.
-

Absurde

Le mot absurde signifie proprement ce qui ne s'entend pas, ce que l'esprit ne peut parvenir √† penser. Or, ce que l'esprit ne peut parvenir √† penser, c'est ce qui se contredit. Le principe de contradiction est en effet le principe qui domine l'intelligence. A est la m√™me chose que non A, telle est donc la formule abstraite de l'absurde. 

On voit que le mot absurde a, en philosophie, un sens plus √©troit que dans le langage vulgaire. Le vulgaire appelle absurde tout ce qui √©tonne ou d√©passe le sens commun. Il qualifie volontiers ainsi ce qu'il n'entend pas. L'inventeur du bateau √† vapeur, l'illustre et malheureux marquis de Jouffroy, fut trait√© d'absurde par tous ses contemporains. Il ne faut pas non plus confondre le faux et l'absurde : il est faux que le Soleil tourne autour de la Terre, mais le syst√®me de Ptol√©m√©e n'est pas absurde. Il serait faux de dire que je n'√©cris pas en ce moment, mais il ne serait pas absurde que je n'√©crivisse pas, je pourrais ne pas √©crire. Ce qui serait absurde, c'est que je n'√©crivisse pas au moment o√Ļ j'√©cris.

Il nous faut montrer : 1¬į comment peut na√ģtre l'absurde; 2¬į les raisonnements que l'on a pu fonder sur l'absurde; 3¬į l'usage de ces raisonnements dans les sciences.

Comment peut na√ģtre l'absurde.
D'apr√®s la d√©finition m√™me que nous venons d'en donner, l'absurde ne peut se montrer qu'√† deux conditions : 1¬į deux notions qui se contredisent; 2¬į leur r√©union par un acte de l'esprit. 

L'absurde ne peut exister dans les op√©rations simples de l'esprit. Il est √©vident que le simple ne peut se contredire. Mais, d√®s que l'op√©ration mentale se complique, l'absurde peut appara√ģtre. Or, le seul acte mental simple est la sensation; la sensation est ou elle n'est pas, elle correspond √† l'objet ou n'y correspond pas, elle est vraie ou fausse, elle n'est pas, elle ne peut pas √™tre absurde. Quand je vois une couleur ou que j'entends un son, je peux √™tre hallucin√©, mais cette couleur, ce son ne se contredisent pas en eux-m√™mes. 

Les sensations laissent comme r√©sidus des images, ces images se combinent les unes avec les autres, et de ces combinaisons r√©sultent les id√©es que nous d√©signons ensuite par des repr√©tentations verbales ou mots, L'esprit juxtapose, unit, synth√©tise les id√©es comme il a synth√©tis√© les images, il forme alors des notions de plus en plus complexes. Mais souvent, croyant combiner des id√©es, il ne combine que des mots, des repr√©sentations verbales; or, les mots par eux-m√™mes ne se refusent √† aucune combinaison, toutes les successions sonores sont possibles, on con√ßoit d√®s lors que l'esprit puisse se repr√©senter verbalement des id√©es absurdes, par exemple un cercle carr√©, un b√Ęton sans deux bouts, la semaine des trois jeudis, un merle blanc, des calendes grecques. Mais ces repr√©sentations demeurent purement verbales; d√®s que l'esprit √©carte le voile des sons pour apercevoir l'id√©e qu'ils recouvrent, d√®s qu'il r√©fl√©chit au sens des mots qu'il emploie, il voit leur contradiction et reconna√ģt leur absurdit√©. On peut donc dire qu'en r√©alit√© il n'y a pas d'id√©es absurdes, il n'y a que des juxtapositions de mots dont le sens est contradictoire. 

En revanche, il peut y avoir des jugements absurdes. Le jugement est absurde lorsque l'attribut √©nonce une id√©e qui contredit la compr√©hension essentielle du sujet. La compr√©hension essentielle se compose : 1¬į du genre; 2¬į de l'esp√®ce; 3¬į de la diff√©rence; 4¬į des propri√©t√©s. L'absurdit√© est aper√ßue imm√©diatement quand l'attribut √©nonce une qualit√© directement contradictoire au genre, √† l'esp√®ce ou √† la diff√©rence du sujet; mais quand cette qualit√© n'est contradictoire qu'√† une propri√©t√© du sujet, l'absurdit√© a  besoin d'√™tre d√©couverte et d√©montr√©e. Il est, par exemple, imm√©diatement √©vident qu'un triangle ne peut √™tre rond, qu'un cercle ne peut √™tre elliptique, mais on ne voit pas imm√©diatement pourquoi le carr√© construit sur un des c√īt√©s de l'angle droit d'un triangle rectangle ne peut √™tre √©gal au carr√© construit sur l'hypot√©nuse, ou pourquoi la tangente au cercle ne peut √™tre oblique sur l'extr√©mit√© d'un rayon.

