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La boxe

« La boxe est le plus court chemin d'un poing à un autre ». Cette boutade définit assez clairement la boxe, pour qu'il soit inutile d'insister. La boxe, que les anciens appelaient pugilat, remonte à la plus haute antiquité. Ce fut surtout chez les Grecs que le pugilat devint un art véritable, enseigné dans les gymnases, sous la direction de maîtres illustres. Les meilleurs pugilistes de cette époque sortaient de Rhodes, d'Egine, de l'Arcadie et de l'Elide. Les plus renommés furent Glaucus et Mélancomas. Il y avait deux sortes de pugilat. Dans l'un, les combattants avaient la tête et les poings complètement nus, dans l'autre ils avaient la tête coiffée d'une espèce de calotte appelée amphotide, et leurs poings étaient garnis de cestes ou gantelets formés de bandes de cuir qui s'enroulaient autour des poignets sans jamais dépasser le coude. On comptait quatre sortes de cestes : 
1° les imantes, faits d'un simple cuir de boeuf non corroyé, et desséché; 

2° les myrmécos, garnis de plusieurs plaques ou bossettes de fer, de cuivre ou de plomb; 

3° les méiliques, faits de courroies fines et déliées, qui laissaient le poignet et les doigts à découvert;

 4° les spherae, qui étaient des balles de plomb cousues dans une bande de cuir de boeuf. 

Quand les pugilistes se trouvaient en présence, ils se mettaient en garde bien d'aplomb sur leurs jambes, et tenant leurs bras en avant, à peu près à la hauteur de la tête. En même temps, ils avaient soin d'arrondir le dos et les épaules, afin de tenir le plus possible leur tête à l'abri des coups de poing. Puis le combat commençait et continuait jusqu'à ce que l'un des combattants s'avouât vaincu. Mais quel que fût leur acharnement, ils étaient souvent forcés d'interrompre le combat pour prendre un moment de repos, et pour essuyer la sueur et le sang dont ils étaient couverts; puis la lutte recommençait de plus belle, et se terminait souvent par la mort des combattants. Dans tous les cas, ils en sortaient défigurés et méconnaissables. Le pugilat faisait partie des jeux qu'on célébrait à propos des fêtes publiques ou des funérailles de morts illustres. Ce fut seulement vers la XXIIIe olympiade qu'il fut admis à faire partie définitivement des Jeux olympiques.

La boxe anglaise.
L'Angleterre a repris la tradition antique, car ce qu'on appelle la boxe anglaise est une sorte de pugilat. Les commencements de ce genre de combat remontent très loin. On en trouve des traces à l'époque du roi Alfred. L'histoire nous raconte les coups de poing de Richard III, et Shakespeare lui-même nous montre dans une de ses pièces Richard Ier, gagnant le cour et la main d'une jeune princesse pour avoir fait vaillamment le coup de poing devant elle. Mais ce fut seulement au commencement du XVIIIe siècle que la boxe devint un jeu, et qu'on vit les boxeurs se disputer une certaine somme fournie par les paris d'amateurs. Ce fut Jack Broughton, habile boxeur, mort en 1789, qui le premier formula les règles destinées à réglementer ce genre de sport. Ce fut lui également qui, le premier, mérita le titre si recherché depuis de champion de l'Angleterre. En ce temps là, l'art de la boxe s'apprenait à Londres, comme à Paris l'escrime, dans des salles renommées, où des professeurs y enseignaient théoriquement et pratiquement la meilleure manière de donner un coup de poing.

Dans la boxe anglaise on se met en garde en se couvrant du bras, qui est en avant en demi-flexion, tandis que l'autre, qui se tient replié en arrière, est spécialement destiné à porter des coups d'estoc à l'adversaire. C'est généralement la partie gauche qui se trouve en avant. Le boxeur doit être placé bien d'aplomb sur ses jambes, le pied gauche à environ 85 centimètre en avant du pied droit. C'est surtout le bras en arrière qui doit porter les coups, mais quelquefois il arrive que le bras qui est en avant prend lui-même l'offensive, et après la parade, porte des coups aussi terribles qu'inattendus. 

