sur le conseil d' 'Amr ben el-'Aç, de faire mettre au bout des lances de ses cavaliers des exemplaires du Coran : les Musulmans s'arrêtèrent court. On reprit les négociations et l'on s'en remit à deux arbitres du soin de statuer souverainement sur la désignation du nouveau calife. 'Amr ben el-'Aç, choisi par les Syriens, et Abou-Moûsa el-Ach'arî par l'armée d' 'Ali, décidèrent de déposer les deux compétiteurs : qu'Abou-Moûsa eut annoncé que telle était la sentence arbitrale, 'Amr monta en chaire et, ayant déposé 'Ali comme son co-arbitre, il ajouta sur-le-champ qu'il proclamait Mo'âwiya à sa place. Abou-Moûsa protesta vainement contre la ruse dont il était victime; mais les Syriens menacèrent de l'arrêter et il s'enfuit à La Mecque.

Les mécontents formèrent un parti qu'on appela Khâridjite, ou « révolté », et s'en remirent à la décision de Dieu même, c'est-à-dire au sort des batailles; mais ils furent taillés en pièces autour de Nahréwân (658), et ceux qui échappèrent au massacre se répandirent à travers le monde musulman, fondant des colonies qui existent encore : tels les habitants d'Oman, de Zanzibar, de l'île de Djerba en Tunisie, du Mzab en Algérie, qui sont Khâridjites, de la secte ibâdhite, et ont conservé par tradition une forme ancienne et primitive de la religion de l'Islam.

'Ali fut assassiné par un Khâridjite d'un coup de sabre qui lui fendit la tête, alors qu'il sortait de la mosquée de Koufa (661).

Les Omeyyades.
Le fils aîné d' 'Ali, Hasan, qui lui succéda, n'avait qu'un pouvoir bien précaire. Mo'âwiya était maître absolu en Syrie, l'Egypte était entre les mains d''Amr ben el-'Aç. Mo'âwiya, reconnu comme calife à Jérusalem, marcha contre l'Irak et vint camper près de Mossoul. Hasan, conscient de sa faiblesse, accepta d'abdiquer et rentra dans la vie privée. La dynastie des Omeyyades était fondée. Mo'âwiya mourut en 680 après un règne de dix-neuf ans, laissant le trône à son fils, Yézîd Ier, contrairement à la règle de l'élection adoptée par les quatre premiers califes.

Les gens de Koûfa, opposés à ce coup d'État, allèrent chercher à La Mecque Hoséïn, second fils d' 'Ali, qui partit avec une caravane, mais fut rejoint près de Kerbalâ par les troupes du gouverneur 'Obéïdallah ben Ziyâd, et périt les armes à la main : tragédie fameuse dans les fastes de l'Islam et dont les Chiites célèbrent encore aujourd'hui l'anniversaire, le 10 du mois de Moharrem. 

A La Mecque, 'Abdallah ben Zobéïr se déclara indépendant et, effectivement, le resta jusqu'à la mort de Yézîd (683).

Mo'âwiya II, fils de Yézîd, mourut après quarante jours de règne : ce fut la fin de la branche des Sofyânides, remplacée aussitôt par une autre branche de la même famille, les Merwânides, ainsi nommée d'après Merwân ben el-Hakam, qui battit à Merdj-Râhit, près de Damas, les partisans d'Abdallah ben Zobéïr et s'assura la domination de la Syrie. Bientôt assassiné par sa femme, veuve de Yézîd (685), Merwân fut remplacé par son fils, 'Abdel-Mélik, qui envoya des troupes assiéger à La Mecque 'Abdallah ben Zobéïr. Celui-ci, abandonné de ses partisans, périt dans la mêlée, et sa mort mit fin à la guerre civile (692).

Le règne d'Abd-el-Mélik, mort en 705, fut remarquable par la construction de la mosquée d' 'Omar (Dôme du Rocher) à Jérusalem, par la reprise de la guerre avec les Romains après quinze ans de trêve (défaite de Justinien II à Sébaste de Cilicie, 692), par la frappe de la première monnaie musulmane (693), par l'établissement de registres de comptabilité tenus en arabe, tandis que jusqu'alors ils avaient été
tenus en grec à Damas, en pehlvi à Koûfa, en copte en Égypte. 

