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L'épithète
Le mot épithète vient du grec epiqetos = placé à côté. Les Anciens s'en servaient dans l'expression epiqeton onoma (Aristote, Rhétorique, III, 2, 4) pour désigner l'adjectif, dont on n'avait pas fait encore une partie du discours. Mais la même expression désignait aussi le substantif en apposition. Elle s'appliquait donc moins à une catégorie spéciale de mots qu'à une construction particulière de certains mots dans la phrase, et c'est ce dernier sens qu'a gardé le mot épithète dans la grammaire moderne. 

On appelle épithète l'adjectif et plus généralement un mot qualificatif uni sans intermédiaire au terme qualifié. L'épithète s'oppose ainsi à l'attribut qui qualifie le sujet par l'intermédiaire du verbe, et d'une façon générale on dit que tout adjectif est épithète quand il n'est pas attribut. Mais l'épithète, au moins dans le sens précis du mot, se distingue encore de l'apposition. L'adjectif construit en apposition qualifie directement le substantif, mais exprime en outre une idée circonstancielle de cause, de concession, etc. Libre de soucis, on est heureux

De plus, l'apposition n'apporte aucune restriction à l'étendue de l'idée exprimée par le substantif : ce qui caractérise essentiellement l'épithète, c'est précisément de restreindre l'extension de cette idée. Quand je dis un grand chien, j'ajoute à l'idée de chien celle de grand; par là même l'expression ne s'applique pas à tous les chiens, et l'adjectif grand est épithète parce qu'il distingue l'objet auquel il s'applique des autres objets de même espèce. Cette condition est essentielle : aussi l'adjectif peut-il qualifier directement le substantif, n'être pas en apposition, et pourtant n'être pas encore une épithète véritable. C'est ce qui a lieu quand il oppose l'objet considéré dans une de ses qualités, de ses parties, etc., à l'objet lui-même : Summus mons, le sommet de la montagne, le milieu de l'île. Il forme alors avec le substantif une sorte de proposition qui peut être sujet ou complément, mais dans laquelle il a le sens, et même en grec la construction de l'attribut. On l'appelle épithète prédicative.

L'épithète véritable est l'épithète distinctive : elle exprime le genre dont le substantif désigne une espèce (un grand chien) ou l'espèce dont il désigne un individu (Socrate) : Primitivement les deux mots ont dû être construits en apposition : un grand chien a dû signifier une chose grande, un chien; et comme le premier terme à l'origine était toujours le plus général, celui dont le sens embrassait l'autre, c'est l'épithète (ou le mot devenu tel) qui était la première, et le substantif qui était apposé. Delà leur construction en grec, au moins quand ils sont accompagnés de l'article : l'épithète ne peut se placer après le substantif on dit o megas kuwn, en plaçant megas avant kuwn; et si le besoin de la pensée exige qu'on exprime le substantif avant l'épithète, il faut pour exprimer celle-ci former une nouvelle expression, dans laquelle le substantif soit représenté par un terme plus général que l'épithète, par l'article o kuwn o megas. Toutefois, il est arrivé dans certains cas que des deux termes apposés le second s'est fixé dans la langue sous forme d'adjectif. Comme il conservait sa place primitive, il ne pouvait perdre la fonction qui y était attachée; il a donc continué à désigner l'espèce dont le premier, le substantif alors, exprimait le genre, et o topos mesos (épithète dite prédicative) a signifié « cela endroit milieu, le milieu qui fait partie de l'endroit, le milieu de l'endroit », tandis que o mesos topos (épithète proprement dite) signifiait « cela milieu endroit, l'endroit qui fait partie du milieu, l'endroit du milieu ».

Les pronoms, quand ils font fonction d'adjectifs et qu'ils sont unis directement au substantif, sont épithètes : ils désignent en effet le genre auquel on rattache l'objet, et même le genre le plus général, l'universel. Mais on a l'habitude de n'appliquer le nom d'épithète qu'aux adjectifs exprimant une idée de qualité. A ce point de vue, et suivant le degré du rapport qui unit l'épithète au substantif, on distingue deux sortes d'épithètes-

1° l'épithète essentielle, qu'on ne peut supprimer sans détruire le sens : la guerre civile, hibernum tempus. La liaison peut être si étroite que les deux mots aboutissent parfois à un nom composé : respublica, demi-monde. C'est ainsi que sont formés les plus anciens noms propres que l'analyse étymologique ramène à la réunion sous un seul accent d'un nom commun et d'une épithète; ou que le substantif se sous-entende : h oikumenh (sous-entendu gh), h dexia  (sous-entendu ceir); et alors l'épithète devient substantif h retorikh (sous-entendu tecnh), la rhétorique, hiver, du latin hibernum (tempus) ; 

2° l'épithète n'exprime qu'une modification accessoire, et en la supprimant on affaiblit le sens, on ne le détruit pas : un grand chien. C'est à cette catégorie que se rattachent les épithètes dites poétiques ou d'ornement (epitheta ornantia). Une épithète accessoire peut très bien s'adjoindre à un substantif déjà qualifié par une épithète essentielle : Privata navis oneraria, un navire de charge particulier; elle qualifie, comme si c'était un simple substantif, l'idée exprimée par le nom uni à son épithète essentielle. Mais deux épithètes accessoires, au moins en règle générale, ne peuvent qualifier le même substantif que si elles sont réunies par une conjonction. (Paul Giqueaux).

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