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La proposition
La proposition, disent encore quelques grammairiens, est l'expression d'un jugement. Cette définition, combattue déjà au XVIIIe siècle par Du Marsais, qui avait remarqué que certaines propositions, par exemple les propositions à l'impératif, ne sont pas l'énoncé d'un jugement, est en effet inexacte : un ordre ou un souhait ne sont pas des jugements. Les grammairiens anciens, qui n'ont pas fait la théorie de la proposition, ont cependant tenté de la définir; Denys le Thrace dit que la proposition (logos) est une association de mots (lexews sunqesis) exprimant une pensée complète (dianoianautotelh dhlousa) et Priscien le traduit : oratio (et non propositio, terme de logique) est ordinatio dictionum sententiam perfectam demonstrans. C'est à cette définition qu'il convient de revenir. La proposition est l'expression complète d'une pensée : La Terre tourne autour du Soleil. Puissiez-vous être heureux

L'expression d'une pensée est complète quand on a fait connaître ce dont on parle (sujet) et ce qu'on en dit (attribut); le sujet et l'attribut sont les termes de la proposition, qui sont liés par un rapport appelé rapport d'énonciation. Les termes sont simples, quand ils n'expriment qu'une seule idée; composés, quand ils comprennent plusieurs sujets ou attributs liés par le rapport d'énonciation à l'autre terme; incomplexes, quand ils ne peuvent se décomposer en plusieurs parties; complexes, quand ils sont formés de plusieurs parties qui concourent à exprimer une seule idée. Dans ce dernier cas, l'idée unique, exprimée par un sujet ou attribut complexe se décompose en deux idées dont les expressions s'appellent également termes, et qui sont unies, soit par un rapport de qualification, soit par un rapport de détermination. Ces trois rapports sont ce qu'on appelle les rapports grammaticaux, et l'association de deux termes unis par l'un d'eux se nomme construction.

Le verbe avant pour fonction d'exprimer l'attribut avec le rapport d'énonciation qui l'unit au sujet, il n'y a pas de proposition sans verbe exprimé ou sous-entendu; mais plusieurs propositions peuvent concourir à l'expression d'une seule pensée; il y a alors autant de propositions que de verbes. De là la distinction des propositions en complexes et incomplexes. Une proposition est incomplexe quand elle ne contient qu'un rapport d'énonciation, c.-à-d. qu'un seul verbe; elle est complexe quand elle est à plusieurs verbes et contient plusieurs rapports d'énonciation. Alors elle est composée au moins de deux propositions dont l'une, dite dépendante ou subordonnée, forme un terme complexe qui est sujet, qualificatif ou complément de l'autre, appelée principale.

Les grammairiens, principalement à la fin du XIXe siècle, ont essayé une classification des propositions; ils ont pour la plupart fait fausse route, en ce qu'ils sont partis, en étudiant chaque langue en particulier, des modes qu'ils rencontraient dans l'usage pour faire ce classement, au lieu de se borner à constater comment ces modes servaient à l'expression des diverses modalités; il ne faut pas oublier que la modalité est antérieure au mode, de même que la pensée est antérieure à l'expression grammaticale. Nous ne tenterons pas ici une classification des propositions; nous remarquerons seulement que les propositions indépendantes doivent se classer d'après leur modalité, tandis que pour les propositions dépendantes, on doit considérer la nature du rapport qui unit l'action qu'elles expriment avec l'action énoncée par la proposition principale.

Les modalités.
Une proposition n'est pas toujours essentiellement l'énonciation (affirmative, négative, interrogative) d'un fait pur et simple, réel ou imaginaire, indépendant de la personne de celui qui parle; elle peut, au contraire, exprimer une multitude de rapports entre l'action signifiée par le verbe et les vues de l'esprit ou les affects du sujet parlant. Ce sont ces rapports qu'on appelle en grammaire les modalités de la proposition. La modalité peut être marquée de différentes manières, soit par une autre proposition, soit par un adverbe, soit par des temps qui prennent alors une signification modale figurée, soit enfin par des modifications spéciales des formes personnelles du verbe qu'on appelle modes.

L'étude des propositions et de leur nature est une des parties les plus importantes de la grammaire, et devrait précéder, pour toutes les langues, la syntaxe du verbe; c'est en effet d'après leur modalité que l'on détermine l'emploi des modes, et en outre l'emploi des conjonctions de subordination dans les propositions dépendantes. 