Wélid Ier, son fils, continua la guerre avec Byzance et conquit la Transoxiane et l'Espagne. C'est lui qui enleva aux chrétiens de Damas l'église de Saint-Jean-Baptiste et la transforma en une mosquée, qui porte encore aujourd'hui le nom de mosquée des Omeyyades. Il mourut en 715, après un règne de dix ans. Le gouverneur el-Hadjdjâdj ben Yoûsouf, qui le précéda dans la tombe, fut un véritable vice-roi dont le pouvoir s'étendait sur toute la Perse jusqu'à l'Indus. Il eut à triompher d'une révolte d' 'Abd-er-Rahman, gouverneur du Sidjistan, et la conquête de la Transoxiane le mit en rapports avec les Turcs et les Chinois. Il s'occupa de travaux publics et réorganisa, avec l'aide d'un ingénieur araméen, les canaux qui assurent l'irrigation de la Mésopotamie.

C'est sous le règne d' 'Omar II que les Arabes, après avoir franchi les Pyrénées, s'emparèrent de Narbonne (717-720). Quand il mourut à trente-neuf ans, il laissa sur le trône Yézîd II, fils d' 'Abd-el-Mélik, petit-fils de Yézîd Ier par sa mère, prince faible et insouciant, qui ne put se maintenir, pendant quatre ans, que grâce au général Maslama, vétéran des guerres d'Asie Mineure.

Sous son fils, Hichâm (724-743), les expéditions hors des frontières recommencèrent de plus belle, non seulement contre les Grecs en Asie Mineure, mais encore contre les Francs en Gaule : Eudes arrêta d'abord les Arabes devant Toulouse, puis appela à l'aide Charles Martel, qui enraya leur marche entre Tours et Poitiers (732). D'Avignon, les Musulmans faisaient des incursions dans le Dauphiné et la Bourgogne; ce fut seulement en 759 que Pépin le Bref s'empara de la future cité des papes. Avare de sa nature, Hichâm réorganisa les finances, mais en même temps il agrandissait ses propriétes personnelles, et la fiscalité excessive de ses lieutenants prépara la chute prochaine de la dynastie.

Son neveu, Welîd II (743-744), dépensa largement les richesses. accumulées par son oncle : il aimait la littérature, les beaux-arts et aussi les courses de chevaux. Surpris dans son château du désert par une révolte de son cousin, Yézîd III, il fut assassiné, mais Yézîd ne régna que six mois.

Merwân, surnommé Himâr (l'Âne), d'une branche cadette des Omeyyades, était gouverneur de l'Arménie : il envahit la Syrie et se fit introniser à Damas (744-750). Il put conserver, malgré de sérieuses révoltes, la Syrie et la Babylonie, mais non le Khorasan. Un ancien esclave, Abou-Moslim, peut-être d'origine iranienne, avait été envoyé dans cette province comme missionnaire par l'imam Ibrahim, de la lignée d'Abbâs, qu'une transmission de pouvoirs avait substitué à la descendance directe d' 'Ali. Les Abbassides aspiraient au califat au détriment des Alides. L'imam Ibrahim, arrêté par ordre de Merwân II, fit reconnaître pour calife Abou'l Abbâs (749). Abou-Moslim, à la tête des Chiites, qui avaient arboré les drapeaux noirs, insignes de ces prétendants, s'était emparé de Merv et avait réduit le gouverneur, Naçr ben Sayyâr, à se réfugier dans Nichâpour, qu'il dut évacuer pour se transporter à Hamadân. Merwân II, à la tête des troupes syriennes, fut complètement battu sur la rive gauche du grand Zâb, dans une bataille qui dura dix jours (750). Réfugié en Égypte, il y fut tué près d'Ochmonéïn dans les derniers jours de la même année. Ce fut la fin du règne des Omeyyades et de l'hégémonie des Arabes. Les califes abbassides étaient bien de souche arabe, mais le pouvoir effectif leur échappait pour passer entre les mains des Persans, qui vengeaient eux aussi la défaite de leur dernière dynastie nationale.

