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Le symbolisme de l'arbre

Le choix d'un arbre ou d'un arbuste pour servir d'emblème  religieux politique ou moral,  Ă©tait un usage chez dans beaucoup de sociĂ©tĂ©s anciennes et modernes. Il pouvait s'agir d'un arbre en particulier, comme Yggdrasill, le frĂŞne qui, dans la Mythologie nordique reliait la terre au ciel et aux enfers. Il pouvait aussi s'agir d'arbres diffĂ©rents, attributs des dieux, comme en Grèce (Mythologie grecque). L'olivier y Ă©tait ainsi consacrĂ© Ă  AthĂ©na, la myrte Ă  Aphrodite, la vigne Ă  Dionysos, le laurier Ă  Apollon, le cèdre aux EumĂ©nides, le figuier Ă  Arès, le peuplier Ă  Heraclès, le pin Ă  Poseidon, le chĂŞne Ă  Zeus.
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L'arrachage de l'arbre sacré. Un des actes rituels les plus fréquents dans la Grèce archaïque. Un homme à genoux arrache l'arbre posé sur l'autel, tandis que l'une des prêtresses danse et l'autre est penchée sur la table sacrée. Ce rite paraît avoir eu un caractère funèbre. (Bague d'or de Mycènes, Musée national d'Athènes).

Athènes affectionnait évidemment l'olivier d'Athéna : ses médailles avaient ainsi, les unes la chouette seule, les autres la chouette et l'olivier réunis. Cependant les platanes y étaient en honneur : au Céramique interne, c'est-à-dire dans la promenade des tuileries situées dans la ville, on remarquait un platane fameux, où les magistrats chargés de surveiller le costume des femmes affichaient les noms de celles qui se négligeaient à cet égard, et la peine qu'on leur infligeait. A côté de la rue sacrée, et presque entre les deux Céramiques ou tuileries, on trouvait le figuier sacré, près duquel s'arrêtait le cortège qui venait de sacrifier à Eleusis

C'est ici le cas, rapportait en 1791 l'abbé Grégoire à qui on a repris une partie du texte, de rappeler encore une infamie royale. Les figues de l'Attique étaient très estimées. Athénée raconte qu'un roi de Perse ne trouva pas de meilleur moyen pour en avoir sans les payer que de déclarer la guerre à la Grèce. Sans doute des milliers d'hommes furent égorgés parce qu'un tyran aimait les figues. L'arbre qui les produit a conservé sa réputation; et actuellement encore, en Orient, le figuier pagode est, pour les Indiens, l'objet d'une vénération religieuse.
Au PĂ©rou, des cĂ©rĂ©monies se dĂ©roulaient sous le palta et le lucuna, deux espèces d'arbres distinguĂ©s par la bontĂ© de leurs fruits, par la beautĂ© de leurs tiges, et qui formaient communĂ©ment un bosquet autour des cabanes. En OcĂ©anie, les premiers voyageurs europĂ©ens ont trouvĂ© l'usage de planter pour chaque individu un arbre qu'il regardait comme sacrĂ©. 

Palmyre et la JudĂ©e, les PhĂ©niciens, les Carthaginois et les colonies fondĂ©es par ces peuples en Europe, avaient adoptĂ© le palmier (Palme), qui par ses espèces très multipliĂ©es, nourrit l'homme, le dĂ©saltère et l'habille. Les Babyloniens en vantaient une, qui, Ă  en croire Pline, leur fournissait 360 sortes d'utilitĂ©, et que par cette raison, ils regardaient comme l'emblème de leur annĂ©e, composĂ©e d'un nombre Ă©gal de jours. Le palmier figurait encore la durĂ©e des Ă©tats, et sa feuille Ă©tait un symbole triomphal ou commĂ©moratif, dont l'usage s'est perpĂ©tuĂ© jusqu'Ă  nos jours. Au XVIIIe siècle, les Juifs des contrĂ©es septentrionales de l'Europe faisaient venir annuellement d'Italie et d'Orient des palmes pour la cĂ©lĂ©bration de la fĂŞte des tabernacles (JudaĂŻsme). 
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Paris : rue Tiquetonne (l'Arbre ŕ ličge).
L'Arbre à liège, une enseigne ornant une façade de la rue Tiquetonne, à Paris.
Photo : © Serge Jodra, 2008.

