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Maspero

Maspero (Gaston Camille Charles), égyptologue né à Paris le 23 juin 1846, de parents d'origine lombarde, mort en 1916. Il fit de fortes études comme interne au lycée Louis-le-Grand (1853-65), montrant surtout du goût pour l'histoire, mais, chose plus rare, attiré dès l'âge de quatorze ans par l'Égypte, passionnément curieux de l'écriture hiéroglyphique entrevue dans le spécimen qu'en donnait l'Histoire ancienne de Duruy. En rhétorique, en philosophie, il achetait sur ses économies quelques mémoires de Rougé et de Chabas. et, sans autre secours, poursuivait ses études égyptologiques parallèlement à ses études classiques. Il était déjà en état de traduire quand il entra à l'École normale (1865). En mars 1867, Desjardins, maître de conférences à l'École, faisant dîner quelques élèves de troisième année avec Mariette, alors commissaire de l'exposition égyptienne, déplorait qu'aucun d'eux ne s'occupât spécialement de l'Égypte : ils parlèrent d'un camarade de deuxième année qui avait appris seul à lire les hiéroglyphes. Mariette, intéressé, mais sceptique, leur remit pour l'éprouver une stèle du Djebél Barkal. Du dimanche au jeudi, Maspero la traduit et l'envoie à Mariette qui, étonné, lui adresse un second texte de plus de cent lignes mutilées. La traduction en est faite dans la huitaine. Mariette fait venir notre normalien et l'autorise à publier ces deux textes qui parurent cette même année, le premier dans la Revue archéologique, Stèle du Songe, le second autographié (Paris, 1867). Mémoire sur la grande Inscription d'Abydos et la jeunesse de Sésostris.

Maspero ne fit pas de troisième année à l'École normale. Au lieu d'y rentrer après le licenciement de 1867, il partit pour l'Amérique du Sud. Comme, outre l'égyptien, il avait commencé à étudier sérieusement l'arabe et le sanscrit, Egger l'avait recommandé pour auxiliaire à Vicente Fidel Lopez, de Montevideo, qui voulait montrer que le quechua, langue péruvienne, était un dialecte sanscrit. C'est lui qui rédigea en français et publia l'ouvrage de ce savant sur les Races aryennes du Pérou. De retour en France, dès la fin de 1868, il publie l'Hymne au Nil des Papyrus du British Museum; puis il lit à l'Académie des inscriptions (1869) un mémoire sur les pièces d'un procès en violation de sépultures royales, publié dans les Savants étrangers sous ce titre : Une Enquête judiciaire à Thèbes au temps de la XXe dynastie. Répétiteur de langue et d'archéologie égyptiennes à l'École des hautes études (1869), il inaugura de minutieuses études de grammaire qu'il publia dans la Bibliothèque de cette école : Des Formes de la conjugaison en égyptien ancien, en démotique et en copte (1871). En même temps, il prépare ses thèses de doctorat, qu'il soutient en janvier 1873 : De Carchemis oppidi situ et historia antiquissima et Du Genre épistolaire chez les anciens Égyptiens. La même année les professeurs du Collège de France le présentent pour succéder à Rougé, mais, jugé trop jeune, il ne fut nommé que le 4 février 1874.

L'Histoire ancienne des peuples de l'Orient qu'il donna en 1875 (Paris, in-18; 5e éd., 1892), et qui fut aussitôt traduite en allemand, en espagnol, en russe, en hongrois, était à la fois le résumé de ses précédentes études et comme le programme de tous ses travaux ultérieurs. C'était la première tentative faite pour présenter, d'après les sources mêmes et les monuments originaux, l'histoire de l'Orient classique; non plus l'histoire des divers peuples pris à part, mais celle de leurs rapports entre eux, le tableau synchronique de leurs moeurs, de leurs oeuvres, de leurs institutions, de leurs croyances. A cette oeuvre qui, reprise dans de tout autres proportions, sera l'affaire de sa vie entière, se rattachent toutes les études philologiques, historiques et archéologiques de Gaston Maspero, à savoir : Notes sur différents points de grammaire et d'histoire, publiées dans les Mélanges d'archéologie égyptienne (1874-78), dans la Zeitschrift für Aegyptische Sprache (1875-83) et dans le Recueil de travaux relatifs le la philologie égyptienne et assyrienne fondé par lui en 1869, repris en 1878; De Quelques Navigations des Égyptiens sur la mer Erythrée (dans la Revue historique, 1878); la Grande Inscription des Beni-Hassan(dans le Recueil..., 1878), où fut exposé pour la première fois le système "féodal" de l'Égypte; Récit de la campagne de Mageddo sous Thoutmès III (Recueil..., 1879-80); Études de mythologie et d'archéologie égyptiennes (1893, 2 vol.), réunion de monographies parues surtout dans la Revue de l'histoire des religions à partir 1878, et qui ont modifié profondément les idées reçues touchant la religion des Égyptiens, comme la méthode employée pour l'étudier.