Les Abbassides de Bagdad.
Le califat des Abbassides.
Abou'l-Abbâs poursuivit d'une haine farouche tous les membres de la famille d'Oméyya, dont l'unique survivant alla en Espagne fonder une nouvelle lignée de califes (Le Califat de Cordoue). Il avait choisi pouf capitale Anbâr, sur l'Euphrate : c'est là qu'il mourut à trente ans, en 754, après avoir proclamé pour successeur son frère Mançour.

Le premier soin du nouveau calife fut de se débarrasser, par un assassinat, d'Abou-Moslim, artisan de la fortune de sa famille, mais dont il redoutait l'ambition. Les Barmécides fournirent à l'Empire des administrateurs remarquables. Les finances furent réorganisées; le service de la poste à cheval, développé et perfectionné, renseigna le pouvoir central sur ce qui se passait dans les provinces. Les routes de La Mecque virent leur sécurité garantie par une série de postes fortifiés : les canaux de la Mésopotamie furent réparés et entretenus. La grammaire arabe commença d'être étudiée à Koûfa et à Baçra. En 762, Mançoûr fonda Bagdad, sur les bords du Tigre, non loin des ruines de Ctésiphon, la vieille capitale des Sâssânides.

Hâroûn-er-Rachîd (786-809) se débarrassa, dans des circonstances tragiques et mal connues, des Barmécides, qui occupaient les principaux postes administratifs et dont l'influence lui portait ombrage. Il entendait gouverner directement. Prince tranquille et pieux, il fit sept fois le pèlerinage de La Mecque.

L'empire créé par les Omeyyades commençait à se disloquer; ses possessions occidentales lui échappaient, un petit-fils de Hichâm, passe en Espagne, y avait greffé une branche de la dynastie des Omeyyades; Idrîs, 'Alide de la descendance de Hasan, s'était rendu indépendant au Maroc; Ibrahîm ben el-Aghlab, nommé au gouvernement de la Tunisie, y fonda la dynastie indépendante des Aghlabites (Les Dynasties musulmanes); la Perse était agitée par des révoltes; enfin, le Khorassan se souleva, mécontent des exactions de son gouverneur : Hâroûn se mit en campagne pour le soumettre, mais arrivé à Toûs (l'actuelle Méchehed), il tomba malade et mourut (809). C'est sous son règne que Charlemagne, après Pépin le Bref qui en avait donné l'exemple en 765, envoya a Bagdad deux ambassades (797 et 801) dans le désir de s'allier avec les Abbassides pour lutter contre les empereurs de Byzance alors iconoclastes et appuyer l'autorité temporelle des papes. Ce qui a rendu son nom populaire, c'est qu'il est le héros d'un grand nombre des contes des Mille et une nuits.

Emîn régna à peine cinq ans (809-813). Son frère Ma'moûn, qui avait poursuivi contre lui une guerre à mort, fit un coup d'État en donnant sa fille en mariage à un descendant d' 'Ali, l'imâm Ridâ, qu'il déclara héritier présomptif, substituant la couleur verte des Alides à la couleur noire des Abbassides. Ce fut un soulèvement général; les habitants de Bagdad proclamèrent calife Ibrahîm, fils d'el-Mahdî; l'Égypte se déclara indépendante; l'Azerbaïdjan tomba entre les mains de Bâbek, chef de la secte communiste des Khorrémites. Ma'moûn se mit à la tête de l'armée, se débarrassa de son ministre Fadl ben Sahl en le faisant assassiner, tandis que l'imâm Ridâ mourait d'indigestion pour avoir mangé trop de raisins. Le calife, rentré à Bagdad, y rétablit les drapeaux noirs. Il mourut en 823 à Tarsoûs, au moment où il songeait à reprendre la guerre avec l'Empire grec. Il avait des tendances rationalistes, et il adopta les opinions des Mo'tazilites (827) sur le caractère créé du Coran, alors que, dans la théologie orthodoxe, le Coran, étant la parole même de Dieu, est incréé. D'autre part, l'étude de la philosophie grecque fut mise à la mode et les principaux traités classiques sur la matière furent traduits du syriaque en arabe (La Philosophie syriaque).

