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Salieri

Antonio Salieri est un compositeur italien né à Legnano, petit bourg fortifié de l'État de Venise, le 19 août 1750, mort à Vienne le 12 mai 1823. Le père de cet artiste était un négociant fort aisé qui lui fit apprendre de bonne heure la musique, le clavecin et le violon. Son frère aîné, Francesco Salieri, un des meilleurs élèves de Tartini, fut son maître pour ce dernier instrument. Salieri était âgé de quinze ans et possédait déjà un assez remarquable talent, quand des spéculations malheureuses ruinèrent complètement ses parents. Un des membres de l'illustre famille des Mocenigo devint son protecteur; il le fit admettre à la maîtrise de Saint-Marc, où il étudia quelque temps l'harmonie avec Giovanni Pescetti, second maître de cette église. 
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Portrait de Salieri.
Antonio Salieri.

Le maître de la chapelle impériale de Vienne, Gassmann, étant venu à Venise pour la représentation d'une de ses oeuvres, l'accepta plus tard pour élève et l'emmena avec lui le 15 juin 1766. Sous la direction de cet artiste, à qui toute sa vie Salieri manifesta sa reconnaissance de la façon la plus noble, il fit de rapides progrès dans la composition. Quatre ans après son arrivée à Vienne, il écrivait son premier opéra : une pièce bouffe, le Donne letterate, représentée pendant le carnaval de 1770. A partir de cette oeuvre qui fut bien accueillie, il fit preuve de la plus grande fécondité. II faut citer, parmi ses opéras de cette époque, Armida (1774), le meilleur ouvrage de sa première manière, la Secchia rapita (1772) et la Locandiera (1773). Sa réputation était déjà assez grande pour qu'en 1774, à la mort de Gassmann, la place vacante de maître de chapelle de l'empereur lui fut offerte. Il accepta, et dès lors, sans renoncer au théâtre, Salieri écrivit pour l'église un grand nombre de cantates et de pièces religieuses de toute espèce, toujours avec la même facilité et le même bonheur.

Cependant, les oeuvres de la nouvelle manière de Gluck commençaient à s'imposer à l'attention du public et des artistes. Cette révolution dans l'art, qui bouleversait si profondément les habitudes du théâtre italien, exerça sur Salieri une influence durable. Sa conception esthétique en fut changée du tout au tout. Il voulut recevoir les conseils de l'auteur d'Alceste et d'Orphée, dont il se mit à étudier les chefs-d'oeuvre avec une application soutenue. S'il a réussi de la sorte à s'approprier beaucoup des formes de la belle déclamation de Gluck, son originalité subsiste néanmoins et se révèle dans la forme coulante de ses mélodies, toujours très italiennes malgré l'imitation du style du réformateur. 

L'évolution s'est d'ailleurs faite progressivement chez lui. On en peut suivre la marche et les progrès dans les divers opéras qu'il a composés de 1774 à 1780, pour les théâtres de Milan, de Venise et de Rome, pendant la durée d'un assez long congé qu'il avait sollicité. A la fin de 1780, Salieri se trouve à Vienne, pour reprendre ses fonctions à la chapelle de l'empereur Joseph Il. Gluck revenait alors de Paris, d'où il rapportait le poème des Danaïdes que l'administration de l'Opéra lui avait confié. Affaibli par l'âge et sa mauvaise santé, il ne se sentit pas le courage d'entreprendre la composition de l'opéra, et sans en avertir qui que ce fût, il chargea Salieri d'en écrire la musique. Ce travail achevé, non sans peine, car le maître italien connaissait assez mal la langue française, Salieri, en 1784, partit pour Paris avec une lettre de Gluck qui le présentait au directeur de l'Académie royale de musique comme son élève, l'ayant aidé dans la composition de l'oeuvre, et chargé d'en surveiller les études et l'exécution. 

Les Danaïdes furent jouées à la cour, d'abord, puis à Paris avec grand succès, et, après quelques représentations, les journaux publièrent une lettre de Gluck déclarant qu'il n'était pour rien dans la composition de cet opéra et que Salieri seul en était l'auteur. Ce subterfuge, que l'on peut juger assez peu délicat, ne nuisit en rien au jeune musicien. Comblé de faveurs et de gloire, il retourna à Vienne, emportant avec lui le livret d'une seconde tragédie lyrique, les Horaces, qu'on lui avait confié. Il ne resta que peu, de temps au service de l'empereur. Rappelé à Paris en 1785 par la représentation, peu brillante d'ailleurs, des Horaces, il y donna l'année suivante, sur un livret de Beaumarchais, Tarare, un de ses meilleurs ouvrages. Le même opéra fut donné en 1788 à Vienne, sous un autre titre, et réussit tout aussi bien. Plusieurs autres partitions ne furent pas moins bien accueillies, et jusqu'à la mort de Joseph II, en 1789, Salieri remplit les théâtres de Vienne du bruit de son nom et de ses oeuvres.

Cette grande activité se ralentit par la suite. Aussi bien, les événements étaient-ils peu favorables à la musique, et l'année 1802 semble marquer la fin de la carrière dramatique du musicien. Cependant, bien qu'accablé par l'âge et les infirmités, Salieri conserva ses fonctions à la cour jusqu'en 1824, où sa retraite lui fut accordée. 

Au total, Salieri aura écrit près de cinquante opéras, dont plusieurs sont de véritables chefs d'oeuvre, et parmi lesquels il faut citer : Armida, il Barone di Rocca antica, la Fiera di Venezia, la Locandiera, la Secchia rapita, Europa riconosciuta, Semiramide, il Pastor fido, la Grotta di Trofonio, Annibale in Capua, la Selvaggia, etc. Mais là ne se borne pas son énorme bagage de composition. Salieri a écrit plusieurs oratorios : la Passione di Gesù Cristo, Gesù al limbo, Saül, le Jugement dernier; plusieurs cantates dramatiques : il Trionfo della gloria, la Riconoscenza, l'Oracolo, etc., et un grand nombre de compositions diverses.

Le mérite de ce compositeur, bien qu'il soit assez à peu près oublié de nos jours, reste néanmoins considérable. Il faut lui savoir gré d'avoir, avec une intelligence singulière, si parfaitement compris l'importance de la réforme tentée par Gluck. Il s'est approprié les qualités les plus éminentes de ce grand musicien et, sans l'imiter servilement, a su profiter des découvertes qu'il avait faites. Il y a joint une rare intelligence de l'effet dramatique et, comme tous les maîtres de son pays, une remarquable entente des exigences de la voix. Aussi ses ouvrages ont-ils exercé, en Allemagne surtout, où ils étaient mieux connus qu'ailleurs, une très grande influence. Tous les musiciens dramatiques allemands de la fin du XVIIIe siècle et du début de XIXe se sont fait une loi de l'étudier et de rechercher ses conseils. Beethoven lui-même n'a pas dédaigné de s'inspirer de l'art de Salieri, et ce fait n'est pas un des moindres qu'on puisse alléguer, en son honneur. (H. Quittard).

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Dictionnaire biographique
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