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Les arts en Russie
jusqu'en 1900
On a longtemps considéré que l'art slave, et plus particulièrement l'art russe, n'était qu'une suite et même une corruption de l'art byzantin; on sait aujourd'hui, d'après des documents positifs et les objets retrouvés dans les fouilles, qu'outre les éléments byzantins, l'art russe est composé d'éléments empruntés à l'Antiquité classique, à la Grèce, à l'Asie, à l'Inde, à la Perse : l'influence touranienne et iranienne, spécialement cette dernière, est très sensible dans l'art russe. L'originalité de celui-ci consiste justement dans le mélange de tous ces éléments.

L'art des Steppes et l'art des anciens Slaves.
La premi√®re p√©riode de l'art russe est celle o√Ļ les divers √©l√©ments qui l'ont constitu√© commencent √† se m√©langer : depuis les produits de l'art des Steppes (art surtout animalier des populations nomades (turco-mongoles, scythes, sarmates, etc.) des steppes d'Asie centrale et de l'Europe orientale), jusqu'aux productions vari√©es des anciens Slaves qui jusqu'au IIe si√®cle subissent l'influence de l'art √©tranger. C'est l'√©poque des kourganes (tumuli) : car c'est presque exclusivement dans les tombeaux que l'on a retrouv√© les produits de l'art pendant toute cette p√©riode. Les restes monumentaux de l'art slave le plus ancien sont r√©pandus dans la Sud de la Russie dans un espace assez limit√© du Sud-Est du Caucase jusqu'au Nord-Ouest, dans le voisinage de Tchernigov et Kiev. Les objets retrouv√©s en grand nombre dans les tombeaux comprennent deux sortes principales : les uns t√©moignent d'une haute culture artistique et sont en majorit√© d'origine grecque; les autres sont l'oeuvre d'un art plus directement h√©ritier de l'ancien art du pays, tandis que les autres appartiennent √† l'arch√©ologie grecque, mais pr√©sentent cet int√©r√™t particulier qu'ils ont pour objet la repr√©sentation des moeurs, de la vie, du costume, de l'industrie de ces peuples barbares. 

Les antiquit√©s bosphoriennes (Bosphore cimm√©rien), retrouv√©es √† partir de 1835 dans le voisinage de Kertch, sont tr√®s instructives √† ce point de vue. On a retrouv√© dans la presqu'√ģle de Taman, dans le plus grand des deux kourganes d√©sign√©s sous le nom de ¬ę jumeaux ¬Ľ, lors des fouilles de 1869, une sorte de diad√®me d'or, parure f√©minine admirable, du plus beau style grec du IVe si√®cle av. J. -C. : sur les minces plaques d'or qui le composent, des figures sont repr√©sent√©es qui mettent en sc√®ne un combat d'hommes contre des griffons. Le grand kourgane de Tsehertomlizki, pr√®s de Nikopol, sur la rive droite du Dniepr, comprenant un grand nombre de tombes, et consacr√© √† un prince barbare, contenait de m√™me; au milieu de nombreux objets d'un travail barbare, des pi√®ces du travail grec le plus achev√©. On y a d√©couvert des objets tr√®s nombreux donnant les renseignements les plus directs sur la mani√®re de vivre, le go√Ľt artistique des anciens habitants de la Russie : une des d√©couverte les plus pr√©cieuses faites dans ces tombeaux est celle d'un superbe vase d'argent en forme d'amphore qui a servi sans doute √† contenir le koumis (petit lait de jument aigre et ferment√©); cette belle pi√®ce est au mus√©e de l'Ermitage, √† Saint-P√©tersbourg : ses ornements repr√©sentent une apoth√©ose du cheval, et figurent d'une mani√®re tr√®s expressive l'admiration des anciens artistes pour cet animal. On a trouv√© aussi pendant ces fouilles un grand nombre d'objets, tels qu'√©p√©es aux poign√©es cisel√©es, poignards, harnais de chevaux, etc., qui t√©moignent en m√™me temps de l'influence asiatique par leurs formes orientales, sp√©cialement persanes, et de l'influence grecque. 