Mo'taçim (833-642) transporta sa résidence à Sâmarrâ, au nord de Bagdad, pour échapper aux émeutes fréquentes qui troublaient la capitale. Il s'y entoura d'une garde particulière, formée d'esclaves turcs et berbères. Les premiers surtout, amenés de l'Asie centrale par des expéditions qualifiées de guerre sainte, mais qui étaient en réalité des entreprises de brigandage semblables à celles qui, plus tard, désolèrent l'Afrique centrale, avaient été achetés sur les marchés par les califes; ceux-ci s'en entourèrent, comptant sur leur endurance, leur obéissance, leur discipline. Mo'taçim fit construire pour eux de vastes casernes dans le voisinage de sa nouvelle résidence; quand un de leurs chefs s'élevait trop haut, on le faisait disparaître sous couleur d'hérésie. Ces exécutions n'empêchèrent pas les esclaves turcs enrégimentés de se transformer en prétoriens; les tragédies de palais se multiplient. A la mort de Mo'taçim (842), son fils, Wâtheq, lui succéda et continua les traditions scientifiques de Ma'moûn; mais le frère de Wâtheq, Motawakkil, fut assassiné par deux officiers turcs (861).

Le calife n'a plus, dès lors, que l'ombre du pouvoir. Mosta'în est emmené à Bagdad par les mêmes officiers, fuyant devant une rébellion de leurs congénères; Mo'tazz, fils de Motawakkil, voulant s'appuyer sur les Berbères, est fait prisonnier par les Turcs et périt en prison;  Mohtadi est assassiné par des Turcs ivres; Mo'tamid, seul, régna vingt-deux ans (870-892), grâce à l'énergie et à l'habileté de son frère Mowaffaq, qu'il avait pris pour ministre; celui-ci, après treize ans de luttes, réduisit la révolte des Zanzibarais établis sur les alluvions du Chatt-el-'Arab et sauva la capitale de l'entreprise de Ya'qoûb, fils de Léïth, fondateur de la dynastie des çaffârides de Perse, campé sur le Tigre, près de Wâsit. L'Égypte était indépendante sous Ahmed ben Touloun.

Mowaffaq mourut de maladie en 891, et son frère fut emporté par une indigestion l'année suivante.

La fin du califat abbasside. Les émirs el-omara.
Le pouvoir temporel des Abbassides n'existait plus. Leurs ministres gouvernaient seuls, et les provinces échappaient les unes après les autres à leur autorité. Leur chancellerie délivrait, moyennant finances, des diplômes d'investiture aux anciens gouverneurs devenus indépendants, et ces diplômes légitimaient, aux yeux des populations, l'état de fait consécutif à de véritables révoltes.

A la mort d'Abdallah el-Mortadi, qui ne régna qu'un jour (908), furent créés le titre et la fonction d'émir-el-omarâ : le pouvoir appartint en réalité à cet « émir en chef », et le ministre, dont le poste fut bientôt supprimé, ne jouissait d'aucune autorité.

Les trois fils d'un condottière du Tabaristan, un certain Boûyè, d'abord simples pêcheurs, s'étaient mis au service de Merdâwidj, le Ziyâride, qui cherchait à rétablir le royaume des Sâssanides; mais il secouèrent le joug et occupèrent la Susiane. Le calife, éperdu, fait appel tantôt aux Hamdânides d'Alep, tantôt au Turc Touloun, tantôt au gouverneur de l'Égypte; c'est la guerre civile; un des fils de Boûyè, Ahmed, ayant pris Bagdad, devint, avec le titre, de sultan, le maître du califat (945). Le pouvoir effectif appartint à une dynastie iranienne, de religion chiite.

Nâçir-ed-Daula le Hamdânide, après avoir lutté contre les Bouïdes, s'était taillé dans le nord de la Syrie une principauté éphémère nominalement vassale du calife. C'est à son frère, 'Ali, qu'était échue la tâche de défendre les frontières contre les Byzantins; mais ceux-ci, bien commandés, avaient repris Naçibîn et Ras-el-Ain, dans la haute Mésopotamie (943); et Nicéphore Phocas, plus tard empereur, s'empara d'Anazarba en Cilicie, de Marach et enfin d'Alep (962).

