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Bracelet

Bracelet (bijouterie). - Le bracelet a été l'un des premiers bijoux dont on se soit paré, mais la forme et le travail de cet ornement ont différé suivant les civilisations. On trouve des bracelets dès le Paléolithique et lorsqu'on se tourne vers les sociétés archaïques (présentes ou telles qu'elles ont été décrites ou cours des derniers siècles par les voyageurs et les premiers ethnographes), on constate la diversité des fonctions qu'on lui a conférées : instrument de combat, colifichet magico-religieux, signe de reconnaissance, et bien sûr aussi parure.

Ainsi, le bracelet est (ou a été jusqu'à une époque récente) utilisé comme arme défensive chez les habitants des îles Salomon portent au bras un large bracelet en guise de bouclier; en Afrique (chez les Ashanti, les bantous d'Afrique du Sud, les Vacamba), de même qu'en Mélanésie, les guerriers mettent traditionnellement aux jambes et aux bras des bracelets formés de longs crins de différents animaux (chèvre, sanglier, zèbre), qui couvrent presque complètement les membres et les protègent efficacement contre les coups de massue et de lance. Enfin de longs bracelets en fil métallique enroulé en spires nombreuses autour de l'avant-bras ou de la jambe, que l'on rencontre un peu partout, chez les Dayaks de Bornéo, comme chez les Moïs de de la péninsule indochinoise et chez les Nyam-Nyam et les Baghirmi d'Afrique centrale, sont de véritables armures protectrices pour les hommes. Mais chez les femmes, c'est un pur ornement. 

Dans certains cas, plus rares, le bracelet est une arme offensive. Dans plusieurs tribus du Congo les hommes portaient au bras de lourds anneaux de fer ou de laiton, dont ils se servaient comme de disques-projectiles ou comme de massue suivant les cas; chez les Djours du haut Nil, on rencontre des bracelets munis de deux piquants ou éperons longs de 10 cm et très dangereux. Mais l'exemple le plus frappant, au dire des premiers Européens qui ont pénétré dans ces régions, est fourni par les bracelets des Irenga (à l'Est du haut Nil) et des Djibba des environs du lac Nyansa. C'est un grand disque percé au milieu d'une ouverture pour passer le bras. Une portion du disque est enlevée pour lui donner plus d'élasticité, et son bord extérieur, excessivement tranchant, constitue une espèce de sabre circulaire; afin de ne pas se blesser on applique sur ce bord un étui de cuir, une espèce de bourrelet circulaire que l'on n'enlève que pour la bataille. Chez la même population, de même que chez ses voisins du Nord, les Choulis, on a vu aussi des bracelets munis de deux longues tiges, des bracelets en lame de cuivre parsemé de piquants on présentant au dehors deux bords incisés en forme de dents de scie, etc, Dans certains cas, le bracelet sert de support à une arme, un poignard, etc., comme chez les Lagos (Côte des Esclaves, Nigéria actuel), etc.

Les amulettes, dont le symbolisme en fait généralement plutôt une arme défensive qu'un ornement, prennent rarement la forme de bracelet. On peut cependant placer dans cette catégorie les bracelets formés d'une mâchoire humaine et de deux clavicules traditionnellement  en usage dans toute la Nouvelle-Guinée et dans les îles avoisinantes; les bracelets en dents humaines ou de certains animaux (sanglier, babiroussa, loup, tigre, léopard, etc.) auxquels on attribue toute sorte de vertus miraculeuses à la guerre et à la chasse, etc.

Certains bracelets, surtout les lanières de peau, les cornes d'animaux, les anneaux métalliques, sont portés pour donner de la force et de l'élasticité aux muscles du bras et de la jambe. Leur rôle est dans ce cas à la fois magique et proprement mécanique. Enfin, dans quelques cas les bracelets sont formés de grelots (graines, gousses, plaques de bois, oreilles d'animaux cousues et renfermant des coques d'oeufs, etc.) et constituent de vrais instruments de musique destinés à accompagner la danse (chez les Bochimans, dans certaines tribus de l'Afrique centrale, etc.). Cette sorte de bracelet se rencontre aussi chez les magiciens et les prêtres dans nombre de cultures où se rencontre le chamanisme.

Malgré ces usages multiples, le rôle décoratif du bracelet est encore prépondérant. Les hommes et surtout les femmes inventent mille manières pour fabriquer leurs bracelets avec des matières les plus variées. Les peuples les plus désemparés, comme les Fuégiens, se contentent d'une lanière de peau de phoque attachée autour du bras; d'autres (Mélanésiens, Zoulous) tressent leurs bracelets avec des herbes et des tiges de différentes plantes; certaines emploient les poils et les crins des animaux pour le même usage; d'autres travaillent dans ce but les différentes pierres et roches (époque néolithique en Europe, Asie), la corne, le bois (Micronésie, Nord-Ouest de l'Amérique). Mais ce que l'on choisit de préférence c'est les dents d'animaux, les coquillages, les graines et les métaux. L'existence de dents d'animaux et de coquillages perforés dans les sites paléolithiques indique qu'ils pouvaient servir de colliers comme de bracelets dès cette époque. Aujourd'hui encore, la plupart des sociétés archaïques habitant au voisinage de la mer font leurs bracelets avec des coquillages enfilés sur des cordes en une ou plusieurs rangées ou attachées sur des lanières de cuir. Quant au bracelet fait en entier dans une grande coquille arrondie comme le Pecten, on l'huître perlière (Méleagrina), etc., on en trouve des spécimens dans les sites du Néolothique, aussi bien qu'aujourd'hui encore, surtout en Océanie et en Amérique centrale.

