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Horloge

Les premières horloges furent des cadrans solaires (gnomons) dont l'Antiquité a laissé de nombreux spécimens, et des clepsydres ou des sabliers, très communément employés dans les maisons et dans les couvents pour mesurer le temps. 

Eginhard a écrit la description d'une horloge de ce genre, envoyée à Charlemagne par le calife Haroun-er-Raschid, et qui fut considérée alors comme un chef-d'oeuvre de mécanisme. Toutefois, ce n'était pas encore une horloge d'une régularité absolue, et ce problème difficile ne fut résolu pour la première fois, dit-on, qu'au Xe siècle, parle moine Gerbert, devenu pape sous le nom de Sylvestre II, auquel on attribue l'invention du mécanisme à échappement. 

La technique de l'horlogerie entra, à partir de cette époque, dans une voie progressive, dont toutes les étapes furent marquées par des améliorations successives. Les premiers horlogers étaient désignés alors sous le nom de fèvres, ou ouvriers du fer, par suite de l'obligation où ils étaient de fabriquer eux-mêmes les rouages de métal qui composaient leurs mécanismes. Au Moyen âge, l'Allemagne semble avoir obtenu la supériorité dans ce genre. Charles V appela de ce pays, à Paris, Henri de Vic, pour lui confier l'établissement de l'horloge du Palais. 

Peu après, tous ses châteaux et ceux des princes, ainsi que les beffrois des villes, furent pourvus de cadrans indiquant les heures; l'horloger qui travaillait pour le duc de Berry s'appelait Jean de Wissembourg. La tour de Courtrai était surmontée d'une horloge sur laquelle frappaient les Jacquemarts, qui, après la prise de la ville, fut transportée à Dijon par le duc Philippe le Hardi. La plus célèbre de ces grandes horloges fut celle de Strasbourg, à laquelle on a travaillé plus de deux siècles et qui existe encore, mais après avoir été l'objet d'une rénovation complète au XIXe siècle. 

En Italie, Jean de Dondis, maître horloger de Padoue, avait contribué à l'avancement de la technique par l'établissement de l'horloge du palais de la ville (1344), avec ses roues, ses contrepoids et sa sonnerie. Les musées d'Allemagne regorgent d'horloges portatives en cuivre gravé, et ciselé, parfois en argent doré, dues aux habiles artistes de la Renaissance et qui affectent les formes les plus originales. Ducerceau et les maîtres français en ont également dessiné des modèles du plus charmant goût, que l'on plaçait sur les tables à manger ou dans l'intérieur des appartements.

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Horloge des Marées, à Fécamp.
L'Horloge des marées (1667), dans l'église de la Trinité, à Fécamp.
© Photos : Serge Jodra, 2010.
Horloge des Marées, à Fécamp.

Une découverte, due au mathématicien hollandais Huygens (1647), acheva de donner aux horloges une perfection chronométrique absolue, par la théorie du pendule basée sur le mouvement des corps. Ce nouveau perfectionnement révolutionna en pou d'années l'horlogerie française qui marcha, dès lors, à la tête de cette technique. Il permit en même temps de donner aux horloges, placées dans les appartements, une forme et une importance qu'elles n'avaient pas eues jusqu'alors. D'horizontales qu'elles étaient, elles devinrent verticales, et on les renferma dans des gaines que l'ébénisterie et la ciselure furent appelées à décorer. 

Martinet, Thuret, Mynuel et Coignet, logés par Colbert dans les galeries du Louvre ou dans la manufacture royale des Gobelins, placèrent des horloges sur la façade des palais de Versailles et des maisons royales, en même temps qu'ils exécutaient des mouvements pour les régulateurs, enrichis d'incrustations de cuivre et d'écaille par les habiles ébénistes marqueteurs A.-C. Boulle et Gaudron, d'après les modèles de Lebrun, de Marot, de Bérain et d'Oppenordt. Le nouveau style, créé par J.-H. Mansard, par R. de Cotte et par G. Boffrand, modifia l'aspect des appartements, en y disposant des cheminées surmontées de glaces. Sur leurs chambranles abaissés, la mode prévalut alors de placer des pendules d'un moindre volume et ne reposant plus directement sur le sol. Cette transformation fut l'une des plus importantes de l'ameublement, et c'est à cette époque que l'on peut faire remonter le début de la généralisation de l'usage des pendules, qui, au fil du temps, a adopté tous les changements que leur imposaient les variations du goût. En même temps, les bronziers Cressent, Caferi et Saint-Germain ciselaient des pendules d'applique et des cartels composés avec autant de grâce que travaillés avec une délicatesse inimitable.

Les horlogers du XVIIIe siècle surpassèrent encore leurs devanciers. Citer les noms de Passemant, de Dauthiau, de Thiout, des Lépine, des Leroy, de Berthoud, des Lepaute, de Wagner, de Janvier, de Bréguet, n'est-ce pas rappeler ceux qui ont soutenu les traditions de, l'horlogerie française, en l'élevant à la hauteur d'une technique inconnue avant eux, et en méritant le titre d'ingénieurs qui leur fut décerné à la suite de leurs travaux de précision, dirigés par les membres de l'Académie des sciences? Ajoutons que certains d'entre étaient encore sont représentés à la fin du XIXe siècle jours par leurs descendants et que plusieurs des maisons d'horlogerie, ouvertes au Palais-Royal ou sur la place Dauphine, existaient encore. La fabrication des horloges, depuis les grands mouvements destinés aux édifices publics jusqu'aux simples pendules de cheminée et aux humbles coucous de village, occupe beaucoup de bras. (A. de Champeaux).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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