Les tours de phrase

Affirmation.
Affirmation, se dit, en grammaire, de l'expression d'un jugement positif, c.-à.d dans lequel l'attribut n'est pas modifié par quelque mot négatif, comme Dieu est éternel. En ce sens il s'oppose, comme en logique, à négation. De là la distinction entre les phrases affirmatives et les phrases négatives. Néanmoins, on peut dire que toute phrase, même négative, exprime une affirmation. En effet, que je dise cet édifice est grand ou cet édifice n'est pas grand, j'affirme dans les deux cas que l'édifice subsiste avec ou sans telle qualité. Car l'affirmation réside réellement dans le verbe être. Au surplus, beaucoup de jugements exprimés sous forme négative peuvent se ramener à une forme affirmative sans être altérés en rien. Que je dise Pierre est mort ou Pierre n'existe plus, j'exprime toujours le même jugement, et l'une et l'autre expression de ma pensée est également affirmative. Un Romain qui disait nego (je nie) affirmait tout aussi bien que celui qui disait aie (je dis oui); et ne disons-nous pas en français' j'affirme que oui, j'affirme que non?

L'affirmation est exprimée dans les diverses langues avec plus de force à l'aide de certaines particules qui se joignent à la proposition ou s'emploient seules, et que l'on classe parmi les adverbes, telles sont, en français, oui, certes, parbleu, etc. 

La négation.
le tour négatif est marqué par un mot qui sert à nier. Tels sont, en français, non, ne, ni. Non s'emploie dans les réponses : « Est-il venu? - Non; » ou bien au commencement des phrases renfermant une négation sur laquelle on veut insister avec force : « Non, l'homme n'est pas aussi pervers que vous le supposez. » Il s'emploie encore devant un adjectif, un participe, un adverbe, un substantif, auxquels on veut donner une valeur négative: « Livres non réédités, non loin d'ici, etc.» Il entre comme particule négative dans la composition d'un petit nombre de mots, comme nonchalant, non-pareil, non-activité, nonobstant. - Ne s'emploie seulement avec les verbes « Je n'ose, je ne puis, il n'y a... », et après beaucoup de verbes ou de locutions qui expriment une idée négative, ou obstacle, empêchement, crainte, restriction, etc. : « La pluie empêchait qu'on ne se promenât. - Je crains qu'il ne pleuve. - Prenez garde qu'il ne sorte. - Peu s'en fallut qu'il n'interrompit Mentor. - Mais il s'en faut bien qu'il ne le fasse. »

La locution française ne... que est le résultat d'une ellipse facile à suppléer : « Je n'ai trouvé que ces deux livres », c.-à-d. « Je n'ai trouvé autre chose ou d'autres livres que ces deux livres ».  Il équivaut donc à l'adverbeseulement. Dans l'ancienne langue française, on ajoutait quelquefois pas ou point; les exemples en sont nombreux dans Amyot, et l'on en trouve encore dans Corneille : Ils ne l'auront point vue obéir qu'à son prince, c.-à-d. « Ils ne l'auront point vue obéir à d'autres qu'à son prince. » Cette locution, qui n'est plus usitée depuis deux ou trois siècles, est fort logique. Aujourd'hui on dit et même on imprime des phrases telles que celle-ci : « Il n'y a pas que lui qui pense ainsi »; cela veut dire : « Il n'y a pas d'autre homme que lui qui pense ainsi »; mais on prend cette locution dans un sens tout contraire, pour dire : « Il n'y a pas seulement lui, il n'est pas le seul qui pense ainsi. » C'est faire une double faute; car le mot que tout seul ne peut signifier seulement, sans qu'il réside dans les deux mots réunis ne que, et le mot pas ne saurait faire une double négation avec ne; ne pas équivaut absolument à ne : « Je ne puis le faire, je ne peux pas le faire. » 

L'interrogation.
I'interrogation est le tour donné à une proposition de manière qu'elle indique l'ignorance ou l'incertitude de celui qui parle, et le désir qu'il a d'être instruit ou fixé sur tel ou tel point : « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien? Comment la Terre se soutient-elle dans l'espace? Quel est votre avis? Quel parti prendre? On voit que l'interrogation peut porter sur le sujet, l'attribut, ou l'un de ses compléments.