Dans les catacombes chrétiennes, les arbres figurés sur les tombeaux sont l'image du Paradis terrestre. Pendant les premiers siècles de son existence, le christianisme eut beaucoup de peine à faire disparaître le culte des arbres et les croyances attachées aux forêts. Il fut un temps où il était défendu de planter des arbres dans les cimetières, non plus pour motif d'idolâtrie, mais pour faire cesser les assemblées profanes qui se tenaient dans ces lieux consacrés. (E.-H. V.).

Arbre de la science / du bien et du mal. 
L'arbre du discernement, plus communément appelé arbre de la science, ou arbre du bien et du mal, est un symbole introduit par la Genèse, (II et III) :

En plaçant l'homme et la femme dans le jardin d'Éden, au milieu duquel Ă©tait plantĂ© l'arbre de vie, l'Ă©ternel Dieu lui permit de manger librement de tout arbre du jardin, Ă  l'exception d'un certain arbre, qu'il nomma l'arbre de la science du bien et du mal : Le jour oĂą tu en mangeras, dit-il, tu mourras de mort. Or, le serpent, qui Ă©tait le plus fin de tous les animaux des champs, dit Ă  la femme : Vous ne mourrez nullement; mais Dieu sait que, le jour oĂą vous en mangerez, vos yeux seront ouverts et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. La femme donc, voyant que le fruit de l'arbre Ă©tait bon Ă  manger et qu'il Ă©tait agrĂ©able Ă  la vue, et que cet arbre Ă©tait dĂ©sirable pour donner de la science, en prit du fruit et en mangea; elle en donna aussi Ă  son mari, qui Ă©tait avec elle, et il en mangea. Et les yeux de tous deux furent ouverts, et ils connurent qu'ils Ă©taient nus, et ils cousirent ensemble des feuilles de figuier et ils s'en firent des ceintures. 
On ferait toute une bibliothèque avec ce qui a été écrit pour interpréter ce texte, et tout un musée avec ce qui a été composé pour le figurer. Nous nous bornons à deux simples remarques : Rien dans la Genèse n'indique que l'arbre de la science fût un pommier, ni que le serpent fût le diable déguisé; au contraire, il est présenté comme un animal, et la condamnation prononcée centre lui suppose nécessairement un animal :
« Parce que tu as fait cela, tu seras maudit entre tous les animaux et toutes les bêtes des champs; tu marcheras sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. »
Ajoutons que dans la Cabale, les Arbres de Vie sont des diagrammes symboliques qui représentent les Séphirot et les chemins entre eux. Ils sont utilisés pour explorer les relations entre les différents aspects divins et pour méditer sur la nature de Dieu.

Arbre de Noël.
C'est surtout en Allemagne et dans les pays scandinaves qu'on trouve l'usage de l'arbre de Noël anciennement établi. La veille de Noël au soir, on dresse dans la plus grande chambre de la maison un sapin orné de pommes et de noix dorées; on le garnit de bougies, dont la clarté illumine la table chargée de cadeaux. Il y en a non seulement pour les enfants de la famille, mais aussi pour les domestiques et les hôtes de la maison. En cette fête intime, on chante des cantiques aux mélodies douces et joyeuses; et les vieux, unissant leur voix à celle des enfants, se retrouvent jeunes. L'origine de l'arbre de Noël était, dans le passé, communément attribuée au protestantisme; Il se distinguerait ainsi du catholicisme, qui aurait gardé en propre la crèche comme emblème de la fête. Il y a là une erreur longtemps avant la Réformation, l'arbre de Noël est mentionné dans les légendes allemandes du Moyen âge.-