Les raisonnements que l'on a pu fonder sur l'absurde.
L'absurde est donc construit par le rapprochement de notions contradictoires dont l'esprit n'aper√ßoit pas d'abord la contradiction. Pour d√©couvrir l'absurde, il faudra donc faire l'op√©ration inverse, analyser la compr√©hension essentielle du sujet et montrer qu'elle contredit la propri√©t√© qu'on lui a faussement attribu√©e, ou montrer que la propri√©t√© faussement attribu√©e contredit la compr√©hension essentielle du sujet. On prouverait ainsi qu'admettre que la tangente au cercle est oblique √† l'extr√©mit√© d'un rayon, forcerait √† admettre que les rayons du cercle ne sont pas √©gaux, ce qui contredit l'essence du cercle (Cf. Duhamel, M√©thodes dans les sciences de raisonnement, 1re partie, ch. VIII). 

Dans ce cas, on r√©duit l'hypoth√®se propos√©e √† une contradiction et par l√† on d√©montre sa fausset√©, car, compte le dit Leibniz, ¬ę nous jugeons faux ce qui en enveloppe ¬Ľ. Il est, en effet, √©vident que ce que nous ne pouvons pas penser, nous ne pouvons le juger vrai; nous regardons comme non existant dans les choses ce qui ne peut √™tre repr√©sent√© dans l'esprit. Il semble que ce soit l√† la v√©ritable r√©duction √† l'absurde, cependant les logiciens ont donn√© ce nom √† un autre mode de raisonnement

Nous venons de voir que ce qui est absurde, nous le jugeons faux; nous sommes par l√† m√™me amen√©s √† regarder comme vrai le contradictoire du faux, car le vrai est le non-faux. Par cons√©quent, entre deux notions qui se contredisent, il n'y a pas de milieu : si l'une est fausse, l'autre est vraie et, r√©ciproquement, si l'une est vraie, l'autre est fausse, et ce serait commettre une absurdit√© que de les affirmer √† la fois l'une et l'autre. De m√™me pour deux propositions contradictoires, il serait absurde de les admettre en m√™me temps comme vraies. Mais il faut pour cela que les notions ou les propositions soient bien r√©ellement contradictoires, pour qu'il ne puisse y avoir aucune autre alternative possible. Il est donc assez important de savoir quand deux notions ou deux propositions sont v√©ritablement contradictoires et non simplement contraires. Sans entrer dans les d√©tails et renvoyant pour cela aux logiciens classiques (Aristote, Cat√©gories, c. VIII; De interpretat., c. VII; Hamilton, Lectures on logic, lect. XII, t. 1, p. 214; XIII, ib,, p. 261), nous dirons que deux notions sont contradictoires l'une de l'autre quand l'une est la n√©gation de l'autre. Ainsi : non-blanc est contradictoire de blanc; noir est simplement contraire de blanc, car une chose ne peut pas √™tre √† la fois noire et blanche, mais elle peut n'√™tre ni noire, ni blanche; tandis qu'il faut de toute n√©cessit√©, et sans autre alternative possible, qu'une chose soit blanche ou qu'elle ne le soit pas. 

Deux propositions sont contradictoires l'une de l'autre quand, ayant même sujet et même attribut, elles différent à la fois en quantité et en qualité. Ainsi, l'universelle affirmative et la particulière négative sont contradictoires, la particulière affirmative et l'universelle négative le sont aussi. De ce que : Tout homme est mortel, est vrai, il s'ensuit évidemment que : Quelque homme n'est pas mortel, est faux, et vice versa, tandis que la proposition : Tout homme est juste, peut être fausse, sans que pour cela celle-ci : Nul homme n'est juste, soit vraie. C'est que ces deux dernières propositions sont contraires et non contradictoires.