L'entrée en scène des Seldjoukides fit disparaître l'hégémonie des Bouides, l'ascendant de la Perse sur le califat et l'influence du chiisme. Toghrul-beg prend Bagdad (1055); Malak-Châh s'empare de Damas (1076). Une branche de la même famille enlève définitivement l'Asie Mineure aux Grecs et fonde à Konya une dynastie qui se maintint jusqu'à la fin du XIIIe siècle. Les califes se succèdent sans gloire. A la faveur des luttes qui marquèrent la fin du pouvoir des Seldjoukides, ils reprennent quelque peu d'autorité sur leur capitale et ses environs immédiats, mais après la prise de Bagdad par les Mongols, le dernier Abbasside, Mosta'çim, fut mis à mort avec la plus grande partie de la population (1258) . (Cl. Huart).

Institutions du califat

Pendant la première période du califat, la plus courte et la plus glorieuse, les musulmans, se montrant dignes de la cause qu'ils avaient à soutenir, mirent au service du Dieu de Mohammed les plus fermes vertus, une activité et un courage guerrier indomptables. Ce fut le beau temps de l'islam. L'autorité souveraine, transmise par voie d'élection et non par droit de succession, appartenait en principe au peuple, et le calife, porté par les suffrages de ses concitoyens à un rang qui lui concédait le pouvoir temporel et spirituel, n'était en réalité que primus inter pares. Abou Bekr, Omar, Othmân et Ali, soumis à la loi commune, n'ayant d'autorité que celle qu'ils tiraient du Coran ou de la Sunna ( = coutume, tradition), nous apparaissent comme les patriarches des temps bibliques ou les magistrats populaires de l'ancienne Rome. Dès cette époque, toutefois, le titre de calife impliquait ceux de pontife (imâm), de roi (malik) et de juge (qâdî). Mais l'Empire étant venu à s'étendre dans les proportions que l'on sait, le calife se vit forcé de déléguer certains de ses pouvoirs à des agents (oummâl, sing. âmîl) chargés de le représenter dans les provinces. Quant aux revenus de l'Etat qui entraient dans le trésor public (beït el-mâl), ils se composaient :
1° de la dime ou taxe des pauvres (zakât) que redevait tout musulman;

2° du quint (khoums) prélevé sur la butin de guerre;

3° de l'impôt foncier (kharadj), dont seuls étaient frappés les raïya ou sujets non musulmans;

4° de la contribution personnelle ou capitation (djizya). La contribution personnelle des rayas juifs ou chrétiens était annuellement de 4 dinars pour les riches et de 2 pour les pauvres. Mais, outre cette contribution en numéraire, les peuples conquis avaient à opérer des prestations en nature destinées à l'entretien des troupes musulmanes.

L'impôt foncier était calculé d'après la nature et la fertilité des terres possédées par les vaincus. Enfin le zakât s'appliquait à trois sortes de biens-fonds : 
1° les terres vagues mises en culture par les musulmans;

 2° les terres dont les possesseurs étaient convertis à l'islam sans y avoir été contraints par la force des armes;

3° les terres prises sur les infidèles et possédées à titre de butin.

La comptabilité des sommes parfois considérables qui résultaient des impôts nécessita dès le règne d'Omar la création d'un bureau spécial dont ce calife emprunta l'organisation aux Persans et qui conserva son nom persan de dîwân, terme qui s'étendit ensuite à tous les services administratifs et passa de l'arabe dans les langues romanes (dogana, aduana, douane). Les Arabes d'alors, qui se contentaient d'être de brillants improvisateurs et d'intrépides guerriers, étaient si inexpérimentés en matière d'administration qu'ils confièrent le soin de tenir les registres du dîwân à des Persans, à des Grecs et à des Coptes. 