Une lettre charmante de Luther à son fils traduit des impressions et des visions que le célèbre réformateur doit avoir perçues en sa propre enfance, devant l'arbre de Noël. P. Cassel (Weihnachten, Ursprünge, Braüche und Aberglauben; Berlin, 1862) a écrit que, dès les anciens temps, cet arbre fut un symbole de l'arbre du Paradis, reconquis par la venue du Sauveur : Ses pommes ne sont plus des fruits de mort, comme au temps d'Eve et d'Adam; il porte la lumière et sa verdure ne se flétrit point. Cette conjecture semble singulièrement subtile et théologique pour un usage populaire. L'arbre de Noël symbolise simplement un moment aimable de la vie; les dons qu'il porte sont offerts à tous, comme marque d'affection et non comme récompense du mérite. Dans la pensée populaire, c'est l'enfant Jésus qui les apporte; c'est pourquoi les petits les appellent Christkindchen. Comme la joie ouvre le coeur à la pitié et à la sympathie, Noël se fait la fête de la charité; le riche visite l'indigent et lui apporte de quoi fêter ce jour-là avec ses enfants.

Le mariage de la reine Victoria avec le prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha introduisit l'arbre de Noël à la cour d'Angleterre. L'exemple de la cour fut imité par le peuple, si rapidement que l'usage semble ancien, tant il est devenu général. Il a été importé en France par des familles protestantes d'Alsace et d'Allemagne, dressé non seulement dans les maisons, mais dans les écoles et dans les églises; enfin popularisé, à la suite de la douloureuse émigration, par la Société des Alsaciens-Lorrains; il est dégagé de tout dogme, mais garde la pensée originelle : Grâce, paix et joie aux petits et aux pauvres, sympathie entre tous les hommes de bonne volonté. (Ch. Pfender).

Arbres de la LibertĂ©. 
Dans un grand nombre de communes de France, Ă  l'Ă©poque de la RĂ©volution, on planta des arbres destinĂ©s Ă  rappeler, ainsi que de vĂ©ritables monuments commĂ©moratifs, l'avènement des libertĂ©s nouvelles. C'est ce qu'on appela dans le langage du temps des arbres de la libertĂ©. Le premier paraĂ®t avoir Ă©tĂ© plantĂ© Ă  Saint-Gaudent, près de Civray, dĂ©partement de la Vienne, par les soins du curĂ© de la paroisse, Norbert Pressac de la Chagneraye. En mai 1790, le jour de l'inauguration de la municipalitĂ©, il fit transporter par les jeunes gens et les jeunes filles, sur la place du village, un chĂŞne que l'on y dressa. Il le bĂ©nit et prononça une allocution patriotique finissant par ces mots : 

« Au pied de cet arbre vous vous souviendrez que vous êtes Français, et dans votre vieillesse vous rappellerez à vos enfants l'époque mémorable où vous l'avez planté. »
Ensuite le curĂ© exhorta ses paroissiens Ă  nommer sur-le-champ des arbitres qui termineraient amiablement leurs procès. Le conseil fut suivi, et le soir mĂŞme tous les plaideurs « s'embrassaient après avoir entendu leur sentence. » 

Le Moniteur du 25 mai 1790, qui a enregistrĂ© cette cĂ©rĂ©monie, en parle comme d'un exemple sans prĂ©cĂ©dent et digne d'ĂŞtre suivi. Il fut suivi en effet. A Paris, dès 1791, on comptait deux cents arbres de la libertĂ© : Louis XVI en fit planter un dans le jardin des Tuileries; les particuliers en plaçaient devant leurs portes, dans leurs cours ou leurs jardins. C'Ă©tait devenu bien vite un prĂ©texte Ă  rĂ©jouissances et Ă  manifestations. Le jour de l'inauguration, devant l'arbre enrubannĂ©, fleuri, dĂ©corĂ© d'inscriptions, on prononçait des discours, on dĂ©bitait des strophes patriotiques, les enfants chantaient des choeurs; puis la cĂ©rĂ©monie s'achevait par des danses et un banquet. A partir de 1792, l'Ă©tat des esprits ayant changĂ©, ces sortes de fĂŞtes prirent un autre caractère. C'est ainsi que le 20 juin 1792 le bataillon de Santerre amena aux Tuileries un arbre de la libertĂ©, qu'il se proposait d'Ă©lever sur la terrasse des Feuillants, en souvenir de l'insurrection; mais, la foule encombrant la terrasse, l'arbre fut plantĂ© simplement dans les dĂ©pendances d'un couvent du voisinage. Le mouvement avait dĂ©jĂ  gagnĂ© les provinces. 