La preuve de ces diverses sources de l'art de cette √©poque est donn√©e surabondamment par les fouilles op√©r√©es dans la vall√©e du Dniepr, dans les kourganes d'Alexandropol, dans le district d'l√©kat√©rinoslav, √† 60 verstes du Dniepr, de Heremesov, √† 50 verstes au Sud-Est de Krasnokut, entre I√©kat√©rinoslav et Nikopol, et de Zimbalov, dans le district de Melitopol, dans le voisinage de la mer d'Azov. La plus grande partie des objets retrouv√©s dans les tombeaux princiers sont d'un travail barbare brut, mais les ornements y repr√©sentent, √† c√īt√© de griffons stylis√©s d'influence persane, et pr√®s d√®s repr√©sentations de l'arbre de vie et de la fleur du lotus, des t√™tes de chevaux dont les corps contourn√©s et serpentueux s'entrelacent, ainsi que des corps d'hommes dont les jambes se terminent en forme de serpents et d'animaux, premi√®res tentatives d'un art original. Quels que soient les peuples qui aient produit et travaill√© ces objets, il est certain que les Slaves et les Russes se sont inspir√©s de cet art et que, dans les objets trouv√©s dans les tombeaux de la vall√©e du Dniepr; on peut relever les √©l√©ments primordiaux de ce que sera plus tard l'art russe.

L'art russe jusqu'au XVIIe siècle.
L'art russe proprement dit date des premi√®res manifestations d'existence de la Russie dans la seconde moiti√© du IXe si√®cle; lorsque la grande-duchesse Olga se fut fait baptiser √† Constantinople pour adopter le christianisme (955), ainsi que son fils Vladimir (988), l'art russe se manifesta par une s√©rie de grandes productions nouvelles; ce sont des constructions imposantes, plus particuli√®rement des √©glises, qui, tout en s'inspirant des traditions de l'art byzantin et des souvenirs du pass√©, montrent une originalit√© r√©elle dans la r√©partition de ces diff√©rents √©l√©ments et sp√©cialement dans la disposition des ornements monumentaux. 

L'architecture.
Le monument le plus ancien de cette p√©riode (en partie conserv√©) est la cath√©drale de Sainte-Sophie que le grand-duc Iaroslav √©leva en 1037 √† Kiev, en m√©moire de sa victoire sur les Petchen√®gues. B√Ętie probablement par des architectes byzantins sur le mod√®le de Sainte-Sophie de Constantinople, elle pr√©sente des mosa√Įques et des fresques couvrant les murs de l'autel et ses neuf absides; on ne peut, avec ce qui en subsist√©, d√©terminer nettement de nos jours √† quel art se rattachaient ses coupoles; la cath√©drale actuelle qui a remplac√© la monument ancien, date du XVIIe si√®cle et porte la marqu√© du style russe de cette √©poque; la plus belle expression artistique de la cath√©drale de Sainte-Sophie est la mosa√Įque coossale de la m√®re de Dieu : le riche fond d'or de l√† mosa√Įque, les formes allong√©es de l'image et du v√™tement; les bras et et les mains, la figure raide, mais pleine d'expression et de sentiment, t√©moignent directement de l'influence byzantine. Au XIe si√®cle, d'autres grandes constructions furent √©lev√©es √† Kiev : le clo√ģtre le plus ancien de la Russie, celui de Ki√©vo Pechtcherskaia Laura; le clo√ģtre de Saint-Michel, etc.; mais tous ces √©difices ont √©t√© reb√Ętis et ne doutent plus dans leur forme actuelle aucuh√© id√©e de la tentative faite au XIe si√®cle pour adapter l'art byzantin √† un art russe personnel. Les monuments de Novgorod sont presque tous dans le m√™me cas. En revanche, on trouve √† Vladimir et dans les environs des √©glises de la plus grande importance pour l'√©tude de l'adaptation dee l'art byzantin √† un style russe. Ces √©glises datent du XIIIe si√®cle; elles ont √©t√© √©lev√©es pour la plupart apr√®s que le grand-duc Andreas Bogolubski e√Ľt transf√©r√© de Kiev √† Vladimir le si√®ge du gouvernement (1169); les m√©tropolites de Kiev se transport√®rent peu apr√®s dans la nouvelle capitale. En 1129, l'√©glise de Saint-Georges fut construite √† Vladimir et, en 1160, l'√©glise de la Transfiguration s'y √©leva; mais les constructions actuelles rappellent tr√®s peu le pass√©.