En novembre 1880, le gouvernement français mit Gaston Maspero à la tête de la mission archéologique qu'il envoyait en Égypte et qui allait devenir l'École française du Caire. S'improvisant administrateur, il fut en un mois en mesure de partir, emmenant comme élèves deux égyptologues, Loret et Bouriant, un arabisant, Dulac, et un dessinateur, Bourgoin. A peine la mission était-elle installée que s'ouvrait la succession de Mariette, comme directeur général des fouilles et antiquités de l'Égypte. Gaston Maspero recueillit tout naturellement cet héritage, qu'il importait aux autorités françaises de ne pas laisser échapper (8 février 1881). Dès lors sa tâche était double. Dans l'organisation de l'École du Caire; il fit prévaloir un type très différent des écoles d'Athènes et de Rome, plus souple, pouvant se prêter autant que possible aux besoins divers de l'orientalisme. C'est, en fait, un hôtel scientifique, avec bibliothèque, recevant, selon les cas, sous la direction d'un savant autorisé, soit des élèves, soit des attachés, soit des travailleurs plus libres encore, sans durée fixe, sans limites d'âge ni conditions de grades universitaires, sans autre obligation que de travailler réellement et avec une compétence notoire à des études orientales.

On y a vu des élèves de dix-neuf ans et de cinquante-cinq. Ils peuvent s'occuper d'arabe, d'assyrien, de sanscrit, aussi bien que d'égyptien. Leurs publications de textes et de monuments, leurs mémoires formeront vite plusieurs dizaines de volumes. Comme il n'y eut de budget régulier qu'à partir de 1884, et qu'il n'y eut de crédit pour les publications qu'à partir de 1888, les premiers fascicules ne purent être publiés qu'à force d'économies; l'École eut ses temps héroïques. Dans la direction du musée de Boulaq et des fouilles, Maspero s'appliqua premièrement à assurer la conservation des monuments, laissée un peu en souffrance par Mariette, tout entier à ses belles découvertes. Ce fut un service à organiser avec des ressources très insuffisantes. L'Égypte fut divisée en circonscriptions archéologiques, avec quelques chefs et une trentaine de gardiens pour faire la police dans tout le pays contre la rapacité des pillards et la curiosité trop peu scrupuleuse des touristes. Les monuments de Karnak, Louqsor, Abydos, Edfou et Philae furent consolidés et gardés. L'argent manquant pour les fouilles régulières, on contint au moins les fouilleurs indigènes; on força les habitants de Thèbes à livrer les momies royales découvertes par eux à Deir-el-Bahari; on déblaya les pyramides écrites de Saqqarah, et plus tard, grâce à deux souscriptions ouvertes en France par le Journal des Débats, le temple de Louqsor, à Thèbes, et le Sphinx de Gizeh.

Gaston  Maspero passait quatre ou cinq mois par an en Haute-Égypte, interrompu à chaque instant dans ses explorations et dans ses déblaiements, tantôt par les difficultés financières, tantôt par les troubles politiques. Durant les événements de 1882, rappelé par le gouvernement français, il passa quelques jours pour perdu. L'ordre rétabli, les touristes revenant, appuyé qu'il était par le sous-secrétaire d'État anglais, sir Colin Scott-Moncriff, il entrevoyait des temps meilleurs pour ses recherches; mais les conditions dans lesquelles il avait dû vivre pendant des années (à bord de son bateau, le plus souvent, l'appartement qu'il avait au musée de Boulaq étant inhabitable) avaient altéré sa santé et compromis celle des siens. Il rentra en France (juin 1886), après avoir fait accepter pour son successeur au musée, Grébaut, qui l'avait déjà remplacé à la tête de la mission.

Gaston Maspero, qui était membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres depuis 1883, reprit son enseignement au Collège de France, sa direction d'études à l'École des hautes études et ses travaux. Il avait publié en 1883 : Contes populaires de l'Égypte ancienne et un Guide du visiteur au musée de Boulaq. Il donna successivement dans les Mémoires de la mission : Trois Années de fouilles (t. I, fasc. 2); les Momies royales de Deir-el-Bahari (t. 1, fasc. 4); Fragments thébains de l'Ancien Testament (t. VI, fasc. 1-2); puis les Pyramides de Saqqarah, qui forment un volume de 500 pages, où sont publiés et traduits les textes religieux les plus anciens qu'on ait à l'époque : Archéologie égyptienne (1887); Catalogue du musée égyptien de Marseille (1889); Lectures historiques (1890), ouvrage de vulgarisation. Enfin sa grande Histoire des peuples de l'Orient reprend le dessus et en 1894-95 parait le 1er  vol. gr. in-8, supérieurement illustré, de ce magnifique ouvrage, ou l'auteur, mettant au point les découvertes des autres et les siennes, résume ce qu'on sait de l'Orient à la fin du XIXe siècle qui a vu déchiffrer les écritures orientales. 

Il a ensuite donné de nombreux articles dans la Revue critique, la Revue archéologique, le Journal asiatique, les Mémoires de la Société de linguistique et de l'Association des Études grecques, la Nature, les Débats, The Academy, The Records of the Past, etc. Maspero repartit une dernière fois en Égypte en 1899, et y poursuivit particulièrement les fouilles en Haute-Égypte et en Nubie, publiant encore abondamment (citons seulement ses Notes de voyage, 1911, et son, Histoire générale de l'art  (Égypte), 1912). Revenu en France en 1914, mourra deux ans plus tard. (H. M.).

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