« En mai 1792, dit l'abbé Grégoire, à l'époque où nos ennemis redoublaient d'efforts, on vit dans toutes les communes des arbres élever leurs têtes majestueuses et défier les tyrans : le nombre de ces arbres monte (en 1794) à plus de 6 000, car les plus petits hameaux en sont ornés, et beaucoup de grandes communes du Midi en ont dans presque toutes les rues et même devant la plupart des maisons. »
Les colonies elles-mêmes imitèrent la métropole. Le 22 thermidor an Il (9 août 1794), une députation du Sénégal annonçait à la Convention qu'un arbre de la liberté avait été élevé à Saint-Louis, « dans l'endroit où se tenait jadis l'infâme marché de la servitude ». Il y ont aussi des Arbres de la fraternité. Le plus célèbre est celui qui fut apporté du bois de Vincennes sur la place du Carrousel, le 28 janvier 1793, et planté solennellement en présence du Conseil général de la commune et des autorités de Paris.
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Arbre de la liberté.
Plantation d'un arbre de la Liberté.

Un autre fut placĂ© Ă  la frontière de la France et du canton de Genève, par des citoyens des deux pays. Jusqu'alors on avait laissĂ© en cette matière toute initiative aux particuliers et aux municipalitĂ©s. La Convention ne tarda pas Ă  intervenir. Le 3 pluviĂ´se an II (22 janvier 1794) les « Orphelins des dĂ©fenseurs de la patrie » viennent lui demander la permission d'abattre l'arbre « plantĂ© par le tyran » dans le jardin des Tuileries et de le remplacer. La permission est accordĂ©e; puis, sur la proposition de Dubois-CrancĂ©, la Convention dĂ©crète sĂ©ance tenante : 

« Que dans toutes les communes où l'arbre de la liberté aurait péri, il en sera planté un d'ici au 1er germinal (21 mars). Elle confie cette plantation et son entretien aux soins des bons citoyens, afin que dans chaque commune l'arbre de la liberté fleurisse sous l'égide de la liberté française. »
Beaucoup d'arbres, en effet, avaient péri parce qu'on les avait plantés dans une saison défavorable; d'autres, et c'était le plus grand nombre, ayant été mis en terre sans racines comme les anciens mais, se trouvaient desséchés on renversés.

Le petit livre de l'abbé Grégoire, mentionné plus haut, publié après le décret de pluviôse, l'Essai historique et patriotique sur les arbres de la liberté (Paris, an II, in-18.), montre bien quelle place ce grave sujet tenait alors dans les préoccupations du public. Le livre est divisé en six chapitres, dont les titres sont parlants :