Au contraire, les √©difices remarquables pour l'√©tude de l'architecture de cette √©poque sont celui de Pokrove (pr√®s de Bogoljubov), √©lev√© au milieu du XIIe si√®cle, et la cath√©drale de Saint-D√©m√©trius b√Ętie √† Vladimir √† la fin du XIIe si√®cle. Le plan fondamental est toujours emprunt√© √† l'art byzantin; mais ces √©glises, et principalement la derni√®re nomm√©e, se font remarquer par une d√©coration originale et l'ornementation des murs ext√©rieurs. Chacune des quatre faces de la cath√©drale de Saint-D√©m√©trius est partag√©e du haut en bas en trois parties par de fines colonnettes qui se raccordent les unes aux autres au sommet par d'√©l√©gants demi-cercles; √† son tour, chacune des trois parties ainsi form√©es par les colonnes est divis√©e en deux, au milieu, par une corniche qui repose sur de minces petites colonnes arr√™t√©es √† mi-hauteur et reli√©es entre elles par des arcs pleins de go√Ľt; au milieu et en bas de la fa√ßade, reposant sur, d'√©l√©gantes colonnes; s'ouvre la porte d'entr√©e, flanqu√©e √† droite et √† gauche d'√©troites fen√™tres; dans la partie sup√©rieure de chaque fa√ßade, les trois parties form√©es par les colonnettes au-dessus de la corniche sont perc√©es de longues et √©troites fen√™tres. Un peu plus tard, l'ornementation des murs ext√©rieurs se compliqua de bas-reliefs qui, couvrant tout le tour des fen√™tres. dans la partie plane, form√®rent une d√©coration, originale et l√©g√®re, de plantes, feuillages et fleurs entrelac√©s, de figures d'humains et d'animaux (lions, centaures, cerfs, oiseaux, griffons, etc.).

Si l'on rapproche cette ornementation des objets travaill√©s d'une mani√®re barbare retrouv√©s dans les tombeaux du Sud de la Russie; on constate aussit√īt la filiation directe qui les marque. Mais ce style original russe est presque aussit√īt √©touff√© par les constructions √©lev√©es √† Moscou et formant une adaptation tr√®s sp√©ciale de l'art byzantin. Les plus anciens monuments de Moscou datent du XIVe si√®cle, de l'√©poque o√Ļ Moscou rempla√ßa Vladimir comme capitale (1328), par l'ordre du grand-duc Ivan Danilovitch, et devint le si√®ge d'un m√©tropolite. Malheureusement, il ne subsiste aujourd'hui que peu de traces de ces premi√®res constructions. D'une mani√®re g√©n√©rale, c'est de cette √©poque que date l'habitude d'entourer, dans les √©glises, la coupole centrale de quatre plus petites coupoles repr√©sentant les quatre √©vang√©listes. La cath√©drale de Romanov-Borissogliebsk est un type magnifique du genre, bien que post√©rieure (1652). Un peu plus tard, mais toujours au XIVe si√®cle, on commen√ßa √† donner aux coupoles une forme bulbeuse et renfl√©e, rappelant l'oignon, en m√™me temps qu'elles reposaient sur une fondation de forme cylindrique. Le style moscovite se r√©pandit √† dater du XVe si√®cle et envahit la plupart des villes russes, y compris Kiev et Novgorod; au milieu du XVIIe si√®cle, il devint m√™me le mod√®le de la Russie enti√®re, apr√®s avoir √©t√© en d√©croissance pendant le XVIe si√®cle. 

