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Agnès Sorel

Agnès Sorel ou Soreau est née vers 1422, au château de Fromenteau, près Villiers-en-Brenne, dans la Touraine, et est morte à Anneville, près de Jumièges, le 9 février 1450. Son père, Jean Sorel (Sorelle ou Seurelle), écuyer, seigneur du Coudun, était gentilhomme au service du comte Charles de Clermont. Sa mère, Catherine de Maignelais, châtelaine de Verneuil en Bourbonnais, appartenait à une famille de petite noblesse. Admise de bonne heure à la cour de Nancy, Agnès fut attachée à la duchesse héritière de Lorraine, Isabeau, femme de René d'Anjou. La soeur de René, Marie d'Anjou, avait épousé Charles VII. Par suite des relations que ce mariage établissait entre les deux maisons de France et de Lorraine, la demoiselle de Fromenteau (c'est ainsi qu'Agnès s'appela d'abord) fut présentée au roi de France vers 1441. Ce prince la remarqua, la retint auprès de lui, et bientôt après eut avec elle une liaison, qui resta secrète dans les débuts, mais qui, à partir de 1444, était publique. 
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Portrait d'Agnès Sorel.
Portrait supposé d'Agnès Sorel
en Vierge à l'enfant, par Jean. Fouquet (musée d'Anvers).

Depuis cette époque jusqu'à sa mort, Agnès ne quitta plus le roi, qui pendant ces six ou huit années ne cessa de lui témoigner l'attachement le plus passionné. Simple demoiselle d'honneur de la reine Marie, elle eut, grâce aux libéralités de son amant, un train de princesse, une maison royalement montée, des terres, des châteaux, ce qui, au dire de certains chroniqueurs, scandalisa les contemporains. C'était en effet la première fois que la maîtresse d'un roi avait à la cour une sorte de situation officielle. Agnès a donc tenu une assez grande place dans la vie de Charles VII, Est-ce à dire cependant qu'elle ait exercé sur la politique de ce prince l'influence que la plupart des écrivains ont signalée?

L'histoire d'Agnès Sorel est longtemps restée une pure légende. Presque tous les historiens, trompés par des données chronologiques inexactes qu'ils adoptaient sans examen, faisaient naître Agnès vers 1410 et fixaient les commencements de sa liaison avec Charles VII aux environs de 1433. Dès lors, c'était elle qui avait tiré le roi de son indolence, qui lui avait mis l'épée à la main contre les Anglais, qui l'avait débarrassé de ses pires favoris. Le traité d'Arras et les autres succès de la politique française étaient également son oeuvre. Bref, on la représentait comme le bon génie de Charles VII et, en quelque sorte, comme la continuatrice de Jeanne d'Arc. C'est là une opinion fort ancienne, qu'on trouve exprimée déjà dans un quatrain attribué à François Ier ainsi que dans un conte de Brantôme. Mais elle ne repose sur aucune autorité, et les recherches de Beaucourt, à la fin du XIXe siècle, en ont fait aisément justice.
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Portrait d'Agnès Sorel.
Agnès Sorel, d'après la miniature de J. Fouquet.

En reportant à 1420 ou 1422 la date de la naissance d'Agnès, et à 1441 celle de ses premières relations avec Charles VII, Beaucourt a réduit de sept ou huit ans le règne de la favorite, il a montré qu'elle avait paru à la cour beaucoup trop tard pour exercer la salutaire influence qu'on lui a prêtée. Enfin, tout en reconnaissant qu'elle eut toujours beaucoup d'empire sur l'esprit du roi, il établit, d'après le témoignage des contemporains, qu'elle n'a pas eu d'action sérieuse sur son gouvernement. Il ne faut pas oublier que Charles VIl avait alors autour de lui des auxiliaires et des conseillers de premier ordre, Richemont, Pierre de Brézé, Jacques Coeur, les frères Bureau, Etienne Chevalier, etc. C'est à ces hommes qu'il faut rapporter tout ce qui se fit d'heureux ou d'utile dans cette période. Le seul mérite d'Agnès Sorel consista, ce semble, à ne point contrarier leurs vues et à les aider au besoin de son crédit. Il est presque certain qu'elle les soutenait; tous ou presque tous étaient ses amis. Brézé, qu'elle sauva d'une disgrâce en 1448, Jacques Coeur et Chevalier, qu'elle se choisit pour exécuteurs testamentaires, paraissent lui avoir été très sincèrement attachés. Au reste, il est assez remarquable qu'après sa mort les meilleurs serviteurs de Charles VII furent disgraciés ou relégués au second plan.