Une des principales règles de la boxe anglaise est de ne jamais frapper un adversaire qu'on a renversé. En outre, la boxe anglaise interdit les coups de pied et de tête, les coups de pied bas, coup de pied de pointe, coup d'arrêt, coup de pied de flanc, coup de pied tournant. Elle considère également comme incorrect la prise de l'adversaire et les coups au-dessous du nombril. On peut donner par contre le coup de poing direct, le coup de poing de côté au visage ou au cou, le coup de poing direct au corps (dans l'estomac), le coup de poing de côté au corps. Deux coups d'égale force, appliqués en des régions différentes du corps n'ont pas le même résultat; les boxeurs cherchant surtout à faire perdre connaissance à leurs adversaires, visent dans ce but les points vulnérables, particulièrement, le creux de l'estomac, la pointe du menton et la carotide; si le coup est bien appliqué l'athlète tombe sans connaissance sur le ring; il est knock-out

Le knock-out est en effet le coup qui met le boxeur hors de combat. Un choc violent entre les deux yeux a pour résultat d'aveugler momentanément; si le pugiliste n'est pas revenu de son étourdissement dans les délais réglementaires, il est considéré comme vaincu. Généralement un match comprend trois rounds (reprises), les deux premiers de trois minutes, le dernier de quatre minutes; deux adversaires d'égale force pourront toutefois se mesurer en un plus grand nombre de rounds. En boxe, le coup de poing doit être donné avec les os métacarpiens.

Le boxeur anglais ayant surtout besoin d'une grande force musculaire et d'une puissance de résistance prodigieuse, on a très tôt compris qu'elle nécessitait une éducation spéciale et en le soumettant à un régime qu'on désigne de nos jours sous le nom d'entraînement. Les dispositions morales sont également l'objet d'un soin tout spécial. Quand le boxeur a accompli la période d'entraînement, il est prêt pour le combat ; ses muscles ont singulièrement augmenté de volume, ils sont devenus saillants, élastiques au toucher, et se contractent avec une force extraordinaire. En outre, le ventre a diminué, la poitrine s'est agrandie, et la respiration, devenue ample et régulière, est capable des plus longs efforts.

La boxe anglaise s'est d'abord pratiquée à poings nus, mais il  existait parallèlement  un autre genre de boxe, dans laquelle les combattants couvraient leurs mains de gants soigneusement rembourrés. On l'appelle boxe sparring,  jadis  beaucoup moins populaire que l'autre, qui était considérée comme la seule et véritable boxe nationale, elle est de nos jours la seul autorisée. Les premiers championnats internationaux de boxe anglaise datent du milieu du XIXe siècle.

La boxe française.
La boxe française est d'origine relativement récente. Elle remonte tout au plus à 1830, et procède de ce sport vulgaire qu'on appelait alors la savate et qui était enseignée à cette époque par un certain Michel Pisseux, qui fut le professeur du duc d'Orléans et de lord Seymour. Dans la savate, qui était surtout pratiquée par les rôdeurs de barrière, la garde était basse et écrasée. Les combattants tenaient les mains en avant et ouvertes, mais ils ne s'en servaient guère que pour relever le nez de leurs adversaires avec la paume de la main ouverte; c'était ce qu'ils appelaient donner une musette. Ils n'usaient que du coup de pied bas et du ramassement de jambes. Ils ne connaissaient ni les coups de pied de ventre et de poitrine; encore moins ceux de figure. Les leçons se donnaient le plus souvent dans quelques bouges ou dans des arrière-boutiques de marchands de vin. En somme, il n'y avait pas de salles qu'on pût convenablement fréquenter. 

Pendant qu'à Paris on cultivait la savate, un autre jeu, qu'on appelait chausson ou jeu marseillais, avait pris naissance dans le Midi. Dans ce jeu, qui fut longtemps pratiqué dans les régiments, on donnait des coups de poing quelquefois mais on usait surtout de ce qu'on appelait les coups de pied tournant. En outre des coups de pied de bas de jambe, on donnait aussi des coups de pied de poitrine et de figure. En somme, c'était un jeu plus brillant que pratique, un excellent exercice d'assouplissement bien plutôt qu'un moyen de défense véritablement sérieux. Les coups de pied tournant se perdaient presque toujours dans le vide, et les coups de poing portés de bas en haut ne pouvaient en rien être comparés aux redoutables coups de poing des boxeurs anglais.