Quand le sujet est déterminé, singulier, il suffit que les propositions diffèrent en qualité. Exemple : Socrate est blanc, Socrate n'est pas blanc.

Cela √©tant pos√©, il est √©vident qu'on ne peut sans absurdit√© affirmer une contradictoire sans nier l'autre, et vice versa; c'est ce qui a amen√© √† chercher dans ces propri√©t√©s des contradictoires une m√©thode de r√©futation et une m√©thode de preuve. Ce sont ces deux m√©thodes qu'on appelle indiff√©remment : r√©duction √† l'absurde et raisonnement par l'absurde. 

Une proposition √©tant avanc√©e, on peut montrer sa fausset√© en prouvant qu'elle am√®ne √† contredire une autre proposition d√©j√† reconnue; or, l'adversaire qui, convient avec vous de cette derni√®re proposition est r√©duit √† cette absurdit√© de la nier en soutenant la proposition en question et de l'affirmer par ses concessions pr√©alables. On voit que la condition essentielle de cette r√©duction √† l'absurde est l'accord ant√©rieur avec l'adversaire sur une proposition √† la n√©gation de laquelle doit aboutir l'admission de la th√®se propos√©e. 

C'est là une méthode de critique, une méthode de réfutation, plus qu'une, méthode de preuve.

Mais en vertu de ce que nous avons dit plus haut, que la contradictoire d'une proposition fausse est toujours vraie, la d√©couverte du faux peut devenir la preuve du vrai. 

¬ę Il r√©sulte de cette remarque une m√©thode indirecte pour d√©montrer la v√©rit√© d'une proposition, et qui consiste √† en consid√©rer la contradictoire et √† en d√©montrer la fausset√©. On fera voir que cette proposition, √©tant admise, conduit, par des raisonnements justes, √† des conclusions, soit absurdes en elles-m√™mes, soit contradictoires avec l'hypoth√®se ou avec une de ses cons√©quences. Ce proc√©d√© d√©tourn√©, mais souvent utile, se nomme r√©duction √† l'absurde. Il a √©t√© beaucoup employ√© par les anciens g√©om√®tres ¬Ľ (Duhamel, ouvr. cit. ch, IX). 
Ainsi, soit √† d√©montrer une proposition : Tout A est B; si nous ne pouvons directement prouver sa v√©rit√©, nous prendrons sa contradictoire : Quelque A n'est pas B, et nous montrerons ou que cette derni√®re proposition est absurde ou que ses cons√©quences nous am√®neraient √† rejeter une v√©rit√© pr√©c√©demment d√©montr√©e. Voici un exemple : Soit √† d√©montrer cette proposition : Deux droites perpendiculaires sur une m√™me droite sont parall√®les, c.-√†-d. ne doivent jamais se rencontrer si loin qu'on les prolonge, nous raisonnerons ainsi : Si deux droites perpendiculaires sur une m√™me droite n'√©taient pas parall√®les, elles se rencontreraient en un point et de ce point on pourrait abaisser deux perpendiculaires sur une m√™me droite, ce qui est contraire √† une proposition d√©j√† d√©montr√©e. Si on n'admettait pas que deux droites perpendiculaires sur une m√™me droite sont parall√®les, on serait r√©duit √† cette absurdit√© d'affirmer √† la fois que d'un point donn√© on ne peut abaisser qu'une seule perpendiculaire et qu'on peut en abaisser deux. Il faut, par cons√©quent, sortir de cette absurdit√© : une des deux propositions est d√©montr√©e vraie, l'autre est donc fausse et l'hypoth√®se dont on l'a d√©duite l'est aussi, la contradictoire de cette hypoth√®se est donc vraie et c'est justement ce qu'on voulait d√©montrer. 
-
Absurde (Stable Diffusion).
Absurde. - L'absurde est un concept utilis√© pour d√©crire une situation, une id√©e ou une proposition qui est d√©pourvue de sens logique, qui est en contradiction avec la r√©alit√© ou qui est totalement irrationnelle. L'absurdit√© peut √™tre per√ßue comme une violation des principes fondamentaux de la logique, de la coh√©rence ou du bon sens. Ce peut √™tre utilis√© comme un outil litt√©raire dans la litt√©rature, le th√©√Ętre ou d'autres formes d'expression artistique pour souligner l'irrationalit√© de certaines situations ou pour remettre en question les conventions sociales et les normes √©tablies. Cependant, il est important de noter que ce qui peut sembler absurde √† premi√®re vue peut parfois r√©v√©ler une signification plus profonde ou symbolique. Certains philosophes et √©crivains, tels que Albert Camus dans son oeuvre L'√Čtranger, ont explor√© le th√®me de l'absurdit√© de l'existence humaine et ont cherch√© √† trouver un sens malgr√© cette apparente absurdit√©. (Image et l√©gende g√©n√©r√©es par une IA).

