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La lutte

Pour parvenir aux origines de la lutte, il faudrait probablement remonter à la nuit des temps. Ce que l'on peut connaître de plus lointain de façon positive remonte seulement à l'Antiquité classique. Les règles de la lutte ont été codifiées par les Grecs.  Ils connaissaient : la lutte debout, où l'athlète devait renverser trois fois son adversaire; la lutte à terre, analogue à notre lutte au tapis, enfin la lutte que nous appelons grecque, où les lutteurs ne combattaient qu'avec les mains, sans avoir le droit de se prendre à bras-le-corps; on ne permettait ni coups, ni chocs, qui formaient un exercice spécial, le pugilat (Boxe); plus tard cependant, le pancrace combina les deux genres de combat. La lutte debout faisait partie des grands concours nationaux; les femmes n'avaient pas le droit d'assister aux jeux olympiques et lorsque l'une d'elles s'y hasardait sous un déguisement masculin, on la précipitait du haut d'un rocher peu éloigné.

A ces variétés seules, usitées aux temps homériques, s'en ajouta plus tard une troisième, l'acrocheirisme, qui consistait à saisir l'extrémité des doigts de l'adversaire, sans toucher aucune autre partie du corps. Un certain nombre de lutteurs firent de l'acrocheirisme leur spécialité. Sostrate de Sicyone et Léontisque de Messine y excellèrent. Ils se contentaient de serrer les doigts de leurs adversaires et de les tordre jusqu'à ce que ceux-ci avouassent leur défaite. D'une manière plus générale, l'acrocheirisme n'était que le prélude de la lutte proprement dite.

La tenue, elle aussi, évolua avec le temps. Au temps d'Homère, les lutteurs conservaient autour des reins une écharpe, une ceinture ou une sorte de tablier. C'est ainsi que l'auteur de l'Iliade fait combattre Ajax et Ulysse sous les yeux d'Achille qui leur décerna ex aequo le prix. Plus tard, à l'occasion d'un accident dont l'athlète Orsippe fut victime, on reconnut que ce simulacre de vêtement n'avait d'autre effet que de constituer une gêne inutile et, à partir de la 15e olympiade, on en supprima l'usage. Dès lors les lutteurs combattirent complètement nus. Le corps était frotté d'huile, puis poudré de sable ou même arrosé de boue, si bien qu'à la fin de la joute, il fallait râcler les chairs avec un couteau de bois le strigille. 

L'art grec a reproduit de nombreux spécimens de lutteurs en action. Le plus célèbre est le groupe de la Galerie des Offices, à Florence. Il représente, selon Winckelmann, les fils de Niobé

En Grèce, où les concours d'agilité et de force avaient acquis une importance si prépondérante, l'exercice de la lutte conserva invariablement le caractère de courtoisie dont il ne doit se départir jamais. Il resta un jeu gymnastique exempt de tout sentiment de colère et d'animosité brutale, mais, au contraire, une occasion de rivaliser à la fois d'impétuosité et de prudence. Les sanglants combats dont plus tard les gladiateurs donnèrent à Rome le spectacle sauvage, lui firent perdre son caractère d'attique noblesse. 

Notre lutte moderne, ou lutte gréco-romaine, a beaucoup de points de ressemblance avec celle des Anciens. Pendant les siècles derniers elle ne fut pas très en faveur en France, si ce n'est en Bretagne, dont les lutteurs furent longtemps célèbres comme champions de poids léger; les Allemands par contre et les Suisses se distinguaient dans les poids lourds. Ce n'est guère qu'au XIXe, siècle que l'opinion s'intéressa à la lutte rénovée par les afro-américains; il y eut alors quelques rencontres tristement fameuses, entre autres celle où l'athlète bordelais Exbroyat écrasa la tête de son adversaire américain. 

A partir des premières années du XXe l'intérêt du public s'est réveillé; partis des champs de foire, les lutteurs se produisirent alors sur les planches des théâtres. Les vainqueurs se font une réputation aussi universelle que durable; nombreuses sont, à l'époque, les célébrités de la lutte de Loubet de Nîmes à Pons, du turc Karu-Ahmed à Laurent, le Beaucairois, de Constant le Boucher au russe Padoubny.

La lutte française, qui est une lutte à mains plates, défend certains coups dangereux autorisés en Amérique, tels que les coups au-dessous de la ceinture, les crocs-en-jambe, les prises de doigts ou de jambes, les bras retournés, le collier de force, etc., on ne peut prendre l'adversaire qu'au dessus de la ceinture. Les coups permis sont très nombreux et peuvent se faire debout ou à terre. Citons : les trois ceintures de devant, d'arrière et de côté et les ceintures à rebours et de travers, la cravate, le tour de bras, le tour d'épaule, le bras roulé, le tour de hanche en ceinture, etc.; presque tous ont leur parade. Pour vaincre, il faut faire toucher terre aux deux épaules à la fois; si un lutteur abandonne l'arène, avant que ce résultat soit obtenu, il est considéré comme battu; le combat a lieu en silence; les athlètes luttent ordinairement le torse nu ou recouvert d'un maillot.

Sagement réglementée et pratiquée selon les principes que dictent la prudence et l'urbanité, la lutte est pour l'amour-propre un aiguillon. Acteurs et spectateurs se passionnent pour ses péripéties. On se complait à suivre, dans le déploiement de leurs efforts, deux jeunes hommes également vigoureux et adroits. D'instinct, on prend fait et cause pour l'un ou l'autre, et ce n'est pas sans une piquante angoisse qu'on se laisse aller à supputer les probabilités de défaite et de succès. (C. Meillac / Dr Collineau).

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