On peut en indiquer : 1° la nature et les circonstances; 2° l'expression dans la langue. L'interrogation peut être directe (Qui est venu ?) ou indirecte, et alors sous forme de proposition indépendante (Dites-moi qui est venu - Qui est venu ? dites-le-moi). - Elle peut être simple, quand on ne pose qu'une question (Pierre viendra-t-il? Dites-moi si Pierre viendra), ou disjonctive quand on demande de deux ou plusieurs alternatives quelle est la bonne (Pierre viendra-t-il ou non ? Dites-moi si Pierre viendra ou non). - Elle peut être réelle quand on demande quelque chose qu'on ignore, ou oratoire quand on se sert de l'interrogation pour donner plus de force, soit à une affirmation (N'est-il pas défendu de mentir?), soit à une négation (Est-il acceptable d'agir ainsi ?). - L'interrogation peut être accompagnée ou non d'une négation (Viendra-t-il ? Ne viendra-t-il pas ?). Enfin elle peut porter, soit sur l'ensemble de la proposition, soit sur le sujet, soit sur l'attribut.

L'interrogation est marquée dans le langage parlé de façons différentes 1° par le ton ; il y a alors une nuance d'étonnement (Il est venu ?); 2° par l'emploi de pronoms (substantifs, adjectifs ou adverbes) dits interrogatifs (Qui est venu? Quel homme a jamais cru...? Ou êtes-vous ?); dans certaines langues, le grec notamment, ces pronoms changent de forme suivant que l'interrogation est directe (tis, poios, pou...) ou indirecte (ostis, opoios, opou..); on peut en trouver deux dans la même proposition en grec et en latin; 3° par l'emploi de particules ou de locutions spéciales (est-ce que - ara, ne [enclitique], num ...); suivant les langues, ces particules peuvent varier selon que l'interrogation est directe ou non, simple ou disjonctive, réelle ou oratoire; 4° par la construction et l'ordre des mots; ainsi en français, quand il n'y a ni pronom interrogatif ni locution spéciale, on marque l'interrogation directe en plaçant le sujet après le verbe si c'est un pronom (Vient-il ?), en le répétant après le verbe sous forme de pronom si c'est un substantif (Pierre vient-il ?); 5° par le mode employé; c'est ce qui a lieu en latin pour l'interrogation indirecte; le verbe est toujours à l'infinitif ou au subjonctif. A part ce cas, d'ailleurs, l'interrogation n'influe pas sur la modalité de la proposition. Le signe graphique de l'interrogation directe est le point d'interrogation (?) que l'on place à la fin de la phrase. En espagnol on le met non seulement à la fin, mais encore sous forme renversée (¿) au commencement de la phrase (la même convention étant adoptée pour l'exclamation : ¡ au début de la proposition, ! à la fin).

L'exclamation.
L'exclamation est une figure qui exprime naturellement tout sentiment vif et subit de douleur, de crainte, de joie, d'admiration, etc. Elle consiste en interjections, en phrases elliptiques qui sont souvent accumulées. Exemples : « O rage! ô désespoir! ô vieillesse ennemie! » (Corneille); « O vanité! ô néant! ô mortels ignorants de leur destinée! » (Bossuet). Il est évident que cette figure devient froide et insupportable si elle est trop fréquemment répétée : c'est alors un procédé d'autant plus insipide qu'il est plus facile d'en abuser.

En termes de rhétorique, l'interrogation et l'exclamation font partie des figures de pensée.

La syntaxe des proposition en français

On appelle jugement une opération de l'esprit qui consiste, après avoir considéré deux idées, celle d'un être et celle d'une qualité, à décider que cette dernière appartient ou n'appartient pas à la première.

On appelle proposition l'énonciation d'un jugement. Paris est grand forme une proposition, parce que ces mots énoncent que l'on a jugé que la qualité de grand appartient à Paris.

Les termes de la proposition sont : le verbe, le sujet, l'attribut et les compléments du nom, de l'adjectif et du verbe. Une proposition peut ne contenir que trois ou deux termes. Elle peut même se réduire au verbe seul, à un mode personnel. 

Ex. : Venez est une proposition.
Il y a en général dans une phrase, autant de propositions qu'il y a de verbes à un mode personnel (indicatif, conditionnel, impératif, subjonctif).

Le verbe. 
Le verbe est le mot dont on se sert pour exprimer l'existence, l'état ou l'action. 

Ex. : Je suis, il est blessé, tu réfléchis.
Le sujet. 
Le sujet d'un verbe est le mot représentant la personne ou la chose qui fait l'action exprimée par le verbe ou que l'on affirme être possesseur d'une qualité.

Le sujet est simple quand il est formé d'un seul mot.

Ex. : L'humain est mortel.
Le sujet est composé quand il est formé par un groupe de mots. 
Ex.: Le lion et le tigre sont féroces. Le cheval de mon oncle est malade.
L'attribut.
L'attribut est la qualité que l'on déclare appartenir au sujet. L'attribut peut être un nom, un adjectif, un groupe de mots.

