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Les
gens
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| Pouchkine
(Alexandre Serguiévitch), poète né à Moscou Un peu plus tard, au mois de janvier 1815,
il lut à une séance solennelle, où se trouvait le
vieux poète Derjavine, une pièce de vers dont celui-ci fut
si ravi qu'il prédit à l'adolescent un brillant avenir poétique
cette pièce porte le titre de Souvenir de Tsarskoié-Celo Mais l'intervention de hauts personnages
fit adoucir la peine, et l'empereur Alexandre Ier
se contenta de le faire envoyer dans le Sud, à Ekatérinoslav.
Cet exil fut pénible au poète, mais, avec la facilité
des moeurs russes, il en eût pu tirer un heureux parti s'il eût
été moins fantasque, moins vaniteux, moins prompt à
se décourager, et plus réservé en paroles et en actions.
Il fit la connaissance du général Raevski, et fut emmené
par lui aux eaux du Caucase Cet exil était grave pour une âme
aussi peu faite à la solitude. D'ailleurs, des scènes éclatèrent
bien vite entre Pouchkine et son père, et les rapports du poète
avec divers membres de sa famille devinrent si tendus que ses parents refusèrent
d'assumer plus longtemps la responsabilité de veiller sur leur fils,
et partirent pour la capitale. L'isolement de la campagne russe ne pouvait
guère être combattu que par le travail : Pouchkine se livra
sauvagement au travail, et écrivit, outre une multitude de poésies
détachées, les chants IV, V et VI de son poème Eugène
Oniéguine, commencé à Odessa, et un drame Boris
Godounov, qu'il ne publia qu'en 1834. Après le complot
des Décembristes (Noël 1825), le poète; n'étant
pas compromis, releva la tête et demanda sa grâce. Il fut présenté
à Moscou, le 20 septembre 1826, au nouvel empereur, Nicolas Ier,
et obtint. en juin 1827 l'autorisation de retourner à Saint-Pétersbourg
: le tsar déclarait en outre vouloir désormais lui servir
lui-même de censeur, pour lui éviter les réserves souvent
puériles des bureaux de censure. De 1826 à 1830, nous trouvons
le poète tantôt à Moscou, tantôt à Saint-Pétersbourg
ou même au Caucase En 1831, le tsar lui donna un traitement de 5 000 roubles pour lui permettre de travailler à une histoire de Pierre le Grand, et lorsque le poète, après avoir dépouillé les archives, se mit en devoir de publier l'Histoire de la révolte de Pougatchev, le souverain lui accorda une subvention de 20 000 roubles (1833). A la suite d'un voyage à Orenbourg se rattachant à cette dernière étude, Pouchkine publia sa nouvelle la Fille du capitaine, germe transparent de ce roman historique qui devait trouver chez Tolstoï sa forme souveraine. A la fin de 1836, le poète devint jaloux d'un officier d'origine française nommé Dantès, fils adoptif de l'ambassadeur de Hollande (baron de Heeckeren) : des lettres anonymes lui signalaient l'assiduité du jeune homme auprès de sa femme. Il le provoqua en duel, mais retira son cartel en le voyant, à l'improviste, devenir son beau-frère. Toutefois, peu après, le tenant pour l'auteur de lettres anonymes injurieuses, il écrivit sur son compte, à son père adoptif, une lettre insolente et grossière qui rendit le duel inévitable. Ils se battirent au pistolet, le 8 février (27 janvier) 1837, et Pouchkine, blessé mortellement, mourut deux jours après. La place nous fait défaut pour analyser l'oeuvre de ce grand poète, le plus grand peut-être de son pays et qui fut, en tous cas, un admirable novateur, le représentant le plus complet du romantisme russe. Nous avons, en passant, cité quelques-unes de ses oeuvres les plus célèbres; il conviendrait surtout de s'arrêter sur le poème Eugène Oniéguine, qui contient une si grande part d'autobiographie, et nous peint si vivement l'état d'esprit dans lequel s'écoula sa jeunesse bouillonnante et tourmentée. S'il fallait noter, en quelques formules, l'immense importance de ce poète pour la Russie, on dirait qu'il a créé le lyrisme russe en le faisant sortir des descriptions, des sentiments et du style convenus, pour le mettre en contact vibrant avec la nature; on ajouterait que, par l'admirable clarté et par l'équilibre souverain dont il fait preuve, même dans ses emportements byroniens, il a créé un style russe, et a rendu sa langue maternelle capable de porter désormais les fruits les plus savoureux d'une littérature nationale. Son oeuvre, interrompue, brutalement par la mort, n'en est pas moins considérable. On y distingue : d'abord, des poésies lyriques qui en sont peut-être la plus belle parure; puis, des poèmes et, des scènes dramatiques, comme Boris Godounov, Poltava, l'Avare chevalier, Mozart et Salieri, etc.; puis, des nouvelles (la Fille du capitaine, la Dame de Pique, les Nouvelles de Bielkine, etc.); des articles de critique, des souvenirs de voyages, des études historiques; enfin, nous possédons de lui des Lettres, précieuses pour l'étude de sa personnalité. (Jules Legras). |
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© Serge Jodra, 2004. - Reproduction interdite.