Le calife administrait comme il l'entendait les deniers de l'Etat et les affectait aux besoins de la guerre, aux travaux publics, au soutien des pauvres, enfin à la répartition d'une dotation annuelle à laquelle avait droit dans le principe tout vrai croyant et dont la fixation proportionnelle remonte à Omar. C'est ainsi que l'épouse favorite du Prophète, Aïcha, reçut un douaire annuel, sorte de liste civile, de 12,000 dirhems, les autres veuves de Mohammed n'en touchèrent que 10,000. Les Hâchimites, c.-à-d. les membres de la famille du Prophète, furent inscrits pour la même somme. Les Mohâdjir et les Ansâr ou premiers Mecquois et Médinois qui avaient embrassé l'Islâm obtinrent 5000 dirhems. Pour tout le reste des musulmans majeurs, la dotation variait de 4000 à 300 dirhems. Il est curieux de constater que, dès l'origine, dans cette république toute démocratique, il y eut une classe de privilégiés. Ces premières institutions politiques par lesquelles fut régie la communauté musulmane, oeuvre en très grande partie d'Omar, restèrent, en somme, à l'état rudimentaire. Elles s'appuyaient sur les premières dispositions prises par le Prophète et consignées dans l'imparfait code religieux, civil et militaire qu'il avait légué à son peuple, c.-à-d, le Coran.

Avec l'avènement de la dynastie omeyyade qui succède au califat « parfait », le mécanisme de l'Etat se modifie et ira toujours se compliquant. Les gouverneurs de province, à mesure que l'Empire arabe recule ses limites, sont investis de pouvoirs plus étendus; ils s'adjoignent des lieutenants (naqîb) qu'ils ont le droit de nommer eux-mêmes. Par contre, le calife distrait de leurs attributions les fonctions de qâdî et d'imâm pour les confier à des titulaires spéciaux directement nommés par lui. Les innovations les plus importantes sont l'oeuvre de Moâwiya et d'Abd el-Malik. Et, d'abord, le système du pouvoir est complètement transformé d'électif et populaire qu'il était auparavant, il est changé, dès 661, en héréditaire et absolu. Moâwiya copie l'étiquette des souverains étrangers, et surtout des rois sassanides. Il se fait construire un riche palais à Damas; il a des chambellans (hâdjib); il donne audience sur un trône, mais, pour ceci, il s'est cru obligé d'en demander l'autorisation au peuple en prétextant de son excessive obésité. A la mosquée, c'est au fond d'une maqsoûira, espèce de loge grillée, qu'il assiste aux offices, l'attentat khâridjite dont il fut victime lui ayant inspiré certaines mesures de prudence, comme de se faire escorter, quand il sort, d'une garde du corps (chorta) qui veille constamment sur sa personne. Ses successeurs n'ont pas moins que lui le goût du luxe et du cérémonial; ils ont une cour brillante somptueusement vêtue à la syrienne, composée de la nombreuse clientèle goreïchite que la politique et l'attrait du nouveau a poussée hors du Hedjaz : émirs de tout rang, rudes hommes de guerre que gagnent les douceurs inaccoutumées de la civilisation naissante, rapsodes et bardes bédouins accourus du désert et étonnés de se retrouver dans un milieu vraiment arabe rappelant les cours des princes de Hira et de Ghassân.

Moawiya fut le premier à créer une chancellerie où tous les actes émanant du pouvoir central furent enregistrés, de façon qu'une fois expédiés ils ne pussent être falsifiés ni contestés dans leur authenticité; ce fut le diwan el-akhtâm ou « bureau des sceaux ». Il s'occupa également d'assurer la rapidité des communications en instituant la poste par courriers, telle qu'elle existait chez les Persans; des relais de chevaux ou de chameaux furent établis entre les chefs-lieux des différents gouvernements et la capitale de l'empire. Cette poste reçut le nom de barîd, mot d'origine persane (comp. syr. pered„ lat. veredus, all. pferd). Cette institution fut améliorée et développée par Abd el-Malik, qui ne la réserva plus seulement aux courriers de l'Etat, mais en étendit l'usage au transport des voyageurs. C'est ce calife qui est le fondateur du système monétaire musulman; le premier il fit frapper des monnaies d'or et d'argent à légendes exclusivement arabes ou il est grossièrement représenté coiffé d'une tiare et ceint d'un glaive (696). Jusque-là on s'était servi de monnaies bilingues, on le grec, le pehlvi, l'himyarite même se mêlaient à l'arabe, monnaies frappées au coin d'Omar, du général Khâlid (?) et de Moâwiya, bien qu'à l'effigie d'un Khosroès ou d'un César, avec au revers l'atechgâh (pyrée) ou le symbole chrétien, byzantines pour l'or et le cuivre, sassanides pour l'argent. Par une mesure politique qui n'est pas sans analogie avec la précédente, Abd el-Malik décréta l'emploi exclusif de la langue arabe dans la rédaction des actes administratifs an lieu du persan, du copte et du grec. L'Etat fut enfin redevable au cinquième calife omeyyade de l'institution d'une cour de cassation (nadhar-el-madhâlim) pour connaître des jugements rendus par le qâdî et contre lesquels les intéressés portaient plainte. Les séances de cette cour furent présidées par le calife en personne jusqu'en 870, époque à laquelle celui-ci céda sa place à un juge spécial (Le Droit musulman).