L'attribut du sujet est généralement joint au sujet par le verbe être ou par l'un des verbes paraître, sembler, devenir, etc., ou par une locution verbale, passer pour, etc.

L'attribut est simple quand il est formé d'un seul mot.

Ex. : La vertu est aimable.
L'attribut est composé quand il est formé d'un groupe de mots. 
Ex. : Cet enfant paraît méchant et paresseux
Cette plaine semble fertile en blé.
Les compléments. 
Le complément complète le sens du mot auquel il se rapporte. Il y a des compléments du nom et de l'adjectif et des compléments directs et indirects du verbe.
Ex. : Le cheval de Pierre (complément de cheval). Cet enfant est rouge de colère (complément de rouge). Le boeuf tire la charrue (comp. dir. de tire) avec calme (comp. ind. de tire).
Division des proposition.
Il y a trois sortes de propositions : la proposition indépendante, la proposition principale et la proposition subordonnée.

On appelle proposition indépendante celle qui possède par elle-même un sens complet. 

Ex. : Le Soleil luit pour tout le monde.
L'éclair brille, - le tonnerre gronde (deux propositions indépendantes).
On appelle proposition principale celle dont le verbe ne dépend d'aucune autre proposition et qui n'acquiert un sens complet que par l'adjonction d'une nouvelle proposition à laquelle elle fait, pour ainsi dire, la loi.

Dans ces phrases : Je sais - que la Terre tourne autour du Soleil. Travaillez le jour - afin que vous reposiez la nuit. Je sais, travaillez le jour, sont des propositions principales.

On appelle proposition subordonnée, c'est-à-dire dépendante, celle qui dépend d'une proposition principale dont elle vient compléter le sens. Dans les phrases qui précèdent, que la Terre tourne autour du Soleil, afin que vous reposiez la nuit, sont des propositions subordonnées.

Une proposition subordonnée peut avoir sous sa propre dépendance une ou plusieurs autres subordonnées.

Ex. : Les archéologues pensent - que les humains se servirent, - d'ustensiles en cuivre pur, - avant qu'ils arrivassent à la découverte du bronze.
La distinction des propositions en principales absolues, principales relatives, incidentes, circonstancielles, déterminatives, explicatives, etc., est inutile. L'analyse logique doit être réduite à la terminologie la plus élémentaire et la plus simple; rien de trop est ici une maxime de rigueur. 

Union des proposition.
Les propositions peuvent être juxtaposées ou coordonnées

Ex.: L'éclair brille, le tonnerre gronde (indépendantes juxtaposées).
Les propositions coordonnées sont unies entre elles par les conjonctions de coordination et, ou, ni, mais, or, si, car, donc.
Ex. : Je pense donc je suis (indépendantes coordonnées).
On affirme et on prouve (principales coordonnées) que la Terre est ronde et qu'elle tourne (subordonnées coordonnées).
Les propositions subordonnées sont unies à la principale :
1° Par la conjonction que et ses composés : afin que, de sorte que, pendant que, lorsque, etc., et par les autres conjonctions de subordination si, comme, quand, etc.
Ex. : On dit - que les cerfs vivent longtemps. L'homme courageux travaille - pendant que le paresseux dort. La terre est détrempée - quand il a bien plu.
2° Par les pronoms relatifs qui, que, dont; par l'adverbe' ; enfin par les mots quel ou lequel.
Ex.: Faites-vous des amis - dont vous n'ayez pas à rougir. Les castors établissent sur les rivières une chaussée, - ils élèvent leurs cabanes. Dites-nous - quelle heure il est.
Fonctions des proposition.
Les propositions peuvent avoir des fonctions analogues aux fonctions du nom. Elles peuvent être proposition sujet, apposition, attribut, complément.
Qui vivra (sujet), verra.
La vendange, dit-on (apposition), sera bonne.
La vérité est que je suis malade (attribut).
Le hérisson, qui vit d'insectes (attribut), est un animal utile. 
On ignore que sera demain (complément).
Ellipse. Inversion.
Lorsque le verbe est évidemment sous-entendu dans une proposition, on dit qu'il y a ellipse ou que la proposition est elliptique
Ex. : Tu dis blanc, moi noir. La phrase complète serait : Tu dis blanc, moi je dis noir. 
Lorsque dans une phrase, les mots ne sont pas placés dans l'ordre grammatical normal (sujet, verbe, attribut, compléments), on dit qu'il y a inversion. (Paul Giqueaux / Mondry Beaudouin / P. / L. et F.).
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