« I. Arbres sacrés chez les anciens. - II. Du chêne. III. Emblèmes de la liberté.- IV. Arbres de la liberté. V. Le chêne doit être préféré pour l'arbre de la liberté. - VI. Réflexions civiques sur l'arbre de la liberté. »
Deux citations ne sont pas superflues. Le choix des arbres faisait alors l'objet de vives controverses : les uns prĂ©fĂ©raient le chĂŞne, les autres le peuplier, dont le nom latin populus prĂŞtait Ă  un calembour symbolique. GrĂ©goire penchait pour le chĂŞne 
« L'arbre destinĂ© Ă  devenir l'emblème de la libertĂ©, dit-il, doit ĂŞtre en quelque sorte fier et majestueux comme elle; il faut donc : 1° Qu'il soit assez robuste pour supporter les plus grands froids, sans quoi un hiver rigoureux pourrait le faire disparaĂ®tre du sol de la RĂ©publique... 2° Il doit ĂŞtre choisi parmi les arbres de première grandeur..., car la force et la grandeur d'un arbre inspirent un sentiment de respect qui se lie naturellement Ă  l'objet dont il est le symbole. 3° La circonfĂ©rence doit occuper une certaine Ă©tendue de terrain..., ce qui le rendra plus capable de remuer les sens et de parler fortement Ă  l'âme. 4° L'ampleur de son ombrage doit ĂŞtre telle que les citoyens trouvent un abri contre la pluie et les chaleurs sous ses rameaux hospitaliers. 5° Il doit ĂŞtre d'une longue vie... 6° Il faut enfin qu'il puisse croĂ®tre isolĂ©ment dans toutes les contrĂ©es de la RĂ©publique. Or le chĂŞne, le plus beau des vĂ©gĂ©taux d'Europe, rĂ©unit,... etc. » 
La conclusion vaut aussi Ia peine d'ĂŞtre citĂ©e : 
« L'arbre de la liberté croîtra; avec lui croîtront les enfants de la patrie; à sa présence ils éprouveront toujours de douces émotions... Là les citoyens sentiront palpiter leurs cours en parlant de l'amour de la patrie, de la souveraineté du peuple... Là nos guerriers raconteront les prodiges de bravoure des soldats de la liberté en combattant les esclaves des rois... Sous cet arbre se rassembleront ceux qui forment les extrémités de la vie : J'aidai à le planter, je l'arrosai, dira le vieillard, en jetant sur le passé des regards attendris. II est dans la vigueur de la jeunesse, et moi j'incline vers le tombeau... Alors les enfants et les mères, en bénissant le vieillard, jureront de transmettre à leurs descendants la haine des rois, l'amour de la liberté... et l'amour de la vertu. »
Mais tout le monde ne partageait pas l'enthousiasme de GrĂ©goire. Plusieurs arbres furent abattus par les contre-rĂ©volutionnaires. Celui de Castres ayant Ă©tĂ© renversĂ©, le dĂ©part. du Tarn fut autorisĂ© par la Convention (27 mars 1793) Ă  le rĂ©tablir et Ă  Ă©lever « autour » un autel de la patrie aux frais des coupables. BientĂ´t on se montra plus sĂ©vère : le 5 septembre, neuf personnes furent condamnĂ©es Ă  mort pour avoir sciĂ© pendant la nuit l'arbre de Rouen. On n'en scia pas moins celui d'Amiens (novembre). AndrĂ© Dumont, alors en mission dans la Somme, fit cĂ©lĂ©brer une cĂ©rĂ©monie expiatoire. Quand un nouvel arbre eut Ă©tĂ© plantĂ©, le tronc de l'ancien fut portĂ© en pompe Ă  l'hĂ´tel de Ville, couvert d'un drap noir, escortĂ© par la garde nationale, tandis que la musique exĂ©cutait une marche funèbre. La rĂ©action thermidorienne multiplia les dĂ©lits contre les arbres de la libertĂ©. Le Directoire se vit forcĂ© de sĂ©vir. Le 7 germinal an IV (27 mars 1796) il renvoyait devant le tribunal criminel de Seine-et-Oise les municipaux de Selles-les-Bordes; on avait coupĂ© et enlevĂ© l'arbre de la commune dans la nuit du 23 nivĂ´se (11 - 12 janv.) et les municipaux ne s'en Ă©taient pas inquiĂ©tĂ©s. Quelques jours plus tard, le Directoire prenait l'arrĂŞtĂ© suivant (25 germinal, 11 avril 1796) : 
« Le Directoire exécutif, informé que, dans plusieurs communes de la République, les arbres de la liberté ont été coupés, arrachés ou mutilés; que les auteurs de ces délits sont évidemment des ennemis déclarés de la République, et que c'est par erreur que certains tribunaux ont, soit de leur propre mouvement, soit d'après des avertissements peu réfléchis, pensé qu'on ne devait les punir que de la peine déterminée par l'art. 14 du titre Il du décret du 27 sept. 1791 sur la police rurale; - arrête que le ministre de la justice prendra les mesures nécessaires pour que les délits ci-dessus désignés soient poursuivis avec toute l'activité et punis avec toute la rigueur que prescrivent les lois portées contre toute espèce de crime contre-révolutionnaire et attentatoire à la liberté, à l'égalité et à la souveraineté du peuple français, et ce, nonobstant toute lettre ministérielle en instruction à ce contraire. »
Ensuite de cet arrĂŞtĂ©, les tribunaux correctionnels furent dessaisis du jugement, de ces dĂ©lits (15 florĂ©al an IV, 4 mai 1796). Les attentats se renouvelèrent, favorisĂ©s par la nĂ©gligence des autoritĂ©s et surtout par la rĂ©action de l'esprit public. Le 24 nivĂ´se an IV (13 janvier 1798), les Conseils votèrent une loi pour essayer de mettre un terme Ă  cet Ă©tat de choses. Cette loi arrivait trop tard: l'enthousiasme des premiers temps avait disparu, et des mesures administratives ne pouvaient y supplĂ©er. Ni le Consulat, ni mĂŞme l'Empire, ne firent abattre, comme on l'a prĂ©tendu, les arbres de la libertĂ©. Une lettre de Frochot, prĂ©fet de la Seine, datĂ©e du 7 brumaire an X (29 octobre 1801), prouve qu'Ă  cette date l'administration s'inquiĂ©tait encore de les prĂ©server. 