Sous Hâroûn er-Rachîd, l'organisation de l'Etat est achevée, les bases de l'administration se trouvent consolidées pour plusieurs siècles. Le siège de l'Empire est transféré dans les plaines qui ont vu les grands empires de l'Antiquité; les califes ne résident plus à Médine ou à Damas, mais en plein Irak, non loin de Ctésiphon, l'ancienne capitale perse, car la domination passe aux peuples du Khorasân, de la Perse et de la Chaldée, dont la révolution de 750 est l'oeuvre tout entière et qui sauront enu profiter. Bagdad, la « ville du Salut », peuplée de 800,000 habitants, devient la maîtresse du monde. 

Les califes deviennent des souverains absolus, despotiques, craints et vénérés jusqu'à l'adoration. Ils s'entourent d'étrangers, principalement de Persans, et tiennent les Arabes en mince estime. A l'imitation des anciens rois de Perse, les Abbâssides se déchargent du poids des affaires sur des premiers ministres appelés vizirs (vézirs) (d'après la rac. wazara, « porter un fardeau-»). Ces hauts fonctionnaires sont dépendants ou absolus. Dépendants, ils exécutent simplement les ordres du souverain. Absolus, ils se substituent à lui et exercent tout le pouvoir d'un calife, sauf qu'ils ne peuvent, en théorie du moins, désigner de successeur au souverain régnant. Ils ne sont donc responsables que vis-à-vis du calife. Cette nouvelle institution du vizirat ne fut pas la moindre cause de la décadence du califat d'Orient; car, peu à peu, les Abbâssides se déshabituèrent de l'exercice du pouvoir et perdirent toute influence directe sur leurs sujets. 

Le calife est censé tenir ses pouvoirs du choix libre de la majorité des musulmans; mais, une fois qu'il a reçu leur serment de fidélité (beïa), il devient leur maître absolu, jouissant sur tous du droit de vie et de mort. Les devoirs du prince à l'égard de l'Etat sont analogues à ceux du bon père de famille; les sujets lui doivent en retour obéissance et assistance; que s'il manque à ses devoirs, la rébellion devient légitime. Voilà pour le temporel. En tant que chef spirituel, le calife est juge suprême dans les questions du dogme. Sa décision est sans appel au tribunal d'inquisition établi sous El-Mamoûn contre les progrès croissants de la libre pensée, du communisme et du déisme personnifié.

Les préfets sont nommés par le calife ou le vizir auxquels ils doivent juridiquement et exclusivement compte de leurs actes; ils gouvernent leurs provinces en rois vassaux. Les généraux sont nommés de la même façon. En temps de guerre, ceux-ci sont investis de pouvoirs très étendus, comme de conclure des traités, de rendre la justice et de partager le butin; les grades sont conférés par eux-mêmes. Un arîf commande dix hommes, un khalîfa en commande cinquante, un naqîb cent, un qâïd mille, un émir dix mille. L'armée se compose de volontaires irréguliers et de troupes régulières à la solde de l'Etat. Lorsqu'il s'agit d'une guerre locale, les généraux sont nommés par les préfets. En réalité, ceux-ci disposent de la force militaire, de même qu'ils disposent des finances; ils appliquent le produit des impositions d'abord aux besoins locaux et n'en envoient que le surcroît au chef du gouvernement. Cet arrangement, il est vrai, n'est pas sans porter ombrage à l'autorité centrale; mais il est trop favorable aux administrés pour qu'on y puisse toucher sans danger. On se contente de changer fréquemment de préfets, pour les empêcher de se rendre indépendants. - La justice est rendue par des qâdî relevant de juges principaux ou qâdî l-qoudât. Des officiers ministériels leur sont adjoints : notaires (châhid), clercs (amîn) et substituts (nâïb).