Agnès eut de Charles VII quatre filles. La première, Marie (appelée quelquefois inexactement Marguerite), née vers 1443 , épousa en 1458 Olivier de Coëtivy, frère de l'amiral. La seconde, Charlotte, née probablement en 1444, fut mariée par Louis XI à Jacques de Brézé, comte de Maulevrier et de Brissac. Jeanne, la troisième, dite Jeanne de Valois, née en 1445, devint la femme d'Antoine du Bueil, favori de Louis XI. Enfin Agnès accoucha peu de jours avant sa mort d'une quatrième fille qui ne vécut que six mois. (Les dates de naissance de Marie et de Charlotte sont tout à fait incertaines).

Charles VII combla de bienfaits sa maîtresse. Vers 1444, il lui donna le château de Beauté-sur-Marne, près Vincennes, « afin, dit Monstrelet, qu'elle fut dame de Beaulté de nom comme de fait ». C'est effectivement le nom qu'elle prenait d'ordinaire et que ses contemporains emploient de préférence pour la désigner. En 1445, Agnès, insultée par le dauphin (devenu ensuite Louis XI), quitta la cour et alla vivre à Loches, où Charles VII lui avait fait bâtir un château. Plus tard, Charles VII lui fit présent d'une terre à Issoudun, puis de la châtellenie de la Roquecesière, en Rouergue, et de la seigneurie de Bois-Trousseau, en Berry. Enfin en 1449, quand il se fut emparé de la Normandie, il lui réserva la terre de Vernon-sur-Seine; peu après il lui donnait encore le château d'Anneville, près Jumièges. Agnès était alors enceinte de son quatrième enfant. Elle se rendit dans son nouveau domaine pour y faire ses couches. La roi vint l'y rejoindre. Là elle fut emportée en quelques jours par une affection qui avait l'apparence d'une dysenterie. 
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Tombeau d'Agnès Sorel, à Loches.
Le tombeau d'Agnès Sorel, dans la collégiale Saint-Ours, de Loches.
. © Photo : Serge. Jodra, 2013.

Comme il est arrivé maintes fois en pareil cas, cette mort soudaine, inattendue, parut à beaucoup de gens peu naturelle. On crut à un empoisonnement. Et, de fait on pense encore aujourd'hui que c'est bien ce qui a causé sa mort, mais il aurait été accidentel, et dû à l'absorption de sels de mercure, utilisés à l'époque comme un médicament. Les historiens français sont muets sur ce point : seul Thomas Basin a enregistré les bruits qui coururent alors. En revanche, les écrivains de l'école de Bourgogne, Jacques du Clereq et Monstrelet, accusent ouvertement le fils de Charles VII d'avoir fait périr la maîtresse de son père. Le dauphin avait eu, en effet, avec Agnès, de violents démêlés, Mais sa culpabilité, en dépit des apparences, n'a jamais été établie d'une manière certaine. On accusa aussi Jacques Coeur, un peu plus tard, lors de son procès. Charles VII parut ajouter foi à cette imputation. Tout cependant porte à croire que ce fut là une calomnie imaginée après coup par les ennemis du malheureux ministre pour le mieux perdre dans l'esprit de son souverain.

Le coeur d'Agnès fut déposé à l'abbaye de Jumièges, où on lui éleva un mausolée qui a été détruit pendant les guerres du XVIe siècle. Son corps, transporté à Loches, fut inhumé dans l'église collégiale Notre-Dame (devenue l'église Saint-Ours après 1792), que la favorite avait de son vivant richement dotée. Le tombeau qu'on lui dressa dans le choeur, déplacé au XVIIIe siècle, puis ruiné à la Révolution, a été maladroitement restauré en 1806. Conservé longtemps à la sous-préfecture, ce tombeau est de nouveau, depuis 2005, dans l'église Saint-Ours.

Au témoignage des contemporains, Agnès était remarquablement belle. Nous n'en pouvons juger. Les prétendus portraits qui nous sont parvenus, un dessin exécuté vers 1515, la statue couchée du tombeau de Loches (restaurée en 1806), une miniature, oeuvre de J. Fouquet, conservée à Francfort-sur-le-Mein, un dyptique sur bois de l'église Notre-Dame de Melun, qui se trouve aujourd'hui à Anvers, sont d'une authenticité plus que douteuse.

Par allusion à son nom, elle portait dans ses armes un sureau d'or.

Cinq lettres d'Agnès Sorel ont été publiées par Pierre Clément dans son livre Jacques Coeur et Charles VII. t. Il, pp. 126 et suivantes. (Ch. Grandjean).

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Dictionnaire biographique
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