Les √©glises principales de Moscou sont construites dans le style moscovite aux XIVe et XVe si√®cles, en particulier celles comprises dans l'enceinte du Kremlin : l'√©glise de la Dormition de la Vierge (ou les empereurs de Russie √©taient couronn√©s), la cath√©drale de l'Archange Michel, etc. Au style moscovite vint s'appliquer l'influence orientale qui permit √† la fantaisie des architectes de s'exercer librement on augmenta beaucoup le nombre des coupoles, on modifia et exag√©ra leur forme l√©gumineuse, on les flanqua de b√Ętiments annexes, clochers et vestibules, orn√©s et b√Ętis en forme de temples indiens. Le plus parfait mod√®le de ces fantaisies architecturales est la c√©l√®bre cath√©drale de Saint Basile √† Moscou (Vassili Blajeno√Į) √©lev√©e sur l'ordre d'Ivan IV le Terrible, au milieu du XVIe si√®cle, en souvenir de la prise de Kazan (1552) : elle pr√©sente un m√©lange √©tonnant des motifs les plus divers de l'architecture et de l'ornementation de l'Orient et de l'Occident (indiens, persans, byzantins, romans); aucune des treize coupoles et tours ne ressemble aux autres; elles s'√©l√®vent dans leur architecture originale √† c√īt√© les unes des autres, sans se nuire et sans que cet √©difice singulier manque d'un grand aspect d'ensemble : cet √©difice unique forme un tout, malgr√© la vari√©t√© et l'incoh√©rence apparente des √©l√©ments qui le composent. 
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Moscou : l'ťglise Saint-Basile.
La cathédrale Saint-Basile, à Moscou

On retrouve ce style bizarre dans l'√©glise grousienne de la M√®re de Dieu, construite en 1628 √† Moscou, ainsi que dans la cath√©drale Blagovjechtchenski de Kazan. La plupart des √©difices russes de ces √©poques ont √©t√© construits par des architectes √©trangers, byzantins, italiens, allemands; mais on ne peut douter qu'il ait exist√© d'excellents architectes russes d√®s les temps les plus recul√©s : la preuve en est donn√©e par ce fait que l'envoy√© de saint Louis √† la cour du khan des Mongols au XIIIe si√®cle y trouva des architectes que l'on avait fait venir de Russie; les chroniques nous apprennent aussi qu'un grand nombre de constructions, en particulier celles de Vladimir, sont dues √† des architectes indig√®nes. 

Les autres arts.
L'originalité de l'art russe et son existence même sont attestées encore par d'innombrables miniatures et lettres ornées dans les manuscrits du XIe et du XIIe siècle. Enfin les vases sacrés, les croix, les calices, les ostensoirs en témoignent de même. La peinture seule manque totalement d'un caractère original dans les premiers temps et pendant les temps périodes de l'art russe : elle est renfermée dans la décoration des églises et la reproduction des images des saints et garde la raideur byzantine; cela tient à ce que les types traditionnels des saints étaient devenus canoniques, et que'à partir du XVe siècle la moindre modification dans les caractères a été interdite. On peut d'ailleurs observer que les iconostases à trois portes devant l'autel, richement décorées d'images de saints, présentent un développement progressif du style original russe.

L'art russe sous les Romanov.
Une nouvelle p√©riode de l'histoire des arts en Russie commence √† l'√©poque de l'√©l√©vation an tr√īne des Romanov (1613); la Russie entre en relations de plus en plus r√©guli√®res avec la civilisation de l'Europe occidentale et devient un des grands Etats europ√©ens sous la domination de Pierre le Grand √† la fin du XVIIe si√®cle. L'influence de l'Occident remplace d√®s lors celle de l'art byzantin et asiatique et s'y substitue presque compl√®tement pendant une longue p√©riode. 