Les dents d'animaux sont d'un emploi général dans les sociétés archaïques : tantôt ce sont des canines de carnassiers ou d'autres animaux enfilées sur une corde ou cousues sur une lanière; tantôt des dents entières de sangliers ou de babiroussa, qui se prêtent par leur forme recourbée à bien entourer la poignet; tantôt c'est une tranche de défense d'éléphant perforée au milieu (au Kordofan); tantôt des lamelles de dents de morse, alternant avec les lames de bois d'ébène (Micronésie); tantôt enfin des boules ou perles en ivoire (chez les Herrero). D'autres parties de squelettes d'animaux sont aussi parfois utilisées : on cite l'emploi de vertèbres de dugong chez les Igorottes des Philippines, etc.

Les graines de couleurs variées sont portées comme bracelet dans toute l'Amérique tropicale; les gousses et les petits fruits de certaines plantes, avec leurs graines desséchées à l'intérieur, sont surtout utilisés pour des bracelets-grelots en Afrique comme en Mélanésie. Enfin les métaux, fer, cuivre, laiton, bronze, argent, or, sont la matière première par excellence pour les bracelets; on en fabriquede différentes façons, avec des lames, des cylindres creux ou pleins (Ovambos, Fans), avec des fils enroulés en spirale (Malaisie), etc. Les ornements varient à l'infini; mais ordinairement on n'applique ni pierres ni coquilles sur des bracelets métalliques.

Une grande diversité est également observable dans les bracelets qui remontent aux civilisations de l'Antiquité. Les peintures des tombeaux de l'Egypte représentent des hommes portant des bracelets formés par des rangées alternées de pierres taillées ou de petites perles de verre disposées en zones longitudinales. On conserve dans les musées des spécimens d'une disposition moins simple et l'on voit au Louvre un bracelet s'ouvrant en deux plaques réunies par une charnière, dont la composition représente deux figures de chacal et des fleurs da lotus. Ces ornements sont indiqués par des cloisons en métal d'un très habile dessin, dont le fond clair était rempli par des pâtes de verre aujourd'hui disparues. Les personnages des bas-reliefs de l'Assyrie nous apparaissent chargés de bijoux, parmi lesquels se remarquent des bracelets de formes diverses. Les uns rappellent les bracelets égyptiens, tandis que les autres sont enroulés en spirale. Le plus souvent c'est un gros anneau rond, présentant une section terminée par deux têtes de taureau ou d'animal fantastique. Des anneaux semblables figurent sur les jambes des guerriers.

La civilisation orientale semble avoir suivi plusieurs routes pour pénétrer en Europe. Un des rameaux les plus importants remonta la vallée du Danube pour se partager en deux courants dont l'un refluait vers l'Italie, tandis que l'autre se répandait dans le nord de l'Europe. Cette émigration a laissé des traces nombreuses dans les cimetières de la Germanie et de la Gaule et dans ceux de la haute Italie. Les sépultures qui ont été ouvertes dans ces derniers temps renferment des objets de bronze empreints d'un style asiatique très archaïque, parmi lesquels on a rencontré de nombreux bracelets disposés en spirale. Quelques-uns de ces bijoux présentent une particularité : chaque extrémité de la spirale est terminée par une sorte de plaque ronde et formée par les tiges enroulées du bronze, et devient par suite un moyen de défense pour les bras et pour les jambes. Ce ne sont plus des bijoux, et la qualification de brassards et de cnémides leur conviendrait mieux. Cette sorte de disposition parait s'être perpétuée en Gaule et en Germanie, même pendant la période romaine. Le musée de Saint-Germain possède une collection nombreuse de ces bracelets, dont les plus  récents, appartenant à la période gallo-romaine, sont ornés de stries et d'ornements géométriques semblables à ceux qui décorent les poteries découvertes dans la Gaule.

