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La face

Chez l'humain seul, la partie du squelette de la tête qui renferme la plupart des organes des sens mérite d'être considérée comme une région distincte du crâne. Elle a reçu le nom de face, parce qu'elle attire le regard et se présente tout d'abord à l'observateur comme le siège des expressions émotives. Le squelette de la face est constitué par quatorze os. Deux sont impairs, symétriques et médians : le maxillaire inférieur et le vomer. Les autres sont latéraux, pairs et symétriquement disposés : les maxillaires supérieurs, les palatins, les malaires, les os propres du nez, les os unguis ou lacrymaux, les cornets inférieurs. Le squelette de la face est appendu à la partie inférieure et antérieure de la base du crâne à laquelle il est intimement soudé. Il constitue une masse osseuse symétrique dans laquelle sont creusées les cavités où s'abritent les organes des sens.

Au point de vue de l'anatomie descriptive il se divise en deux pièces ou mâchoires, l'une supérieure, l'autre inférieure, celle-ci disposée au-dessous de celle-là avec laquelle elle s'articule. L'intervalle qui existe entre elles, plus ou moins considérable suivant leur degré de rapprochement ou d'écartement, représente la cavité buccale à parois latérales formées par les parties molles des joues, ayant pour paroi supérieure la voûte du palais, pour paroi inférieure la couche épaisse de parties molles constituant le plancher de la bouche sur lequel repose la langue. Rétrécie à son extrémité postérieure qui communique avec les conduits respiratoire et alimentaire par l'isthme du gosier, la cavité buccale est pourvue d'un orifice antérieur en forme de fente transversale, limité par les lèvres, voiles mobiles susceptibles de le clore ou de l'agrandir.

La bouche qui surmonte la saillie du menton, extrémité inférieure de l'ovale qui dessine le contour du visage, la bouche est placée au-dessous de l'ouverture des narines. Celles-ci font communiquer avec l'extérieur les fosses nasales et sont protégées par la saillie du nez, dont la racine est soutenue par les os nasaux. Le nez est séparé par une dépression médiane de la bosse frontale moyenne, de chaque côté de laquelle se dessine une saillie osseuse horizontale accusée, le rebord orbitaire. Ce dernier, surmonté du sourcil, offre une protection efficace à l'oeil, dont le globe, logé dans la cavité orbitaire, peut être apparent ou caché par les voiles palpébraux. Au-dessous et en dehors de l'orbite apparaît la saillie de la pommette
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Face humaine.
Les pôints d'attache des muscles de la face.

Les proportions relatives des orifices, leur forme, la conformation des différentes saillies du squelette contribuent à donner à la face de chaque humain son individualité que complètent l'épaisseur variable des parties molles et leurs détails de conformation, la couleur de la peau et des yeux, le plus ou moins important développement du système pileux, la couleur des poils de la moustache et de la barbe. La physionomie de l'individu est complétée par le degré de mobilité de ses traits, en rapport avec le développement des peauciers, tractus musculaires qui relient au squelette certaines régions ou qui entourent d'un anneau élastique les orifices cutanés, déterminant par leur contraction l'occlusion de ceux-ci ou produisant le froncement, le plissement de la peau du front (région du visage contiguë à la face et des sourcils), les mouvements des lèvres, etc. (Dr G. Kuhff).

Développement de la face.
Chez le jeune embryon examiné vers le milieu du premier mois, les rudiments destinés à concourir au développement de la face sont groupés autour d'une excavation anfractueuse que surmonte la saille du cerveau antérieur et qui n'est autre que la cavité buccale primitive (fig. 1). 
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1 -Tête d'embryon humain
d'environ 2 semaines.
(D'après His).

L'orifice buccal, de forme pentagonale, est limité supérieurement par la base du crâne qui s'épaissira bientôt pour donner naissance au bourgeon frontal f, latéralement et en bas par les bourgeons maxillaires supérieurs ms et inférieurs mi du premier arc branchial (arc facial). Le fond de la cavité est formé primitivement par la membrane pharyngienne qui s'atrophie ensuite et disparaît de façon à laisser communiquer librement la dépression buccale avec le cul-de-sac antérieur de l'intestin. Les deux prolongements maxillaires inférieurs ne tardent pas à se souder sur la ligne médiane pour former la mâchoire inférieure, et sur l'épiderme de la région céphalique se montrent trois paires d'épaississements localisés, se creusant ensuite en fossettes et marquant l'apparition des organes des sens; ce sont :