L'architecture.
L'architecture manifeste cette modification pendant deux si√®cles de la mani√®re la plus frappante. C'est ainsi que l'√©glise de Saint-Nicolas ou de la Grande-Croix, √©lev√©e en 1680 par Pierre ler √† Moscou, allie d'une mani√®re extravagante l'art de la Renaissance et le go√Ľt ext√©rieur du rococo aux cinq coupoles bulbeuses de l'art moscovite qui surmontent sans aucune raison le toit plat de l'√©difice italien. Une autre construction de style rococo est l'√©glise vladimirienne de la M√®re de Dieu √©difi√©e pr√®s de la porte de Nicolas, √† Moscou. A la suite de l'√©tablissement de la capitale √† Saint-P√©tersbourg (1703) au lieu de Moscou, l'architecture se manifeste par une s√©rie de monuments innombrables √©lev√©s dans la nouvelle ville et dont la suite s'√©tend jusqu'en 1858, date de l'ach√®vement de la cath√©drale de Saint-Isaac. Pierre le Grand et ses successeurs, Elisabeth, Catherine lI, Alexandre Ier et Nicolas Ier s'efforcent de faire de Saint-P√©tersbourg une ville europ√©enne de style moderne : les traditions anciennes sont abandonn√©es pour faire place au go√Ľt occidental. Tresani construit en 1713 le clo√ģtre d'Alexandre Nevski; Starov √©l√®ve l'√©glise de la Trinit√©, sous Catherine II, en 1790; la cath√©drale de Saint-Pierre et Saint-Paul est b√Ętie de 1714 √† 1733 avec les √©l√©gantes tours √©lanc√©es de Schuravski; Tresin construit la cath√©drale de Preobrajenski (1742-1754); la cath√©drale de Saint-Andr√© est reb√Ętie en 1761; Woronichin √©l√®ve de 1801 √† 1811 la cath√©drale de la M√®re de Dieu de Kazan; enfin, la grande et imposante cath√©drale de Saint-Isaac est b√Ętie de 1818 √† 1858 sur les plans de R. de Monferrand. 
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Saint-Pťtersbourg : l'ťglise de la Rťsurrrection du Christ.
Détails de la façade de l'église de la Résurrection, à Saint-Petersbourg.

En dehors des √©glises, d'innombrables monuments s'√©l√®vent : l'Amiraut√© (1718, sur les plans de Pierre le Grand), le Palais imp√©rial d'hiver (sur les plans du comte Rastrelli, de 1754 √† 1764, br√Ľl√© en 1837 et reb√Ęti identique), les palais de Tsarko√© S√©lo et de P√©terhof, le palais d'Antichkov, les palais des comtes Voronzov et Stroganov (b√Ęti sur les plans de Rastrelli). l'Acad√©mie des beaux-arts (1764, due √† Kokorin), le Vieil Ermitage (1765, d√Ľ √† Delamotte), le Palais de marbre (de Delamotte, √©lev√© de 1770 √† 1883), le ch√Ęteau de Tauri (1783, de Starov, sur le mod√®le du Panth√©on), la Bourse (de Thomon, 1804 √† 1810), le palais Michel (1819-24, de Rossi), le Nouvel Ermitage (de Klenze, 1840-1852). Ces diff√©rents monuments suivent le go√Ľt de l'Europe occidentale et sont b√Ętis selon le temps, les uns dans le style de la Renaissance, d'autres dans le go√Ľt baroque et rococo, d'autres dans le style classique restaur√©. Apr√®s ce long tribut pay√© √† l'influence √©trang√®re, on voit repara√ģtre une renaissance des traditions de l'art russe ancien; c'est encore de Moscou que vient la direction de ce mouvement d'art dans tous les ordres. Le tsar Nicolas I √©tait d√©j√† revenu au go√Ľt national dans les √©difices de l'enceinte du Kremlin. Mais la renaissance russe est marqu√©e avec magnificence, surtout dans l'√©glise du Sauveur √† Moscou, b√Ętie de 1839 √† 1883 sur les plans de Thon et Resanov, ainsi que dans l'√©glise du Souvenir de Borki (1891-1894).