Afin de surveiller les agissements non seulement des Alides, qui sont les ennemis du régime actuel, mais les membres de la famille régnante, le calife ou ses représentants nomment dans les différentes provinces des agents de police secrète qui sont chargés, en outre, de tenir un registre des naissances et des morts au fur et à mesure qu'elles se produisent parmi les descendants du Prophète. Ceux-ci, Alides et Abbâssides, constituent la noblesse musulmane. 

L'instruction supérieure est donnée dans les mosquées-cathédrales (djâmi) par les oulamââ, en attendant la fondation par Nizâm el-Moulk, vizir du Seldjoukide Malik Châh, des deux universités (madrasa) de Nichapour et de Bagdad en 1009 et 1019; l'enseignement secondaire près des mosquées (masdjid) et l'enseignement primaire dans les kouttâb.

Sous les Abbâssides, les services administratifs sont très compliqués; on peut les réduire à ceux-ci : 

dîwân el-iktisâb, administration des poids et mesures comprenant en outre l'inspection des marchés et de la voirie et la police des moeurs; 

diwân el-barîd, administration des postes et relais; 

diwân er-rasâïl, bureau de la correspondance;

diwân el-akhtâm, ministère des sceaux, où se concentrent l'expédition et la réception des pièces officielles;

 5° diwân et-tauqî, bureau de l'enregistrement desdites pièces et du sceau impérial;

dîwân el-kharadj, ministère des finances;

diwân zimâm en-nafaqât, bureau des dépenses; 

dîwân ez-zimâm, cour des comptes; 

diwân ed-deïa, administration des domaines de l'Etat, bureau du cadastre; 

10° diwân el diound, ministère de la guerre;

11° diwân el-mawâlî wal-ghilmân, administration des affranchis et des esclaves du calife.

Vie économique.
Hommes à l'esprit aventureux, aux goûts peu sédentaires, pèlerins ne transigeant pas avec le devoir, commerçants âpres au gain, tels sont et tels furent de tous temps les Arabes. C'est parce qu'ils furent de grands voyageurs qu'ils furent de grands géographes. A une époque où l'Extrême-Orient était à peine soupçonné de l'Europe, où l'Afrique, en dehors de quelques côtes, était inconnue, les musulmans et particulièrement les Arabes étaient en relation commerciale avec l'Inde, Java, la Chine, l'intérieur de l'Afrique et les parties les moins explorées de l'Europe, comme la Russie, la Suède et le Danemark. C'est qu'en effet l'étendue de l'empire des califes, les richesses de son sol, la variété des climats, la population, l'état policé des provinces, ont dû nécessairement exciter la spéculation mercantile. 

Un simple coup d'oeil sur une carte fait juger des points éloignés mis en contact par un centre commun de religion, de politique et d'affaires. On trouvera exposé à l'article Commerce des Arabes au Moyen âge la nomenclature des produits manufacturés ou naturels qui faisaient, au Moyen âge, l'objet du trafic musulman, les principales routes suivies, etc. Les raisons qui mirent fin aux grandes pérégrinations des musulmans à travers le monde sont d'ordre purement politique. 

La découverte du cap de Bonne-Espérance porta un coup fatal au commerce maritime que les Arabes entretenaient avec l'Inde, la Chine et la côte orientale de l'Afrique. Puis vinrent les grandes invasions mongoles sous Gengis Khan et Tamerlan, qui ruinèrent le commerce qui se faisait par les routes de l'Asie centrale. La conquête de l'Egypte par Selim Ier (1517) fit, en outre, passer tout la commerce de la Méditerranée entre les mains des armateurs génois, pisans et vénitiens. D'autre part, les relations de l'Orient musulman avec le Nord de l'Europe furent complètement suspendues dès le XIe siècle, à la suite du déplacement des Bulgares et des troubles politiques de la Russie. (P. Ravaisse).

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