Pour √™tre valable, ce mode de raisonnement doit satisfaire √† deux conditions. Il faut : 1¬į que la proposition derni√®re que la contradictoire de l'hypoth√®se am√®ne √† contredire, soit accord√©e; 2¬į que les articulations du raisonnement soient des contradictoires et non simplement des propositions contraires. C'est la n√©gligence de cette seconde condition qui produit les tr√®s nombreux sophismes auxquels donne lieu cette forme de raisonnement. Pour n'en citer qu'un exemple emprunt√© √† la politique, amener un auditoire √† reconna√ģtre que la monarchie est mauvaise, ne suffit pas pour prouver que la d√©mocratie est bonne, car la d√©mocratie est contraire, non contradictoire de la monarchie : un gouvernement peut n'√™tre ni monarchique ni d√©mocratique. Prouver de m√™me les vices de l'aristocratie, ce n'est nullement √©tablir l'excellence de la monarchie, car on peut n'√™tre gouvern√© ni par une aristocratie, ni par une monarchie. 

Quand elle satisfait √† ces deux conditions, cette m√©thode de d√©monstration est rigoureuse et ses conclusions sont inattaquables, mais elle est toujours moins parfaite que la m√©thode directe. Celle-ci, en effet, montre non seulement qu'une proposition est vraie, mais pourquoi elle est vraie; la r√©duction √† l'absurde montre seulement qu'une proposition est vraie sans donner les raisons de cette v√©rit√©. On doit donc, toutes les fois que cela est possible, pr√©f√©rer la m√©thode directe √† la m√©thode indirecte. C'est pour cela que le raisonnement par l'absurde tend de plus en plus √† dispara√ģtre des livres de math√©matiques. 

Il y a donc trois sortes de raisonnements par l'absurde : 1¬į la d√©couverte, par l'analyse, de l'absurdit√© d'une proposition ; 2¬į la r√©futation d'une proposition par l'absurdit√© o√Ļ nous serions r√©duits, si nous l'admettions, d'affirmer et de nier √† la fois une m√™me proposition; 3¬į la preuve d'une proposition par l'absurdit√© o√Ļ nous serions r√©duits, si nous admettions sa contradictoire, d'affirmer et de nier √† la fois une m√™me proposition.

L'usage des raisonnements fondés sur l'absurde dans les sciences.
Examinons l'usage de ces trois sortes de raisonnements dans les sciences. On voit ais√©ment que c'est le premier seul qui est directement et absolument probant. Les deux autres ont besoin que l'on admette ant√©rieurement la v√©rit√© d'une proposition. De deux choses l'une : ou cette proposition est imm√©diatement contradictoire d'une proposition absurde et est prouv√©e par l√†, ou elle ne l'est pas et il faut alors la ramener √† une autre qui elle-m√™me soit contradictoire d'une absurdit√©. 

Mais il n'y a qu'en math√©matiques o√Ļ les propositions fausses se pr√©sentent avec les caract√®res de l'absurde : dans les sciences physiques, naturelles, morales, la v√©rit√© d'une proposition n'est d√©montr√©e que par l'exp√©rience; or, le contraire de l'exp√©rience est toujours intelligible. Dans ce domaine, les propositions le plus √©videmment fausses peuvent toujours √™tre entendues. C'est ce qui fait l'inf√©riorit√© de ces sciences vis-√†-vis des math√©matiques. Celui qui nie une v√©rit√© physique ou morale se met en dehors de l'exp√©rience ou de la conscience, mais demeure intelligent et intelligible; celui qui nie une v√©rit√© math√©matique se met en dehors de l'intelligence. 

On voit donc que ce sont les math√©maticiens seuls qui peuvent se servir de la premi√®re esp√®ce de raisonnement qui consiste dans la d√©couverte directe de l'absurde. 