La sculpture.
En dehors de l'architecture, l'influence occidentale s'est exerc√©e tr√®s fortement pendant le XVIIIe et le XIXe si√®cle sur la sculpture et la peinture en Russie. √Čtroitement en ferm√©s. dans la repr√©sentation des types conventionnels des saints, ces arts ne prennent une personnalit√© et une expression que depuis deux si√®cles. Ce n'est qu'au XVIIIe si√®cle que l'on commen√ßa √† √©lever des statues au souvenir des grands hommes russes : l'un des premiers monuments fut, comme il √©tait juste, consacr√© √† Pierre Ier, le grand r√©formateur de la Russie; de son vivant, le comte Bartolomeo Rastrelli, sculpteur, p√®re de l'architecte, ex√©cuta un Pierre le Grand √† cheval, qui fut, en 1847, coul√© en bronze; mais les successeurs de Pierre le Grand ne go√Ľt√®rent pas ce groupe qu'ils trouvaient trop peu anim√© et ne le firent pas √©lever sur une place publique. Catherine Il fit ex√©cuter par Falconet un Pierre le Grand mont√© sur un cheval fougueux qui gravit un rocher; ce groupe, en bronze, est plac√© au centre de la place de Pierre-le-Grand, sur la N√©va, √† Saint-P√©tersbourg

Parmi les oeuvres les plus célèbres de la sculpture russe, on peut citer le monument en bronze élevé à la mémoire du prince Poyarski et du boucher Minine, sur la place Rouge, à Moscou (de Martoss, 1888, recteur de l'Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg), le monument de Lomonossov (de Martoss), celui des généraux Barclay de Tolly et Koutousov (1818-1836, d'après le projet de B. Orlovski, placé devant la cathédrale de Kazan à Saint-Pétersbourg), le buste colossal d'Alexandre Ier (de Orlovski), le monument commémoratif d'Alexandre ler (1832, de Montferrand), avec une statue de l'Ange de la paix, due à Orloski; la statue du fabuliste Krylov (1855, du baron Clodt, dans le Jardin d'été de Saint-Pétersbourg); une statue équestre de l'empereur Nicolas Ier(de Clodt, 1859, sur la place de Sainte-Marie); le monument de Novgorod, élevé en souvenir, de l'occupation millénaire de la Russie (1862), en forme de cloche géante portant des scènes de l'histoire de Russie, dues à Mikiechin; le monument de Catherine II, de Mikiechin elle est représentée entourée de ses généraux et hommes d'Etat (1874); le monument de Pouchkine à Moscou (1830, de Objekuchin et Bogomolev); le monument de Bohdan-Chmelnizki, à Kiev (1873, de Mikiechin et autres sculpteurs). Les principaux sculpteurs russes sont Popov, Antokolski (statue d'Ivan le Terrible (1871, à Saint-Pétershourg), Tchichov, E. Lancera. Ils sont caractérisé par un réalisme très accentué qui leur est commun à tous.