1° les fossettes cristalliniennes, situées latéralement en arrière de la convexité du cerveau antérieur et se mettant en rapport avec les vésicules optiques issues de ce centre nerveux; 

2° les fossettes olfactives, qui se creusent dans le bourgeon frontal vers son bord inférieur; 

3° les fossettes auditives, placées en arrière, dans la région du cerveau postérieur, non loin de l'extrémité de la première fente branchiale. Dans ces premiers stades, les rudiments de l'oeil et de l'oreille ne sont visibles que de côté et non quand on examine l'embryon de face. En regardant l'embryon latéralement, on aperçoit en outre, au-dessous de la mâchoire primitive, le deuxième arc (arc hyoïdien), ainsi que les arcs et fentes rudimentaires qui lui font suite et qui ne participent pas, à proprement parler, à la constitution de la tête.


2 - Face d'un embryon humain 
de cinq semaines. 
(Schéma d'après Ecker).

Le schéma de la fig. 2 répond à un stade d'évolution plus avancé et permet de reconnaître plus nettement l'ébauche des cavités de la face et des organes sensoriels. Dans le haut de la figure, se voit la double saillie du cerveau antérieur cc. Le bourgeon frontal a pris un développement notable; il descend de la base du crâne vers la bouche, s'intercalant entre les bourgeons maxillaires supérieurs et se trouve subdivisé inférieurement en deux paires de bourgeons secondaires, les bourgeons nasaux internes et externes, i, i, ex, ex, séparés de chaque côté par la fossette olfactive o et par le sillon nasal qui la prolonge jusque dans la cavité buccale. Entre les deux bourgeons nasaux internes règne une large échancrure qui ne tardera pas à se rétrécir façon à figurer un sillon vertical étroit et profond, s'étendant sur la ligne médiane parallèlement aux sillons nasaux. Le bourgeon nasal interne déborde sensiblement, vers le bas, le bourgeon externe et forme ainsi avec lui un angle dans lequel vient se placer l'extrémité du bourgeon maxillaire supérieur ms. Entre celui-ci et le bourgeon nasal s'étend une gouttière qui débouche dans le sillon nasal, la gouttière lacrymale. Elle remonte obliquement vers l'oeil c, qui tend manifestement à quitter sa position latérale du début et à se reporter en avant. Entre les bourgeons maxillaires supérieurs et la mâchoire inférieure primitive mi, s'étend l'ouverture buccale, qui n'est plus aussi largement béante et présente maintenant l'aspect d'une fente transversale. Ce changement est dû tant à l'accroissement propre du bourgeon frontal, qu'au progrès de l'incurvation céphalique qui tend à rapprocher la région fronto-nasale de l'arc maxillaire mi. Au-dessous de celui-ci est placé l'arc hyoïdien 2, dont le sépare la première fente branchiale. 

Dans la quinzaine suivante (de la cinquième à la septième semaine), on assiste à une série de transformations importantes qui président à la constitution des fosses nasales, de la région maxillaire supérieure et du palais. Les bourgeons maxillaires supérieurs s'unissent superficiellement, d'abord aux bourgeons nasaux externes et plus tard à la face latérale des bourgeons nasaux internes : par ce fait, les gouttières lacrymales se trouvent converties en deux conduits fermés, les canaux lacrymaux ; de même, les sillons nasaux se changent en deux canaux courts, les conduits nasaux internes, faisant communiquer les dépressions olfactives avec la cavité buccale primitive. Les ouvertures extérieures des mêmes dépressions prennent l'aspect de deux orifices limités par un bord complet, les futures narines. Les tissus qui bordent en haut et sur les côtés la fossette olfactive présentent de bonne heure un épaississement progressif, de sorte qu'après l'occlusion du sillon nasal, chaque narine est surmontée d'une saillie très appréciable (future aile du nez) et donne accès dans une excavation assez profonde. Peu après, les bourgeons nasaux internes se confondent en une seule pièce médiane, le bourgeon incisif soudé de part et d'autre aux bourgeons maxillaires supérieurs. Ainsi se trouvent constituées avant le milieu du deuxième mois, la mâchoire supérieure primitive avec l'ébauche du nez, la région de la pommette et de la joue.