La seconde et la troisième espèces peuvent s'employer dans toutes les sciences. On se sert de la seconde en mathématiques pour découvrir les hypothèses fausses comme en physique et en morale pour réfuter les opinions fausses. Newton réfutait ainsi l'hypothèse des tourbillons, en montrant que cette hypothèse amenait à nier les faits observés sur la marche des comètes. C'est ainsi qu'on raisonne encore quand on dit qu'il n'y a pas de hasard dans la nature; si le hasard existait, on devrait admettre que les lois de la nature sont sujettes à perturbations; or, en fait, elles ne sont pas troublées. Les moralistes raisonnent aussi de cette façon pour réfuter le
déterminisme : Si le déterminisme est vrai, il n'y a plus de morale; or, la morale doit exister, donc le déterminisme est faux.

L'argument ad hominem enfin rentre dans ce genre de raisonnement en ce qu'il montre une contradiction entre les paroles et les actes de l'adversaire, entre ce qu'il exige de nous et ce qu'il a fait lui-m√™me. 

En math√©matiques, on se sert assez souvent de la troisi√®me esp√®ce de raisonnement par l'absurde, de celle √† laquelle est r√©serv√© le plus souvent le nom de r√©duction √† l'absurde. C'est ce mode de raisonnement qui fait le fond de l'interpr√©tation des valeurs n√©gatives. Les donn√©es d'un probl√®me ayant conduit √† une solution n√©gative, absurde, comme qu'un mobile en rencontrera un autre dans -n heures, on en conclut qu'il faut changer les donn√©es et dire que le mobile a rencontr√© l'autre depuis n heures. 
En logique, Aristote s'est servi de ce mode de raisonnement pour d√©montrer les r√®gles de la conversion des propositions (Anal. prior., I, 2), Leibniz s'en est servi aussi pour ¬ę-d√©montrer la seconde et la troisi√®me figure du syllogisme par la premi√®re ¬Ľ (Nouv. Essais, I. IV, ch. II). 

Dans les sciences physiques et naturelles, on peut √©galement s'en servir en faisant voir que la contradictoire de l'hypoth√®se que l'on propose am√®nerait √† nier une loi pr√©c√©demment √©tablie. 

Enfin, dans les sciences morales et surtout dans les discussions morales ou politiques, cette forme de raisonnement est très souvent employée. C'est ainsi que raisonne la candidat aux fonctions publiques qui affirme invariablement aux électeurs que s'ils ne le nomment pas, tous les maux vont fondre sur leurs têtes.

On voit donc que l'absurde est la m√™me chose que l'impensable; qu'il ne peut na√ģtre que par l'attribution √† un sujet de propri√©t√©, qui ne sont pas les siennes, que, pour le d√©couvrir, il suffit d'analyser la proposition qui l'exprime et de faire √©clater ainsi la contradiction qu'elle contient. C'est l√† la r√©duction simple √† l'absurde, qui est le fondement de toutes les autres et d'o√Ļ d√©rivent les propri√©t√©s des contradictoires. 

Dans les sciences, on se sert de ces propriétés des contradictoires de deux façons : ou on prouve qu'admettre une certaine proposition conduirait à en rejeter une autre auparavant acceptée, de sorte que l'adversaire est réduit à cette absurdité d'affirmer et de nier en même temps, ce qui sert à démontrer la fausseté de la proposition avancée; ou on prouve que la contradictoire d'une proposition conduirait à nier une autre proposition déjà démontrée, et que par conséquent la proposition avancée est vraie, sans quoi on serait réduit à cette absurdité d'affirmer et de nier à la fois la même proposition, et cela sert à prouver la vérité de la proposition avancée. Ce sont ces deux sortes de raisonnements, distinctes, on le voit, que les logiciens et les mathématiciens appellent indifféremment : réduction à l'absurde, raisonnement par l'absurde. Dans tous les cas, l'argument n'a qu'une valeur relative, il n'est probant que pour celui qui admet la proposition à laquelle tout se réfère. Pour qu'il ait une valeur absolue, il faut que cette proposition même ne puisse être niée sans absurdité, ce qui n'a lieu que dans les mathématiques. (G. Fonsegrive).

.


Dictionnaire Idées et méthodes
A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z
[Aide][Recherche sur Internet]

¬© Serge Jodra, 2012. - Reproduction interdite.