La peinture.
La  peinture russe s'est d√©velopp√©e depuis le XVIIIe si√®cle dans des directions diverses sous l'influence de l'Europe occidentale; jusqu'√† la moiti√© du XIVe si√®cle, l'imitation de la peinture italienne, des classiques fran√ßais, et l'ex√©cution de la peinture strictement acad√©mique √©taient les trois voies principales tent√©es par les artistes russes. Mais depuis un demi-si√®cle, l'art s'est cr√©√© une expression nationale en Russie. Au XVIIIe si√®cle et au d√©but du XIXe si√®cle, les principaux repr√©sentants de la peinture religieuse et de la peinture d'histoire ont √©t√© Losenko (mort en 1773), Antropov (mort en 1792), Akimov (mort en 1814), Ugriumov (mort en 1823), Levizki (mort en 1822), lvan√īv (mort en 1823), Moschov (mort en 1839). Les paysagistes et peintres de marine les plus r√©put√©s se nomment Sim, et Sil. Schtchedrin (le premier mort en 1804, le second en 1830), Pritchetnikov (mort en 1809), F. Alekseiev (mort en 1824). La peinture acad√©mique a √©t√© cultiv√©e principalement par Tropinin (mort en 1827), Warnek (mort en 1843), Lebediev (mort en 1837), Worobiev (mort en 1855), K. Rabus (mort en 1857), Bruni (mort en 1875), Mark√īv (mort en 1878), A. Beideinanu (mort en 1869) et Willewalde. Le peintre chef de l'√©cole romantique est K. Brullpv qui a fait √©cole et a eu de nombreux √©l√®ves. Les autres peintres romantiques r√©put√©s sont Bronnikov, et divers paysagistes et peintres de marine, tels que Aivasovski, Bogolnibov, L. Lagorio et A. Mechtcherski. La peinture religieuse et populaire a pour repr√©sentant A. Ivanov. Les principaux peintres r√©alistes, dans la peinture de genre et d'histoire, sont Fedotov, Makovski, Perov, Polenor, Weresschagin, etc.

Les arts décoratifs et industriels.
La sculpture ornementale para√ģt sup√©rieure √† la statuaire en Russie : elle s'exerce abondamment dans la d√©coration des √©glises; les innombrables chapelles, ouvertes aux encoignures des rues en l'honneur d'un saint, poss√®dent des ic√īnes, des lampes de bronze et d'argent; les iconostases des cath√©drales sont extr√™mement riches; l'or, le vermeil, l'argent, le lapis, le jaspe, la malachite, les √©maux, y sont employ√©s √† foison. Dans les √©glises de Saint, Isaac, et du Sauveur, on en trouve d'admirables, v√©ritables chefs-d'oeuvre d'originalit√© et d'√©clat. L'industrie du bronze et de l'orf√®vrerie religieuse est tr√®s florissante et occupe des ouvriers et des artistes tr√®s nombreux √† Moscou et Saint-P√©tersbourg. Une manufacture imp√©riale produisait des mosa√Įques qui occupent une si grande place dans la d√©coration des √©glises.

Les arts industriels de la Russie ont √©t√© tr√®s prosp√®res et en grand progr√®s √† partir du d√©but du XIXe si√®cle : les √©toffes de soie ne sont plus import√©es de Lyon; et les √©b√©nistes russes produisent de beaux meubles, non seulement dans leur style national, mais dans les plus pures formes de l'art fran√ßais de Louis XV et Louis XVI. L'orf√®vrerie civile et la bijouterie ont aussi b√©n√©fici√© de la renaissance nationale : le tsar Alexandre III a remis en honneur les costumes nationaux f√©minins dans les bals officiels et command√© des oeuvres d'art d'apr√®s les mod√®les du style moscovite, et m√™me d'apr√®s les merveilles retrouv√©es dans les fouilles du Bosphore cimm√©rien. L'imagerie religieuse, fabriqu√©e surtout √† Moscou et Kazan, touche de tr√®s pr√®s √† l'art. De nombreuses manufactures fabriquent des ic√īnes peints sur bois ou sur cuivre, orn√©s de reliefs en cuivre, chrysocale, argent, vermeil et or. Les ouvriers sont des moines et des paysans : chaque partie de l'ic√īne, yeux, nez, bouche, cheveux, mains, pieds, est ex√©cut√©e par des sp√©cialistes qui font toujours la m√™me besogne, d'apr√®s les types immuables que les couvents moscovites ont recueillis du mont Athos. (Ph. B.).

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