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Aguilaneuf

Aguilaneuf. - Au Moyen âge, ce mot crié par les rues le premier janvier servait à marquer l'allégresse de la population, au moment du renouvellement de l'année. Suivant une tradition bien peu assurée, cet usage serait un souvenir du gui sacré que les druides (Religion celtique) cueillaient solennellement au mois de décembre au solstice d'hiver, c'est-à-dire vers le 20 ou 21 décembre, qui marquait la nouvelle année (au gui l'an neuf). 

Si l'on se fie à cette opinion, les druides, sortant avant le lever du soleil, réveillaient le peuple en criant Au gui l'an neuf! A ce cri solennel, dans toutes les Gaules on se portait vers les forêts les plus épaisses, et particulièrement vers celles qui étaient situées entre Chartres et Dreux, où étaient les principaux collèges des druides. Alors on organisait des processions.

Les bardes formaient des choeurs, en chantant des hymnes en l'honneur des dieux; venaient ensuite les eubages ou sacrificateurs, et les devins. Après eux s'avançaient deux taureaux blancs, destinés au sacrifice, puis un héraut d'armes vêtu de blanc et portant en main un caducée formé d'une branche de verveine entourée de deux figures de serpents. Il conduisait les jeunes gens préparés pour l'initiation; suivaient trois druides des plus anciens : l'un portait le pain pour l'oblation; le second , le vin ou l'eau, et le troisième, une main d'ivoire en guise de sceptre.

Le chef des druides paraissait ensuite, couvert d'une double robe blanche, retenue par une ceinture d'or, et la tête couverte d'un chapeau blanc, surmonté d'une houppe et garni de deux larges bandes qui tombaient sur les épaules. Le roi de la contrée marchait à côté de ce pontife, accompagné de la noblesse et suivi d'une foule innombrable de peuple. Arrivé dans la forêt, on dressait, au pied d'un chêne garni de gui, un autel triangulaire de gazon, et l'on gravait sur le tronc et sur les deux plus fortes branches les noms suivants disposés en forme de croix :

THEUT.
HESUS. TARANIS. BÉLÉNUS.
THEUT.

C'étaient les principales divinités. Alors le grand druide prononçait une prière, brûlait le pain, répandait l'eau sur le feu de l'autel, puis il montait sur l'arbre et y coupait avec une serpette d'or le gui que les autres druides recevaient sur une nappe ou dans le pan de leurs tuniques. On trempait de ce gui dans l'eau , et cette eau ainsi sanctifiée était supposée très efficace contre les sortilèges et pour guérir les maladies. Le grand druide descendait de l'arbre et terminait la cérémonie par le sacrifice des deux taureaux. Dans le cours de la journée les autres druides distribuaient au peuple, à titre d'étrennes, des fragments du gui sacré. 

Par extension, le terme d'aguilaneuf a été appliqué aux étrennes elles-mêmes, et aussi à une quête que les jeunes gens des deux sexes faisaient le premier janvier, de même encore à de petites sommes d'argent que les parents donnaient à leurs enfants pour se divertir à certains jours de fête.  Dans plusieurs départements on appellerait encore les étrennes, à gui-lan-neuf, guilanus, guilan, guillanneu , Guilenleu. Haguirenleux. Haguimenlo, Haguilenues, etc. 

Des souvenirs de cette cérémonie religieuse ont subsisté en France bien au delà des temps du paganisme : ainsi, dans l'Orléanais, la veille du premier jour de l'an, les enfants des campagnes vont encore au XIXe siècle de porte en porte demander leurs étrennes en chantant le gui-l'an-neuf. Au XVIIIe siècle, ce cri était encore usité en Picardie.

Dans le diocèse d'Angers, il y avait, le 1er janvier, une quête appelée à-gui-l'an-neuf, qui se faisait pour les cierges de l'église. De jeunes garçons et de jeunes filles, sous la conduite de leur chef appelé follet, étaient chargés de recueillir les dons des fidèles. Cette réunion avait nécessairement des dérives, et ces jeunes gens se livraient à des extravagances qui firent abolir cette coutume, en 1595, par une ordonnance synodale; mais elle se pratiqua dès lors en dehors des églises, et la licence en devint encore plus grande : les garçons et les filles couraient de maison en maison, en chantant des chansons dissolues; de nouvelles mesures prises en 1688 mirent malheureusement fin à cette joyeuse quête. 

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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