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Romance,
petite pièce de vers, divisée en couplets d'égale
étendue et de même mesure, et destinée à être
chantée. La mélodie que le musicien lui applique est la même
pour les divers couplets. La romance exprime particulièrement les
sentiments tendres et langoureux, mais peut prendre un caractère
dramatique ou passionné. L'origine de ce genre de composition remonte
aux troubadours et aux trouvères. Celles de leurs pièces
qui nous ont été conservées avec une notation musicale
prouvent que la mélodie était courte, sans tonalité
précise, d'un rythme indécis, et consistait en quelques sons
plaintifs, monotones, dont la persistance finissait par saisir l'oreille
et toucher le coeur : tel est le caractère des chants du châtelain
de Coucy ,
d'Adam de La Halle, de Lescurel, etc. A partir
du XVIe siècle, la romance française
eut plus de vie et de mouvement, un rythme plus accusé, et un air
de grâce qui la fit rechercher par toute l'Europe : les musiciens
qui s'y exercèrent avec le plus de succès furent Leheurteur,
Pierre Vermond, Beaulieu, Deschamps, Claudin, Du Caurroy. On a des romances
agréables de Louis XIII, de Guédron,
son maître de musique, et, sous Louis XIV,
de Lulli, de Boisset,
de Lambert, de Bernier, de Colin de Boismont, de Bury, de Colasse, de Campra,
etc.
Vers le milieu du
XVIIIe siècle, la romance prit un
développement analogue à celui de la musique elle-même,
et l'on vit se succéder une multitude de fraîches inspirations,
entre autres : Que ne suis-je la fougère, charmante idylle
écrite par Riboutté sur un vieil air qu'on a faussement attribué
à Pergolèse; Je l'ai planté, je l'ai vu naître
par J.-J. Rousseau; Ô ma tendre musette,
paroles de Laharpe, musique de Monsigny; Il pleut, il pleut, bergère,
de
Fabre
d'Églantine, musique de Simon (directeur
du théâtre des Variétés); L'Amour est un
enfant trompeur, et
Plaisir d'amour ne dure qu'un moment, petits
chefs-d'oeuvre du musicien J.-P. Martini; les Petits oiseaux, par
Rigel; J'ai vu Lise hier au soir, par le hautboïste Garnier;
J'aime
à voir les hirondeles, par Devienne; Pauvre Jacques,
oeuvre de la comtesse de Travenet, que les royalistes chantaient dans les
premiers temps de la Révolution.
Certains compositeurs
commencèrent à se consacrer tout entiers au genre de la romance;
mais le sopraniste Albanèse est le seul de ce temps-là qui
ait laissé des recueils agréables encore aujourd'hui. Après
les orages de la Révolution, sous le Directoire, le Consulat et
le premier Empire, plusieurs musiciens donnèrent des romances qui
jouirent d'une popularité méritée : de ce nombre étaient
Garat Boïeldieu, Pradher; on n'a point oublié non plus Carbonnel,
auteur de Brigitte et de Pauvre Lise à quinze ans,
ni Lambert, qui nous a laissé Les bords de la Loire, et De
ma Céline amant modeste, ni Choron,
dont la Sentinelle fit le tour de l'Europe, ni Pollet, auteur de
la romance Fleuve du Tage. Mais les Compositeurs qui eurent les
succès les plus nombreux et les plus prolongés furent Plantade
et d'Alvimare, chez qui l'on commence à remarquer une certaine ambition
dramatique dans les accompagnements. Quelques Italiens vinrent aussi cultiver
la romance française; tels furent Godefroy Ferrari, Lamparelli,
Mengozzi, Ballochi, et surtout Blangini, auteur de délicieux nocturnes.
Deux femmes se firent également une brillante réputation,
Mme Gail, et la reine Hortense, auteur du chant Partant pour la Syrie,
que le second Empire français a pris pour chant national. C'est
à la reine Hortense qu'on doit l'idée de former des albums
de romances, et celle de joindre un dessin à chaque morceau.
Pendant le gouvernement
de la Restauration, le premier rang parmi les auteurs de romances appartint
à Romagnesi, dont les mélodies claires, faciles, bien écrites
pour la voix, ont cette juste mesure de gaieté et de sentiment qui
est aussi éloignée du gros rire que de l'emportement de la
passion. A côté de lui brillèrent Amédée
Rousseau, dit de Beauplan, qui publia une foule de chansonnettes vives
et piquantes; Édouard Bruguière, dont les romances respirent
une sensibilité touchante; Mme Pauline Duchambge, Mme Malibran,
Panseron, etc. A la suite de la Révolution de 1830, en même
temps que triomphait dans la littérature l'école romantique,
Hippolyte Monpou tenta une transformation analogue de la romance : son
Andalouse,
d'une tournure si cavaliers, eut une vogue immense. Mais la mort prématurée
de l'auteur fit avorter la musique romantique. Alors fut introduit un genre
nouveau, que Loïsa Puget, qui en fut la créatrice, porta immédiatement
à la perfection : ses romances sont de petits drames, de petits
épisodes de la vie bourgeoise, mélangé du douce sensibilité,
de bon sens et de gaité tempérée, avec des mélodies
vives, bien rythmées et faciles à saisir. Dans le même
temps, Masini, originaire de Florence, mettait dans la romance la grâce
et la limpidité qui caractérisent le génie Italien;
Il eut dans les salons de l'aristocratie la même vogue que Loïsa
Puget avait obtenue chez les bourgeois. Il y eut moins de délicatesse,
mais plus de franchise et de couleur, chez Théodore Labarre. A côté
de Fréd. Bérat, plein d'émotion et de naturel, Grisar,
Clapisson, Thys, Lagoanère, Latour, Chéret, Scudo, Vimeux,
Vogel, Arnaud, Henrion, Nadaud se sont fait au XIXe
siècle une réputation méritée. |