A ces modifications extérieures en correspondent d'autres qui se passent dans l'intérieur de la cavité buccale. Celle-ci, avant l'occlusion des sillons nasaux et inter-incisif, est limitée en haut par la face inférieure du large bourgeon frontal, latéralement par les faces internes des bourgeons maxillaires supérieurs, en avant et en bas par la mâchoire inférieure et les parties sous-jacentes de l'appareil branchial. Les bourgeons maxillaires supérieurs présentent chacun sur leur face interne une sorte de crête ou de saillie antéro-postérieure ; ces crêtes ne tardent pas à se développer en deux lames horizontales, les lames palatines, qui tendent peu à peu à se rejoindre sur la ligne médiane et à se souder progressivement d'avant en arrière, de façon à former le palais. La voûte palatine figure ainsi une cloison horizontale divisant l'excavation buccale primitive en deux étages superposés : un supérieur, respiratoire, un inférieur, digestif. De son côté, la partie profonde du bourgeon frontal s'allonge également de haut en bas et se réduit à une étroite cloison antéro-postérieure, la cloison des fosses nasales, dont le bord libre se soude à ceux des lames palatines au fur et à mesure qu'elles se fusionnent entre elles. Cette union des lames se fait plus tardivement dans la région du voile et de la luette qu'au niveau de la voûte. Au point où elles se soudent en avant au bourgeon incisif, on voit persister à l'extrémité antérieure du raphé palatin un pertuis pair ou unique, le canal incisif, répondant aux canaux de Stenson des mammifères. Sur le plancher de la bouche, on voit s'élever le segment antérieur de la langue, sous forme d'un tubercule impair, émergeant entre la mâchoire inférieure et le deuxième arc; celui-ci se soude dans sa partie médiane avec le troisième arc pour constituer le segment postérieur de l'organe. L'union des deux rudiments s'opère ensuite au niveau du V lingual.

Lorsqu'on arrive ainsi à la fin du deuxième mois, la configuration générale de la face embryonnaire a subi un changement notable qui est dû à ce que les parties latérales prennent un accroissement prédominant, tandis qu'au contraire la région médiane se développe beaucoup moins et semble présenter une atrophie relative. Il résulte de là que la figure tout entière s'allonge : les yeux se rapprochent l'un de l'autre, et il en est de même des narines, de sorte que le nez, primitivement très large et épaté, s'effile en même temps que son dos devient plus proéminent; la bouche, d'une largeur démesurée dans les débuts, se rétrécit dans le sens transversal, et le bord libre des mâchoires primitives se dédouble en un bourrelet externe ou labial et en un bourrelet interne ou maxillaire proprement dit (le futur rebord alvéolaire). Les yeux sont encadrés par la saillie des paupières naissantes qui finiront par se rencontrer et s'accoler l'une à l'autre du troisième au quatrième mois. Sur la partie la plus reculée des arcs maxillaire et hyoïdien, apparaissent, de la sixième à la septième semaine, des tubercules arrondis, groupés autour de l'extrémité persistante de la première fente branchiale et représentant l'ébauche du pavillon de l'oreille.

La saillie du menton s'accuse, grâce au développement prépondérant de l'arc maxillaire qui s'avance et recouvre les arcs suivants, beaucoup moins volumineux. Ainsi se délimite une région cervicale séparant nettement de la tête le coeur qui descend peu à peu dans le thorax. La région de la nuque et de l'occiput s'accroissant moins vite dans le sens longitudinal qu'au cours du stade précédent, la tête se redresse et se défléchit. Par suite de toutes ces transformations, la figure de l'embryon perd peu à peu son aspect informe et grimaçant des premiers temps et, malgré l'étendue disproportionnée du front, elle se rapproche visiblement de son état définitif.

Pour faire suite à cette description purement morphologique, il nous reste à étudier sommairement l'origine des parties dures qui composent le squelette de la face. Dans le premier mois, les bourgeons faciaux sont constitués uniformément par le tissu mésodermique embryonnaire et recouverts par l'ectoderme (stade dit membraneux). Au deuxième mois, apparaît le chondrocrâne dont la portion précordale (capsule nasale) représente la charpente cartilagineuse primordiale de la région qui nous occupe. Elle se compose de trois lamelles à direction verticale et antéropostérieure, une médiane et deux latérales, reliées entre elles à leur partie supérieure, et elle répond à la région de l'ethmoïde, du vomer et des parois externes des fosses nasales. Les lamelles latérales s'incurvent à leur extrémité libre pour former le cornet inférieur et émettent ensuite par leur face interne deux expansions dirigées transversalement, les cornets supérieur et moyen. D'autre part, dans la mâchoire inférieure, se montre de chaque côté, dès la troisième ou la quatrième semaine, une pièce cartilagineuse allongée appartenant à l'appareil branchial, le cartilage de Meckel. Beaucoup plus développé et persistant chez les vertébrés inférieurs, le chondrocrâne est très incomplet chez l'humain et disparaît presque entièrement, soit par ossification, soit par résorption.
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Squelette de la face.
Le squelette de la face.