Ces objets qui sont plutôt de grands anneaux militaires que des bijoux, nous ont éloignés des bracelets produits par les ouvriers de l'Asie Mineure, de la Grèce et de l'Etrurie, dont les musées possèdent de nombreux spécimens. Quelques-uns sont disposés en forme de bandes rectangulaires dans lesquelles sont placées des zones représentant des personnages luttant contre des sphinx ou des déesses se tenant par la main. Le style de ces bijoux dénote une influence assyro-phénicienne très évidente. Les pièces, estampées dans une feuille d'or excessivement mince, étaient réunies par des cordons de métal. D'autres plaques sont simplement couvertes de bandes longitudinales ou de files d'animaux. La ténuité des feuilles d'or de ces bijoux est pour nous un sujet d'étonnement, mais il est présumable que ces ornements n'étaient pas destinés à être portés et qu'ils constituaient des offrandes funéraires pour lesquelles les familles se contentaient de commander des estampages fac-similés peu coûteux. Un genre de bracelet, qui se rapproche de ceux de notre époque, semble appartenir à l'art étrusque des derniers temps. Ce modèle comprend une suite de plaques carrées, reliées entre elles par des charnières, de façon à simuler un ruban souple. Chacune de ces plaques est revêtue de granulations admirablement soudées, qui représentent des rosaces et des cordons de perles inscrits dans des compartiments géométriques.

Les plus beaux exemples de bracelets que l'art grec nous ait légués ont été trouvés à Kertch. Ce sont des sortes de torques en torsade dont les deux extrémités présentent des figures de sphinx ailés à buste de femme et d'un style grandiose, dont les pattes se rejoignent pour servir de fermeture. Parfois ces sphinx sont remplacés par des figures de lion ou d'animaux offrant la même disposition. Les orfèvres romains se sont appropriés les formes des bijoux grecs et ils ont aussi produit des torsades terminées par des têtes de serpents dont ils varient les enroulements, mais ces imitations sont loin des originaux grecs. Trop souvent l'art romain, sans se préoccuper de créer une composition artistique, se bornait à fondre et à ciseler des bracelets dans lesquels l'exécution était sacrifiée à la quantité de la matière. On a même trouvé sur différents points de la Gaule, plusieurs bracelets grossièrement travaillés, en forme de torques à torsades, dont le poids considérable s'opposait à ce qu'ils fussent portés et qui doivent être considérés surtout comme ses lingots d'or: Les Romains ont été les premiers à orner leurs bracelets de pierres précieuses, de monnaies d'or et de pierres gravées, ce qui aurait certainement répugné au goût hellénique.

L'usage du bracelet paraît avoir été abandonné lors de la chute de l'empire romain, à la suite des invasions barbares. Le Moyen Âge ne l'a connu que par exception et il faut arriver au milieu du XVIe siècle pour le voir réapparaître, mais sans qu'il soit très en faveur. On connait les bracelets de Diane de Poitiers et de Gabrielle d'Estrées, et les portraits du temps nous montrent les dames portant cet ornement. La reine Anne d'Autriche prenait plaisir à montrer ses bras entourés d'un fil de perles qui excitaient l'admiration de la cour. En même temps on utilisait les portraits en émail peints par Petitot pour en faire des ornements de bracelets. Pendant le règne de Louis XV, le bracelet fut remplacé par les noeuds de manche décorés de pierres précieuses qui s'attachaient sur un ruban de velours autour da bras. Le véritable bracelet était alors réservé pour les cérémonies officielles, mais sous Louis XVI, il fut de nouveau employé dans les riches ajustements. Depuis cette époque, le bracelet a suivi les diverses phases de la mode capricieuse. Sous le Directoire, les Merveilleuses portaient trois bracelets à chaque partie du bras, de même qu'elles mettaient des bagues à tous les doigts de la main. C'étaient des cercles imités des anciens bracelets romains ou bien un rang de pierres gravées d'après l'antique. Sous le premier Empire et sous la Restauration, les formes s'amaigrirent encore plus. Le bracelet se compose de rangs de perles ou de tresses de cheveux réunis par un camée ou par une boule carrée entourée de pierreries. La période romantique eut son contre-coup dans l'art de la bijouterie. 

A la suite du roman de Notre-Dame de Paris, on créa des bracelets moyen âge représentant des chevaliers et des troubadours. A ce moment, deux orfèvres habiles, Wagner et Froment Meurice, tentèrent d élargir le champ action de leur profession, en y introduisant la fantaisie et l'originalité. Ils ouvrirent une voie qui devait renouveler complètement l'industrie artistique de la France. Ils furent bientôt suivis par Marchand qui copia les formes grecques en les renouvelant, et par Robin dont les précieuses ciselures sont largement entaillées dans l'or. Un autre orfèvre, Duron, s'est efforcé de s'approprier les grâces de la Renaissance, en même temps qu'il retrouvait, dans ses rondes d'amour exécutées en or ciselé de différentes couleurs, les délicatesses de l'art sous Louis XVI. Les orfèvres Boucheron, Falize et d'autres aussi habiles, ont égalé et même dépassé ces prédécesseurs. En dehors de cette production de luxe, le goût des bracelets de fabrication courante est très répandu depuis cette époque. (J. Deniker).

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Dictionnaire Architecture, arts plastiques et arts divers
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