Plus tard, sous l'Empire, on les négligea. La population ne s'en souciait plus; les arbres morts ne furent pas remplacés, et les travaux d'édilité en firent disparaître beaucoup d'autres. On en voyait pourtant encore un grand nombre à l'époque de la Restauration. Le gouvernement des Bourbons les fit détruire presque partout. Quelques-uns cependant échappèrent : en 1830, on en montrait un à Linas, un à Pantin (Seine-Saint-Denis), deux à Marseille, etc.; ces derniers, deux chênes magnifiques, étaient encore debout en 1848.

Lors de la Révolution de Juillet, quelques arbres de la liberté furent plantés en province; l'autorité les fit enlever promptement pour couper court aux manifestations républicaines dont ils étaient le prétexte. En 1848 on les vit reparaître : la France en fut couverte. Le gouvernement provisoire avait donné le signal en plantant un peuplier sur la place de l'Hôtel-de-Ville. Bientôt chaque quartier de Paris eut son arbre de la liberté : un ancien ministre de Louis-Philippe en fit mettre un devant sa porte, avec cette inscription : Jeune, tu grandiras. Puis ce fut le tour des départements, jusque dans le moindre village. L'autorité encourageait ces cérémonies; le clergé y participait complaisamment; le peuple y apprenait que ses maux allaient finir. Mais à partir de 1850, tout changea. A Paris, le préfet de police Carlier fit abattre, une nuit, les arbres de la Croix-Rouge, de la rue Furstemberg, de la place du collège Rollin, et dans la banlieue ceux de Charenton, de Ménilmontant, de Belleville. Personne n'osant protester, on enleva en plein jour ceux du Château-d'Eau, des quais Napoléon et Montebello, des places Maubert, de la Sorbonne, de la Concorde, de la Bourse, de la rue Montmartre, etc. Le peuplier de l'Hôtel-de-Ville tomba à son tour. Mais ces exécutions avaient à la longue irrité la population. Quand la police voulut enlever l'arbre du Parvis-Notre-Dame, la foule s'y opposa. Pour le préserver on avait suspendu aux branches cette dédicace :

 Â« A Mgr Affre, pour son dĂ©vouement Ă  l'humanitĂ© en 1848. »
L'arbre fut néanmoins abattu. Dans les départements, les préfets agirent de même. En 1870, après la proclamation de la République, on planta de nouveau quelques arbres de la liberté, surtout dans les villes du Midi.