Les os de la tête se divisent en os primaires, procédant du chondrocrâne primitif (l'ethmoïde et les cornets) et en os de revêtement, répondant au squelette tégumentaire des vertébrés inférieurs. Parmi ces derniers, les uns constituent le revêtement propre de la capsule nasale cartilagineuse (os nasaux et unguis, vomer), les autres sont des os voisins, empiétant plus ou moins sur la région capsulaire (frontal, maxillaires supérieurs, palatins). 

Le cartilage ethmoïdal s'ossifie au cinquième mois, d'abord la lame papyracée, puis les cornets; plus tard, après la naissance, la lame perpendiculaire, l'apophyse crista galli et la lame criblée; ces différentes pièces se fusionnent à l'âge de cinq ou six ans. Dans le bourgeon frontal, les os nasaux et unguis paraissent au troisième mois, ainsi que l'ethmoïde, par deux lames (primitivement distinctes); l'intermaxillaire ou prémaxillaire débute par quatre noyaux séparés et demeure distinct des maxillaires supérieurs jusqu'au milieu du troisième mois (cet état persiste chez la plupart des animaux). Dans le domaine du bourgeon maxillaire supérieur, naissent, à la fin du deuxième mois, la lame interne de l'apophyse ptérygoïde, l'os palatin, le malaire et le maxillaire supérieur (par plusieurs noyaux d'origine qui se confondent plus tard). Les sinus qui dépendent des fosses nasales se montrent au début comme des diverticules de la muqueuse entourés d'une capsule cartilagineuse que vient doubler ensuite une couche osseuse (Dursy), et qui est finalement résorbée. Ces cavités ont une évolution tardive et continuent de s'accroître jusqu'à l'achèvement complet du squelette.

L'os maxillaire inférieur (os dentaire des vertébrés inférieurs) apparaît à la septième semaine à la face externe du cartilage de Meckel qu'il entoure ensuite en forme de gouttière. La partie moyenne de ce cartilage se résorbe par la suite; son extrémité antérieure s'ossifie et se confond avec le maxillaire (on en trouve encore un reste dans la symphyse chez le nouveau-né); les deux petites pièces qui le terminent en arrière viennent saillir dans la première fente branchiale et fournissent plus tard une partie des osselets de l'ouïe. L'angle de la mâchoire et l'apophyse articulaire dérivent de pièces cartilagineuses qui se forment secondairement à l'extrémité postérieure de l'os et se fusionnent avec lui ultérieurement.

Par ce qui précède, on peut se rendre un compte exact du sort final de la charpente cartilagineuse primitive de la face. On voit, en effet, disparaître successivement par atrophie : les cartilages placés sous les os nasaux, les lames frontales et les lames pariétales de l'ethmoïde, ainsi que la partie qui les relie aux grandes ailes du sphénoïde, la capsule cartilagineuse des sinus, une partie des cornets, une partie du cartilage de Meckel. En tenant compte des parties envahies par l'ossification, on constate que ce qui subsiste se réduit au cartilage de la cloison et aux cartilages latéraux du nez. ll y a, en plus, à l'extrémité antérieure de la cloison nasale, deux petits nodules isolés, contigus aux vestiges de l'organe de Jacobson. Quant aux cartilages alaires, ils se produisent indépendamment du chondrocrâne. Les os de revêtement s'unissent intimement entre eux ainsi qu'aux os primaires, de sorte que la plupart des os de l'adulte répondent en réalité à plusieurs pièces soudées secondairement. Aussi n'est-ce que par étude des états embryonnaires que les anatomistes ont pu établir la morphologie comparée du crâne humain.

Le développement du squelette influe notablement sur la conformation de la tête. Chez le nouveau-né, comme chez le foetus, la convexité du cerveau antérieur donne une prédominance marquée à la région supérieure sur le reste de la face; celle-ci s'accroît ensuite en largeur par l'extension que prennent les fosses nasales et leurs cavités accessoires; d'autre part, elle s'allonge par le développement du rebord alvéolaire des mâchoires, demeuré rudimentaire jusqu'à l'éruption des dents. La figure tend peu à peu vers la forme ovalaire, le front s'aplanit et devient plus élevé et la physionomie acquiert ses caractères définitifs à l'époque de la puberté. (G. Herrmann).

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