Ce fut Charles Lecour qui, le premier, comprit combien ces moyens de défense personnelle étaient insuffisants et incomplets, et qui eut l'idée géniale, comme dit Alexandre Dumas père, de fondre ensemble la boxe anglaise et la savate française. Si les Anglais en effet avaient perfectionné l'usage des bras et des poings, ne considérant la  jambe et les pieds que comme des ressorts destinés à éloigner ou à rapprocher les adversaires, les Français, au contraire, avaient fait de la jambe et du pied les principaux moyens d'attaque, ne considérant les mains que comme des armes défensives. Après avoir pratiqué longtemps ce dernier jeu, de façon à être devenu un maître, il partit pour l'Angleterre, et, sens se faire connaître, prit des leçons d'Adams et de Smith, les deux premiers boxeurs de Londres. Puis, quand il se sentit suffisamment instruit, il revint à Paris vers 1832, et ouvrit une salle où, mettant en pratique ce qu'il avait appris en Angleterre, il créa ce jeu qu'on a appelé depuis la boxe française, et qui n'est, comme on l'a dit, que la combinaison intelligente de l'ancienne savate et de la boxe anglaise. 

Vers la même époque arrivèrent à Paris deux professeurs de province : Loze, de Toulouse, et Leboucher, de Rouen, qui avaient eu une idée à peu près semblable à Lecour, et qui se mirent tous les deux à professer la nouvelle méthode. Autour de ces trois hommes, Lecour, Loze et Leboucber, il se forma bientôt un grand nombre de tireurs, qui donnèrent une supériorité incontestable à l'école de Paris. Pendant une dizaine d'années, de 1845 à 1855, la boxe française brilla dans tout son éclat. C'est l'époque des assauts organisés au Cirque par Charles Lecour et son frère Hubert, et à la salle Montesquieu par Leboucher. On y vit se produire en public une foule de tireurs remarquables. Mais de tous, le professeur par excellence de ce temps-là fut incontestablement Hubert Lecour. Il était petit, il est vrai, mais personne n'eut le jeu aussi rapide et aussi serré. Son coup de poing anglais était terrible, et son coup de pied bas d'une rapidité foudroyante. Personne comme lui n'exécuta jamais les coups d'arrêt. A côté de Lecour, on pouvait citer Charles Ducros, qui avait longtemps pratiqué la boxe anglaise, et qui s'était composé un jeu où les coups de poing et les coups de pied bas jouaient le principal rôle. Il avait même donné à ce genre de jeu le nom d'adresse parisienne. Dans un assaut de boxe anglaise qu'il fit un jour avec le célèbre boxeur anglais, Cribb, il réussit à faire jeu égal avec lui. Plus tard vint Vigneron, l'homme-canon, dont la force musculaire était véritablement prodigieuse. On lui reprochait quelquefois son jeu lent et un peu large; mais il était bien forcé d'agir ainsi, car si, dans les assauts où il figurait, il eût donné toute sa vitesse, il n'eût pas manqué de blesser grièvement son adversaire, étant donné la force extraordinaire dont il était doué. Pour bien juger Vigneron, il eût fallu le voir dans un combat sérieux avec un homme de sa taille et de son poids. 

Vers 1856, les assauts de la salle Montesquieu cessèrent, à la suite d'une ordonnance de la préfecture de police qui interdisait les luttes en même temps qu'elle refusait son visa aux affiches annonçant des assauts de boxe anglaise ou française. Les meilleurs tireurs se dispersèrent et disparurent. Lecour et Vigneron, ne trouvant plus de tireurs sérieux, ne parurent plus en public, et se consacrèrent complètement au professorat. Leboucher, qui était un tireur médiocre, à cause de ses jambes courtes, mais qui n'en était pas moins un professeur excellent, suivit leur exemple. Cela dura jusqu'en 1862, époque vers laquelle un nouveau tireur se révéla. Ce tireur fut Charlemont, que deux assauts brillants avec Vigneron et Lecour classèrent parmi les tireurs de premier ordre. Mais Charlemont ne se contenta pas d'être un tireur vif et élégant : il devint, lui aussi, un excellent professeur, et est l'auteur d'un excellent traité de boxe francaise. Ces trois maîtres, Hubert Lecour, Louis Vigneron et Joseph Charlemont; sont ceux qui ont véritablement créé ce sport qui porte le nom de boxe française. Ce sport, concurrencé par la boxe anglaise, a beaucoup décliné au cours de la première moitié du XXe siècle; il s'est relevé depuis les années 1960, avec la création de championnants de France (1965). Un championnat d'Europe existe depuis 1970, et une coupe du monde depuis  1989. (C. Meillac / A. Ballé).

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