On a beaucoup dissertĂ© sur l'origine de cette coutume. A l'Ă©poque de la RĂ©volution on la rattachait aux usages du paganisme, aux croyances druidiques, et C. GrĂ©goire, qui reproduit ces opinions, a jugĂ© bon toutefois d'invoquer des souvenirs plus rĂ©cents, tels que le mĂ»rier de Shakespeare et les deux palmiers de Paul et Virginie; n'insistons pas sur cette filiation. Il a Ă©tĂ© mieux inspirĂ© en rappelant l'orme de Boston, et surtout les maĂŻs de l'ancienne France. A Boston, dès 1765, les partisans de l'indĂ©pendance amĂ©ricaine prirent l'habitude de s'assembler sous un orme, qui devint bientĂ´t fameux dans tout le pays. Chaque État voulut avoir des rejetons de cet arbre; la plupart des. grandes villes de l'AmĂ©rique plantèrent ainsi, avant la France, des arbres de la libertĂ©. L'orme de Boston fut abattu par les Anglais dans les premiers temps de la guerre de l'IndĂ©pendance; quand Washington rentra victorieux dans la ville on lui montra avec indignation la place oĂą ce "sacrilège" avait Ă©tĂ© commis. 

Ces faits étaient connus en France en 1790. Mais c'est bien plutôt à une coutume nationale, quoi qu'en pense Grégoire, qu'il convient de rattacher les arbres de la liberté. De temps immémorial, dans beaucoup de contrées, le premier jour de mai, les paysans plantaient un arbre sans racines qu'on appelait le mai. En certains lieux, à Châteauneuf, par exemple, cet usage était devenu une obligation féodale; dans d'autres localités on y avait substitué une redevance en nature. La corporation des orfèvres de Paris, jusqu'à 1499, présenta, tous les ans, à Notre-Dame, un arbre vert, qu'elle remplaça, à cette époque, par un travail d'orfèvrerie, puis par des tableaux votifs appelés tableaux de mai. En 1610, on planta encore un arbre de mai dans la cour du Louvre. Jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les Bazochiens en plantèrent un, chaque année, dans la cour du Palais qui reçut de là le nom de cour du mai. A la fin du XIXe siècle encore, il y avait des villages et même des villes où, au printemps, les pompiers plantent le mai. C'est donc bien de ces coutumes qu'on parait s'être inspiré sous la Révolution. En effet, l'arbre de Saint-Gaudent, le premier de tous, fut planté au mois de mai 1790. C'est également au mois de mai, d'après le témoignage de Grégoire lui-même, qu'en 1792 on plaça des arbres de la liberté dans la plupart des communes. Enfin il convient de remarquer que la majeure partie de ces arbres, conformément à la tradition, étaient des troncs sans racines. (C. G.).

Arbre (sur un blason) : nom générique de tout arbre dont l'espèce n'est pas déterminée. Sauf indication particulière, il est représenté de sinople (vert); l'arbre sans feuilles est dit effeuillé; si le tronc est d'un autre émail que le feuillage, il est futé; si l'arbre porte des fruits apparents il devient fruité et l'émail du fruit est indiqué; il est arraché lorsque ses racines paraissent. Il est souvent employé comme armes parlantes, Son usage est fréquent dans les armoiries françaises.

En bibliothèque - Oscar Cullmann, La Nativité et l'arbre de Noël, Le Cerf, 1993.

En librairie - Jacques Brosse, Dictionnaire des arbres de France, histoire et légendes, Bartillat, 2002; du même, Mythologie des arbres, Plon, 1999; Pierre Gallais, Joël Thomas, L'arbre et la forêt dans l'Enéide et l'Enéas, Honoré Champion, 1997.

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Dictionnaire Religions, mythes, symboles
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