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Les
textes
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Romancero,
c.-à-d. en espagnol recueil de romances.
II y a cette différence entre les Romanceros et les Cancioneros,
que les premiers ne renfermaient originairement que des chants populaires,
tandis que les seconds furent consacrés à des compositions
étudiées, dont les auteurs faisaient plus ou moins oeuvre
de poésie. Le Romancero espagnol, tel que l'a donné
son dernier éditeur, Duran (Madrid, 1850), renferme des pièces
d'une nature et d'un mérite très différents, soit
par Ie sujet, soit par la date de la composition. Il est arrivé,
en effet, que les chants véritablement populaires et primitifs de
l'Espagne ont été imités et remaniés par les
poètes depuis le XVIe siècle,
tels que Lope de Vega, Quevedo,
Juan de Timoneda,
Cervantès; en sorte
qu'il se rencontre, sous la même rubrique, des pièces d'une
qualité, d'une origine et d'un mérite extrêmement divers.
Assigner à chaque pièce sa date approximative est une des
plus graves difficultés qu'ait rencontrées Duran : il distingue
des romances de huit époques différentes; les anciennes sont
les meilleures, et les plus curieuses comme écho naïf des sentiments
et des opinions populaires. Après la diversité des dates
vient la diversité des sujets. Le Romancero peut être
considéré comme offrant tes éléments d'une
ou de plusieurs épopées : aussi les dramaturges castillans
ont abondamment puisé dans ce riche trésor des traditions
nationales. Nous distinguerons plusieurs groupes dans les romances espagnoles
:
1° les romances chevaleresques;Les romances chevaleresques se divisent en plusieurs cycles, dont les principaux sont ceux de Charlemagne On trouve également des morceaux
étincelants de beautés mâles et fortes, toutes colorées
par les moeurs du temps, dans les cycles de Fernand Gonzalès et
des sept infants de Lara. Fernand Gonzalès, dont la mémoire
et encore fidèlement conservée à Burgos Mais quel que soit l'intérêt
que présentent ces divers cycles, cet intérêt est cependant
effacé par les beautés du cycle du Cid. Nul héros,
en effet, n'a mieux résumé les diverses qualités du
caractère espagnol; il n'y eut jamais de figure poétique
plus chère à un peuple. L'imagination espagnole s'est donc
plu à parer le Cid des plus aimables et des plus nobles qualités.
De là un grand nombre de romances destinées à chanter
les grandes actions du héros castillan par excellence, depuis son
enfance jusqu'à su mort; elles célèbrent l'appui prêté
par le Cid à don Sanche, sa fidélité à l'ingrat
Alphonse, sa lutte contre les Maures, la conquête de Valence, le
mariage de ses filles, doña Elvire et doña Sol, leur insulte
vengée sur les infants de Carrion, principalement la vengeance de
don Diègue, et l'histoire des amours avec Chimène.
Les pièces que renferme le cycle du Cid, bien que de mérites
très divers, présentent toutes un grand intérêt.
On doit regretter que la mâle légende ait été
quelquefois affadie par les poètes du XVI La classe très intéressante
des romances historiques embrasse l'histoire entière de l'Espagne
jusqu'au XVIe siècle exclusivement.
Dans ce vaste cadre, l'imagination populaire s'est naturellement emparée
de tous les événements les plus propres à la frapper.
Elle a donc chanté la perte de l'Espagne causée par l'amour
de Roderic pour la Cava, la trop fameuse fille du comte Julien; la défense
de Zamora Les romances moresques, composées
dans les derniers temps de la puissance des Arabes dans la Péninsule,
ou même après la prise de Grenade II en est de même des compositions populaires que nous rangeons sous le titre de Romances de moeurs, faute d'en trouver un autre qui leur convienne mieux. Nous trouvons ici l'imagination du peuple espagnol dans toute sa liberté, prenant tour à tour le ton élégiaque, pastoral, burlesque, satirique, picaresque. Le cadre des romances est toujours restreint. La langue espagnole fournit aisément la rime; par conséquent, ce petit poème n'excède pas la portée d'un esprit même inculte; de là la saveur particulière, l'agrément infini de cette classe de romances qui durent encore aujourd'hui et dureront probablement autant que le peuple espagnol lui-même. Les ballades anglaises et écossaises, d'une époque plus rude, n'offrent rien qui puisse être comparé à ces petits tableaux de la vie espagnole, composés en général durant le XIVe siècle. Nous ne citons que pour mémoire les romances dont les sujets sont pris dans l'Antiquité. Il suffit de les nommer pour faire entendre qu'elles sont l'oeuvre de poètes érudits, et qu'elles n'offrent, par conséquent, aucun des caractères qui font le charme du romancero, la spontanéité, la naïveté. Ce sont des compositions pédantesques et d'un genre faux. (E. B.). |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.